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Archives de Catégorie: LES FILMS DE ROY SCHEIDER

« KLUTE » (1971)

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JANE FONDA

« KLUTE » d’Alan J. Pakula est ce que les Américains appellent un « film séminal » des années 70, un polar d’une totale noirceur (dans tous les sens du terme), qui capture sur pellicule les névroses urbaines de l’époque, la dégénérescence d’un New York à l’abandon et la perte de tout repère moral.KLUTE.jpg

Le sujet est simple : Donald Sutherland dans le rôle-titre, est un privé d’une petite ville de Pennsylvanie, qui part à « Big Apple » à la recherche de son meilleur ami disparu depuis un an. Il rencontre Jane Fonda, prostituée qui croisa la route de ce dernier et qui est harcelée par un voyeur invisible. Mais au lieu de se focaliser sur l’enquête policière à proprement parler, les auteurs prennent le risque de dévoiler très tôt l’identité du coupable, anéantissant volontairement une source fondamentale de suspense. « KLUTE » glisse donc du film noir au portrait de deux êtres incompatibles : le flic pudique et intègre et la « pute » instable, passant sa vie chez le psy. Le charisme et le talent des deux acteurs compense aisément l’absence d’investigation, et la complexité des personnages passionne de bout en bout. Le rythme est extrêmement lent (autre parti-pris risqué pour ce qui est présenté comme un « film de genre »), la photo de Gordon Willis très étonnante : d’énormes zones d’ombres d’où se détachent des détails éclairés. Une image en parfaite adéquation avec la BO de Michael Small qui évoque la musique de certains films d’horreur et qui est pour beaucoup dans l’ambiance cauchemardesque du film.

Ajoutons une alchimie formidable entre Fonda aussi touchante qu’exaspérante et Sutherland, impassible et taiseux, des seconds rôles de qualité comme Roy Scheider très bien en « mac » vaniteux et déplaisant ou Charles Cioffi tout à fait répugnant, et « KLUTE » s’impose comme un authentique classique, ancré dans son époque, et témoin de ses mentalités. Indémodable.

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DONALD SUTHERLAND, ROY SCHEIDER ET JANE FONDA

 

« COHEN & TATE » (1988)

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ROY SCHEIDER

Écrit et réalisé par Eric Red, l’auteur de « HITCHER », « COHEN & TATE » est un polar extrêmement original, rappelant un peu « THE HIT » (1984) de Stephen Frears, et mettant en scène deux tueurs à gages : un vieux de la vieille (Roy Scheider) et un jeune loup (Adam Baldwin), chargés de livrer un jeune garçon (Harley Cross) à la mafia, après avoir assassiné sa famille.COHEN copie.jpg

Le film est un mélange de road movie et de huis clos, principalement situé dans l’habitacle d’une voiture en mouvement. Les deux ‘hitmen’ ne s’aiment pas et l’otage va en profiter pour les monter l’un contre l’autre, jusqu’à l’explosion finale. C’est court, compact, sans fioriture superflue. La tension ne baisse jamais, en grande partie grâce à Scheider dans un de ses meilleurs rôles. Avec son sonotone, son visage figé, ravagé, il crée un personnage effrayant et presque humain par instants. Il parvient à attirer la sympathie, malgré ce qu’il est et ce qu’il fait. Face à lui, Baldwin est très bien en gouape imbécile et sanguinaire, qui se transforme sur la fin en sorte de monstre grognant et éructant échappé d’un cauchemar. Un vraiment beau tandem d’acteurs. Dommage alors que le jeune Cross ne soit pas tout à fait à la hauteur d’un rôle complexe et potentiellement fascinant de tireur de ficelles en culottes courtes. Peu expressif, souvent irritant, il ne fait pas grand-chose de son personnage, qui aurait mérité plus de finesse et de perversité. Même à neuf ans ! Dakota Fanning a bien souvent prouvé que c’était possible.

Malgré quelques menus défauts, un budget visiblement minuscule (un peu trop de plans flous trahissent le manque de moyens), « COHEN & TATE » est une série B intelligente, jusqu’au-boutiste et constamment surprenante, qu’on peut savourer à répétition, ne serait-ce que pour la formidable performance de Scheider au sommet de son art.

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ADAM BALDWIN, HARLEY CROSS ET ROY SCHEIDER

 

« 2010 – L’ANNÉE DU PREMIER CONTACT » (1984)

2 010.jpg« 2010 – L’ANNÉE DU PREMIER CONTACT », écrit, réalisé et même… photographié par Peter Hyams, se veut une sequel du « 2001 » de Kubrick, tournée 16 ans plus tard. Le scénario est, et ce dès les premières images, tellement raccroché au film original, qu’il n’arrive jamais à trouver sa propre identité.

Si on veut être méchant, on dirait que « 2010 » ressemble à un double épisode de la série TV « COSMOS 1999 » tourné clandestinement dans les décors du chef-d’œuvre de 1968. C’est statique, bavard, confiné, d’une maladresse souvent sidérante. Quelle idée de vouloir expliquer à tout prix ce qu’on ne faisait que pressentir ou deviner dans le Kubrick ? Tout devient plat, naïf et édifiant, comme ce message lénifiant pour la paix sur terre et la fraternité entre les hommes, qui sous-tend toute l’histoire. Le retour de Keir Dullea dans le rôle de ‘Bowman’ ne fait qu’empirer les dégâts. C’est vraiment le genre d’idée qu’il n’aurait jamais fallu avoir ! Que reste-t-il, alors ? Roy Scheider, déjà. Dans la première partie, il retrouve exactement son look des « DENTS DE LA MER » (il a même des dauphins vivants dans son living-room !), ce qui le rend instantanément familier et sympathique. Il reprend le personnage créé par William Sylvester dans « 2001 ». Il n’a pas grand-chose à faire, à part prendre un air anxieux, ce qu’il fait très bien. À ses côtés, une Helen Mirren de 39 ans en officier russe et des visages familiers comme John Lithgow, Bob Balaban ou Dana Elcar.

Ce n’est donc pas un film indispensable, même pour le fan complétiste de l’univers d’Arthur C. Clarke. Ce n’est que la suite scolaire et bien-pensante d’un grand film presque abstrait dont il brouille un peu le souvenir avec ses gros sabots.

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ROY SCHEIDER ET HELEN MIRREN

 

« LES DENTS DE LA MER » (1975)

JAWS.jpgQu’on aime ou pas le cinéma de Steven Spielberg, « LES DENTS DE LA MER » adapté d’un médiocre best-seller de Peter Benchley, demeure le film qui l’installa une bonne fois pour toutes dans la cour des grands et qui a redéfini les règles du film d’horreur et de suspense pour les décennies à venir.

Le film a étonnamment peu vieilli, dans son fond ou dans sa forme. Porté par un sens inné du cadrage, un montage en mouvement permanent, et bien sûr par la BO mythique de John Williams, Spielberg s’installe dans une réalité foisonnante (la vie familiale des Brody ou la description de la foule du 4 juillet dans la petite station balnéaire d’Amity), où tout le monde parle en même temps et où la frayeur surgit de nulle part, sous la forme – à peine entrevue – d’un grand requin blanc qui s’attaque aux vacanciers. La grande réussite du scénario est de ne s’être pas contenté de faire peur et de filmer les assauts du squale, mais de se concentrer sur un formidable trio de protagonistes d’égale importance : le shérif Roy Scheider, récemment débarqué de New York, aquaphobe et balloté par les politiciens locaux (Murray Hamilton magnifique en maire faux-jeton et irresponsable), l’océanographe Richard Dreyfuss, jeune homme fougueux et émotif et surtout le pêcheur Robert Shaw, grande gueule, obsédé par un besoin inconscient de vengeance contre tout ce qui porte aileron. Incompatibles, antagonistes, ils se retrouvent au milieu de l’océan sur un (trop) petit bateau, face au monstre qui semble leur en vouloir personnellement. Toute la partie située à bord de « l’Orca » est ce qu’il y a de meilleur dans le film, y compris le célèbre monologue de Shaw sur le naufrage de l’Indianapolis qui venait de livrer la bombe d’Hiroshima : immense moment de tension, uniquement basé sur le dialogue et la puissance d’évocation du comédien. Spielberg parvient avec simplicité et sans emphase, à créer une aura de toute-puissance malfaisante autour de son requin. C’est un Moby Dick aux dents acérées qui affronte Shaw, descendant du capitaine Achab, jusqu’à la choquante conclusion.

« LES DENTS DE LA MER » est un film parfait (le réalisateur a fait plus ambitieux, mais a-t-il fait mieux ?), une œuvre-phare du cinéma U.S. qu’on peut revoir indéfiniment en y découvrant toujours quelque chose de neuf à admirer.

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ROY SCHEIDER, MURRAY HAMILTON, RICHARD DREYFUSS ET ROBERT SHAW

 

« ROY SCHEIDER : A FILM BIOGRAPHY »

« ROY SCHEIDER : A FILM BIOGRAPHY », publié en 2002 par McFarland et écrit par Diane C. Kachmar, retrace le très étrange parcours d’un comédien qui marqua les années 70 grâce à plusieurs énormes succès comme « FRENCH CONNECTION », « LES DENTS DE LA MER » ou « MARATHON MAN », connut le grand rôle de sa vie avec « ALL THAT JAZZ ! », avant de disparaître peu à peu dans les tréfonds des sequels inutiles (« LES DENTS DE LA MER : 2ème PARTIE » ou « 2010 ») et les DTV de plus en plus obscurs.ROY.jpeg

Le livre, assez succinct, révèle toutefois une personnalité plus compliquée qu’on aurait pu le penser. Comédien cérébral, amoureux du théâtre, il a longtemps essayé d’échapper à l’archétype du personnage de flic dans lequel il était enfermé. De grands rôles lui ont échappé, comme le prêtre dans « L’EXORCISTE » ou Michael – finalement incarné par Robert De Niro – dans « VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER ». Il s’est souvent fâché avec les studios et les réalisateurs, a connu de bonnes relations avec Bob Fosse ou John Frankenheimer. Mais sa collaboration avec William Friedkin s’est avérée décevante. Le réalisateur ayant publiquement déclaré que Scheider n’avait pas l’étoffe d’une star et qu’il aurait préféré Steve McQueen dans « LE CONVOI DE LA PEUR », sous-entendant qu’il était responsable de l’échec commercial du film !

À la lecture de cet ouvrage, on sent que Scheider est passé tout à côté d’une grande carrière. Il s’imaginait en héritier de Bogart, voire de Cary Grant, mais n’est pas parvenu à capitaliser sur ses premiers succès au box-office. Un peu triste donc, ce parcours en dents de scie, pour un acteur singulier, à la forte présence physique, mais qui n’a jamais joué les machos. Son aura s’est dissipée au début des années 90 et sa fin de carrière est vraiment catastrophique, à deux ou trois exceptions près.

Au fait, le saviez-vous ? C’est Roy Scheider qui a improvisé la célébrissime réplique de « JAWS » : « We’re gonna need a bigger boat ».

 

« QUE LE SPECTACLE COMMENCE ! » (1979)

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ROY SCHEIDER

Grand chorégraphe de Broadway, Bob Fosse a tourné six longs-métrages dont « CABARET » et « LENNY ». « QUE LE SPECTACLE COMMENCE ! » est son avant-dernier film, produit cinq ans avant sa mort. Et c’est bien de cela qu’il parle : de la mort prochaine de Bob Fosse ! Ou tout du moins de son transparent alter-ego ‘Joe Gideon’.JAZZ.jpeg

Le scénario éclaté en kaléidoscope, entre flash-backs, rêves de morphine, fantasmes sexuels et répétitions de spectacles, rend parfaitement la sensation de tourbillon permanent que fut la vie de cet « homme pressé », toujours au bord du burnout. Les numéros musicaux – très nombreux – s’insèrent bien dans ce style narratif, et si le film semble piétiner parfois, il n’en parvient pas moins à immerger, à soûler et à donner une bonne idée de l’homme. Il faut bien avouer que le choix de Roy Scheider pour jouer (plus ou moins) Bob Fosse, est plutôt déroutant. Figure incontournable du polar urbain et du film d’aventures des seventies, l’acteur a été modifié physiquement (amaigri, barbu, teint en roux, sans aucun bronzage chose rare chez lui) pour être crédible dans ce rôle d’artiste égoïste, narcissique, suicidaire et insupportable. Il lui manque peut-être un grain de folie authentique, une rage intérieure, pour y parvenir totalement, mais il fait une belle prestation et endosse un vrai contremploi. Autour de lui, Leland Palmer est très bien dans le rôle de son ex-femme et on reconnaît des têtes familières comme John Lithgow, Ben Vereen, Sandahl Bergman ou CCH Pounder. Jessica Lange incarne une vision angélique et douce de la Mort elle-même, qui attend patiemment son heure.

Aujourd’hui, le film paraît un peu long, parfois lourd (le portrait caricatural des producteurs est trop appuyé, sans nuances), voire un peu complaisant. Mais il n’en demeure pas moins que « QUE LE SPECTACLE COMMENCE ! » est un bel achèvement – surtout dans le contexte cinématographique de l’époque – un film torrentiel et intime à la fois, qui entrouvre une porte sur l’âme tourmentée d’un créateur prêt à tout donner pour son art. Même sa propre vie.

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ROY SCHEIDER, LELAND PALMER ET BEN VEREEN

 

« LES DENTS DE LA MER – 2ème PARTIE » (1978)

JAWS2.jpg« LES DENTS DE LA MER – 2ème PARTIE » fut tourné trois ans après l’original sur la même île (imaginaire) d’Amity, avec une partie du casting, mais… sans Steven Spielberg aux commandes. C’est le téléaste français Jeannot Szwarc qui a pris le relais. À sa décharge, il a hérité d’un scénario d’une décourageante pauvreté qui remâche les enjeux si bien développés dans le n°1, et dont il n’y avait pas grand-chose d’autre à tirer.

Au début, on ressent pourtant quelque espoir à revoir ce décor attractif de ville balnéaire en effervescence, de retrouver la gueule en lame de couteau bien affûté de Roy Scheider et de croiser à nouveau ce pleutre de maire (Murray Hamilton) qui n’a rien appris de ses précédents malheurs, sans oublier la stoïque épouse du shérif (Lorraine Gary). Seulement après une petite trentaine de minutes où un Scheider paranoïaque, tente de convaincre tout le monde qu’un nouveau requin rôde, le film se délite. De longues, très longues minutes sont consacrées à une bande d’ados partis faire du voilier. Leurs hurlements stridents – particulièrement ceux de l’insoutenable Donna Wilkes – ne donnent qu’une envie, c’est de prendre parti pour le squale et prier pour qu’il les avale tous jusqu’au dernier ! Ça se traîne, les morceaux de bravoure (l’hélico coulé par le requin) sont complètement dépassés et la fin est un indigent décalque de celle du Spielberg. L’idée même de produire la suite d’un tel chef-d’œuvre était absurde à la base et l’absence de Robert Shaw et Richard Dreyfuss, ou en tout cas de personnages aussi forts, se fait cruellement ressentir tout du long. Du trio mythique, seul reste Roy Scheider, parfait comme toujours, qui rejoue à peu près les mêmes scènes que précédemment (les engueulades avec les notables, la peur de voir ses enfants partir en mer, la cuite, etc.)  avec tout son professionnalisme. Disons que de loin, cela ressemble à « JAWS », mais en regardant de plus près, ce n’en est qu’une pâle photocopie sans âme ni raison d’être. Dire qu’il y a eu deux autres sequels et que celle-ci… est la meilleure !

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ROY SCHEIDER ET LORRAINE GARY