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Archives de Catégorie: LES FILMS DE BENICIO DEL TORO

« WOLFMAN » (2010)

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EMILY BLUNT ET BENICIO DEL TORO

« WOLFMAN » est le remake du classique de 1941 : « LE LOUP-GAROU » dont il reprend les grandes lignes du scénario signé Curt Siodmak. Le film est sorti en salles dans une durée de 103 minutes et a connu un director’s cut de 119 minutes. C’est celui-ci qui est chroniqué ici.WOLFMAN2

Signée du pourtant peu emballant Joe Johnston, cette version s’avère tout à fait enthousiasmante. L’imagerie d’abord, qui retrouve la splendeur des chefs-d’œuvre Universal grâce à l’utilisation invisible des CGI et aussi à une bonne dose de poésie qui renvoie à « LA BELLE ET LA BÊTE » original. La réalisation, la photo de Shelly Johnson, la BO magnifique de Danny Elfman, les cadrages qui retrouvent la puissance des dessins de Bernie Wrightson, tout s’accorde pour créer une ambiance envoûtante, semi-rêvée, une esthétique de l’horreur très singulière. Benicio Del Toro est parfait dans le rôle de ‘Talbot’, acteur shakespearien dont le sang tzigane porte une malédiction ancestrale. Anthony Hopkins, très sobre et concentré, insuffle une belle ambiguïté à ce personnage de patriarche d’abord rassurant et progressivement de plus en plus terrifiant. L’ultime face-à-face entre père et fils est impressionnant. À leurs côtés, Emily Blunt parvient à n’être pas que décorative comme c’est trop souvent le cas dans ce genre de film et Hugo Weaving joue un flic (celui qui enquêtait sur Jack l’Éventreur !) malchanceux. Notons les brèves mais émouvantes apparitions de Geraldine Chaplin en Gitane. À noter – mais uniquement dans la version longue – le court caméo de Max Von Sydow en vieux gentleman dans un train, qui offre sa canne à pommeau d’argent à Talbot : l’incarnation du Destin ?

En dépit de digressions (l’internement à l’asile) un peu longues, mais malgré tout intéressantes, « WOLFMAN » séduit par son mélange de classicisme et d’un vrai désir de raviver les vieux mythes. Les décors (qu’ils soient virtuels ou « en dur ») sont splendides et les scènes de violence d’une brutalité frisant le ‘gore’ pur et simple. Une belle surprise donc, probablement sous-estimée à sa sortie mais qui vaut largement d’être réévaluée à la hausse.

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ANTHONY HOPKINS ET MAX VON SYDOW

 

« 21 GRAMMES » (2003)

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NAOMI WATTS

« 21 GRAMMES » est le premier film à gros budget d’Alejandro González Iñárritu, qui embrasse avec un brio indéniable la destinée de trois individus, réunis dans le malheur par un accident de voiture.21 2

Benicio Del Toro, ouvrier qui a trouvé refuge dans la religion a tué sans le vouloir la famille de Naomi Watts qui accepte de faire don du cœur de son mari à Sean Penn, cardiaque et quasi-mourant. La réunion improbable de ces trois êtres torturés, déchirés, en quête de rédemption, va être racontée de façon complètement éclatée – selon l’habitude du réalisateur – en mosaïque, en puzzle dont les pièces se recollent progressivement, sans tenir compte de la chronologie. Ici, seule prévaut l’émotion, la plus brute possible.

Sur plus de deux heures, on n’a guère l’occasion de souffler. Grâce à un casting haut-de-gamme réunissant la crème des acteurs des années 2000, le film immerge dans un drame suffocant, inéluctable sur lequel plane en permanence l’ombre de la mort imminente.

Sean Penn a réellement l’air malade, on en souffre pour lui ! Naomi Watts parvient à traduire la souffrance de son personnage jusqu’au malaise. Les face-à-face entre les deux comédiens font des étincelles. Del Toro impose sa masse de brutalité animale, toujours prête à exploser, Charlotte Gainsbourg tient le rôle le moins intéressant, le moins bien intégré au récit. De grands acteurs occupent l’arrière-plan : Eddie Marsan en prêtre exalté, Danny Huston en mari défunt, Melissa Leo parfaite en épouse prête à tout pardonner, etc.

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SEAN PENN, BENICIO DEL TORO, MELISSA LEO ET EDDIE MARSAN

« 21 GRAMMES » en demeurant sur la même tonalité dramatique de la première à la dernière image, peut éventuellement lasser, voire rebuter. Le spectacle de ces individus livides, hagards, condamnés à plus ou moins brève échéance, n’a rien de bien réjouissant. Mais le film s’achève malgré tout sur une étincelle d’espoir, ténue certes, mais bien présente.

 

« ÉTAT SECOND » (1993)

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JEFF BRIDGES

Le premier quart d’heure de « ÉTAT SECOND » est une pure merveille. On découvre peu à peu, pas à pas, les conséquences d’un crash aérien en suivant les traces d’un survivant (Jeff Bridges) qui semble guider quelques passagers hébétés, tel Moïse dans le désert. L’utilisation de la bande-son, le montage sont remarquables.fearless3

Pour parler en acronymes, Peter Weir décrit le PTS (Post traumatic stress) d’une NDE (Near death experience). Complètement métamorphosé par l’accident, l’architecte Bridges pense d’abord qu’il est mort et revenu en fantôme et qu’il est donc devenu invulnérable. Après s’être pris pour Moïse, il devient christique pour aider une jeune femme (Rosie Perez) qui a perdu son bébé, à retrouver le goût de vivre. Tout cela au détriment de sa propre famille qu’il délaisse tout à son « trip » mental qui le mène aux confins de la folie.

Excellent choix que Bridges pour ce rôle complexe qui marche littéralement « à côté de ses pompes ». Il joue cela avec une telle foi, une telle intensité qu’il finit par nous faire croire à ses pouvoirs surnaturels. Le flash-back dans l’avion où – juste avant le crash – il accepte subitement dans une illumination l’idée de mourir, est ce qu’il a fait de plus émouvant et profond à l’écran. Autour de lui, un beau casting : Rosie Perez à fleur de peau, étonnante malgré une voix suraiguë très crispante, Isabella Rossellini en épouse dépassée par les événements, John Turturro en psy timoré, Tom Hulce et Benicio Del Toro.

« ÉTAT SECOND » n’est pas exempt de longueurs et de lourdeurs (l’interminable séquence du centre commercial la veille de Noël qui casse sérieusement le rythme), il semble parfois faire du sur-place, mais le sujet est vraiment passionnant et original et on reste scotché à l’écran, attendant avec appréhension le moment où le rêve s’achèvera et où la mort reprendra ses droits. À voir donc, ne serait ce que pour Bridges qu’on a rarement vu aussi impliqué et identifié à un personnage. Et pour quelques scènes vraiment émouvantes, comme cette visite inopinée à la première femme de sa vie, alors qu’il est encore sous le choc.

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ISABELLA ROSSELLINI, JEFF BRIDGES ET ROSIE PEREZ

 

« THE PLEDGE » (2001)

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JACK NICHOLSON

Adapté d’un polar suisse, « THE PLEDGE » est, de loin, le meilleur film réalisé par Sean Penn, une œuvre complexe, tourmentée, obsédante qui s’enfonce progressivement dans le cauchemar, s’émancipant des passages obligés d’un genre qu’il est censé illustrer.pledge2

Sur la piste d’un serial killer tueur de fillettes, le vieux flic Jack Nicholson promet à la mère de la dernière victime (Patricia Clarkson, superbe) de retrouver l’assassin. Il jure même sur le salut de son âme. Est-ce à cause de cela qu’il fait mine d’ignorer son départ à la retraite et poursuit l’enquête ? Qu’il achète une station-service pour surveiller les va-et-vient des suspects potentiels ? Qu’il y accueille une jeune femme (Robin Wright) et aussi et surtout sa fille pour qu’elle serve d’appât ? Qu’il commence à entendre des voix dans sa tête ?

Le paradoxe de ce suspense psychologique suffocant, c’est que Nicholson a beau avoir raison à 100% depuis le début et suivre la bonne méthode (celle du pêcheur à la ligne qu’il est), il n’en est pas moins en train de devenir complètement fou. Et même presque aussi monstrueux que celui qu’il traque, puisqu’il joue plus ou moins consciemment avec les sentiments, voire la vie, de deux innocentes qu’il manipule. La conclusion sera terrible, désespérée, d’une sombre ironie, d’une noirceur sans échappatoire. Autour d’un Nicholson omniprésent, d’une rigueur sans la moindre faille, d’une intensité extraordinaire, Penn a réuni de bons acteurs comme Benicio Del Toro en Indien attardé mental, Aaron Eckhart en flic tête-à-claques et une brochette de stars dans des caméos comme Helen Mirren, Vanessa Redgrave, Harry Dean Stanton et surtout Mickey Rourke bouleversant dans une courte séquence. À vrai dire, leurs apparitions sont plus distractives qu’autre chose, et le film aurait fort bien pu s’en passer, mais on est toujours content de les retrouver.

« THE PLEDGE » réunit la plupart des qualités de précédents films de Penn et pratiquement aucun de leurs défauts. Le scénario est parfaitement vissé, les ambiances sont magnifiquement captées par la photo de Chris Menges, et Nicholson qui a campé tant de cinglés dans sa carrière, en donne ici une variante des plus réalistes et émouvantes. Un superbe film à tous points-de-vue.

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JACK NICHOLSON, ROBIN WRIGHT ET MICKEY ROURKE

 

« PARADISE LOST » (2014)

« PARADISE LOST » n’a rien d’un biopic de Pablo Escobar, le narcotrafiquant du cartel de Medellin. C’est un thriller dont il n’est pas le personnage principal, mais où il sert de figure satanique, de génie du Mal en filigrane.PARADISE

Le héros est Josh Hutcherson, un jeune surfer canadien venu s’installer avec son frère en Colombie. Il tombe amoureux de la nièce d’Escobar et pénètre son cercle familial, sans se rendre compte qu’il signe un pacte avec le Diable. Quand ‘Pablo’ déclare la guerre au gouvernement, rien ne va plus : il se met à éliminer tous les membres de son entourage susceptibles de le mettre en danger. Dont notre malheureux ‘Nick’ !

Sur presque deux heures, le film prend son temps pour définir les protagonistes, pour qu’on s’identifie au jeune homme et pour montrer d’abord un visage charismatique, presque sympathique d’Escobar, avant que les masques ne tombent et que le monstre ne refasse surface et que, tel Saturne, il dévore ses enfants.

Si Hutcherson est très bien, crédible de bout en bout, il bataille dur pour exister face à un phénoménal Benicio Del Toro. Avec vingt kilos de surpoids, une barbe épaisse, une voix flutée à la Brando – auquel il fait parfois penser – l’acteur est prodigieux de puissance contenue, de bestialité aveugle. Impossible de lâcher l’écran des yeux dès qu’il y apparaît.

Suspense débridé, film d’aventures viscéral, basé sur des événements réels vus du petit côté de la lorgnette, « PARADISE LOST » est une excellente surprise, un trip angoissant émaillé de morceaux de bravoure étonnants (la traque dans le petit village) et surtout une œuvre ambitieuse sans être prétentieuse, dominée par la présence nocive et hypnotique du grand Benicio au sommet de son art.

 

« THE WAY OF THE GUN » (2000)

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BENICIO DEL TORO

Des protagonistes de « THE WAY OF THE GUN », on ne connaît que les surnoms : ‘Parker’ et ‘Longbaugh’, qui sont comme on le sait, les véritables patronymes de Butch Cassidy et du Sundance Kid. D’ailleurs, les deux malfrats finiront de la même façon, sur la plaza d’un village mexicain.WAY

Néo-film noir un peu trop écrit et légèrement prétentieux sur les bords, le film mérite d’être vu pour sa deuxième heure qui monte crescendo vers un « showdown » apocalyptique et clairement peckinpien, entre « LA HORDE SAUVAGE » et « GETAWAY ». Mais pour jouir de ce joli moment westernien, bien mené et d’une violence très raide, il faut supporter la première moitié, inégale, bavarde à l’extrême, qui s’égare dans des tunnels dialogués entre truands philosophes, garde-du-corps félons et mafieux vicelards. Le truc est de ne surtout pas se décourager ! La fin vaut le supplice…

Du tandem de voyous sans dieu ni maître, c’est Benicio Del Toro qui sort du rang, faisant preuve d’un charisme insensé, avec peu de dialogue mais un regard qui perce l’écran. La marque des vrais ‘tough guys’ ! Face à lui, le fade Ryan Philippe ne fait pas le poids. James Caan est très bien en homme-de-main de la vieille école, calme et maître de lui, Juliette Lewis est comme souvent un brin irritante mais ça convient parfaitement à son rôle. On remarque son père Geoffrey en vieux ‘hitman’ malchanceux. Sa mort rappelle irrésistiblement celle de Slim Pickens dans « PAT GARRETT & BILLY THE KID ». Peckinpah, encore…

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TAYE DIGGS, JULIETTE LEWIS ET JAMES CAAN

Le vrai vice-de-forme de « THE WAY OF THE GUN » est de constamment vouloir démontrer qu’il vaut mieux que le genre dans lequel il évolue. C’est dommage, car sans cette vaine coquetterie d’auteur, il aurait pu s’inscrire dans les travées de petits classiques comme « ROLLING THUNDER ». Restent heureusement quelques fusillades ébouriffantes et le regard embrumé de Benicio, où percent parfois des vestiges d’humanité.

 

« CHE – 1ère PARTIE : L’ARGENTIN » / « CHE – 2ème PARTIE : GUERILLA » (2008)

« CHE – 1ère PARTIE : L’ARGENTIN » est basé sur les écrits d’Ernesto ‘Che’ Guevara lui-même et il couvre les débuts du révolutionnaire à Cuba aux côtés de Castro, jusqu’à la chute de Batista.CHE2

L’angle d’attaque de Steven Soderbergh rappelle celui jadis employé par Pierre Schoendorffer dans « LA 317ème SECTION » : une recherche de réalisme documentaire dans la mise-en-scène et une quasi-absence de scénarisation « fictionnée », pour tenter de capturer le quotidien de cette poignée d’hommes et de femmes décidés à prendre leur destinée en main. Cela rend le film parfois rêche et peu attractif, d’autant que les allers-retours entre Cuba dans les années 50 et le séjour du Che aux U.S.A. en 1964 tourné en noir & blanc, n’aident pas à s’immerger dans l’action. Autrement dit, l’exact opposé du terrible navet que signa Richard Fleischer en 1969 avec Omar Sharif, mais pas non plus très convaincant…

Long, constamment en mouvement, sans moment réellement marquant, le film maintient l’intérêt la plupart du temps, mais connaît de grosses chutes de tension. On connaît mal les personnages, on ne s’attache à aucun d’entre eux, pas même à Guevara dont le portrait est superficiel sans tomber toutefois dans l’image d’Épinal. Reste que Benicio Del Toro est extrêmement crédible dans le rôle-titre sans chercher à se rendre sympathique à tout prix. Il est bien entouré par Demián Bichir parfait en Fidel Castro, Julia Ormond en journaliste américaine opiniâtre et Oscar Isaac dans un petit rôle d’interprète.CHE1

« CHE – 2ème PARTIE : GUERILLA » est une tout autre paire de manches ! Cette seconde époque suit le ‘Che’ en Bolivie et détaille étape par étape l’échec de sa tentative de révolution qui s’achèvera par sa mort pathétique, au fond d’une bicoque perdue dans la jungle.

Soderbergh pousse son parti-pris encore plus loin en signant un film informe, monocorde, entièrement situé en extérieurs. Il désincarne totalement le personnage central en filmant à peine Del Toro, qu’on entrevoit de dos, en profil perdu, dans la pénombre, méconnaissable sous sa perruque hirsute et sa barbe qui le font ressembler à Tomás Milian dans un ‘Zapata western’. Cela fait penser à la façon dont Julien Duvivier avait filmé le Christ dans « GOLGOTHA » : de biais.

Cela n’aide évidemment pas à se passionner pour cette longue marche fastidieuse qui devient rapidement insupportable et soporifique. L’apparition régulière de visages connus comme Franka Potente, Lou Diamond Phillips ou même Matt Damon semble paradoxale voire contradictoire avec la volonté de réalisme et de rigueur spartiate de l’auteur.

Pour résumer : une première partie sporadiquement intéressante, une seconde qui est un véritable pensum. Quatre heures d’un non-biopic qui n’apprendra rien sur la personnalité ou les motivations de Che Guevara et laissera plus d’un spectateur perplexe et insatisfait.