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Archives de Catégorie: FILMS FRANÇAIS

« LE BATEAU D’ÉMILE » (1962)

EMILE.jpgÀ l’exception de deux ou trois films avec Gabin et de « UN TAXI POUR TOBROUK », on ne peut pas dire que la filmo de Denys de la Patellière brille de mille feux. Inspiré de Georges Simenon, dialogué par Michel Audiard, « LE BATEAU D’ÉMILE » est un de ses plus mauvais films et, un des rares, où Lino Ventura soit totalement à côté de la plaque.

À l’article de la mort, Michel Simon revient à La Rochelle après 40 ans, accueilli par son richissime frère Pierre Brasseur. Il veut léguer sa fortune à son fils illégitime (Ventura) qu’il n’a jamais vu. Pêcheur porté sur la bouteille et vivant avec une prostituée (Annie Girardot), le coléreux Lino va devoir affronter les magouilles de la grande bourgeoisie. Il ne se passe rigoureusement RIEN dans ce film. Ce n’est pas du mélo, mais pas non plus de la franche comédie. La direction d’acteurs est catastrophique : outre Ventura, qui s’égare dans d’interminables scènes d’ivresse (pas son fort), Simon cabotine tellement qu’il en devient embarrassant à contempler, Brasseur s’en sort à peu près. Il retrouve d’ailleurs Edith Scob, qui jouait déjà sa fille dans le classique « LES YEUX SANS VISAGE » deux ans plus tôt. La seule qui semble s’amuser est Annie Girardot, qui n’a jamais semblé plus fraîche et enjouée et apporte un semblant de vie à ce monument d’ennui. Le dialogue d’Audiard est d’une platitude inhabituelle, à peine si on sourit à une ou deux saillies de Brasseur, le scénario est flasque, dépourvu de ressort ou d’enjeu et « LE BATEAU D’ÉMILE » paraît s’achever au beau milieu du récit, sans que rien ne soit résolu, comme s’il manquait une bobine : la plus importante ! Méga déception donc, que ce film réunissant pourtant de grands noms du cinéma hexagonal, à oublier au plus vite.

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LINO VENTURA, ANNIE GIRARDOT, EDITH SCOB ET MICHEL SIMON

 

« LES DISPARUS DE ST. AGIL » (1938)

AGIL« LES DISPARUS DE ST. AGIL » de Christian-Jaque, adapté d’un roman de Pierre Véry, est un des grands succès populaires de l’immédiat avant-guerre, un suspense situé dans une pension pour garçons et prenant pour héros un « club des 3 » rêvant de partir pour l’Amérique.

Le scénario est très bien agencé, le mystère s’épaissit au fur et à mesure et les suspects pullulent. La morale de l’histoire ? Peut-être qu’il ne faut pas se fier aux apparences et ne pas se focaliser sur « l’étranger », dès qu’il s’agit de soupçonner un meurtrier. C’est un film pour adolescents, aux personnages bien croqués, aux dialogues souvent savoureux. La photo, parfois systématiquement sombre, oblige à se forcer pour ne pas décrocher par moments, mais le plaisir reste entier tant d’années après. Si les trois gamins sont excellents, particulièrement le petit Jean Claudio, les adultes ne sont pas en reste : Michel Simon est grandiose en prof de dessin raté, ivrogne et cancanier, affublé d’une hideuse petite moustache hitlérienne. Erich von Stroheim est égal à lui-même, accent improbable inclus, en professeur de langues énigmatique et inquiétant, mais au fond, le seul qui ait su rester un enfant. Et Robert Le Vigan traverse quelques séquences avec son regard fou et sa silhouette de croque-mitaine.

L’intrigue policière (une histoire de fausse monnaie quelque peu expédiée)  n’a pas grande importance. Le sujet, c’est l’imaginaire des enfants, capable de donner des allures de film d’horreur à un banal faits-divers à huis clos. Et sans être originale ou stylisée, la réalisation de Christian-Jaque est solide et tient encore la distance 80 ans après. Inoxydable, autrement dit !

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ERICH VON STROHEIM, ROBERT LE VIGAN ET MICHEL SIMON

 

« LES LOUVES » (1957)

LOUVESÉcrit par le tandem Pierre Boileau et Thomas Narcejac (« LES DIABOLIQUES »), réalisé par l’argentin Luis Saslavsky, « LES LOUVES » est un solide suspense psychologique en quasi-huis clos, confrontant un usurpateur d’identité évadé d’un camp allemand (François Périer) à trois femmes redoutables.

Cela se passe en 1943 sous l’occupation et, après la mort accidentelle de son meilleur ami, Périer va se cacher chez Micheline Presle la « marraine de guerre » de celui-ci en se faisant passer pour lui. Il rencontre la jeune sœur fantasque de Presle (Jeanne Moreau) et bientôt celle de son ami défunt (Madeleine Robinson) qui fait mine de le reconnaître. Manipulé par les trois mantes religieuses, Périer s’enlise dans une triple relation complexe et inextricable, jusqu’au moment où il apprend qu’un gros héritage est en jeu. Le scénario est plus intrigant que vraiment fascinant, sans doute manque-t-il d’un grand réalisateur pour le transcender. Mais l’intérêt est constamment maintenu par le quatuor d’acteurs au sommet de leur art, qui parviennent à créer des personnages à multiples facettes, jamais simplistes ou manichéens. Périer, acteur incapable d’être mauvais, est remarquable en ex-pianiste au passé trouble, un lâche opportuniste, menteur pathologique, toujours au bord de la dépression, proie idéale pour les « monstresses ». Presle, parfaite en bourgeoise coincée mais au caractère bien trempé, Moreau plus animée que de coutume, excellente en jeune femme sensuelle, exploitant un don de médium sujet à caution, et la toujours savoureuse Madeleine Robinson en profiteuse vulgaire et encombrante. L’interaction entre ces quatre grands comédiens est un pur régal à contempler. Parmi les seconds rôles, on reconnaît un jeune Pierre Mondy en maître-chanteur. Sans être un chef-d’œuvre, « LES LOUVES » se laisse regarder avec un réel plaisir, jusqu’à son dénouement d’une froideur et d’une cruauté extrêmes. À découvrir.

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MICHELINE PRESLE, FRANÇOIS PÉRIER, JEANNE MOREAU ET MADELEINE ROBINSON

 

« NON COUPABLE » (1947)

NON.jpg« NON COUPABLE » de Henri Decoin brosse le portrait d’un médecin alcoolique, marginalisé par la bourgeoisie de sa ville de province, sombrant dans la dépression, jusqu’au moment où il se découvre un don qu’il ne soupçonnait pas : c’est un tueur-né, capable de perpétrer des crimes parfaits sans jamais être inquiété !

Il y a du Simenon dans ce film très noir et oppressant porté par la performance d’un Michel Simon au cabotinage très contrôlé, qui compose un personnage monstrueux et pathétique, un mégalomane aux bouffées délirantes, qui rêve d’être enfin accepté et respecté, même si c’est en tant qu’assassin. Mais le scénario, d’une grande ironie, lui refusera cette gloire, même posthume dans un épilogue bien amené. Simon s’est fait une tête à la Barbe-bleue et promène sa lourde silhouette et son visage tourmenté, magnifiquement mis en valeur par la photo et par quelques gros-plans impressionnants. Une construction à ellipses laisse planer le doute un moment sur sa culpabilité et le jeu ambigu et pervers de l’acteur accentue la dualité de son rôle. Vraiment du grand art ! À ses côtés, la douce et jolie Jany Holt joue sa maîtresse apparemment soumise et aimante et tient tête au « monstre » de subtile manière. Jean Debucourt est excellent en flic parisien à l’incompétence auto-satisfaite et on reconnaît Robert Dalban en bistrotier sordide.

Bien réalisé, avec quelques trouvailles étonnantes, bien mené au niveau policier et mieux encore au niveau de l’étude de caractères, « NON COUPABLE » oscille entre le mélodrame provincial et le film noir. C’est une franche réussite qui doit beaucoup à la présence fracassante d’un Michel Simon qui retrouve un rôle dans la veine du « PANIQUE » de Duvivier tourné l’année précédente. À voir.

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JANY HOLT ET MICHEL SIMON

 

« DRÔLE DE DRAME » (1937)

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LOUIS JOUVET

Depuis sa sortie, « DRÔLE DE DRAME » de Marcel Carné, a toujours divisé les cinéphiles. Inspiré d’un roman anglais, c’est une farce policière loufoque et jonglant avec l’absurde, basant toute son intrigue sur un quiproquo ridicule et l’enquête autour d’un cadavre bien vivant.DROLE.jpg

Le scénario de Jacques Prévert, et surtout ses dialogues, sont délicieux. Et deux génies lui font honneur : Michel Simon dans un rôle de vieux botaniste chevrotant et émotif et Louis Jouvet en évêque pique-assiette et égrillard. Tous deux en font des tonnes sans aucun complexe, et ils ont eu bien raison : leurs trop rares face à face sont extraordinaires de drôlerie. Si Françoise Rosay est également délectable en bourgeoise méprisante et âpre au gain, on peut se montrer plus réticent devant les interprétations de Jean-Louis Barrault, systématiquement exorbité dans son rôle de serial killer spécialisé dans les bouchers et surtout celles de Jean-Pierre Aumont en laitier charmeur et Nadine Vogel. Mais il est vrai que faire parler les jeunes premiers n’a jamais été le point fort de Prévert ! Heureusement, quelques seconds rôles viennent rehausser le niveau, comme Alcover en flic atrabilaire (et nul) de Scotland Yard, Henri Guisol en journaliste perpétuellement endormi.

« DRÔLE DE DRAME » avec ses décors de studio, ses longs tunnels de dialogue et le jeu outré des comédiens, fait penser à une pièce de théâtre. Mais un théâtre qui ne se serait pas trop démodé grâce à un ton très libre et irrévérencieux. Et puis, le bonheur de voir Michel Simon parler à ses chers mimosas, tourner de l’œil à la moindre émotion, ou Jouvet en kilt écossais, vaut de toute façon de voir et revoir ce film totalement atypique, quelle que soit l’époque, qui vieillit sans vieillir.

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MICHEL SIMON, JEAN-PIERRE AUMONT, LOUIS JOUVET ET ALCOVER

 

HAPPY BIRTHDAY, JULIE !

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JULIE DELPY, ACTRICE ET RÉALISATRICE, ELLE DÉBUTE EN FRANCE ET POURSUIT UNE JOLIE CARRIÈRE AUX U.S.A. ATTACHANTE PERSONNALITÉ.

 
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Publié par le 21 décembre 2019 dans ANNIVERSAIRES, FILMS FRANÇAIS

 

« LES DEUX ANGLAISES ET LE CONTINENT » (1971)

2 ANGLAISES.jpg« LES DEUX ANGLAISES ET LE CONTINENT » est inspiré d’un roman de Henri-Pierre Roché (1879-1959) auteur déjà adapté par François Truffaut avec « JULES & JIM ». Situé au début du 20ème siècle, il décrit une curieuse relation à trois, laissant entendre qu’elle aurait inspiré le romancier pour écrire justement « JULES & JIM ». Les deux films sont donc étroitement liés dans le parcours du réalisateur.

Jean-Pierre Léaud, jeune français oisif, rend visite à une amie de sa mère au pays de Galles et rencontre ses deux filles (Kika Markham et Stacey Tendeter) dont il devient le jeune frère et confident. Mais l’une voudrait qu’il tombe amoureux de sa sœur, personnalité étrange, recluse, cérébrale et coincée par son milieu puritain et religieux. Le scénario suit, porté par la voix « off » de Truffaut lui-même, cette éducation sentimentale chaotique et malaisée. Léaud, fils-à-maman indécis, va s’éprendre d’une sœur, puis de l’autre, dans un long parcours de sept années qui s’achèvera dans la déception et la tristesse. Dans son montage de 130 minutes, le film est long et lent, la photo du grand Nestor Almenderos est jolie sans avoir rien de transcendant et on peut être irrité par le jeu mécanique et monocorde de Léaud. Celui-ci affiche une personnalité certes singulière, mais ne laisse filtrer aucune subtilité ou ambiguïté. Il faut le considérer comme une projection de Truffaut, une présence de l’auteur du film à l’intérieur de son œuvre. Les deux comédiennes anglaises sont parfaites et parmi les petits rôles on aperçoit Philippe Léotard très bien en éditeur et le musicien Georges Delerue en notaire.

« LES DEUX ANGLAISES ET LE CONTINENT » n’est pas le film de Truffaut le plus facile à comprendre et à aimer, mais si on en accepte la lenteur, on peut le voir comme on lit un gros roman. Et réfléchir ensuite aux thèmes qu’il a tenté de développer.

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STACEY TENDETER, KIKA MARKHAM ET JEAN-PIERRE LÉAUD.