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Archives de Catégorie: LES LIVRES, LES ADAPTATIONS, LES BD, LES ARTICLES

« LES PASSAGERS » (1976)

PASSAGERSSerge Leroy est un réalisateur qui signa trois longs-métrages d’affilée entre 1975 et 1978 (« LA TRAQUE », « LES PASSAGERS » et « ATTENTION, LES ENFANTS REGARDENT ») tous dignes d’intérêt, avant de signer quelques polars ratés la décennie suivante et de disparaître des radars.

Adapté par Christopher Frank d’un thriller de Dean R. Koontz, « LES PASSAGERS » part d’un postulat très simple mêlant le ‘road movie’ et le suspense à la « DUEL ». Jean-Louis Trintignant roule de Rome à Paris en compagnie du fils de sa femme (Mireille Darc) pour faire plus ample connaissance avec lui. Ils sont suivis et harcelés par un mystérieux inconnu (Bernard Fresson) dans une camionnette noire, qui semble vouloir leur mort. La tension monte progressivement, les relations entre Trintignant sympathique et d’un parfait naturel et le petit Richard Constantini évoluent avec humour et finesse. Tout ce qui les concerne directement est très réussi, voire passionnant. On ne peut donc que regretter que le personnage de Darc soit si platement écrit et déplorer la sous-intrigue impliquant Adolfo Celi jouant un flic italien incompétent, dont la présence excessive est très probablement due à la coproduction. Cela ralentit le film, le faisant trop fréquemment sortir des rails.

Ce qui distingue le film, c’est l’étonnante composition de Fresson, jouant un ex-pilote de ligne devenu fou à la suite d’un accident et qui s’est transformé en psychopathe hanté par ses fantômes. On ne retrouve aucun des maniérismes habituels de l’acteur, il a même modifié de timbre de sa voix. Investi à 100% dans son rôle, il parvient à se montrer effrayant et pathétique et son face-à-face avec Darc est un grand moment de violence psychologique et physique. Malgré sa construction polluée par l’inutile enquête policière, « LES PASSAGERS » vaut largement le coup d’œil, ne serait-ce que pour son excellent dialogue et pour le plaisir de revoir Fresson et Trintignant au sommet de leur carrière.

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JEAN-LOUIS TRINTIGNANT, RICHARD CONSTANTINI ET BERNARD FRESSON

À noter que le DVD récemment sorti est très loin d’être techniquement à la hauteur du film, qui aurait mérité un peu plus de soin. C’est très déplorable de voir encore en 2017 des DVD qui ressemblent à des VHS.

 

« LA MOUETTE » (1968)

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SIMONE SIGNORET

« LA MOUETTE » est une belle adaptation de la pièce de Tchekhov, qui permet d’en saisir toutes les subtiles nuances. La première surprise est déjà qu’elle soit signée Sidney Lumet, réalisateur extraordinairement éclectique, qui fait preuve d’une finesse et d’une fluidité dans la mise-en-scène plus anglaises qu’américaines.SEAGULL3

Sur trois époques, le film décrit le quotidien d’une famille d’artistes russes du 19ème siècle dans leur maison de campagne. La mère (Simone Signoret) est une actrice égotique, son mari (James Mason) un écrivain connu. Le fils (David Warner) voudrait être auteur de théâtre, mais sa mère demeure indifférente et moqueuse. La jeune Nina, jamais sortie de son terroir (Vanessa Redgrave) s’amourache de Mason et rêve d’une vie d’actrice.

Les rêves, les illusions, les amours sincères, tout sera piétiné, doucement et poliment, mais sans le moindre espoir de retour, pendant ces séjours apparemment chaleureux, mais en réalité d’une terrible cruauté.

Pendant 141 minutes, « LA MOUETTE » ne cesse d’enchaîner les dialogues, de fouiller la psychologie frivole, tourmentée, parfois stupide de ses personnages et la comédie de mœurs fonce lentement vers le drame.

Entièrement tourné en Suède, joliment photographié par Gerry Fisher, le film tient en grande partie sur son casting : Warner au mal-être presque contagieux dans ce rôle de « fils de » voué à l’échec, Redgrave naïve et solaire, broyée par la réalité, Signoret parfaitement à l’aise dans ce rôle de castratrice insensible, Mason égal à lui-même c’est-à-dire odieux et charmant. On retrouve également un Denholm Elliott étrangement emperruqué en docteur. Grâce à ces « pointures », on ne s’ennuie jamais et le texte de Tchekhov prend littéralement vie. À découvrir…

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JAMES MASON, DAVID WARNER ET VANESSA REDGRAVE

 

« LE PLAISIR » (1952)

Adaptant trois nouvelles de Guy de Maupassant, Max Ophüls signe avec « LE PLAISIR », un film à sketches comprenant « LE MASQUE », l’histoire d’un vieillard refusant le grand âge en portant un masque pour courir la gueuse, « LA MAISON TELLIER », ou le week-end campagnard des pensionnaires d’un bordel et « LE MODÈLE », où un jeune peintre connaît une relation tumultueuse avec sa muse.

Le premier et le dernier sont assez courts. « LE MASQUE » tient essentiellement dans la virtuosité du réalisateur qui multiplie les travellings, les plans-séquences, les mouvements de grue d’une extraordinaire fluidité, pendant un bal parisien. Le dernier n’offre pas grand intérêt, hormis le joli visage de chat de Simone Simon.

Le plat de résistance, c’est le second. Un scénario qui aurait mérité un long-métrage à lui tout seul et qui est un touchant mélange de paillardise joyeuse et d’émotion. La scène où les prostituées, soudain confrontées à la pureté et à l’innocence, se mettent à pleurer pendant un baptême, vaut à elle seule qu’on voie le film. C’est également ce sketch qui offre la plus belle distribution : Madeleine Renaud en mère-maquerelle sévère mais bienveillante, Pierre Brasseur en VRP égrillard, Ginette Leclerc, Mila Parély et Paulette Dubost en « poules ». Et bien sûr, Danielle Darrieux et Jean Gabin (partenaires la même année dans « LA VÉRITÉ SUR BÉBÉ DONGE »), dans des contremplois délectables : elle en péripatéticienne avenante et lui, formidable en menuisier empressé et gourmand, tombant sous son charme, le temps d’une fête familiale. Un vrai plaisir de les voir jouer ensemble, même si c’est assez fugace tant le sketch est dense et enlevé.

Porté par la voix « off » si particulière de Jean Servais jouant Maupassant lui-même (et qui apparaît en chair et en os dans le dernier sketch), « LE PLAISIR » est une œuvre légère et profonde, d’une grande liberté de ton, qui ne cesse d’épater par sa mise-en-scène constamment en mouvement (au point de ne jamais s’attarder sur des gros-plans) et par son mélange de joie de vivre et de profonde mélancolie.

DANIELLE DARRIEUX, JEAN GABIN ET SIMONE SIMON

 

HAPPY BIRTHDAY, JAMES !

CAIN

JAMES M. CAIN (1892-1977), ROMANCIER ET SCÉNARISTE, RESPONSABLE DE PLUSIEURS CLASSIQUES DU FILM NOIR À L’INFLUENCE CONSIDÉRABLE.

 

« CASINO » (1995)

CASINO2« CASINO » contient tout ce qu’on aime dans le cinéma de Martin Scorsese : l’univers mafieux, un montage virtuose, une bande-son qui fait passer les presque trois heures en un éclair, des personnages hauts-en-couleur. Son seul défaut en fait, est d’être sorti cinq ans après « LES AFFRANCHIS » et d’en être une sorte d’avatar relocalisé à Las Vegas.

Le film décrit les années 80 dans la ville des jeux, la mainmise des gangsters italiens, la corruption, la drogue, etc. à travers le parcours d’un ‘gambler’ (Robert De Niro) devenu directeur du Tangiers, qui épouse une prostituée obnubilée par l’argent (Sharon Stone) et doit gérer son « meilleur ami », Joe Pesci, un tueur psychopathe aussi incontrôlable qu’insatiable.

Comme le film de 1991, « CASINO » est bâti sur le mouvement de balancier : grandeur et décadence. Il affiche d’abord la richesse, l’impunité, l’amoralité récompensée pour finir en déchéance sordide. Scorsese manie les voix « off » en maestro, donnant la parole à plusieurs protagonistes selon les scènes, ce qui permet des accélérations dans le scénario qui évitent tout « ventre mou ». Ses personnages sont encore plus ignobles, indéfendables que ceux des « AFFRANCHIS » où subsistaient quelques vestiges d’Humanité.

De Niro d’une sobriété sans faille campe un individu froid et paranoïaque, jamais attachant, mais qui semble presque sympathique comparé à Pesci, monstrueux dans son emploi préféré. Ces retrouvailles entre les deux acteurs et le retour de Pesci (maladroitement rajeuni par des perruques et des liftings) à sa routine de maniaque dangereux, accentuent hélas, la sensation de redite. Sharon Stone trouve le rôle de sa carrière : elle est époustouflante dans les scènes d’engueulade ou d’ivresse, éclipsant même ses partenaires masculins. Parmi les seconds rôles : James Woods parfait en « mac » visqueux et pleutre, L.Q. Jones excellent en shérif faussement péquenaud.

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SHARON STONE, ROBERT DE NIRO, JOE PESCI ET FRANK VINCENT

« CASINO » est un film incontestablement brillant à tous points-de-vue, tellement riche visuellement et thématiquement qu’il supporte plusieurs visions. Manque juste un petit quelque chose en plus pour le qualifier de chef-d’œuvre. Un peu d’empathie pour ses personnages, peut-être ? Une once de chaleur humaine dans ce ramassis de vermines ? Mais n’est-ce pas justement le talent du réalisateur de créer des fresques clinquantes et démesurées pour montrer la pègre telle qu’elle est réellement, dépourvue du masque flatteur du sentimentalisme hollywoodien ?

 

« SILENCE » (2016)

Depuis « CASINO » qui date de déjà deux décennies, le fan des débuts de Martin Scorsese a un peu de mal à suivre aveuglément le « maestro » cinéphile aux obsessions récurrentes.SILENCE

Une tentative du côté de « SILENCE » confirme la rupture. Situé dans le Japon du 17ème siècle, le film suit deux jeunes prêtres jésuites portugais partis à la recherche de leur mentor, Liam Neeson, disparu depuis des années.

Le moins qu’on puisse dire est que Scorsese ne fait pas dans le touristique ou la belle image à la manière de « MISSION », par exemple ! Entièrement tourné dans des extérieurs pluvieux, tristes à mourir, ou dans des cabanes misérables, le scénario n’est au fond qu’un interminable (160 minutes et des poussières !) dialogue entre Andrew Garfield un des prêtres et ses tourmenteurs nippons qui veulent l’obliger à renier sa foi et ne cherchent qu’à éradiquer définitivement le christianisme de leurs terres. Quelques fulgurances de violence, une décapitation par ci, une scène de torture par là, apportent un peu d’animation de temps en temps, mais l’ensemble demeure cérébral, pesant, inerte. Le film ne prend vraiment corps qu’avec l’apparition de Neeson, qui a renoncé à tout ce qu’il était auparavant pour devenir réellement japonais et dont les arguments pour convaincre le jeune prêtre de l’imiter sont tout à fait recevables.

Il faut se sentir très concerné par le thème, c’est-à-dire le « silence » de Dieu, qui fait douter les plus dévots, et qui fut développé par Ingmar Bergman dans « LES COMMUNIANTS » (chroniqué sur « BDW2 »), pour se passionner pour « SILENCE ». D’autant plus que Garfield, omniprésent jusque dans la voix « off » est bien sympathique, mais joue toutes les situations sur une même tonalité. Seul Neeson, qui accuse soudainement son âge, accroche l’intérêt dans un rôle complexe, ambigu.

À voir seulement si on se sent des affinités avec le sujet, donc. Car dans le cas contraire, on n’est pas très loin du pensum assommant.

 

« GÉNÉRATION PROTEUS » (1977)

DEMONInspiré d’un roman mêlant horreur et science-fiction de Dean R. Koontz, « GÉNÉRATION PROTEUS » s’inspire des thématiques développées dans « 2001 : L’ODYSSÉE DE L’ESPACE » (auquel il est fait des clins d’œil directs) et « ROSEMARY’S BABY » : un ordinateur « intelligent » se rebelle contre ses créateurs et désire procréer en mettant enceinte la femme d’un des savants.

Un sujet fascinant, riche en possibilités qu’elles soient dramatiques ou philosophiques, que Donald Cammel a choisi d’illustrer de façon glacée et cérébrale, délaissant la psychologie des personnages réduite au strict nécessaire et même les péripéties scénaristiques (à un ou deux événements près). Ce choix nuit au film, qui en devient statique et répétitif et ne bénéficie pas encore d’une technologie dans les effets-spéciaux, qui aurait pu compenser l’absence de suspense et d’empathie.

Difficile de détourner le regard de l’écran pourtant, tant les enjeux sont prometteurs et l’apparition finale de la « créature » parvient à filer le frisson.

Le film est porté par Julie Christie, souvent seule à l’image, malmenée, palpée, violentée par l’ordinateur de l’enfer qui, pour couronner le tout, a la voix reconnaissable entre mille de Robert Vaughn. Très bon choix, d’ailleurs, puisque l’acteur a toujours eu ce timbre froid et cassant, quel que soit son rôle. Les autres comédiens, Fritz Weaver ou Gerrit Graham, n’ont que des personnages purement fonctionnels, sans relief.

Si on ajoute que la BO est signée Jerry Fielding, on conclura en disant que « GÉNÉRATION PROTEUS » (parfaite traduction de « LA SEMENCE DU DÉMON » !) est une œuvre qui a énormément vieilli, mais dont le scénario parvient encore à captiver. Et puis le plaisir de voir Miss Christie sous toutes les coutures pendant plus 90 minutes ne se refuse pas…

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JULIE CHRISTIE