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Archives de Catégorie: FILMS FRANÇAIS

« L’HOMME QUI AIMAIT LES FEMMES » (1977)

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CHARLES DENNER

Charles Denner fut un des comédiens les plus singuliers du cinéma français, une personnalité à part au style de jeu excessif et spontané n’appartenant qu’à lui. Il sut inspirer Lelouch, Chabrol, Gavras et aussi François Truffaut qui lui offre le rôle de sa vie avec « L’HOMME QUI AIMAIT LES FEMMES ».AIMAIT3

Sous forme de chronique narrée en voix « off », le film raconte la vie d’un quidam obsédé par la gent féminine. Toutes les femmes quelles qu’elles soient. C’est une sorte de ‘serial lover’ que la composition de Denner rend presque inquiétant. Intense, fiévreux, monomaniaque, il suit à la manière d’un tueur en série, des inconnues dans la rue, les séduit et ne cherche que rarement à les revoir. Il n’a pourtant rien d’un Don Juan, ne serait-ce que physiquement avec son allure d’épervier famélique, mais il accumule les conquêtes de façon compulsive. Avec ce portrait en forme de mosaïque, Truffaut parle manifestement des choses qui le fascinent : les femmes donc, mais aussi les livres puisque Denner finit par écrire sa biographie qui paraîtra sous le titre… du film. Une jolie mise en abyme, portée par un dialogue spirituel et élégant et même un certain humour sous-jacent. On peut – comme c’est parfois le cas – être irrité par la manière de jouer de certains acteurs, typique des films du réalisateur. Mais aux côtés d’un Denner vraiment extraordinaire et imprévisible, on remarque Nelly Borgeaud époustouflante en « foldingue » dangereuse, Geneviève Fontanel en femme mûre n’aimant que les hommes jeunes et Leslie Caron magnifique dans une unique séquence révélatrice.

« L’HOMME QUI AIMAIT LES FEMMES » est, avec « LES 400 COUPS » et « LA NUIT AMÉRICAINE » un des films de Truffaut que peuvent aimer ceux qui n’apprécient généralement pas ses œuvres.

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LESLIE CARON, CHARLES DENNER ET NELLY BORGEAUD

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« UN HOMME ET UNE FEMME » (1966)

HF« UN HOMME ET UNE FEMME » est le film qui lança la carrière de Claude Lelouch et il contient déjà en germe tout son travail à venir. C’est aussi un film tellement plagié, parodié, moqué, qu’il devient difficile de le voir avec un œil neuf.

Il contient tout ce qu’on aime et ce qu’on déteste dans les films du réalisateur : un sens aigu du détail, des fulgurances d’émotion comme saisies au vol, une façon unique de magnifier des choses excessivement ordinaires de l’existence. Ici, une rencontre amoureuse entre deux jeunes veufs aux destins semblables dans un Deauville pluvieux et hors-saison. Mais on peut être aussi irrité, voire exaspéré, par des moments incongrus comme le « scopitone » de Pierre Barouh chantant une samba ou des scènes interminables et documentaires sur un circuit de course automobile. Le meilleur et le pire se côtoient en permanence, d’une scène à l’autre.

Le film doit beaucoup, presque tout, au charme irradiant de ses deux vedettes : Anouk Aimée à la sobre beauté, silencieuse et hantée et Jean-Louis Trintignant personnage plus simple, plus direct, éminemment sympathique dans sa banalité. Ils fonctionnent parfaitement bien ensemble et les moments où ils se rapprochent peu à peu sont d’une vérité saisissante.

« UN HOMME ET UNE FEMME » divise de A jusqu’à Z. La plus pure des émotions (la scène d’amour gâchée par les souvenirs de la jeune femme) alterne avec les tics de réalisation complaisants et tape-à-l’œil.

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ANOUK AIMÉE ET JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

C’est un film qui ne mettra jamais personne d’accord, c’est certain. Mais la BO de Francis Lai – tellement galvaudée pourtant – fait encore son petit effet et les retrouvailles sur la plage de Deauville où joue un vieux chien, sont de bien jolis moments. Quoi qu’il en soit, une vraie date dans l’Histoire du cinéma français, une sorte de chaînon manquant entre la Nouvelle Vague et la Qualité France.

 

PALOMA MATTA : R.I.P.

MATTA

PALOMA MATTA (1945-2017), VEDETTE TV DES ANNÉES 60, VUE DANS « PARIS BRÛLE-T-IL ? » ET « LE SEPTIÈME JURÉ ». RETIRÉE DES ÉCRANS DEPUIS 1970.

 
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Publié par le 17 septembre 2017 dans CARNET NOIR, FILMS FRANÇAIS

 

« LA SCOUMOUNE » (1972)

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MICHEL CONSTANTIN

En 1961, José Giovanni adaptait sa propre Série Noire « L’EXCOMMUNIÉ » (beau titre !) pour l’excellent « UN NOMMÉ LA ROCCA » réalisé par Jean Becker. Onze ans plus tard, il en tourne lui-même un remake en reprenant la même vedette, Jean-Paul Belmondo, dans le même rôle. Une curieuse démarche, d’autant plus que le premier film était tout à fait satisfaisant.SCOUMOUNE Le scénario de « LA SCOUMOUNE » commence de façon très confuse, dans les années 30, emprunte aux tics du ‘spaghetti western’, présente maladroitement ses protagonistes et n’apporte pas grande nouveauté par rapport à celui du Becker. Oui, les mœurs de la pègre de l’avant et l’après-guerre sont décrites plus crûment, le personnage de ‘Xavier’ est l’opposé de celui campé par Pierre Vaneck, mais globalement c’est exactement la même histoire, bâtie de  façon similaire. Parmi les bonus de cette mouture : des détails sur la jeunesse des trois protagonistes expliquant mieux leurs relations, la bonne idée de montrer (ou plutôt de ne pas montrer) l’occupation allemande depuis l’enceinte d’un pénitencier, quelques détails suintant d’authenticité sur les résistants et les collabos, des seconds rôles très bien dessinés.

Le juvénile et efflanqué Belmondo de 1961 a laissé place au plus massif « Bébel ». Et s’il s’efforce à la sobriété, la star ne dégage plus rien de son mystère d’antan. Il traverse le film avec une décontraction frôlant l’indifférence polie. Quelle idée aussi de jouer deux fois le même rôle quand on l’a si bien interprété la première fois ! Étonnamment, la vraie révélation, c’est Michel Constantin, très bien dirigé, qui incarne une brute épaisse au regard fou. Il fait vraiment peur par instants et joue magnifiquement sa déchéance à Pigalle. Certainement le rôle de sa vie. Claudia Cardinale, bizarrement distribuée, joue les décorations, mais elle a une très jolie scène muette où elle découvre son premier cheveu blanc. Dans un casting éblouissant, on reconnaît Gérard Depardieu en voyou arrogant, Michel Peyrelon fabuleux en malfrat dandy et efféminé et Enrique Lucero échappé d’un western de Leone en joueur d’orgue et bodyguard.

C’est parfois pompier, parfois réussi, mais extrêmement inégal. En fait, une fois le film achevé, on ne retient vraiment qu’une chose : la fabuleuse musique de François de Roubaix, mélopée nostalgique à l’orgue de barbarie qui apporte une sorte de grandeur intemporelle à tout le film.

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ENRIQUE LUCERO, JEAN-PAUL BELMONDO, CLAUDIA CARDINALE, GÉRARD DEPARDIEU ET MICHEL CONSTANTIN

À noter que, outre Belmondo et Constantin (qui jouait un autre rôle) déjà présents dans « UN NOMMÉ LA ROCCA », on retrouve également Jacques Rispal et Dominique Zardi qui se retrouve à nouveau à déminer la même plage !

 

« UN NOMMÉ LA ROCCA » (1961)

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JEAN-PAUL BELMONDO

« UN NOMMÉ LA ROCCA » est le premier film de Jean, fils du grand Jacques Becker, et demeure probablement son meilleur. Adapté par José Giovanni d’une de ses propres Séries Noires, c’est un polar singulier, trahissant ses origines littéraires par une construction en chapitres indépendants les uns des autres (le retour de La Rocca en France, la prison, le déminage, la fin tragique) et s’achevant dans l’amertume.ROCCA2

C’est l’histoire d’une amitié aveugle entre Jean-Paul Belmondo, jeune voyou charismatique, as de la gâchette et Pierre Vaneck tête brûlée au comportement suicidaire. La première moitié du film est bourrée de clichés du genre « gangsters et p’tites pépées », avec ses caïds en costard rayé, ses racketteurs, ses règlements de comptes, mais la seconde décolle dans une impressionnante séquence où des forçats s’engagent pour déterrer des mines de la WW2 en échange de leur liberté.

La réalisation est sobre, sans la moindre faille, ultra-efficace, utilisant à merveille les extérieurs et cadrant les visages en très gros-plans. Le film doit beaucoup à Belmondo, qu’on n’a jamais vu aussi mince, presque maigre, les traits creusés, l’air triste et presque absent. Il crée un beau personnage de tueur loyal et sans état d’âme. Son duo avec Vaneck fonctionne à plein. À leurs côtés, la jolie Christine Kaufmann (copro allemande oblige) ne donne pas grand relief à son rôle. On reconnaît des « tronches » d’époque comme Michel Constantin en déserteur… américain (avec accent hallucinant en bonus !), Claude Piéplu, Mario David, Jacques Rispal, etc.

Très belle surprise donc que ce « UN NOMMÉ LA ROCCA » injustement sous-estimé voire oublié, alors qu’il est vraiment un fleuron du polar français des années 60.

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MICHEL CONSTANTIN, PIERRE VANECK ET JEAN-PAUL BELMONDO

À noter : José Giovanni tournera lui-même un remake en 1972, intitulé « LA SCOUMOUNE » où Belmondo retrouvait son rôle rebaptisé ‘Borgo’. Le scénario était très proche, mais le traitement totalement différent. Demain sur « BDW2 » !

 

« LA FEMME INFIDÈLE » (1969)

FEMMEEntre 1969 et 1970, Claude Chabrol a tourné d’affilée trois de ses meilleurs films : « LA FEMME INFIDÈLE », « QUE LA BÊTE MEURE » et « LE BOUCHER ».

Le premier est une sorte de pur concentré de Chabrol : un drame feutré, ironique et inquiétant, suivant Michel Bouquet, petit bourgeois auto-satisfait au sourire débonnaire qui, découvrant que sa femme le trompe, va se métamorphoser en meurtrier méthodique. Parce qu’il est fou d’amour pour elle ? Ou pour préserver sa jolie bulle confortable, sa vie de famille versaillaise qui le rend si fier ? Bouquet est vraiment l’interprète rêvé pour ce personnage opaque et contradictoire, glacial et émotif, dont on cherche constamment et sans vraiment s’en rendre compte, à percer le mystère. Le film se déroule à son rythme lancinant, alignant les banalités, les non-dits, la routine vide de sens, pour mieux nous engluer dans sa toile. La sensation d’enfermement et d’inéluctable est joliment renforcée par la BO de Pierre Jansen, obsédante et omniprésente.

Stéphane Audran est évidemment parfaite en épouse adultère à la languide sensualité, cherchant ailleurs le plaisir que lui refuse un mari à la libido endormie. Apparaissant dans seulement deux scènes, Maurice Ronet vole la vedette à tout le monde en amant désinvolte et pas bien malin. Son face-à-face avec Bouquet venu lui rendre visite « en voisin » est aussi savoureux qu’inquiétant : le climax du film. Une séquence qui se suffit presque à elle-même.

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STÉPHANE AUDRAN, MICHEL BOUQUET ET MAURICE RONET

On pourra bien sûr reprocher à Chabrol sa photo tristounette, ses intérieurs hideux et des clins d’œil un brin complaisants (Bouquet passant en voiture devant un cinéma passant « LES BICHES », son film précédent), mais « LA FEMME INFIDÈLE » n’en demeure pas moins un petit chef-d’œuvre dans le créneau très spécifique du réalisateur.

 

MELVILLE ANTHOLOGIQUE…

BR JPM

SORTIE EN OCTOBRE ET EN HD D’UN COFFRET MELVILLE. NE MANQUENT QUE « L’AÎNÉ DES FERCHAUX » ET LE GRAND « DEUXIÈME SOUFFLE ».