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Archives de Catégorie: LES FILMS DE ROY SCHEIDER

« 2010 – L’ANNÉE DU PREMIER CONTACT » (1984)

2 010.jpg« 2010 – L’ANNÉE DU PREMIER CONTACT », écrit, réalisé et même… photographié par Peter Hyams, se veut une sequel du « 2001 » de Kubrick, tournée 16 ans plus tard. Le scénario est, et ce dès les premières images, tellement raccroché au film original, qu’il n’arrive jamais à trouver sa propre identité.

Si on veut être méchant, on dirait que « 2010 » ressemble à un double épisode de la série TV « COSMOS 1999 » tourné clandestinement dans les décors du chef-d’œuvre de 1968. C’est statique, bavard, confiné, d’une maladresse souvent sidérante. Quelle idée de vouloir expliquer à tout prix ce qu’on ne faisait que pressentir ou deviner dans le Kubrick ? Tout devient plat, naïf et édifiant, comme ce message lénifiant pour la paix sur terre et la fraternité entre les hommes, qui sous-tend toute l’histoire. Le retour de Keir Dullea dans le rôle de ‘Bowman’ ne fait qu’empirer les dégâts. C’est vraiment le genre d’idée qu’il n’aurait jamais fallu avoir ! Que reste-t-il, alors ? Roy Scheider, déjà. Dans la première partie, il retrouve exactement son look des « DENTS DE LA MER » (il a même des dauphins vivants dans son living-room !), ce qui le rend instantanément familier et sympathique. Il reprend le personnage créé par William Sylvester dans « 2001 ». Il n’a pas grand-chose à faire, à part prendre un air anxieux, ce qu’il fait très bien. À ses côtés, une Helen Mirren de 39 ans en officier russe et des visages familiers comme John Lithgow, Bob Balaban ou Dana Elcar.

Ce n’est donc pas un film indispensable, même pour le fan complétiste de l’univers d’Arthur C. Clarke. Ce n’est que la suite scolaire et bien-pensante d’un grand film presque abstrait dont il brouille un peu le souvenir avec ses gros sabots.

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ROY SCHEIDER ET HELEN MIRREN

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« LES DENTS DE LA MER » (1975)

JAWS.jpgQu’on aime ou pas le cinéma de Steven Spielberg, « LES DENTS DE LA MER » adapté d’un médiocre best-seller de Peter Benchley, demeure le film qui l’installa une bonne fois pour toutes dans la cour des grands et qui a redéfini les règles du film d’horreur et de suspense pour les décennies à venir.

Le film a étonnamment peu vieilli, dans son fond ou dans sa forme. Porté par un sens inné du cadrage, un montage en mouvement permanent, et bien sûr par la BO mythique de John Williams, Spielberg s’installe dans une réalité foisonnante (la vie familiale des Brody ou la description de la foule du 4 juillet dans la petite station balnéaire d’Amity), où tout le monde parle en même temps et où la frayeur surgit de nulle part, sous la forme – à peine entrevue – d’un grand requin blanc qui s’attaque aux vacanciers. La grande réussite du scénario est de ne s’être pas contenté de faire peur et de filmer les assauts du squale, mais de se concentrer sur un formidable trio de protagonistes d’égale importance : le shérif Roy Scheider, récemment débarqué de New York, aquaphobe et balloté par les politiciens locaux (Murray Hamilton magnifique en maire faux-jeton et irresponsable), l’océanographe Richard Dreyfuss, jeune homme fougueux et émotif et surtout le pêcheur Robert Shaw, grande gueule, obsédé par un besoin inconscient de vengeance contre tout ce qui porte aileron. Incompatibles, antagonistes, ils se retrouvent au milieu de l’océan sur un (trop) petit bateau, face au monstre qui semble leur en vouloir personnellement. Toute la partie située à bord de « l’Orca » est ce qu’il y a de meilleur dans le film, y compris le célèbre monologue de Shaw sur le naufrage de l’Indianapolis qui venait de livrer la bombe d’Hiroshima : immense moment de tension, uniquement basé sur le dialogue et la puissance d’évocation du comédien. Spielberg parvient avec simplicité et sans emphase, à créer une aura de toute-puissance malfaisante autour de son requin. C’est un Moby Dick aux dents acérées qui affronte Shaw, descendant du capitaine Achab, jusqu’à la choquante conclusion.

« LES DENTS DE LA MER » est un film parfait (le réalisateur a fait plus ambitieux, mais a-t-il fait mieux ?), une œuvre-phare du cinéma U.S. qu’on peut revoir indéfiniment en y découvrant toujours quelque chose de neuf à admirer.

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ROY SCHEIDER, MURRAY HAMILTON, RICHARD DREYFUSS ET ROBERT SHAW

 

« ROY SCHEIDER : A FILM BIOGRAPHY »

« ROY SCHEIDER : A FILM BIOGRAPHY », publié en 2002 par McFarland et écrit par Diane C. Kachmar, retrace le très étrange parcours d’un comédien qui marqua les années 70 grâce à plusieurs énormes succès comme « FRENCH CONNECTION », « LES DENTS DE LA MER » ou « MARATHON MAN », connut le grand rôle de sa vie avec « ALL THAT JAZZ ! », avant de disparaître peu à peu dans les tréfonds des sequels inutiles (« LES DENTS DE LA MER : 2ème PARTIE » ou « 2010 ») et les DTV de plus en plus obscurs.ROY.jpeg

Le livre, assez succinct, révèle toutefois une personnalité plus compliquée qu’on aurait pu le penser. Comédien cérébral, amoureux du théâtre, il a longtemps essayé d’échapper à l’archétype du personnage de flic dans lequel il était enfermé. De grands rôles lui ont échappé, comme le prêtre dans « L’EXORCISTE » ou Michael – finalement incarné par Robert De Niro – dans « VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER ». Il s’est souvent fâché avec les studios et les réalisateurs, a connu de bonnes relations avec Bob Fosse ou John Frankenheimer. Mais sa collaboration avec William Friedkin s’est avérée décevante. Le réalisateur ayant publiquement déclaré que Scheider n’avait pas l’étoffe d’une star et qu’il aurait préféré Steve McQueen dans « LE CONVOI DE LA PEUR », sous-entendant qu’il était responsable de l’échec commercial du film !

À la lecture de cet ouvrage, on sent que Scheider est passé tout à côté d’une grande carrière. Il s’imaginait en héritier de Bogart, voire de Cary Grant, mais n’est pas parvenu à capitaliser sur ses premiers succès au box-office. Un peu triste donc, ce parcours en dents de scie, pour un acteur singulier, à la forte présence physique, mais qui n’a jamais joué les machos. Son aura s’est dissipée au début des années 90 et sa fin de carrière est vraiment catastrophique, à deux ou trois exceptions près.

Au fait, le saviez-vous ? C’est Roy Scheider qui a improvisé la célébrissime réplique de « JAWS » : « We’re gonna need a bigger boat ».

 

« QUE LE SPECTACLE COMMENCE ! » (1979)

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ROY SCHEIDER

Grand chorégraphe de Broadway, Bob Fosse a tourné six longs-métrages dont « CABARET » et « LENNY ». « QUE LE SPECTACLE COMMENCE ! » est son avant-dernier film, produit cinq ans avant sa mort. Et c’est bien de cela qu’il parle : de la mort prochaine de Bob Fosse ! Ou tout du moins de son transparent alter-ego ‘Joe Gideon’.JAZZ.jpeg

Le scénario éclaté en kaléidoscope, entre flash-backs, rêves de morphine, fantasmes sexuels et répétitions de spectacles, rend parfaitement la sensation de tourbillon permanent que fut la vie de cet « homme pressé », toujours au bord du burnout. Les numéros musicaux – très nombreux – s’insèrent bien dans ce style narratif, et si le film semble piétiner parfois, il n’en parvient pas moins à immerger, à soûler et à donner une bonne idée de l’homme. Il faut bien avouer que le choix de Roy Scheider pour jouer (plus ou moins) Bob Fosse, est plutôt déroutant. Figure incontournable du polar urbain et du film d’aventures des seventies, l’acteur a été modifié physiquement (amaigri, barbu, teint en roux, sans aucun bronzage chose rare chez lui) pour être crédible dans ce rôle d’artiste égoïste, narcissique, suicidaire et insupportable. Il lui manque peut-être un grain de folie authentique, une rage intérieure, pour y parvenir totalement, mais il fait une belle prestation et endosse un vrai contremploi. Autour de lui, Leland Palmer est très bien dans le rôle de son ex-femme et on reconnaît des têtes familières comme John Lithgow, Ben Vereen, Sandahl Bergman ou CCH Pounder. Jessica Lange incarne une vision angélique et douce de la Mort elle-même, qui attend patiemment son heure.

Aujourd’hui, le film paraît un peu long, parfois lourd (le portrait caricatural des producteurs est trop appuyé, sans nuances), voire un peu complaisant. Mais il n’en demeure pas moins que « QUE LE SPECTACLE COMMENCE ! » est un bel achèvement – surtout dans le contexte cinématographique de l’époque – un film torrentiel et intime à la fois, qui entrouvre une porte sur l’âme tourmentée d’un créateur prêt à tout donner pour son art. Même sa propre vie.

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ROY SCHEIDER, LELAND PALMER ET BEN VEREEN

 

« LES DENTS DE LA MER – 2ème PARTIE » (1978)

JAWS2.jpg« LES DENTS DE LA MER – 2ème PARTIE » fut tourné trois ans après l’original sur la même île (imaginaire) d’Amity, avec une partie du casting, mais… sans Steven Spielberg aux commandes. C’est le téléaste français Jeannot Szwarc qui a pris le relais. À sa décharge, il a hérité d’un scénario d’une décourageante pauvreté qui remâche les enjeux si bien développés dans le n°1, et dont il n’y avait pas grand-chose d’autre à tirer.

Au début, on ressent pourtant quelque espoir à revoir ce décor attractif de ville balnéaire en effervescence, de retrouver la gueule en lame de couteau bien affûté de Roy Scheider et de croiser à nouveau ce pleutre de maire (Murray Hamilton) qui n’a rien appris de ses précédents malheurs, sans oublier la stoïque épouse du shérif (Lorraine Gary). Seulement après une petite trentaine de minutes où un Scheider paranoïaque, tente de convaincre tout le monde qu’un nouveau requin rôde, le film se délite. De longues, très longues minutes sont consacrées à une bande d’ados partis faire du voilier. Leurs hurlements stridents – particulièrement ceux de l’insoutenable Donna Wilkes – ne donnent qu’une envie, c’est de prendre parti pour le squale et prier pour qu’il les avale tous jusqu’au dernier ! Ça se traîne, les morceaux de bravoure (l’hélico coulé par le requin) sont complètement dépassés et la fin est un indigent décalque de celle du Spielberg. L’idée même de produire la suite d’un tel chef-d’œuvre était absurde à la base et l’absence de Robert Shaw et Richard Dreyfuss, ou en tout cas de personnages aussi forts, se fait cruellement ressentir tout du long. Du trio mythique, seul reste Roy Scheider, parfait comme toujours, qui rejoue à peu près les mêmes scènes que précédemment (les engueulades avec les notables, la peur de voir ses enfants partir en mer, la cuite, etc.)  avec tout son professionnalisme. Disons que de loin, cela ressemble à « JAWS », mais en regardant de plus près, ce n’en est qu’une pâle photocopie sans âme ni raison d’être. Dire qu’il y a eu deux autres sequels et que celle-ci… est la meilleure !

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ROY SCHEIDER ET LORRAINE GARY

 

« TONNERRE DE FEU » (1983)

BLUE2Écrit par Dan O’Bannon (« ALIEN »), réalisé par John Badham (« LA FIÈVRE DU SAMEDI SOIR »), « TONNERRE DE FEU » marque plus ou moins la fin du statut de vedette de Roy Scheider, dont la carrière entamera bientôt une pente descendante, et sera hélas, le dernier film de Warren Oates.

Qu’en dire d’autre ? C’est un thriller high-tech (à l’époque, tout du moins), dont la vraie star est un hélicoptère ultra-performant qui donne d’ailleurs son titre au film. Si la première moitié du scénario se tient bien, malgré un manque de profondeur évident des protagonistes, la seconde privée de son centre de gravité par la disparition de Daniel Stern, le seul personnage sympathique, se résume à une démonstration de poursuites aériennes ou en voitures, où les véhicules explosent, les buildings se prennent des missiles de plein-fouet. On a bien évidemment eu droit à beaucoup mieux depuis et vu la faiblesse du postulat de départ (une conspiration tirée par les cheveux pour justifier la mise en service du fameux hélico) l’intérêt fond comme neige au soleil.

Scheider, buriné, l’air un peu absent, joue les ex-héros du Vietnam souffrant de SPT (ce qui nous vaut un bien vilain flash-back récurrent) sans faire preuve de sa présence habituelle. Il se laisse piquer la vedette par le jeune Stern, amusant en coéquipier enthousiaste et courageux. Candy Clark assure en fiancée de notre pilote, même si leur couple paraît bien improbable. Malcolm McDowell joue un ‘villain’ tête-à-claques moyennement crédible et Oates se traîne dans un rôle effacé de chef râleur bien indigne de lui.

« TONNERRE DE FEU » a encore ses bons moments et on a est toujours content de revoir ces comédiens d’une époque révolue. Mais il a indéniablement vieilli, manque de substance et son climax – un looping en hélicoptère réputé impossible – paraît tout de même insuffisant.

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WARREN OATES, ROY SCHEIDER, MALCOLM McDOWELL ET DANIEL STERN

 

« L’ATTENTAT » (1972)

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JEAN-LOUIS TRINTIGNANT ET GIAN MARIA VOLONTÈ

Inspiré de l’affaire Ben Barka (l’enlèvement en plein Paris d’un leader politique marocain jamais retrouvé) qui défraya la chronique en 1965, « L’ATTENTAT », bien que signé Yves Boisset, a un faux-air de film à la Costa-Gavras. On y retrouve d’ailleurs plusieurs acteurs fréquemment employés par celui-ci ce qui renforce l’impression.ATTENTAT

Revoir le film aujourd’hui replonge dans une ambiance trouble et paranoïaque typique des années 70. Pratiquement pas de psychologie dans le scénario et le dialogue signés Ben Barzman et Jorge Semprun, mais un discours direct et militant, mettant en cause les gouvernements français et marocains (le second jamais nommé), l’ORTF (nommé plusieurs fois !), la police et même la CIA. Inutile de chercher de la subtilité : « L’ATTENTAT » est une machine à dénoncer. C’est à la fois sa force et sa faiblesse. Boisset a réuni un des plus ahurissants castings du cinéma de l’époque : Jean-Louis Trintignant est un antihéros inhabituel, un entremetteur louche qualifié de raté, de minable, de médiocre par à peu près tout le monde au cours du film et manipulé comme un vulgaire pantin ! Comme d’habitude, l’acteur l’incarne honnêtement, sans jamais chercher à le rendre un tant soit peu sympathique, même quand il recherche la rédemption. Autour de lui, Michel Bouquet, Philippe Noiret, Jean Bouise jouent des pourris de compétition, Michel Piccoli est glaçant en colonel tortionnaire, Gian Maria Volontè (doublé par Marcel Bozzuffi) est impeccable en avatar de Ben Barka. Superbe confrontation avec Piccoli dans la meilleure scène du film. Des anglo-saxons comme Roy Scheider, Jean Seberg ou Nigel Davenport n’ont que des rôles sans grand intérêt. À noter que, étonnamment, Bruno Cremer et François Périer trouvent des personnages intègres.

Avec Ricardo Aronovich à la photo, Ennio Morricone à la BO, « L’ATTENTAT » possède énormément d’atouts pour passionner encore. Il bénéficie d’un bon rythme et maintient l’attention, même si deux heures, cela peut sembler longuet quand on ne parvient à s’attacher à aucun personnage et que certaines séquences sont trop systématiquement rentre-dedans et lourdingues. À voir de toute façon pour se souvenir de cette affaire aux ramifications vertigineuses et pour son générique absolument incroyable.

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JEAN SEBERG ET MICHEL PICCOLI

À noter que le film, totalement inédit en France en vidéo, est trouvable en Allemagne dans une copie 16/9, mais techniquement très perfectible.