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Archives de Catégorie: LES FILMS DE ROY SCHEIDER

« ROY SCHEIDER : A FILM BIOGRAPHY »

« ROY SCHEIDER : A FILM BIOGRAPHY », publié en 2002 par McFarland et écrit par Diane C. Kachmar, retrace le très étrange parcours d’un comédien qui marqua les années 70 grâce à plusieurs énormes succès comme « FRENCH CONNECTION », « LES DENTS DE LA MER » ou « MARATHON MAN », connut le grand rôle de sa vie avec « ALL THAT JAZZ ! », avant de disparaître peu à peu dans les tréfonds des sequels inutiles (« LES DENTS DE LA MER : 2ème PARTIE » ou « 2010 ») et les DTV de plus en plus obscurs.ROY.jpeg

Le livre, assez succinct, révèle toutefois une personnalité plus compliquée qu’on aurait pu le penser. Comédien cérébral, amoureux du théâtre, il a longtemps essayé d’échapper à l’archétype du personnage de flic dans lequel il était enfermé. De grands rôles lui ont échappé, comme le prêtre dans « L’EXORCISTE » ou Michael – finalement incarné par Robert De Niro – dans « VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER ». Il s’est souvent fâché avec les studios et les réalisateurs, a connu de bonnes relations avec Bob Fosse ou John Frankenheimer. Mais sa collaboration avec William Friedkin s’est avérée décevante. Le réalisateur ayant publiquement déclaré que Scheider n’avait pas l’étoffe d’une star et qu’il aurait préféré Steve McQueen dans « LE CONVOI DE LA PEUR », sous-entendant qu’il était responsable de l’échec commercial du film !

À la lecture de cet ouvrage, on sent que Scheider est passé tout à côté d’une grande carrière. Il s’imaginait en héritier de Bogart, voire de Cary Grant, mais n’est pas parvenu à capitaliser sur ses premiers succès au box-office. Un peu triste donc, ce parcours en dents de scie, pour un acteur singulier, à la forte présence physique, mais qui n’a jamais joué les machos. Son aura s’est dissipée au début des années 90 et sa fin de carrière est vraiment catastrophique, à deux ou trois exceptions près.

Au fait, le saviez-vous ? C’est Roy Scheider qui a improvisé la célébrissime réplique de « JAWS » : « We’re gonna need a bigger boat ».

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« QUE LE SPECTACLE COMMENCE ! » (1979)

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ROY SCHEIDER

Grand chorégraphe de Broadway, Bob Fosse a tourné six longs-métrages dont « CABARET » et « LENNY ». « QUE LE SPECTACLE COMMENCE ! » est son avant-dernier film, produit cinq ans avant sa mort. Et c’est bien de cela qu’il parle : de la mort prochaine de Bob Fosse ! Ou tout du moins de son transparent alter-ego ‘Joe Gideon’.JAZZ.jpeg

Le scénario éclaté en kaléidoscope, entre flash-backs, rêves de morphine, fantasmes sexuels et répétitions de spectacles, rend parfaitement la sensation de tourbillon permanent que fut la vie de cet « homme pressé », toujours au bord du burnout. Les numéros musicaux – très nombreux – s’insèrent bien dans ce style narratif, et si le film semble piétiner parfois, il n’en parvient pas moins à immerger, à soûler et à donner une bonne idée de l’homme. Il faut bien avouer que le choix de Roy Scheider pour jouer (plus ou moins) Bob Fosse, est plutôt déroutant. Figure incontournable du polar urbain et du film d’aventures des seventies, l’acteur a été modifié physiquement (amaigri, barbu, teint en roux, sans aucun bronzage chose rare chez lui) pour être crédible dans ce rôle d’artiste égoïste, narcissique, suicidaire et insupportable. Il lui manque peut-être un grain de folie authentique, une rage intérieure, pour y parvenir totalement, mais il fait une belle prestation et endosse un vrai contremploi. Autour de lui, Leland Palmer est très bien dans le rôle de son ex-femme et on reconnaît des têtes familières comme John Lithgow, Ben Vereen, Sandahl Bergman ou CCH Pounder. Jessica Lange incarne une vision angélique et douce de la Mort elle-même, qui attend patiemment son heure.

Aujourd’hui, le film paraît un peu long, parfois lourd (le portrait caricatural des producteurs est trop appuyé, sans nuances), voire un peu complaisant. Mais il n’en demeure pas moins que « QUE LE SPECTACLE COMMENCE ! » est un bel achèvement – surtout dans le contexte cinématographique de l’époque – un film torrentiel et intime à la fois, qui entrouvre une porte sur l’âme tourmentée d’un créateur prêt à tout donner pour son art. Même sa propre vie.

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ROY SCHEIDER, LELAND PALMER ET BEN VEREEN

 

« LES DENTS DE LA MER – 2ème PARTIE » (1978)

JAWS2.jpg« LES DENTS DE LA MER – 2ème PARTIE » fut tourné trois ans après l’original sur la même île (imaginaire) d’Amity, avec une partie du casting, mais… sans Steven Spielberg aux commandes. C’est le téléaste français Jeannot Szwarc qui a pris le relais. À sa décharge, il a hérité d’un scénario d’une décourageante pauvreté qui remâche les enjeux si bien développés dans le n°1, et dont il n’y avait pas grand-chose d’autre à tirer.

Au début, on ressent pourtant quelque espoir à revoir ce décor attractif de ville balnéaire en effervescence, de retrouver la gueule en lame de couteau bien affûté de Roy Scheider et de croiser à nouveau ce pleutre de maire (Murray Hamilton) qui n’a rien appris de ses précédents malheurs, sans oublier la stoïque épouse du shérif (Lorraine Gary). Seulement après une petite trentaine de minutes où un Scheider paranoïaque, tente de convaincre tout le monde qu’un nouveau requin rôde, le film se délite. De longues, très longues minutes sont consacrées à une bande d’ados partis faire du voilier. Leurs hurlements stridents – particulièrement ceux de l’insoutenable Donna Wilkes – ne donnent qu’une envie, c’est de prendre parti pour le squale et prier pour qu’il les avale tous jusqu’au dernier ! Ça se traîne, les morceaux de bravoure (l’hélico coulé par le requin) sont complètement dépassés et la fin est un indigent décalque de celle du Spielberg. L’idée même de produire la suite d’un tel chef-d’œuvre était absurde à la base et l’absence de Robert Shaw et Richard Dreyfuss, ou en tout cas de personnages aussi forts, se fait cruellement ressentir tout du long. Du trio mythique, seul reste Roy Scheider, parfait comme toujours, qui rejoue à peu près les mêmes scènes que précédemment (les engueulades avec les notables, la peur de voir ses enfants partir en mer, la cuite, etc.)  avec tout son professionnalisme. Disons que de loin, cela ressemble à « JAWS », mais en regardant de plus près, ce n’en est qu’une pâle photocopie sans âme ni raison d’être. Dire qu’il y a eu deux autres sequels et que celle-ci… est la meilleure !

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ROY SCHEIDER ET LORRAINE GARY

 

« TONNERRE DE FEU » (1983)

BLUE2Écrit par Dan O’Bannon (« ALIEN »), réalisé par John Badham (« LA FIÈVRE DU SAMEDI SOIR »), « TONNERRE DE FEU » marque plus ou moins la fin du statut de vedette de Roy Scheider, dont la carrière entamera bientôt une pente descendante, et sera hélas, le dernier film de Warren Oates.

Qu’en dire d’autre ? C’est un thriller high-tech (à l’époque, tout du moins), dont la vraie star est un hélicoptère ultra-performant qui donne d’ailleurs son titre au film. Si la première moitié du scénario se tient bien, malgré un manque de profondeur évident des protagonistes, la seconde privée de son centre de gravité par la disparition de Daniel Stern, le seul personnage sympathique, se résume à une démonstration de poursuites aériennes ou en voitures, où les véhicules explosent, les buildings se prennent des missiles de plein-fouet. On a bien évidemment eu droit à beaucoup mieux depuis et vu la faiblesse du postulat de départ (une conspiration tirée par les cheveux pour justifier la mise en service du fameux hélico) l’intérêt fond comme neige au soleil.

Scheider, buriné, l’air un peu absent, joue les ex-héros du Vietnam souffrant de SPT (ce qui nous vaut un bien vilain flash-back récurrent) sans faire preuve de sa présence habituelle. Il se laisse piquer la vedette par le jeune Stern, amusant en coéquipier enthousiaste et courageux. Candy Clark assure en fiancée de notre pilote, même si leur couple paraît bien improbable. Malcolm McDowell joue un ‘villain’ tête-à-claques moyennement crédible et Oates se traîne dans un rôle effacé de chef râleur bien indigne de lui.

« TONNERRE DE FEU » a encore ses bons moments et on a est toujours content de revoir ces comédiens d’une époque révolue. Mais il a indéniablement vieilli, manque de substance et son climax – un looping en hélicoptère réputé impossible – paraît tout de même insuffisant.

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WARREN OATES, ROY SCHEIDER, MALCOLM McDOWELL ET DANIEL STERN

 

« L’ATTENTAT » (1972)

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JEAN-LOUIS TRINTIGNANT ET GIAN MARIA VOLONTÈ

Inspiré de l’affaire Ben Barka (l’enlèvement en plein Paris d’un leader politique marocain jamais retrouvé) qui défraya la chronique en 1965, « L’ATTENTAT », bien que signé Yves Boisset, a un faux-air de film à la Costa-Gavras. On y retrouve d’ailleurs plusieurs acteurs fréquemment employés par celui-ci ce qui renforce l’impression.ATTENTAT

Revoir le film aujourd’hui replonge dans une ambiance trouble et paranoïaque typique des années 70. Pratiquement pas de psychologie dans le scénario et le dialogue signés Ben Barzman et Jorge Semprun, mais un discours direct et militant, mettant en cause les gouvernements français et marocains (le second jamais nommé), l’ORTF (nommé plusieurs fois !), la police et même la CIA. Inutile de chercher de la subtilité : « L’ATTENTAT » est une machine à dénoncer. C’est à la fois sa force et sa faiblesse. Boisset a réuni un des plus ahurissants castings du cinéma de l’époque : Jean-Louis Trintignant est un antihéros inhabituel, un entremetteur louche qualifié de raté, de minable, de médiocre par à peu près tout le monde au cours du film et manipulé comme un vulgaire pantin ! Comme d’habitude, l’acteur l’incarne honnêtement, sans jamais chercher à le rendre un tant soit peu sympathique, même quand il recherche la rédemption. Autour de lui, Michel Bouquet, Philippe Noiret, Jean Bouise jouent des pourris de compétition, Michel Piccoli est glaçant en colonel tortionnaire, Gian Maria Volontè (doublé par Marcel Bozzuffi) est impeccable en avatar de Ben Barka. Superbe confrontation avec Piccoli dans la meilleure scène du film. Des anglo-saxons comme Roy Scheider, Jean Seberg ou Nigel Davenport n’ont que des rôles sans grand intérêt. À noter que, étonnamment, Bruno Cremer et François Périer trouvent des personnages intègres.

Avec Ricardo Aronovich à la photo, Ennio Morricone à la BO, « L’ATTENTAT » possède énormément d’atouts pour passionner encore. Il bénéficie d’un bon rythme et maintient l’attention, même si deux heures, cela peut sembler longuet quand on ne parvient à s’attacher à aucun personnage et que certaines séquences sont trop systématiquement rentre-dedans et lourdingues. À voir de toute façon pour se souvenir de cette affaire aux ramifications vertigineuses et pour son générique absolument incroyable.

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JEAN SEBERG ET MICHEL PICCOLI

À noter que le film, totalement inédit en France en vidéo, est trouvable en Allemagne dans une copie 16/9, mais techniquement très perfectible.

 

« MARATHON MAN » (1976)

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DUSTIN HOFFMAN

Le générique de « MARATHON MAN » aligne déjà la crème de la crème du cinéma U.S. des seventies : William Goldman au scénario (d’après son roman), Conrad L. Hall à la photo, Michael Small qui signe une de ses meilleures BO. Puis bien sûr le réalisateur John Schlesinger qui retrouve Dustin Hoffman après « MACADAM COWBOY » et Laurence Olivier, Roy Scheider à peine sorti des « DENTS DE LA MER ».MARATHON2

« MARATHON MAN » fait partie de ces films qui non seulement ne vieillissent pas, mais se bonifient avec les années et les re-visions. C’est vraiment le thriller parfait, portant en lui la paranoïa de son époque et confrontant son jeune héros englué dans le passé à ses pires cauchemars : le nazisme qui ne demande qu’à ressurgir et la persécution qui a poussé son père au suicide quand il était enfant. Les deux jours d’horreur qu’il va vivre auront au moins une vertu cathartique. Heureusement d’ailleurs, parce que les auteurs ne nous épargnent rien, pas même une torture à la fraise de dentiste à faire tourner de l’œil les âmes sensibles.

Le scénario est d’une diabolique précision et part de tous les coins du monde pour se concentrer à la fin à l’intérieur d’un château d’eau à New York où s’affronteront la victime-née et son bourreau. C’est stressant, intelligent, truffé de séquences inoubliables (Szell reconnu dans le quartier juif, l’agression de ‘Doc’ dans sa chambre d’hôtel parisienne, etc.) et d’une maîtrise de chaque seconde.

Hoffman est étonnamment crédible à 39 ans, en étudiant immature et balloté par les événements : une prouesse en soi ! Scheider est impérial en espion affuté, William Devane parfait en collègue planche-pourrie du précédent (les deux forment d’ailleurs un « couple » des plus ambigus !). Seule Marthe Keller trop superficielle, peine à se hisser au niveau de ses partenaires. Quant à Olivier, à presque 70 ans, il parvient à être encore plus terrifiant qu’un croque-mitaine de ‘slasher’ et compose un des plus grands « méchants » de l’Histoire du cinéma.

« MARATHON MAN » est un pur chef-d’œuvre du thriller à la construction imparable et à la facture somptueuse. Et le petit épilogue final à Central Park laisse de subtile façon, sur une note d’espoir. Les monstres sont peut-être enfin rentrés dans leur placard…

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LAURENCE OLIVIER, DUSTIN HOFFMAN, MARTHE KELLER, ROY SCHEIDER ET JAMES WING WOO

 

« UN HOMME EST MORT » (1972)

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JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

« UN HOMME EST MORT » est un curieux polar franco-italien tourné entièrement à L.A. et suivant les pas d’un Français (Jean-Louis Trintignant) qui abat un gangster (Ted De Corsia) et se voit traqué par un ‘hitman’ (Roy Scheider) lancé à ses trousses par ses propres employeurs.HOMME MORT2

Jacques Deray choisit une approche stylisée et très « européenne » : lumières naturelles, longues séquences muettes, déambulations contemplatives et refus total de la psychologie, de l’émotion ou de l’humour. Son anti-héros est antipathique au possible, il malmène les femmes, gifle un enfant assez violemment et n’exprime aucune espèce de sentiment. À ce jeu, Trintignant est parfait, d’une opacité absolue. Le film est par moments fascinant grâce à des repérages étonnants (cette ville balnéaire en ruines, ce ‘funeral home’ au goût plus que douteux), à une lenteur de cauchemar éveillé, mais il dure un peu trop longtemps et l’absence de péripéties se fait de plus en plus ressentir à mesure que le scénario progresse.

Porté par une BO jazzy de Michel Legrand qui ancre le film dans son époque, « UN HOMME EST MORT » fonctionne par son atmosphère de dépaysement, de froideur. Même les enjeux et les motivations du personnage central ne sont révélés que très tard, quand on ne peut plus entrer en empathie avec lui. On assiste donc à cette poursuite languide et désespérée, parsemée de séquences d’action pas très bien filmées.

Autour de Trintignant, on retrouve des icônes du polar U.S. des années 50 (De Corsia), 60 (Angie Dickinson sous-employée) ou 70 (Alex Rocco et Talia Shire, bientôt au générique du « PARRAIN », la même année). Sans oublier Michel Constantin qui apparaît vers la fin tel qu’en lui-même jamais il ne changea. Bizarrement, il s’exprime dans un anglais tout à fait acceptable, alors que l’accent de Trintignant est disons… un peu spécial ! Ann-Margret n’a pas grand-chose à faire en strip-teaseuse au décolleté éloquent et Scheider a une allure folle en tueur inopérant mais opiniâtre.

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ROY SCHEIDER ET ANN-MARGRET

À noter : le petit garçon tête-à-claques (littéralement) Jackie Earle Haley se fera connaître 40 ans plus tard avec des rôles de psychopathes. Et il faut ABSOLUMENT voir « UN HOMME EST MORT » en version anglaise car, à l’instar de « FRENCH CONNECTION 2 » par exemple, il n’a aucun sens en v.f.