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Archives de Catégorie: LES LIVRES, LES ADAPTATIONS, LES BD, LES ARTICLES

« UN TRAÎTRE IDÉAL » (2016)

Adapté d’un roman de John Le Carré, réalisé par la téléaste Susanna White, « UN TRAÎTRE IDÉAL » a toutes les apparences d’un film d’espionnage anglais comme on en a déjà tant vu. Mais il ne faut jamais se fier aux apparences car il s’avère être un excellent film aux enjeux psychologiques puissants et aux personnages très bien campés.KIND

Stellan Skarsgård – parfaitement utilisé – est un comptable de la mafia russe qui, se sachant condamné par son nouveau boss, décide de vendre ses secrets, impliquant de hauts dignitaires britanniques, au MI6 en échange d’une protection pour sa famille. Il compromet un innocent quidam (Ewan McGregor) et sa femme (Naomie Harris) croisés par hasard, qui vont s’attacher à son sort. C’est une course-poursuite à travers le Maroc, la France, la Suisse et l’Angleterre, toute empreinte de paranoïa et de violence. Mais le plus intéressant et original, est l’amitié soudaine mais bien réelle entre le « traître » sympathique et truculent et le jeune professeur généreux et chevaleresque. Le tandem d’acteurs fonctionne à plein régime, soutenu par d’excellents seconds rôles comme Damian Harris, en maître-espion ambigu. Étonnamment soigné au niveau visuel et esthétique, « UN TRAÎTRE IDÉAL » doit beaucoup à son directeur photo, Anthony Dod Mantle (« FESTEN », « DREDD ») dont le sens du cadrage et les lumières contrastées jouant avec les reflets, apportent une grande classe au film tout entier. Malgré quelques petites impasses scénaristiques et des ellipses très abruptes (on aurait quand même bien voulu savoir ce qui a pu se passer dans l’hélicoptère, à la fin !), « UN TRAÎTRE IDÉAL » est un bon suspense humain et dépourvu de sensiblerie.

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GABIN PAR BRUNELIN…

Cinéphile, attaché de presse et finalement scénariste d’au moins deux excellents films : « LA TRAQUE » de Serge Leroy et « LE DÉSERT DES TARTARES » de Valerio Zurlini, André G. Brunelin (1926-2005) travailla longtemps aux côtés de Jean Gabin. C’est après la mort de celui-ci qu’il écrivit « GABIN » imposante biographie en deux volumes publiée en 1987 chez Robert Laffont.GABIN BOOK.jpg

Le premier tome est passionnant. Porté par un témoignage de première main de Gabin lui-même (on croit l’entendre parler !), il retrace l’enfance de l’acteur en détails, sa relation complexe avec ses parents, son amour de la campagne, son rejet total du showbiz. Après quelques chapitres, on a vraiment l’impression de connaître intimement le bonhomme. Aussi lorsqu’on en arrive aux années qui nous intéressent au premier chef, c’est-à-dire son ascension vers le vedettariat, sa relation avec Duvivier, Renoir, Carné, Prévert, qui l’ont littéralement façonné à l’écran, a-t-on le sentiment de mieux comprendre son personnage et ce qui fit son charisme unique à l’écran. Brunelin s’attache bien plus à définir les contours de l’homme qu’à s’attarder très longtemps sur tel ou tel film. Et le portrait, pétri de contradictions, de grandeur et de mesquinerie, de triomphes et de ratages, est saisissant de vérité. Gabin était une personne sensible et pudique, aimant à se faire passer pour un rustre, un râleur, un professionnel irréprochable, mais une vedette difficile, irascible, enclin aux fâcheries définitives et aux jugements à l’emporte-pièce. Le second volume ne retrouve pas cette verve. Il faut dire que la période (l’après-guerre, les « années grises » de l’acteur de retour à Paris) n’est pas aussi pittoresque ni aussi aventureuse. On passe énormément de temps à parler de ses propriétés à la campagne, de sa costumière, de sa famille et – il faut bien le dire – de films de moins en moins passionnants (hormis quelques grandioses exceptions, ça va sans dire !)  à mesure que le temps passe. Cela reste très bien écrit et très vivant, c’est juste que le Jean Gabin vieilli avant l’âge et enchaînant les films routiniers, ne possède plus l’aura des années 30. C’est, en tout cas, pour l’amoureux de la vie et de l’œuvre du plus grand acteur français, une lecture indispensable qui parvient à capter l’âme de cet individu insaisissable et parfois incompréhensible, dont le langage fleuri qui lui était propre, inspira jusqu’à Michel Audiard lui-même.

 

« THE SECRET MAN – MARK FELT » (2017)

« THE SECRET MAN – MARK FELT » de l’ex-journaliste Peter Landesman inspiré des mémoires de Felt en personne, revient sur les évènements du Watergate en 1972, mais cette fois du point-de-vue de l’informateur des reporters du Washington, le célèbre et longtemps anonyme « Gorge Profonde ».FELT.jpg

Pratiquement invisible dans « LES HOMMES DU PRÉSIDENT » (on ignorait alors son identité), le lanceur d’alerte n’était autre que le sous-directeur du FBI. Une idée potentiellement passionnante sur le papier, mais qui à l’arrivée donne un film statique, bavard à l’extrême et nécessitant une vraie connaissance du dossier pour y comprendre quelque chose et ne pas s’égarer dans une forêt de noms et une foule de personnages inconnus du commun des mortels non-américains. L’image verdâtre, la réalisation hésitant entre la caméra « bougée » et les longs plans figés, n’aident pas à se passionner pour la leçon d’Histoire et le rôle principal étant un homme austère, verrouillant ses émotions, difficile de ressentir une quelconque sympathie pour lui. C’est tout à l’honneur de Liam Neeson de l’avoir incarné avec une telle retenue. Très amaigri, portant une perruque de cheveux gris, le teint blême, il ressemble à un mort-vivant, et traverse le film, raide comme la justice et d’une parfaite sobriété. Il est bien entouré d’acteurs comme Diane Lane jouant sa femme à bout de patience, Marton Csokas en remplaçant de J. Edgar Hoover, Michael C. Hall, un Tom Sizemore particulièrement remarquable en rival visqueux au possible et même Eddie Marsan qui n’apparaît hélas, que le temps d’une brève séquence.

« MARK FELT » est un drôle de film, qu’il n’est pas évident de recommander tant il est esthétiquement ingrat et scénaristiquement hermétique. On peut s’y ennuyer ferme et penser que le cinéma c’est un peu plus que des personnes en costume en train de discuter dans des bureaux.

 

« PROPOSITION INDÉCENTE » (1993)

L’anglais Adrian Lyne a tourné huit longs-métrages : quelques « classiques » de l’érotisme chic/ringard façon eighties (« 9 SEMAINES ½ ») et même un chef-d’œuvre : « L’ÉCHELLE DE JACOB ». « PROPOSITION INDÉCENTE » se placerait plutôt dans la première catégorie.INDÉCENTE.jpg

À partir d’un pitch prometteur (un milliardaire propose un million de dollars à un jeune couple ruiné pour coucher avec la femme), Lyne ne signe qu’un mélodrame chichiteux, mièvre et complètement faussé par le casting de Robert Redford dans le rôle du corrupteur. Le film n’aurait-il pas eu davantage de sens et d’enjeu si l’homme avait ressemblé à (au hasard) un Weinstein ? Toujours est-il que le couple formé par Woody Harrelson, qu’on n’a jamais vu aussi mauvais, et Demi Moore passe son temps à minauder, à faire l’amour passionnément à même le sol, à se chamailler gentiment, comme dans un remake de « GHOST » sans fantômes. Leurs tourments ne concernent pas une demi-seconde, d’autant qu’ils ne sont pas spécialement sympathiques ou attachants. Redford, bizarrement affublé d’une « minivague » ondulée, semble absent, conscient de l’inanité de ce qu’il a à jouer. Il multiplie les sourires suaves et entendus, dans un emploi qu’aurait très certainement tenu George Clooney quelques années plus tard. On dirait un Gatsby vieilli, fatigué et pressé de filer avec le chèque. Autour du trio, quelques bons acteurs égarés comme Oliver Platt drôle en avocat, Billy Bob Thornton en surpoids dans une brève apparition au casino, Seymour Cassel en factotum silencieux. Passons sous silence le désolant caméo de Billy Connolly dans son propre rôle. Pour couronner le tout, la BO de John Barry – calquée sur sa propre musique pour « OUT OF AFRICA » – n’a strictement RIEN à voir avec le mood général du film et le contenu des séquences !

« PROPOSITION INDÉCENTE » est juste un mauvais film, qui aurait pu éventuellement intéresser avec un scénario plus pointu, des comédiens mieux choisis et des enjeux dramatiques plus sérieux. Tel quel, c’est un roman-photo ennuyeux et parfois embarrassant.

 

« CONTRE TOUTE ATTENTE » (1984)

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JAMES WOODS ET RACHEL WARD

Du classique de Jacques Tourneur : « LA GRIFFE DU PASSÉ » (1947), Taylor Hackford n’a gardé qu’une vague ossature narrative pour ce presque remake où Jane Greer, l’héroïne originale tient un rôle secondaire.ODDS.jpg

« CONTRE TOUTE ATTENTE » est un film très bizarre, où le réalisateur probablement conscient que le scénario n’est guère passionnant (l’histoire d’une héritière fugueuse convoitée par son ex-amant et recherchée par sa belle-mère), se permet des digressions touristiques et musicales complètement incongrues, des plages d’inaction interminables et un final où tout le monde s’explique arme à la main et tente de clarifier le scénario pour le spectateur, sans grand succès, d’ailleurs. Il y a une bonne demi-heure en trop dans ce film, des dialogues d’une totale platitude et des personnages stupides et sans grand intérêt. Mais curieusement, « CONTRE TOUTE ATTENTE »(titre bien choisi, finalement) ne manque pas de charme : les paysages mexicains sont dignes d’un dépliant pour vacances de luxe, la chanson de Phil Collins est encore dans toutes les mémoires, et il se produit une réelle tension érotique entre Jeff Bridges en footballeur aisément manipulable, Rachel Ward peu expressive mais d’une beauté à couper le souffle et James Woods bien énervé comme d’habitude en malfrat sans aucun scrupule. Deux « beautiful people » au sommet de leur séduction physique et un ‘bad guy’ d’anthologie. Un trio qui aide à avaler jusqu’au bout ce pseudo film noir languide et soporifique. Richard Widmark apparaître en pourri de compétition (Robert Mitchum, protagoniste du film de 1947 a-t-il refusé de tourner celui-ci ?) et les seconds rôles sont plutôt bien castés dans l’ensemble.

Au bout du compte, ce n’est pas grand-chose, « CONTRE TOUTE ATTENTE », mais on peut le voir comme un voyage exotique et sensuel qui se déroule sans moment vraiment fort et s’achève de façon décevante au possible. Pour la sublime Rachel, disons…

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JEFF BRIDGES, RICHARD WIDMARK ET RACHEL WARD

 

« LES ASSOCIÉS » (2003)

ASSOCIÉS.jpgInspiré d’un roman, « LES ASSOCIÉS » de Ridley Scott est certainement un film qu’on peut plus aisément apprécier si on n’y cherche pas la griffe habituelle du cinéaste ou son sens de l’esthétique qui est, qu’on le veuille ou non, sa principale marque de fabrique.

Tourné sans style particulier, avec froideur et un constant humour pince-sans-rire, le film se construit progressivement sur une énorme arnaque, ou plutôt plusieurs arnaques en poupées-gigognes, et s’achève sur un « twist » stupéfiant et un épilogue bienvenu qui vient réchauffer l’ambiance. Au cœur du film, le portrait de Nicolas Cage, dans un de ses meilleurs rôles : un escroc professionnel bourré de tics, de TOC, maniaque jusqu’à la folie, solitaire. Et surtout sa relation avec une adolescente délurée (Alison Lohman) qui s’avère être sa fille qu’il n’a jamais vue. Les deux acteurs fonctionnent parfaitement ensemble et permettent de s’impliquer un peu dans un film n’incitant pas beaucoup à l’empathie. Tous les seconds rôles sont impeccables, surtout Sheila Kelley, Bruce McGill ou Melora Walters. Seul Sam Rockwell ne donne aucun relief à son personnage pourtant crucial de coéquipier de Cage, un ludion irritant, sans la moindre profondeur et ne jouant que sur un seul registre. Dommage.

« LES ASSOCIÉS » est comme « À ARMES ÉGALES », « UNE GRANDE ANNÉE » ou « LE CARTEL », un film atypique dans l’œuvre de Ridley Scott, mais c’est sans aucun doute le plus réussi du lot. La dernière partie, dont le rythme s’emballe et entraîne dans une spirale vertigineuse de mensonges et de trahisons, vaut à elle seule le coup d’œil. Et puis c’est un des derniers bons films de Cage, qui allait – trois ans plus tard – entamer une descente aux enfers du nanar et du DTV dont il n’allait, à de rares exceptions près, plus ressortir.

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NICOLAS CAGE, ALISON LOHMAN ET SHEILA KELLEY

 

« TRUE GRIT » (2010)

TRUEPlus de 40 ans après « 100 DOLLARS POUR UN SHÉRIF » qui valut son Oscar à John Wayne, les frères Coen adaptent à leur sauce le roman de Charles Portis dans « TRUE GRIT » qui, malgré tous ses changements et différences de tonalité, demeure malgré tout un remake du classique d’Henry Hathaway. La seule façon de juger cette version est de tenter de ne jamais la comparer à celle de 1969, même si certaines séquences sont rigoureusement identiques.

L’approche visuelle des Coen rejette le pittoresque, les belles lumières, pour présenter un Ouest sinistre, pelé et glacial, peuplé d’hommes crasseux et peu ragoutants. Même ‘Rooster Cogburn’ incarné par Jeff Bridges n’a aucunement l’aura « bigger than life » qu’on connaissait. C’est un vieil ivrogne, un moulin-à-paroles au caractère de cochon, mais à l’indéniable courage. Sa relation avec la jeune Hailee Steinfeld maintient l’intérêt et sa progression est gérée avec finesse. Globalement, les personnages sont moins caricaturaux que dans le premier film, on pense surtout à Matt Damon jouant le Ranger, vantard et trop sûr de lui, mais qui évolue au fil de l’aventure. Les hors-la-loi sont campés par d’excellents acteurs comme Josh Brolin, Barry Pepper ou Domhnall Gleeson, qui leur donnent un beau relief.

On peut se questionner sur la nécessité de ce remake, dont le seul véritable apport est une tonalité beaucoup plus sombre et un épilogue d’une infinie tristesse. La fin des héros de l’Ouest est cafardeuse, solitaire, d’une ringardise achevée et la petite héroïne ne sera pas sortie indemne de son épopée initiatique. Les Coen ont toujours cette maîtrise du récit et de la caméra qui les font sortir du rang, quel que soit le projet. Pour conclure, disons que s’il avait réellement existé, Cogburn aurait certainement ressemblé à Bridges, mais que celui de Wayne demeure malgré tout le plus légendaire. Est-il nécessaire de ressortir une fois de plus la citation de John Ford au sujet des légendes et de la réalité ?

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HAILEE STEINFELD, JEFF BRIDGES, MATT DAMON, JOSH BROLIN ET BARRY PEPPER