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Archives de Catégorie: LES FILMS DE ROBERT DUVALL

« LE PARRAIN, 2ème PARTIE » (1974)

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JOHN CAZALE ET AL PACINO

Tourné deux ans après le chef-d’œuvre de Francis Ford Coppola par lui-même et son équipe, « LE PARRAIN, 2ème PARTIE » est une entreprise aussi épique en proportions, que culottée dans le fond et la forme.GODF2

C’est en fait un film-miroir à de nombreux points-de-vue : d’abord parce qu’il suit à un demi-siècle de distance deux actions parallèles (la jeunesse et l’ascension du pauvre émigré Vito Corleone et le règne et le déclin de son héritier Michael) qui n’arrêtent pas de se refléter l’une dans l’autre. Ensuite parce qu’il crée des ponts incessants avec le premier film, avec pour seul but de déboulonner les mythes qu’il avait créés et d’ôter toute dimension shakespearienne à Michael, transformé ici en monstre froid et fratricide, obnubilé par le pouvoir, mais dépourvu de toute espèce de grandeur. Par essence, le film est donc moins immédiatement attachant que le précédent, même si on en retrouve des vestiges de l’ambiance dans les parties consacrées à Vito. Mais la partie Michael s’enfonce progressivement dans un climat mortifère, enfermant le personnage dans ses névroses et sa solitude absolue. Le dernier gros-plan est glaçant.

Le film est porté à bout de bras par la performance extraordinaire d’Al Pacino, dont le visage imperturbable ressemble de plus en plus à un masque mortuaire. Il a des moments de pur génie. C’est Robert De Niro qui incarne Vito jeune, reprenant les maniérismes de Brando sans jamais les imiter vraiment. Une vraie prouesse ! On retrouve avec bonheur Robert Duvall, pas assez utilisé, Talia Shire et surtout John Cazale magnifique dans le rôle du « pauvre Fredo », brebis galeuse de la famille aussi minable que pathétique. Sa fin sur le lac hante longtemps la mémoire. Parmi les seconds rôles : Gastone Moschin magnifique en parrain de la « Main Noire », Lee Strasberg en traître d’anthologie, Michael V. Gazzo. On regrette seulement que le rôle de ‘Kay’, tenu par Diane Keaton soit si mal exploité, n’ayant qu’une ou deux vraies scènes à défendre et les moins bonnes répliques.

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LEE STRASBERG, AL PACINO, ROBERT DE NIRO ET DIANE KEATON

Ambitieux, monté avec une époustouflante maestria, grouillant de détails et d’images inoubliables, « LE PARRAIN, 2ème PARTIE », véritable entreprise de démythification en règle, est une œuvre ample et puissante. Mais ce qui en fait la spécificité est également ce qui l’empêche d’atteindre l’espèce de perfection du premier opus. À l’image de Michael Corleone, c’est un film froid, cérébral, désincarné. Mais la vision rapprochée des deux films demeure une expérience d’une richesse inouïe. Et on ne dira jamais assez l’importance primordiale de la musique de Nino Rota et Carmine Coppola.

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« LE PARRAIN » (1972)

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AL PACINO ET MARLON BRANDO

« LE PARRAIN ». Stupéfiante destinée d’un film adapté du best-seller de Mario Puzo (pas d’une folle qualité littéraire, il faut bien le dire), rejeté par la critique à sa sortie, réalisé par un quasi-débutant, interprété par un mélange de novices et de has-beens et qui est fréquemment considéré aujourd’hui comme le plus grand film de l’Histoire de 7ème Art ou tout du moins dans le peloton de tête.PARRAIN3

Des ouvrages entiers sont consacrés au film, ses adeptes connaissent par cœur toutes les répliques, les patronymes du moindre figurant. Pourquoi ce phénomène unique ? D’abord et avant tout parce que Francis Ford Coppola a su transcender le matériau de base en une tragédie shakespearienne embrassant dans un même mouvement l’Histoire de l’Amérique du 20ème siècle en pleine mutation. Ensuite parce que cette saga de gangsters parle en réalité de la famille, de la corruption du pouvoir, de la transmission du Mal. Et enfin parce que portés par la grâce, le chef-opérateur (Gordon Willis), le musicien (Nino Rota) et un casting d’une justesse rarement atteinte, donnent le meilleur d’eux-mêmes.

Il y a du roi Lear dans le personnage de ‘Don Corleone’, caïd sicilien sexagénaire implanté à New York dans l’immédiat après-guerre. Un chef de clan, un « caïd » mafieux impitoyable entouré de ses trois fils. Un roi à sa manière et ses héritiers, dont le successeur sera le moins susceptible a priori de saisir le sceptre. Le mot « mafia » n’est pas prononcé une seule fois, ce qui aide à envelopper le film d’une aura universelle. Le scénario avance par ellipses parfaitement maîtrisées en longs tableaux fourmillant de détails : le mariage de la fille Corleone, la guerre des gangs déclenchées par un rival, l’exil du plus jeune fils en Sicile, le déclin du vieux chef et finalement la vengeance sanglante du nouveau « parrain » qui délaisse les méthodes des anciens pour passer à un crime organisé sans règles ni garde-fou. Il y a quelque chose de très mystérieux dans l’addiction provoquée par ce film chez ses admirateurs. C’est une œuvre exceptionnellement dense, non dépourvue d’ironie sous-jacente, de répliques-culte (« Leave the gun, take the canolli », « I’ll make him an offer he can’t refuse ») et même d’émotion.

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FRANCO CITTI ET AL PACINO

À 46 ans, lourdement grimé, Marlon Brando trouve le rôle de sa vie avec ‘Don Vito’, chef magnanime et charismatique, si chaleureux et humain qu’on en oublie ce qu’il est réellement. Autour de lui, un assemblage extraordinaire : Al Pacino qu’on voit évoluer du jeune héros de la WW2 au « padrone » froid et désincarné, Robert Duvall en « consiglieri » diplomate et effacé, James Caan en fils aîné sanguin aveuglé par son tempérament, John Cazale en frère faible et pathétique, Al Lettieri en narcotrafiquant inquiétant, vivante image du futur de la pègre et Diane Keaton, Richard Conte, Richard Castellano, Sterling Hayden, il faudrait citer tout le monde.

« LE PARRAIN » dure trois heures et pour qui le revoit régulièrement, c’est un véritable piège, puisqu’il est impossible de le prendre en route sans aller jusqu’au bout. On y trouve toujours quelque chose, un détail, une attitude, un dialogue qui vient enrichir l’idée qu’on se faisait du film.

Une œuvre majeure du cinéma U.S., qui donnera naissance à deux suites dont la première tournée deux ans plus tard, tout aussi magistrale sans atteindre toutefois la séduction inaltérable et intemporelle de ce premier opus.

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DIANE KEATON, ROBERT DUVALL ET AL PACINO

 

« L’HOMME DE LA LOI » (1971)

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BURT LANCASTER

Les trois protagonistes de « L’HOMME DE LA LOI » sont d’anciens héros vieillissants de la légende de l’Ouest : un shérif auréolé de ses exploits passés (Robert Ryan), un rancher qui a dompté une terre sauvage (Lee J. Cobb) et un marshal (Burt Lancaster), qui est le seul à n’avoir pas évolué depuis toutes ces années.LAWMAN

Alors que le monde avance vers le vingtième siècle, ‘Maddox’ est resté ce représentant de la loi psychorigide, inflexible jusqu’à l’inhumanité. Il arrive dans une petite ville pour ramener dans la sienne plusieurs cowboys au service de Cobb, accusés de la mort accidentelle quelques mois plus tôt d’un passant. Incapable de transiger, de négocier ou même de dialoguer, Maddox va déclencher un véritable bain de sang.

Le film tout entier se focalise sur le portrait de cet individu effrayant de raideur, accroché aux règles jusqu’à en devenir obsessionnel. Avec sa silhouette alourdie, son visage abimé de cicatrices, Lancaster est l’interprète rêvé de ce western âpre et cruel, qui se bonifie avec les années, malgré la mise-en-scène un peu désuète de Michael Winner. L’acteur parvient à affiner un peu la psychologie du personnage, à le rendre moins monolithique, par des détails incongrus : il joue de la flûte, aime saucer ses plats avec du pain. On parle beaucoup d’honneur, de lâcheté, des temps qui changent, de la difficulté à être et avoir été, entre deux duels sanglants. On notera l’étrange relation liant Cobb et Salmi, inséparables depuis trente ans, et le comportement de veuf éploré du premier, à la mort du second. Si le grand Burt domine chaque séquence où il apparaît, c’est Ryan qui a le rôle le plus intéressant, celui de ce héros légendaire qui « n’a plus l’estomac » et vivote en se tenant discrètement dans l’ombre quitte à essuyer quelques injures au passage. Autour d’eux, de grands seconds rôles comme Joseph Wiseman en avatar de ‘Doc Holiday’, Robert Duvall, Ralph Waite, Albert Salmi, Richard Jordan particulièrement bien servi par le scénario et la toujours parfaite Sheree North en ex-maîtresse de Maddox vieillie avant l’âge.

Pas suffisamment soigné visuellement (bien qu’il soit tourné au Nouveau Mexique, le film fait parfois penser aux séries B filmées à Almeria !), « L’HOMME DE LA LOI » peine à se hisser au niveau des véritables chefs-d’œuvre du genre, mais il tient remarquablement bien le coup, 45 ans après sa sortie, et sa fin totalement nihiliste laisse un arrière-goût amer et démythifie définitivement le héros de western inventé par Hollywood.

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ROBERT DUVALL, J.D. CANNON, ROBERT RYAN, LEE J. COBB, JOHN BECK ET BURT LANCASTER

À noter plusieurs détails prémonitoires : Lee J. Cobb se nomme ‘Bronson’ dans « L’HOMME DE LA LOI » et les villageois parlent plusieurs fois de « vigilante ». On le sait, trois ans plus tard, Winner tournera son plus grand succès : « UN JUSTICIER DANS LA VILLE », avec Charles… Bronson. Coïncidences…

 

« BAD ACTOR » : Robert Duvall dans « Alfred Hitchcock présente »

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ROBERT DUVALL

« BAD ACTOR » est un épisode de la 7ème et dernière saison de « ALFRED HITCHCOCK PRÉSENTE », réalisé par John Newland.

Le titre en est particulièrement savoureux, puisqu’il est censé définir le personnage principal, incarné par Robert Duvall, un des grands acteurs de sa génération… et des suivantes. Il campe une sorte de synthèse de l’acteur new-yorkais dans la dèche : mal fagoté, alcoolique, aigri et égocentrique, il emprunte quelques tics à Marlon Brando (son goût du tam-tam et des T-shirts) et se montre parfaitement odieux.

Quand il apprend qu’un rival (Charles Robinson) a été choisi à sa place pour un rôle principal à Broadway, Duvall l’entraîne chez lui et l’étrangle. Il fait disparaître le corps avec des hachoirs et de l’acide. Reste la tête, qu’il n’a pas le temps de dissoudre avant l’arrivée inopinée de sa fiancée, de son agent et d’un flic recherchant le malheureux. Le manque de sang-froid de l’acteur finira par le perdre.

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CHARLES ROBINSON, ROBERT DUVALL ET WILLIAM SHALLERT

Le scénario de Robert Bloch est bizarrement simpliste et dépourvu d’une chute surprenante. On s’attend dès le début à ce que Duvall se fasse coincer et comme on ne ressent aucune empathie pour lui, le suspense est minimal. Un épisode un peu faiblard donc, à voir pour son acteur principal comme toujours investi et totalement crédible.

 

« WILD HORSES » (2015)

Robert Duvall a tourné cinq films en tant que réalisateur : un documentaire, un film indépendant sur la communauté gitane en 1983, puis « LE PRÉDICATEUR », « ASSASSINATION TANGO » et aujourd’hui « WILD HORSES ». Dans les trois derniers, on retrouve exactement les mêmes qualités et les mêmes défauts.WILD

Avant tout, Duvall s’offre des rôles complexes et intrigants, pas spécialement sympathiques. Il décrit des milieux différents avec une certaine acuité, mais tourne (hélas) le dos à une scénarisation conventionnelle pour installer une lenteur parfois léthargique, une certaine confusion dans les tenants et aboutissants et un sens de l’ellipse pas toujours très payant. Certains effets sont maladroits et inutiles, comme le son d’un coup de feu manifestement rajouté a posteriori, pour suggérer qu’un personnage s’est suicidé.

Situé au Texas, au sein d’une famille de ranchers, « WILD HORSES » ravive une vieille enquête sur la disparition d’un jeune homme, menée par une ‘Texas Ranger’ opiniâtre. Celle-ci est campée par Luciana Pedraza (Mme Duvall à la ville), danseuse argentine déjà appréciée dans « ASSASSINATION TANGO » et qui surprend agréablement. Duvall lui, est le patriarche intolérant et dominateur d’un clan éclaté. Un individu trouble et peu ragoutant, qu’il parvient à humaniser avec un métier consommé. Autour de lui, James Franco en fils ‘gay’, Josh Hartnett très bien en aîné dur-à-cuire. On retrouve avec plaisir l’excellente Adriana Barraza (« BABEL », « CAKE ») en mère éplorée. Elle a un magnifique face-à-face avec Duvall vers la fin.

« WILD HORSES » n’est pas désagréable, il contient même deux ou trois séquences magistrales, mais l’ensemble est décousu, manque de colonne vertébrale. À voir de toute façon pour l’admirateur du grand Duvall qui, à 84 ans, avec des difficultés à se déplacer et la double casquette de réalisateur et de rôle principal, parvient encore à électriser l’écran et à créer un personnage aussi tragique que pathétique. Immense acteur…

 

« L’ÉVADÉ » (1975)

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CHARLEY SMILES !

« L’ÉVADÉ » est le premier film qu’un Charles Bronson de 53 ans tourna après le succès U.S. de « UN JUSTICIER DANS LA VILLE », qui fit de lui un acteur « bankable » sur son sol natal. Réalisé par le solide Tom Gries, c’est un film d’aventures lointainement inspiré de faits réels, qui surprend un peu par la pauvreté de son scénario et par son manque d’ampleur et de vrais rebondissements.breakout

Survenant après vingt minutes de projection, Bronson est un pilote plutôt minable, qui accepte de faire évader Robert Duvall, un homme emprisonné (à tort) au Mexique par son propre grand-père (John Huston en roue-libre). C’est l’épouse du malheureux (Jill Ireland) qui se charge des modalités et le peu téméraire Charley finira par s’exécuter pour ses beaux yeux.

Se déroulant dans deux décors principaux : le club d’aviation délabré de Bronson et de son associé Randy Quaid, et dans l’enceinte du bagne, « L’ÉVADÉ » fait du sur-place, se répète, perd du temps en tentatives avortées, s’enlise dans les scènes de prison où Duvall (tellement crédible qu’on le croirait échappé d’un autre film !) se délabre physiquement et moralement. Que reste-t-il alors, pour tenir le coup jusqu’à l’évasion finale en hélico, relativement accrocheuse ? Le bagout de Bronson, dans le même ‘mood’ drolatique que dans « MR MAJESTYK », qui cabotine pas mal, appuie ses effets par des mimiques pas toujours très légères et exhibe ses légendaires biceps. S’il « rame » visiblement dans ses face-à-face avec la crispante Ireland, il s’avère en revanche amusant quand il échange des répliques avec l’excellente Sheree North jouant son amie d’enfance ou avec Quaid en grand dadais pas très vif d’esprit. Malgré tout, si on applaudit l’effort, on préfèrera toujours notre Bronson minéral et taiseux.

Ne pas se fier donc, au démarrage prometteur évoquant vaguement un film de Peckinpah avec ses décors mexicains, ses ralentis, ses images gelées sur des impacts de balles et la présence d’Emilio Fernandez au générique. « L’ÉVADÉ » n’est qu’un petit film moyennement écrit, paresseusement filmé, qui fait peu de cas d’un pourtant alléchant casting.

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ROBERT DUVALL, JILL IRELAND, CHARLES BRONSON ET SHEREE NORTH

Pour la petite histoire : Gries avait déjà dirigé Bronson 14 ans plus tôt à la TV, dans l’épisode « DEAD LOAD : DAVE BRADDOCK » de la série « LES BARONS DE LA PÈGRE » avec également Jack Lord. Il remplaça Michael Ritchie au pied-levé sur le tournage de « L’ÉVADÉ », après que celui-ci ait refusé Jill Ireland dans le rôle féminin principal.

 

L’HOMME DE LA LOI EN BLEU…

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SORTIE EN OCTOBRE DE « L’HOMME DE LA LOI » EN ALLEMAGNE ET EN BLU-RAY. S’AGIRA-T-IL DE LA VERSION INTÉGRALE OU CENSURÉE ? À SUIVRE…