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Archives de Catégorie: LES FILMS DE ROBERT DUVALL

« APOCALYPSE NOW – FINAL CUT » (2019)

À sa sortie, « APOCALYPSE NOW » de Francis Ford Coppola avait subi des coupes trop sévères. Sa nouvelle version : « APOCALYPSE NOW – REDUX » était plus riche, mais infiniment trop longue et complaisante. « APOCALYPSE NOW – FINAL CUT » remonté pour fêter les 40 ans du film, se veut un compromis entre les deux moutures.FINAL.jpg

Oui, c’est vrai, la séquence des playmates est bien allégée (ouf !), celle de la plantation française plus nerveuse (même si elle peine toujours à trouver sa place dans le film)  et le rôle de Kurtz retrouve un peu de mystère en apparaissant moins. Mais affirmer que ce n°3 enterre définitivement ses prédécesseurs semblerait exagéré. Sans doute parce que « APOCALYPSE NOW » est entré dans l’inconscient collectif, qu’il devient difficile, voire impossible de le visionner et de le juger comme un film « normal ». Toujours est-il qu’on a encore du mal à le qualifier de chef-d’œuvre et que si on admire certains passages comme l’ouverture à Saïgon sur la chanson des Doors ou l’arrivée au camp de Kurtz en bateau, on s’agace encore des mêmes défauts : un Marlon Brando physiquement impressionnant, mais qui fait rigoureusement n’importe quoi la moitié du temps (il faut l’avoir vu avec le visage peinturluré en camouflage)  et dont on aurait apprécié qu’il improvise un peu moins et dialogue de façon plus intelligible avec Martin Sheen, l’homme venu l’assassiner. Et il y a Dennis Hopper, lâché en roue-libre très vite agaçant, une scène de nu totalement gratuite (quoi que jolie à voir) d’Aurore Clément à la plantation, etc.

Il reste heureusement des moments sublimes, comme ces scènes de bataille nocturnes, des répliques aboyées par un Robert Duvall en pleine forme symbolisant à lui seul toute la démence de la guerre, et ces images de Sheen émergeant de la boue fumante, machete au poing pour remplir sa mission trop longtemps retardée. Pour tout cela, on peut revoir « APOCALYPSE NOW », film instable et jamais définitivement achevé, mais qui a marqué l’Histoire du cinéma et changé la face des films de guerre.

 

« LES VEUVES » (2018)

Il y a de bonnes pistes narratives dès le début de « LES VEUVES », coécrit et réalisé par Steve McQueen (oui, ça reste toujours aussi bizarre d’écrire ce nom sans se référer à l’acteur de « BULLITT » !). Ça démarre comme un film de braquage classique, avec une bande de pros dirigée par Liam Neeson. Mais toutes les vedettes masculines trouvent la mort après quelques minutes seulement ! Ce sont leurs veuves, complètement innocentes, qui vont hériter de leurs dettes et de leurs ennemis.WIDOWS

Il faut s’accrocher au début, car l’afflux d’informations, l’arrivée incessante de nouveaux personnages, les flash-backs, les rêves, le background politique, cela fait beaucoup à ingérer et on aurait tendance à perdre le fil. Mais dès que l’héroïne, la formidable Viola Davis, s’affirme enfin et prend les choses en main, le film trouve sa vitesse de croisière et devient un polar ingénieux, au discours intelligemment féministe et aux protagonistes attachants et surtout, tous intéressants. Autour de Davis, sa « bande » est composée de Michelle Rodriguez, moins monolithique que d’habitude, Elizabeth Debicki femme battue qui se rebiffe et surtout Cynthia Erivo qui pique la vedette à tout le monde dans un rôle en or de coiffeuse courageuse et opiniâtre. Sacrée personnalité ! Le cast masculin n’est pas mal non plus : outre Neeson dans un personnage plus que trouble, assez nouveau pour lui, Robert Duvall – toujours impressionnant à 87 ans – en politicien roué et raciste, Colin Farrell excellent dans le rôle de son héritier planche-pourrie, Garret Dillahunt à contremploi en chauffeur loyal.

« LES VEUVES » exige donc un peu de patience pour pouvoir jouir pleinement de sa seconde partie haletante, aux coups de théâtre très bien amenés et à la violence inattendue. Si le moteur met un moment à chauffer, le film devient vraiment passionnant une fois qu’il est lancé. Joli travail scénaristique et quelques trouvailles de mise-en-scène discrètement culottées.

 

« COLORS » (1988)

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ROBERT DUVALL ET SEAN PENN AU TRAVAIL…

« COLORS » est le 4ème des six longs-métrages réalisés par l’acteur Dennis Hopper. Avec son style « à l’arrache », lorgnant sur le documentaire, privilégiant l’improvisation et l’authenticité, c’est un film âpre et prenant sur l’univers des gangs de L.A. et la vie quotidienne des flics de terrain chargés de faire régner, sinon l’ordre, du moins une espèce d’équilibre précaire.COLORS

Filmé sur les lieux, le film se focalise sur la relation passionnante d’un vieux flic au bord de la retraite, prudent et diplomate (Robert Duvall) et d’un « rookie » narcissique et hyper-violent (Sean Penn) qui va bientôt se faire haïr de tout le ‘barrio’ et mettre sa vie et celle de son coéquipier en danger. Le dialogue sonne juste à 100%, les deux acteurs – au sommet de leur art – ne sortent jamais de leurs personnages et se fondent totalement dedans. C’est la force principale de cette confrontation qui donne sa moelle à « COLORS », dont le scénario paraît parfois trop relâché, par rapport à ses 127 minutes de projection.

La vision des gangs, de leurs codes et de leurs mœurs fait parfois froid dans le dos, surtout en écho avec le monde actuel. C’était « no future » il y a trois décennies et… ça l’est resté. Dans un casting parfaitement homogène, on reconnaît des comédiens qui ont fait leur chemin comme Don Cheadle en caïd impassible, Damon Wayans ou Glenn Plummer. Trinidad Silva sort du rang en chef de bande futé et Maria Conchita Alonso a quelques belles scènes avec Penn, en particulier la toute dernière.

Visuellement, « COLORS » n’a pas trop vieilli, la BO, succession ininterrompue de rap, crée une ambiance stressante et la fin laisse un arrière-goût amer. À noter un épilogue à la fois drôle et émouvant sur la transmission, résumant très bien le parcours intérieur de Sean Penn.

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SEAN PENN, MARIA CONCHITA ALONSO ET ROBERT DUVALL

 

« TORMENT HIM MUCH AND HOLD HIM LONG » : Robert Duvall dans « Naked city »

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ROBERT DUVALL

« TORMENT HIM MUCH AND HOLD HIM LONG » est un bon épisode de l’excellente série policière « NAKED CITY », écrit par Stirling Silliphant et réalisé par Robert Gist.

C’est aussi un des quatre films de cette série que tourna Robert Duvall en ‘guest star’. À 31 ans, et en pleine possession de ses moyens, il est formidable d’humanité et de fragilité dans un rôle d’ex-délinquant devenu barman. Servant d’indic auprès des flics récurrents de « NAKED CITY », il fait arrêter les malfrats cherchant à braquer le bar où il travaille. Mais leur chef, l’inquiétant fabricant de jouets Alfred Ryder se met à faire de sa vie un cauchemar et à menacer ouvertement sa famille. La femme de Duvall finit par le quitter, mais il tient bon et accepte tout de même de témoigner contre ses tourmenteurs. Une histoire très simple, aux enjeux réalistes et puissants parfaitement rendus par Duvall toujours calme et maître de lui, mais prêt à « faire ce qu’il faut » pour rester un type bien quelles que soient les circonstances.

C’est Barbara Loden, épouse d’Elia Kazan et réalisatrice/interprète du long-métrage « WANDA » qui incarne sa femme, un petit rôle sans grand intérêt, hélas. Paul Burke, l’inspecteur, a de bonnes scènes avec Duvall.

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BARBARA LODEN, ALFRED RYDER ET ROBERT DUVALL

Un bel épisode, très bien photographié en extérieurs, qui annonce par son look les films indépendants U.S. des années à venir.

 

« LA NUIT NOUS APPARTIENT » (2007)

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JOAQUIN PHOENIX ET ROBERT DUVALL

Sept ans après son second film « THE YARDS », le peu prolifique James Gray retrouve ses deux comédiens principaux pour « LA NUIT NOUS APPARTIENT », poursuivant des thématiques assez proches mais surtout avec une maîtrise encore plus affirmée de son univers. Ce film clôt ainsi une trilogie policière démarrée avec « LITTLE ODESSA ».OWN2

Situé en 1988 à New York, avec pour toile de fond le conflit entre une famille de flics et des narcotrafiquants russes, le scénario retrace surtout le parcours de deux frères : Joaquin Phoenix, gérant de boîte de nuit frivole et inconscient et Mark Wahlberg, « premier de la classe » qui fait tout pour complaire à son commissaire de père (Robert Duvall), même si celui-ci préfère manifestement son aîné dont les choix de vie l’ont déçu. Trajectoires croisées, tragiques, inéluctables, qui arriveront à leur terme dans une redistribution des cartes somme toute parfaitement logique.

C’est à la fois un polar noir remarquablement écrit, d’une tension de chaque instant, et un drame psychologique extrêmement réaliste sur la fratrie et la relation au père. Le film offre sans doute son meilleur rôle à Phoenix dont les tourments font pour 90% de l’intérêt du récit. Son évolution de fêtard tête-à-claques en superflic implacable est magnifiquement incarnée par l’acteur qu’on n’a jamais vu aussi sobre et impliqué. Duvall est comme toujours admirable d’autorité teintée de tendresse, Eva Mendes est d’une beauté renversante et sa première apparition laissera bien des spectateurs « tout choses ». Wahlberg s’acquitte très bien de son rôle assez ingrat.

On compte plusieurs séquences inoubliables : l’infiltration de Phoenix dans le laboratoire de cocaïne angoissante au possible, une poursuite en voiture sous la pluie battante qui devient progressivement cauchemardesque. De grands moments de cinéma pur ! « LA NUIT NOUS APPARTIENT » est un superbe film, d’une noirceur absolue, même si la conclusion laisse une lueur d’espoir sans pour autant céder au happy end.

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EVA MENDES, MARK WAHLBERG, JOAQUIN PHOENIX ET TONY MUSANTE

 

« LE PARRAIN, 2ème PARTIE » (1974)

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JOHN CAZALE ET AL PACINO

Tourné deux ans après le chef-d’œuvre de Francis Ford Coppola par lui-même et son équipe, « LE PARRAIN, 2ème PARTIE » est une entreprise aussi épique en proportions, que culottée dans le fond et la forme.GODF2

C’est en fait un film-miroir à de nombreux points-de-vue : d’abord parce qu’il suit à un demi-siècle de distance deux actions parallèles (la jeunesse et l’ascension du pauvre émigré Vito Corleone et le règne et le déclin de son héritier Michael) qui n’arrêtent pas de se refléter l’une dans l’autre. Ensuite parce qu’il crée des ponts incessants avec le premier film, avec pour seul but de déboulonner les mythes qu’il avait créés et d’ôter toute dimension shakespearienne à Michael, transformé ici en monstre froid et fratricide, obnubilé par le pouvoir, mais dépourvu de toute espèce de grandeur. Par essence, le film est donc moins immédiatement attachant que le précédent, même si on en retrouve des vestiges de l’ambiance dans les parties consacrées à Vito. Mais la partie Michael s’enfonce progressivement dans un climat mortifère, enfermant le personnage dans ses névroses et sa solitude absolue. Le dernier gros-plan est glaçant.

Le film est porté à bout de bras par la performance extraordinaire d’Al Pacino, dont le visage imperturbable ressemble de plus en plus à un masque mortuaire. Il a des moments de pur génie. C’est Robert De Niro qui incarne Vito jeune, reprenant les maniérismes de Brando sans jamais les imiter vraiment. Une vraie prouesse ! On retrouve avec bonheur Robert Duvall, pas assez utilisé, Talia Shire et surtout John Cazale magnifique dans le rôle du « pauvre Fredo », brebis galeuse de la famille aussi minable que pathétique. Sa fin sur le lac hante longtemps la mémoire. Parmi les seconds rôles : Gastone Moschin magnifique en parrain de la « Main Noire », Lee Strasberg en traître d’anthologie, Michael V. Gazzo. On regrette seulement que le rôle de ‘Kay’, tenu par Diane Keaton soit si mal exploité, n’ayant qu’une ou deux vraies scènes à défendre et les moins bonnes répliques.

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LEE STRASBERG, AL PACINO, ROBERT DE NIRO ET DIANE KEATON

Ambitieux, monté avec une époustouflante maestria, grouillant de détails et d’images inoubliables, « LE PARRAIN, 2ème PARTIE », véritable entreprise de démythification en règle, est une œuvre ample et puissante. Mais ce qui en fait la spécificité est également ce qui l’empêche d’atteindre l’espèce de perfection du premier opus. À l’image de Michael Corleone, c’est un film froid, cérébral, désincarné. Mais la vision rapprochée des deux films demeure une expérience d’une richesse inouïe. Et on ne dira jamais assez l’importance primordiale de la musique de Nino Rota et Carmine Coppola.

 

« LE PARRAIN » (1972)

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AL PACINO ET MARLON BRANDO

« LE PARRAIN ». Stupéfiante destinée d’un film adapté du best-seller de Mario Puzo (pas d’une folle qualité littéraire, il faut bien le dire), rejeté par la critique à sa sortie, réalisé par un quasi-débutant, interprété par un mélange de novices et de has-beens et qui est fréquemment considéré aujourd’hui comme le plus grand film de l’Histoire de 7ème Art ou tout du moins dans le peloton de tête.PARRAIN3

Des ouvrages entiers sont consacrés au film, ses adeptes connaissent par cœur toutes les répliques, les patronymes du moindre figurant. Pourquoi ce phénomène unique ? D’abord et avant tout parce que Francis Ford Coppola a su transcender le matériau de base en une tragédie shakespearienne embrassant dans un même mouvement l’Histoire de l’Amérique du 20ème siècle en pleine mutation. Ensuite parce que cette saga de gangsters parle en réalité de la famille, de la corruption du pouvoir, de la transmission du Mal. Et enfin parce que portés par la grâce, le chef-opérateur (Gordon Willis), le musicien (Nino Rota) et un casting d’une justesse rarement atteinte, donnent le meilleur d’eux-mêmes.

Il y a du roi Lear dans le personnage de ‘Don Corleone’, caïd sicilien sexagénaire implanté à New York dans l’immédiat après-guerre. Un chef de clan, un « caïd » mafieux impitoyable entouré de ses trois fils. Un roi à sa manière et ses héritiers, dont le successeur sera le moins susceptible a priori de saisir le sceptre. Le mot « mafia » n’est pas prononcé une seule fois, ce qui aide à envelopper le film d’une aura universelle. Le scénario avance par ellipses parfaitement maîtrisées en longs tableaux fourmillant de détails : le mariage de la fille Corleone, la guerre des gangs déclenchées par un rival, l’exil du plus jeune fils en Sicile, le déclin du vieux chef et finalement la vengeance sanglante du nouveau « parrain » qui délaisse les méthodes des anciens pour passer à un crime organisé sans règles ni garde-fou. Il y a quelque chose de très mystérieux dans l’addiction provoquée par ce film chez ses admirateurs. C’est une œuvre exceptionnellement dense, non dépourvue d’ironie sous-jacente, de répliques-culte (« Leave the gun, take the canolli », « I’ll make him an offer he can’t refuse ») et même d’émotion.

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FRANCO CITTI ET AL PACINO

À 46 ans, lourdement grimé, Marlon Brando trouve le rôle de sa vie avec ‘Don Vito’, chef magnanime et charismatique, si chaleureux et humain qu’on en oublie ce qu’il est réellement. Autour de lui, un assemblage extraordinaire : Al Pacino qu’on voit évoluer du jeune héros de la WW2 au « padrone » froid et désincarné, Robert Duvall en « consiglieri » diplomate et effacé, James Caan en fils aîné sanguin aveuglé par son tempérament, John Cazale en frère faible et pathétique, Al Lettieri en narcotrafiquant inquiétant, vivante image du futur de la pègre et Diane Keaton, Richard Conte, Richard Castellano, Sterling Hayden, il faudrait citer tout le monde.

« LE PARRAIN » dure trois heures et pour qui le revoit régulièrement, c’est un véritable piège, puisqu’il est impossible de le prendre en route sans aller jusqu’au bout. On y trouve toujours quelque chose, un détail, une attitude, un dialogue qui vient enrichir l’idée qu’on se faisait du film.

Une œuvre majeure du cinéma U.S., qui donnera naissance à deux suites dont la première tournée deux ans plus tard, tout aussi magistrale sans atteindre toutefois la séduction inaltérable et intemporelle de ce premier opus.

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DIANE KEATON, ROBERT DUVALL ET AL PACINO