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Archives de Catégorie: LES FILMS DE ROY SCHEIDER

« POLICE PUISSANCE 7 » (1973)

7UPSPhilip D’Antoni fut le producteur de « BULLITT » et de « FRENCH CONNECTION » avant de réaliser lui-même « POLICE PUISSANCE 7 » qui se présente comme le petit frère des deux précédents, y puisant allègrement ses meilleurs éléments.

De « BULLITT », on retrouve la poursuite en voiture (parfaitement réglée, mais tellement longue qu’elle semble creuser un gros trou noir au beau milieu du film) et le col-roulé noir de McQueen porté ici par Roy Scheider, holster inclus. C’est d’ailleurs le même Bill Hickman qui est au volant dans les deux films ! Du chef-d’œuvre de Friedkin on récupère donc Scheider, l’ex-flic Sonny Grosso au scénario, Tony Lo Bianco et une ambiance générale réaliste et filmée « à l’arrache ».

S’il n’est pas aussi stylé et captivant que ses aînés, ce polar sec comme un coup de trique, nerveux et sans chichi esthétique se laisse voir sans problème, grâce à son ambiance seventies reconnaissable à des kilomètres et surtout grâce à la relation qui sous-tend toute l’enquête : celle du superflic et de son « indic » et meilleur ami d’enfance qui s’achèvera dans la trahison et l’amertume.

Scheider, acteur physique par excellence, est vraiment parfait dans la continuation de son personnage de « FRENCH CONNECTION ». On apprend à l’apprécier par de petites touches subtiles, lorsqu’il déambule dans ‘Little Italy’ où tout le monde le connaît depuis toujours et il dégage une authentique humanité sous son masque constamment tendu aux yeux inquiets. Lo Bianco est également impeccable en planche-pourrie de compétition. On reconnaît Joe Spinell en garagiste ripou et Richard Lynch, glauque à souhait comme d’habitude.

RICHARD LYNCH, TONY LO BIANCO ET ROY SCHEIDER

RICHARD LYNCH, TONY LO BIANCO ET ROY SCHEIDER

L’idée de ces kidnappings de mafiosi est originale et ingénieuse, mais le film demeure un peu superficiel et trop sage dans sa mise-en-scène pour prétendre à égaler ses modèles. Cela demeure toutefois un joli fleuron du polar de son époque.

 

AMERICAN FRIENDS IN BLUE !

SORTIES U.S. EN BLU-RAY POUR L’ÉTÉ :: DU ROY, DU YUL, DU STEVE, DU LEE ET DU JACK ! QUE DU BONHEUR EN HD...

QUATRE SORTIES U.S. EN BLU-RAY POUR L’ÉTÉ : DU ROY, DU YUL, DU STEVE, DU LEE ET DU JACK ! QUE DU BONHEUR EN HD…

 

« FRENCH CONNECTION » (1971)

ROY SCHEIDER ET GENE HACKMAN

ROY SCHEIDER ET GENE HACKMAN

S’il est un film qui pourrait à lui seul symboliser et synthétiser le renouveau stylistique et thématique du cinéma U.S. dans les seventies, ce serait « FRENCH CONNECTION ». Inspiré de faits réels (un trafic de cocaïne entre Marseille et New York), le scénario est d’un réalisme absolu, n’obéit à aucun code du polar hollywoodien et décrit une longue traque laborieuse. Loin des superflics charismatiques de McQueen ou Eastwood, Gene Hackman – dans le rôle qui fit sa carrière – crée un « poulet » de terrain, un chien de chasse obsessionnel et hors-de-contrôle, un individu brutal et peu sympathique, prêt à tout sacrifier pour atteindre son but. On ne saura rien de lui, de sa vie privée, de son passé. On ne le voit qu’en action, indifférent au monde extérieur, à sa propre dégaine presque ridicule, à sa santé, uniquement focalisé sur sa proie.FRENCH À l’image de la mise-en-scène inimitable de William Friedkin, mélange détonnant de style « reportage » et de maîtrise du découpage et de l’espace, le jeu d’Hackman plonge dans une réalité qui n’a rien d’aseptisé ou d’exagérément dramatisé. Le film est composé de plusieurs blocs alternant les filatures magnifiquement détaillées et les morceaux de bravoure encore stupéfiants aujourd’hui : la poursuite voiture-métro est absolument bluffante tout en demeurant crédible de A jusqu’à Z. Dans « FRENCH CONNECTION », tout sonne juste, rien ne paraît fabriqué et c’est là que réside l’extraordinaire révolution que représenta le film à sa sortie et dont les échos n’ont toujours pas fini de se faire sentir. Tous les acteurs sont idéalement castés : Roy Scheider en coéquipier discret et fiable, Marcel Bozzuffi en flingueur glacial et sans état d’âme, Tony Lo Bianco en malfrat parvenu. Seul Fernando Rey semble une drôle d’idée de casting, puisqu’il incarne un caïd français, mais a gardé son fort accent espagnol. Malgré tout, son petit salut ironique de la main à ‘Popeye’, alors que le métro s’éloigne, reste un moment délectable. Le film n’a pas pris une ride, véritable modèle de montage, de mixage et de perfection cinématographique. Et il s’achève sur une note choquante, sur une fin « ouverte » qui laisse inassouvi et mal à l’aise. Du grand art !

MARCEL BOZZUFFI ET FERNANDO REY

MARCEL BOZZUFFI ET FERNANDO REY

 

« ROMEO IS BLEEDING » (1994)

LENA OLIN

LENA OLIN

Un peu noyé à sa sortie dans le flot ininterrompu de « tarantineries » à la mode de l’époque, « ROMEO IS BLEEDING » vaut la peine d’être revu aujourd’hui avec un œil neuf et hors de son contexte.

Car c’est un bon polar d’une effarante noirceur, d’un cynisme nauséeux et d’une violence assez inouïe. Le scénario narré en « off » d’une voix lasse et désenchantée par Gary Oldman, retrace son parcours, celui d’un ripou de la pire espèce, vendu à la mafia new-yorkaise, qui se trouve confronté au diable en personne : une tueuse-à-gages russe totalement ravagée (Lena Olin) qui l’obsède autant qu’elle le terrifie.ROMEO2

Omniprésent, survolté, constamment en nage, le regard d’une bête traquée, Oldman porte le film sur ses épaules dans un de ses meilleurs rôles. On ressent peu d’empathie pourtant, pour cet infâme individu amoral, mais il a tellement pire en face de lui, qu’on doit bien le considérer comme le « héros ». Car évidemment, le « clou » du film, c’est Lena Olin réellement hallucinante en flingueuse tellement cinglée qu’elle hurle littéralement de rire en exécutant ses contrats. En roue-libre, l’actrice crée un condensé de « femme fatale » avec sa voix rauque, ses dessous affriolants, tout en jouant en même temps une machine-à-tuer à faire pâlir Terminator. Un grand numéro d’actrice à inscrire dans les annales.

C’est très joliment photographié, truffé de beaux extérieurs, de gros-plans magnifiques, monté avec un dynamisme tel que le film n’a pratiquement pas pris une ride. Le reste du casting est un pur régal : Annabella Sciorra sublime épouse désabusée, Juliette Lewis en Marilyn de supermarché, Roy Scheider impérial en parrain glacial et dans de tout petits rôles : Ron Perlman, Dennis Farina, Michael Wincott, Will Patton, etc. Un vrai défilé !

GARY OLDMAN, ANNABELLA SCIORRA ET ROY SCHEIDER

GARY OLDMAN, ANNABELLA SCIORRA ET ROY SCHEIDER

Une vraie bonne surprise donc, que la redécouverte de « ROMEO IS BLEEDING », un authentique ‘film noir’ où l’œil exercé du cinéphile trouvera de discrets hommages à Jacques Tourneur ou Martin Scorsese. Du tout bon, en somme…

 

« MEURTRES EN CASCADE » (1979)

ROY SCHEIDER

ROY SCHEIDER

Ils sont nombreux les cinéastes des années 70 et 80 à avoir rendu hommage (ou plagié ou pastiché, c’est selon) l’œuvre d’Alfred Hitchcock, jusqu’à en perdre eux-mêmes toute personnalité propre. Jonathan Demme n’a pas échappé à la règle en signant ce « MEURTRES EN CASCADE ».EMBRACE

Un scénario truffé d’allusions à « VERTIGO », une BO délibérément datée de Miklós Rózsa : pour un peu, on s’y croirait. Mais l’histoire, adaptée d’un roman, est tellement anecdotique et tirée par les cheveux, qu’on ne se sent jamais impliqué. C’est une des vengeances les plus absconses et absurdes de l’Histoire de vengeances au cinéma : la petite-fille d’une jeune femme juive du 19ème siècle obligée de se prostituer, entreprend d’exterminer les descendants de ses tortionnaires ! Parmi ceux-ci, le héros du film, un agent secret dépressif incarné par un Roy Scheider qui semble échappé de « MARATHON MAN » et qui tombe amoureux de la demi-folle.

On assiste passivement à cette enfilade de clichés qui aboutit à un ‘climax’ purement touristique aux Chutes du Niagara (sans aucune raison valable, dramatiquement parlant), où c’est à « LA MORT AUX TROUSSES » que Demme rend alors hommage. Scheider a toujours son physique affuté, ses muscles de gymnaste et son bronzage de surfer, mais il n’a pas grand-chose à faire et son jeu s’en ressent. Janet Margolin joue les « girls next door » sans jamais donner vie à son personnage et on reconnaît çà et là des visages familiers comme Christopher Walken en rond-de-cuir des services secrets dans deux courtes séquences, Charles Napier acteur-fétiche du réalisateur et même – mais il faut le savoir ! – un Mandy Patinkin (« HOMELAND ») bouclé et complètement méconnaissable en voyageur malmené par Scheider sur un quai de gare, au début du film.

Un film de cinéphile donc, mais dont les responsables semblent avoir oublié que la grande force des films qu’ils décalquent fastidieusement, était souvent leur scénario. Là, c’est raté.

ROY SCHEIDER, JANET MARGOLIN ET CHRISTOPHER WALKEN

ROY SCHEIDER, JANET MARGOLIN ET CHRISTOPHER WALKEN

 

« BACK HOME » (1997)

ROY SCHEIDER

ROY SCHEIDER

Le thème de la fête de famille – ici, Thanksgiving – se transformant en règlement de comptes plus ou moins sordide, a déjà donné lieu à pas mal de films américains « indépendants ». « BACK HOME » (oui, c’est le titre « français » !) est une heureuse surprise.

BACK2Refusant le drame à la « FESTEN » ou la comédie douce-amère façon « WEEK-END EN FAMILLE », le film lorgne plutôt du côté d’Ingmar Bergman par son approche feutrée, son goût du non-dit. Le scénario préfère suggérer plutôt qu’expliquer, il n’aboutit pas forcément à des solutions et installe des situations complexes mais difficiles à définir. Au cœur du film, la relation malsaine entre un père macho et dominateur (Roy Scheider, magnifique dans son dernier grand rôle) et son fils sensible qu’il a pris depuis l’enfance comme souffre-douleur (l’excellent Noah Wyle). Entre eux, un écheveau d’humiliations, d’amour larvé, de jalousies non-exprimées qui escaladeront jusqu’à la crise.

La grande qualité de « BACK HOME » réside dans son casting de premier ordre : Blythe Danner en mater familias fine et silencieuse, Julianne Moore électrisante dans son emploi préféré de névrosée insupportable à fleur de peau, Hope Davis excellente en fiancée d’un des frères au franc-parler. Tout le monde est au même niveau et a quelque chose à défendre.

Il faut se laisser prendre par l’atmosphère singulière de ce film délicat et sensuel, qui se refuse à toute sentimentalité mais brosse une galerie de portraits où chacun se reconnaîtra à un moment ou un autre.

« BACK HOME » laisse enfin sur des regrets, car il confirme que Roy Scheider, grand espoir déçu des années 70, méritait infiniment mieux que la carrière en dents de scie qui fut la sienne et qu’il était capable de tenir des rôles à mille lieux de son image d’homme d’action buriné.

À noter : une des dernières scènes du film où Scheider visionne des films Super-8 de sa famille dans la cave, qui rappelle étonnamment celle équivalente dans le beau « INDIAN RUNNER » de Sean Penn.

BLYTHE DANNER, JULIANNE MOORE ET NOAH WYLE

BLYTHE DANNER, JULIANNE MOORE ET NOAH WYLE

 

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« LE CONVOI DE LA PEUR » (1977)

L’ENFER...

L’ENFER…

Le précédent film de William Friedkin, « L’EXORCISTE » parlait du Diable. « LE CONVOI DE LA PEUR » poursuit sur la même lancée en plongeant directement dans l’Enfer. Le scénario de Walon Green inspiré du roman dont fut déjà tiré « LE SALAIRE DE LA PEUR », est étrangement construit, il ose prendre le temps de présenter ses quatre protagonistes avant leur arrivée au purgatoire et les réunit enfin pour une traversée du Styx absolument dantesque.

Lorsqu’ils montent à bord de leurs camions bourrés de nitro, les protagonistes ne sont plus des tueurs-à-gages, des terroristes, des malfrats ou des escrocs tous plus méprisables les uns que les autres, mais des hommes que l’aventure transcendera avant de les pulvériser définitivement. C’est toute la beauté de ce film épique, dont le style semi-documentaire, semi-lyrique, évoque souvent Werner Herzog ou John Boorman dans la relation de l’homme à la nature sauvage. Certaines séquences comme la traversée des camions sur un pont de lianes en pleine tempête ou l’explosion d’un tronc d’arbre bouchant la route décrite par le menu sont d’extraordinaires accomplissements cinématographiques, reposant uniquement sur la force des images et le réel danger qu’on ressent à chaque plan.

SORCERERFriedkin manie le suspense en virtuose. Ses ellipses abruptes suivent des moments étirés au maximum, il fait disparaître des personnages principaux en quelques secondes, sans prévenir, dans un souffle. Tout le film est chargé de symboles plus ou moins décryptables, comme ces têtes sculptées entrevues sur la route qui renvoient à « L’EXORCISTE » ou cette femme de ménage encore jeune mais au visage parcheminé et édenté, qui ressemble tant à un ange de la mort. Quand le dernier survivant l’invite à danser, on comprend instantanément que son destin est scellé.

Les quatre comédiens sont exceptionnels. De Roy Scheider qu’on voit s’effriter de scène en scène, jusqu’à évoquer un mort-vivant à Amidou et Francisco Rabal, formidables de présence. Mais c’est Bruno Cremer qui crève l’écran dans un rôle complexe où la puissance naturelle de son regard fait merveille. Sûrement son rôle le plus marquant avec « LA 317ème SECTION ».

À ne surtout pas prendre pour un vulgaire remake U.S. du film de Clouzot, donc. « SORCERER » est un grand film aux nombreux niveaux de lecture, qu’on peut voir et revoir sans jamais s’en rassasier tout à fait.

Curieusement, la phrase qu’avait placée Melville en ouverture de son « CERCLE ROUGE », conviendrait parfaitement à celui-ci aussi : « Quand des hommes, même s’ils l’ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d’entre eux et ils peuvent suivre des chemins divergents, au jour dit, inéluctablement, ils seront réunis dans le cercle rouge ». Ou dans le cas présent, dans l’enfer vert !

BRUNO CREMER ET ROY SCHEIDER

BRUNO CREMER ET ROY SCHEIDER