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Archives de Catégorie: LES FILMS DE ROY SCHEIDER

« L’ATTENTAT » (1972)

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JEAN-LOUIS TRINTIGNANT ET GIAN MARIA VOLONTÈ

Inspiré de l’affaire Ben Barka (l’enlèvement en plein Paris d’un leader politique marocain jamais retrouvé) qui défraya la chronique en 1965, « L’ATTENTAT », bien que signé Yves Boisset, a un faux-air de film à la Costa-Gavras. On y retrouve d’ailleurs plusieurs acteurs fréquemment employés par celui-ci ce qui renforce l’impression.ATTENTAT

Revoir le film aujourd’hui replonge dans une ambiance trouble et paranoïaque typique des années 70. Pratiquement pas de psychologie dans le scénario et le dialogue signés Ben Barzman et Jorge Semprun, mais un discours direct et militant, mettant en cause les gouvernements français et marocains (le second jamais nommé), l’ORTF (nommé plusieurs fois !), la police et même la CIA. Inutile de chercher de la subtilité : « L’ATTENTAT » est une machine à dénoncer. C’est à la fois sa force et sa faiblesse. Boisset a réuni un des plus ahurissants castings du cinéma de l’époque : Jean-Louis Trintignant est un antihéros inhabituel, un entremetteur louche qualifié de raté, de minable, de médiocre par à peu près tout le monde au cours du film et manipulé comme un vulgaire pantin ! Comme d’habitude, l’acteur l’incarne honnêtement, sans jamais chercher à le rendre un tant soit peu sympathique, même quand il recherche la rédemption. Autour de lui, Michel Bouquet, Philippe Noiret, Jean Bouise jouent des pourris de compétition, Michel Piccoli est glaçant en colonel tortionnaire, Gian Maria Volontè (doublé par Marcel Bozzuffi) est impeccable en avatar de Ben Barka. Superbe confrontation avec Piccoli dans la meilleure scène du film. Des anglo-saxons comme Roy Scheider, Jean Seberg ou Nigel Davenport n’ont que des rôles sans grand intérêt. À noter que, étonnamment, Bruno Cremer et François Périer trouvent des personnages intègres.

Avec Ricardo Aronovich à la photo, Ennio Morricone à la BO, « L’ATTENTAT » possède énormément d’atouts pour passionner encore. Il bénéficie d’un bon rythme et maintient l’attention, même si deux heures, cela peut sembler longuet quand on ne parvient à s’attacher à aucun personnage et que certaines séquences sont trop systématiquement rentre-dedans et lourdingues. À voir de toute façon pour se souvenir de cette affaire aux ramifications vertigineuses et pour son générique absolument incroyable.

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JEAN SEBERG ET MICHEL PICCOLI

À noter que le film, totalement inédit en France en vidéo, est trouvable en Allemagne dans une copie 16/9, mais techniquement très perfectible.

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« MARATHON MAN » (1976)

MARATHON

DUSTIN HOFFMAN

Le générique de « MARATHON MAN » aligne déjà la crème de la crème du cinéma U.S. des seventies : William Goldman au scénario (d’après son roman), Conrad L. Hall à la photo, Michael Small qui signe une de ses meilleures BO. Puis bien sûr le réalisateur John Schlesinger qui retrouve Dustin Hoffman après « MACADAM COWBOY » et Laurence Olivier, Roy Scheider à peine sorti des « DENTS DE LA MER ».MARATHON2

« MARATHON MAN » fait partie de ces films qui non seulement ne vieillissent pas, mais se bonifient avec les années et les re-visions. C’est vraiment le thriller parfait, portant en lui la paranoïa de son époque et confrontant son jeune héros englué dans le passé à ses pires cauchemars : le nazisme qui ne demande qu’à ressurgir et la persécution qui a poussé son père au suicide quand il était enfant. Les deux jours d’horreur qu’il va vivre auront au moins une vertu cathartique. Heureusement d’ailleurs, parce que les auteurs ne nous épargnent rien, pas même une torture à la fraise de dentiste à faire tourner de l’œil les âmes sensibles.

Le scénario est d’une diabolique précision et part de tous les coins du monde pour se concentrer à la fin à l’intérieur d’un château d’eau à New York où s’affronteront la victime-née et son bourreau. C’est stressant, intelligent, truffé de séquences inoubliables (Szell reconnu dans le quartier juif, l’agression de ‘Doc’ dans sa chambre d’hôtel parisienne, etc.) et d’une maîtrise de chaque seconde.

Hoffman est étonnamment crédible à 39 ans, en étudiant immature et balloté par les événements : une prouesse en soi ! Scheider est impérial en espion affuté, William Devane parfait en collègue planche-pourrie du précédent (les deux forment d’ailleurs un « couple » des plus ambigus !). Seule Marthe Keller trop superficielle, peine à se hisser au niveau de ses partenaires. Quant à Olivier, à presque 70 ans, il parvient à être encore plus terrifiant qu’un croque-mitaine de ‘slasher’ et compose un des plus grands « méchants » de l’Histoire du cinéma.

« MARATHON MAN » est un pur chef-d’œuvre du thriller à la construction imparable et à la facture somptueuse. Et le petit épilogue final à Central Park laisse de subtile façon, sur une note d’espoir. Les monstres sont peut-être enfin rentrés dans leur placard…

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LAURENCE OLIVIER, DUSTIN HOFFMAN, MARTHE KELLER, ROY SCHEIDER ET JAMES WING WOO

 

« UN HOMME EST MORT » (1972)

HOMME EST MORT

JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

« UN HOMME EST MORT » est un curieux polar franco-italien tourné entièrement à L.A. et suivant les pas d’un Français (Jean-Louis Trintignant) qui abat un gangster (Ted De Corsia) et se voit traqué par un ‘hitman’ (Roy Scheider) lancé à ses trousses par ses propres employeurs.HOMME MORT2

Jacques Deray choisit une approche stylisée et très « européenne » : lumières naturelles, longues séquences muettes, déambulations contemplatives et refus total de la psychologie, de l’émotion ou de l’humour. Son anti-héros est antipathique au possible, il malmène les femmes, gifle un enfant assez violemment et n’exprime aucune espèce de sentiment. À ce jeu, Trintignant est parfait, d’une opacité absolue. Le film est par moments fascinant grâce à des repérages étonnants (cette ville balnéaire en ruines, ce ‘funeral home’ au goût plus que douteux), à une lenteur de cauchemar éveillé, mais il dure un peu trop longtemps et l’absence de péripéties se fait de plus en plus ressentir à mesure que le scénario progresse.

Porté par une BO jazzy de Michel Legrand qui ancre le film dans son époque, « UN HOMME EST MORT » fonctionne par son atmosphère de dépaysement, de froideur. Même les enjeux et les motivations du personnage central ne sont révélés que très tard, quand on ne peut plus entrer en empathie avec lui. On assiste donc à cette poursuite languide et désespérée, parsemée de séquences d’action pas très bien filmées.

Autour de Trintignant, on retrouve des icônes du polar U.S. des années 50 (De Corsia), 60 (Angie Dickinson sous-employée) ou 70 (Alex Rocco et Talia Shire, bientôt au générique du « PARRAIN », la même année). Sans oublier Michel Constantin qui apparaît vers la fin tel qu’en lui-même jamais il ne changea. Bizarrement, il s’exprime dans un anglais tout à fait acceptable, alors que l’accent de Trintignant est disons… un peu spécial ! Ann-Margret n’a pas grand-chose à faire en strip-teaseuse au décolleté éloquent et Scheider a une allure folle en tueur inopérant mais opiniâtre.

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ROY SCHEIDER ET ANN-MARGRET

À noter : le petit garçon tête-à-claques (littéralement) Jackie Earle Haley se fera connaître 40 ans plus tard avec des rôles de psychopathes. Et il faut ABSOLUMENT voir « UN HOMME EST MORT » en version anglaise car, à l’instar de « FRENCH CONNECTION 2 » par exemple, il n’a aucun sens en v.f.

 

« THE PUNISHER » (2004)

PUNISHER2« THE PUNISHER » est la seconde des trois tentatives d’adapter le vigilante créé par Marvel dans une collection de comics pour un long-métrage cinéma. Et probablement la moins convaincante. C’est la version de 124 minutes qui est chroniquée ici, celle de 140 minutes promettant d’être une épreuve insurmontable même pour le cinéphage le plus aventureux.

Flic infiltré du FBI, Thomas Jane voit toute sa famille massacrée par le mafioso John Travolta. Le scénario se résume ensuite à une enfilade de représailles plus ou moins sanglantes, sans la moindre unité de ton, introduisant un humour débile dans les séquences d’action (la bagarre avec le colosse russe) et faisant se côtoyer des fusillades sanglantes, voire « gore » et des personnages (Rebecca Romijn-Stamos et Ben Foster) qui semblent échappés de la sitcom « THE BIG BANG THEORY » en beaucoup moins drôle.

Dire que le film est inégal est une douce litote. Le scénario est totalement indigent, le casting oppose deux acteurs aussi insipides l’un que l’autre : Jane, sorte de clone inexpressif de Christophe Lambert incapable de laisser filtrer la moindre émotion et Travolta qui s’ennuie ostensiblement et n’offre même pas le minimum syndical. Quand un cabotin ne daigne même pas cabotiner, ce n’est jamais bon signe ! La photo de Conrad W. Hall, fils du grand Conrad L. Hall, donne une certaine tenue visuelle à la chose, mais « THE PUNISHER » ne décolle jamais, n’éveille aucun intérêt, pas le moindre soupçon d’excitation chez l’amateur de thrillers. Et quand le scénario tente de décrire les plans « machiavéliques » de notre héros, c’est encore pire !

Dommage que des acteurs comme Roy Scheider en papa amateur de gros flingues ou Samantha Mathis en gentille épouse soient si rapidement éliminés, dommage aussi que Will Patton soit gaspillé en « consigliere » gay et sadique. Reste pour se consoler (un peu) la beauté marmoréenne de Laura Harring (« MULHOLLAND DR. ») en « mafia princess » implacable.

PUNISHER

THOMAS JANE, ROY SCHEIDER, JOHN TRAVOLTA ET LAURA HARRING

 

« POLICE PUISSANCE 7 » (1973)

7UPSPhilip D’Antoni fut le producteur de « BULLITT » et de « FRENCH CONNECTION » avant de réaliser lui-même « POLICE PUISSANCE 7 » qui se présente comme le petit frère des deux précédents, y puisant allègrement ses meilleurs éléments.

De « BULLITT », on retrouve la poursuite en voiture (parfaitement réglée, mais tellement longue qu’elle semble creuser un gros trou noir au beau milieu du film) et le col-roulé noir de McQueen porté ici par Roy Scheider, holster inclus. C’est d’ailleurs le même Bill Hickman qui est au volant dans les deux films ! Du chef-d’œuvre de Friedkin on récupère donc Scheider, l’ex-flic Sonny Grosso au scénario, Tony Lo Bianco et une ambiance générale réaliste et filmée « à l’arrache ».

S’il n’est pas aussi stylé et captivant que ses aînés, ce polar sec comme un coup de trique, nerveux et sans chichi esthétique se laisse voir sans problème, grâce à son ambiance seventies reconnaissable à des kilomètres et surtout grâce à la relation qui sous-tend toute l’enquête : celle du superflic et de son « indic » et meilleur ami d’enfance qui s’achèvera dans la trahison et l’amertume.

Scheider, acteur physique par excellence, est vraiment parfait dans la continuation de son personnage de « FRENCH CONNECTION ». On apprend à l’apprécier par de petites touches subtiles, lorsqu’il déambule dans ‘Little Italy’ où tout le monde le connaît depuis toujours et il dégage une authentique humanité sous son masque constamment tendu aux yeux inquiets. Lo Bianco est également impeccable en planche-pourrie de compétition. On reconnaît Joe Spinell en garagiste ripou et Richard Lynch, glauque à souhait comme d’habitude.

RICHARD LYNCH, TONY LO BIANCO ET ROY SCHEIDER

RICHARD LYNCH, TONY LO BIANCO ET ROY SCHEIDER

L’idée de ces kidnappings de mafiosi est originale et ingénieuse, mais le film demeure un peu superficiel et trop sage dans sa mise-en-scène pour prétendre à égaler ses modèles. Cela demeure toutefois un joli fleuron du polar de son époque.

 

AMERICAN FRIENDS IN BLUE !

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« FRENCH CONNECTION » (1971)

ROY SCHEIDER ET GENE HACKMAN

ROY SCHEIDER ET GENE HACKMAN

S’il est un film qui pourrait à lui seul symboliser et synthétiser le renouveau stylistique et thématique du cinéma U.S. dans les seventies, ce serait « FRENCH CONNECTION ». Inspiré de faits réels (un trafic de cocaïne entre Marseille et New York), le scénario est d’un réalisme absolu, n’obéit à aucun code du polar hollywoodien et décrit une longue traque laborieuse. Loin des superflics charismatiques de McQueen ou Eastwood, Gene Hackman – dans le rôle qui fit sa carrière – crée un « poulet » de terrain, un chien de chasse obsessionnel et hors-de-contrôle, un individu brutal et peu sympathique, prêt à tout sacrifier pour atteindre son but. On ne saura rien de lui, de sa vie privée, de son passé. On ne le voit qu’en action, indifférent au monde extérieur, à sa propre dégaine presque ridicule, à sa santé, uniquement focalisé sur sa proie.FRENCH À l’image de la mise-en-scène inimitable de William Friedkin, mélange détonnant de style « reportage » et de maîtrise du découpage et de l’espace, le jeu d’Hackman plonge dans une réalité qui n’a rien d’aseptisé ou d’exagérément dramatisé. Le film est composé de plusieurs blocs alternant les filatures magnifiquement détaillées et les morceaux de bravoure encore stupéfiants aujourd’hui : la poursuite voiture-métro est absolument bluffante tout en demeurant crédible de A jusqu’à Z. Dans « FRENCH CONNECTION », tout sonne juste, rien ne paraît fabriqué et c’est là que réside l’extraordinaire révolution que représenta le film à sa sortie et dont les échos n’ont toujours pas fini de se faire sentir. Tous les acteurs sont idéalement castés : Roy Scheider en coéquipier discret et fiable, Marcel Bozzuffi en flingueur glacial et sans état d’âme, Tony Lo Bianco en malfrat parvenu. Seul Fernando Rey semble une drôle d’idée de casting, puisqu’il incarne un caïd français, mais a gardé son fort accent espagnol. Malgré tout, son petit salut ironique de la main à ‘Popeye’, alors que le métro s’éloigne, reste un moment délectable. Le film n’a pas pris une ride, véritable modèle de montage, de mixage et de perfection cinématographique. Et il s’achève sur une note choquante, sur une fin « ouverte » qui laisse inassouvi et mal à l’aise. Du grand art !

MARCEL BOZZUFFI ET FERNANDO REY

MARCEL BOZZUFFI ET FERNANDO REY