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Archives de Catégorie: LES LIVRES, LES ADAPTATIONS, LES BD, LES ARTICLES

« LA MÉLODIE DU BONHEUR » (1965)

SOUND2Robert Wise fut un si grand réalisateur, qu’il était capable de transformer une sucrerie autrichienne « tirée de faits réels » en un grand et majestueux spectacle et de rendre acceptable un film de trois heures truffé de chansons et de chorégraphies au plus allergique des réfractaires au ‘musical’.

« LA MÉLODIE DU BONHEUR », adapté d’un show à succès de Broadway, est un magnifique spectacle. Visuellement d’abord, grâce à la photo cristalline – et en 70MM – de Ted McCord, aux extérieurs enchanteurs et à l’énergie d’une Julie Andrews de trente ans, jouant un personnage qui en a dix de moins, qui porte le film sur les épaules. La montée du nazisme est suggérée en filigrane depuis le début, pour occuper de plus en plus de place dans l’intrigue, mais l’accent est mis sur ‘Maria’, jeune femme solaire et naïve qui ramène la vie dans une riche demeure endeuillée et sur son histoire d’amour avec le riche Christopher Plummer, père des sept enfants dont elle s’occupe. Côté scénario, c’est mièvre et prévisible, mais c’est la réalisation ample de Wise qui fascine ici et la pertinence des numéros musicaux qui n’ont jamais l’air plaqués et font même partie de l’intrigue.

Autour du couple-vedette charismatique à souhait, Eleanor Parker est parfaite en comtesse calculatrice, mais pas complètement mauvaise. Comme toujours, la comédienne n’hésite pas à jouer du sourcil et des ‘double takes’. Peggy Wood est émouvante en mère supérieure au cœur d’or.

SOUND

JULIE ANDREWS, CHRISTOPHER PLUMMER, CHARMIAN CARR, DANIEL TRUHITTE ET ELEANOR PARKER

En oubliant ses préjugés sur les superproductions hollywoodiennes de cette époque et le peu d’intérêt qu’on peut prêter a priori à ce genre d’histoire, on peut prendre un immense plaisir à la vision de « LA MÉLODIE DU BONHEUR », symbole du savoir-faire et du professionnalisme d’un des grands cinéastes de son temps.

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« JUNGLE » (2017)

Connu et respecté pour ses deux « WOLF CREEK » et pour « ROGUE » (chroniqués ici-même), l’australien Greg McLean tourne le dos au cinéma de genre pour s’essayer à l’adaptation du livre d’un Israélien qui a survécu à plusieurs semaines de solitude et de famine dans la jungle bolivienne.JUNGLE

Le premier tiers de « JUNGLE » est consacré à la rencontre de trois randonneurs avec un guide allemand plus ou moins suspect qui les entraîne vers un improbable Eldorado jusqu’à ce que l’aventure tourne au désastre. Les relations entre les quatre hommes constituent un bon condensé de la vie en société. Le reste du film devient une sorte de ‘survival’ mystique à la façon de « ALL IS LOST » : l’homme civilisé confronté à la cruauté intrinsèque de la Nature, poussé aux limites de sa résistance physique et jusqu’aux confins de la folie. C’est Daniel Radcliffe, l’ex-Harry Potter, qui occupe 90% du film dans un de ces rôles extrêmes dont raffolent les acteurs soucieux de changer d’image. Il maigrit à vue d’œil, perd les pédales, dialogue avec Dieu. Il s’en sort bien, mais force est de reconnaître qu’il ne donne pas énormément de relief à son personnage et ne change pratiquement pas d’expression pendant deux heures. Les seconds rôles sont excellents, en particulier Thomas Kretschmann qui joue le guide macho et illuminé avec une belle ambiguïté.

Hormis quelques flash-backs franchement redondants et des séquences de rêve qui font complètement sortir du film, « JUNGLE » est une réussite. On s’immerge à fond dans ce ‘bad trip’ existentiel et certaines scènes – dont l’avant-dernière – sont d’une exceptionnelle intensité dramatique. McLean, et c’était déjà perceptible dans « WOLF CREEK » a un don pour générer la peur avec très peu de choses, pour faire monter peu à peu la pression aussi. Un cinéaste à suivre, quoi qu’il en soit, en espérant qu’il n’abandonne pas ce cinéma de terreur physique et viscéral où il excelle.

 

« LA FEMME DU GARDIEN DE ZOO » (2017)

Adapté d’un roman lui-même inspiré de faits réels, « LA FEMME DU GARDIEN DE ZOO » s’inscrit dans les travées de films sur les « justes » de la WW2 qui firent tout pour sauver des Juifs. On pense bien sûr et avant tout à « LA LISTE DE SCHINDLER ».ZOO

Mais la néozélandaise Niki Caro n’est certes pas Spielberg et elle traite cette édifiante histoire de façon scolaire, aseptisée, évitant soigneusement toute ambiguïté quant au caractère de ses personnages. L’action se déroule à Varsovie où le directeur du zoo et son épouse (Jessica Chastain) après le massacre de leurs animaux par les nazis, vont utiliser les lieux pour cacher des fugitifs et leur faire quitter la Pologne, au nez et à la barbe de l’officier Daniel Brühl, le zoologue d’Hitler, plus ou moins amoureux de la jeune femme.

Le scénario est bizarre, accumule les ellipses abruptes (coupes montage ?), semble ne jamais aller au fond des choses (la relation entre Chastain et le nazi qui demeure en statu quo improbable pendant plusieurs années sans aucune explication) et ne gère pas très bien le passage du temps.

Parmi les bons points en revanche, l’utilisation rafraîchissante de véritables animaux dressés au lieu des sempiternels bestiaux en CGI. Quel plaisir ! Et quelle différence avec ces fauves numériques qu’on nous inflige depuis si longtemps. Et puis bien sûr, Jessica Chastain à son meilleur : impliquée, fiévreuse, fière et naïve à la fois. Elle crée un beau portrait de femme. Brühl est intéressant en salopard poupin, sans jamais pourtant traduire la complexité de son rôle. On reconnaît Michael McElhatton (« GAME OF THRONES ») en fidèle employé du zoo.

« LA FEMME DU GARDIEN DE ZOO » se laisse regarder, c’est évident. La reconstitution du ghetto de Varsovie est parfaite, la violence permanente de l’occupation nazie bien retranscrite. Mais il manque un petit quelque chose, un peu d’âme peut-être, pour en faire un vraiment bon film.

 

« GENS DE DUBLIN » (1987)

DEAD2« GENS DE DUBLIN » est le dernier de la quarantaine de longs-métrages réalisée par le légendaire John Huston, alors âgé de 80 ans. Tiré d’une nouvelle de James Joyce, adapté par son fils, interprété par sa fille, c’est un adieu poignant à la vie et un film d’une infinie mélancolie.

Cela se passe pendant une fête donnée annuellement en janvier par des vieilles dames, dans le Dublin des années 1900. Tout le monde se retrouve avec plaisir, on y chante, on y danse, on s’empiffre et on boit trop. C’est finement observé, lucide mais sans cruauté, au contraire. Tous les personnages sont humains et attachants, on sourit parfois, on s’attendrit. Huston signe une véritable miniature en presque huis clos, entremêle les vignettes sur tel ou tel protagoniste. C’est confortable, plaisant et d’une délicatesse de chaque instant. La mise-en-scène du vieux maître est complètement invisible mais d’une extraordinaire fluidité. On ne sent pas passer les 79 minutes tellement riches qu’elles semblent durer le double. Mais quand la fête est achevée, quand le couple formé par Donal McCann et Anjelica Huston – grandioses tous les deux – se retrouve dans sa chambre d’hôtel, le dialogue nous « cueille » quand on s’y attend le moins. Se remémorant un amour de jeunesse, mort pour elle à 17 ans, l’épouse ouvre des portes qu’on laisse généralement closes. Et la voix « off » du mari évoque alors la vie qui passe trop vite, la mort qui nous attend tous au bout du chemin, le dérisoire de l’existence… C’est tellement inattendu, d’une telle justesse d’écriture, d’une telle beauté picturale, qu’on en garde une émotion puissante bien après le générique de fin.

DEAD

ANJELICA HUSTON ET DONAL McCANN

Tout le casting est magnifique, à commencer par Donal Donnelly (qui sera l’archevêque ripou dans « LE PARRAIN III ») en bon-à-rien constamment ivre-mort, Dan O’Herlihy en vieille ganache et tous les petits rôles, jusqu’à la jeune bonne ou l’apprenti-cocher à la fin. Une vraie fête !

Une belle sortie pour John Huston, d’autant plus que le titre original de ce chant du cygne est « THE DEAD ». Superbe.

 

« MERCI POUR LE CHOCOLAT » (2000)

MERCI2Adapté d’un roman américain de Charlotte Armstrong, « MERCI POUR LE CHOCOLAT » est un suspense psychologique situé en Suisse, une sorte de faits-divers réduit à sa plus simple expression par Claude Chabrol hypnotisé par son interprète Isabelle Huppert, dont il scrute la moindre expression fugace, capte la plus subtile intonation de voix.

Le scénario est un peu abscons, le milieu de l’industrie chocolatière helvète à peine survolé, les motivations des personnages ne sont jamais très claires et la conclusion – un bien grand mot en l’occurrence ! – laisse déconcerté et déçu, comme s’il manquait une partie d’une histoire arbitrairement stoppée au beau milieu. Dans ce rôle mystérieux et ambigu taillé à ses mesures, Huppert accapare 90% de l’intérêt, créant une espèce de mante religieuse à l’hypocrisie affable, qui semble évoluer dans un monde parallèle dont elle seule possèderait les clés. Elle est, avec Brigitte Catillon, la seule à offrir un travail sérieux et professionnel. Le reste du casting est absolument calamiteux, à commencer par Jacques Dutronc l’air complètement ailleurs, marmonnant ses répliques, entouré de jeunes comédiens gauches voire très irritants.

« MERCI POUR LE CHOCOLAT » promet infiniment plus qu’il ne donne à l’arrivée. La plupart des questions restent sans réponse, l’aspect « policier » est délibérément gommé, à un point qu’on se demande à quoi servent réellement ces flash-backs et ces mystères autour de la mort de la première épouse qui aboutissent à… pas grand-chose.

MERCI

ISABELLE HUPPERT

On pourra donc voir le film dans la perspective de l’œuvre de Chabrol, fidèle à certaines de ses obsessions thématiques, pour les paysages suisses pas si fréquemment filmés au cinéma et bien sûr, pour Isabelle Huppert et ses sourires absents, son regard à la fois bienveillant et vacant. Mais comme parfois dans les films les moins convaincants du réalisateur, on peut, après le mot « FIN », se questionner sur la raison d’être de tout cela.

 

« BETTY » (1992)

BETTYAdapté d’un roman de Georges Simenon, « BETTY » reprend certains thèmes de « LA RUPTURE » que Claude Chabrol tourna douze ans plus tôt. On y retrouve la « pauvre fille » enfermée dans un milieu bourgeois sclérosant qui finit par la rejeter, avec des enfants comme enjeu.

Mais le traitement est très différent, puisque abandonnant toute structure « policière », Chabrol se concentre sur un huis clos dans la chambre d’un palace à Versailles et une construction en flash-backs. « BETTY », c’est le portrait de Marie Trintignant, une jeune femme délurée et alcoolique, rejetée par sa belle-famille à la suite d’un adultère et recueillie par Stéphane Audran, bourgeoise lyonnaise à la dérive qu’elle va, plus ou moins consciemment, vampiriser. C’est un film étrange et déroutant, dont on a du mal – en dehors de la charge habituelle contre la bourgeoisie de province – à saisir la finalité. Visiblement fasciné par sa comédienne, Chabrol multiplie les gros-plans du visage de Marie Trintignant, tente de capter son regard opaque, embrumé, dénude sa silhouette juvénile. Un rôle que Stéphane Audran aurait probablement tenu quelques années auparavant, ce qui ajoute un côté « passage de relais » intéressant à la relation des deux actrices.

BETTY2

MARIE TRINTIGNANT ET STÉPHANE AUDRAN

C’est lent, parfois confus, toujours très glauque, certaines répliques sont complètement inaudibles, quelques enchaînements de séquences incompréhensibles, mais pour peu qu’on fasse l’effort, « BETTY » contient de beaux moments, comme ce début déstabilisant avec Pierre Vernier en médecin drogué obsédé par les vers qui nous courent sous la peau. Amochée par une coiffure peu seyante, Marie Trintignant occupe 90% de l’espace de sa personnalité insaisissable et fait tout l’intérêt du film. Face à elle, Audran semble incarner une version vieillie du même personnage.

 

« CASINO ROYALE » (1967)

CASINOROYALE2« CASINO ROYALE », réalisé à quatre mains dont celles de John Huston, se voudrait une folie autour de la folie 007 qui déferlait alors sur le monde à chaque sortie d’un nouveau James Bond. C’est écrit – enfin, si on veut – dans cet esprit ‘camp’ qui faisait fureur avec les séries TV « BATMAN » ou « DES AGENTS TRÈS SPÉCIAUX » et… cela dure plus de deux heures.

Que dire ? C’est quasiment irregardable aujourd’hui, mais ça devait déjà l’être hier. Une sorte d’énorme pudding composé de sketches disparates, reliés par une trame très vague et sans intérêt. L’humour est lourd, répétitif, les décors sont hideux. La seule raison d’endurer tout cela est la BO vintage de Burt Bacharach qui insuffle un semblant d’entrain à la chose et l’avalanche de ‘guest stars’ et de jolies filles qu’on dirait échappées d’un show de Jean-Christophe Averty.

David Niven est un Bond vieillissant et précieux, Peter Sellers incarne… on ne sait pas très bien qui, Orson Welles s’autopastiche avec verve et Woody Allen, si peu drôle qu’il en devient embarrassant, joue le neveu débile et maléfique de Bond. Heureusement, Ursula Andress, Daliah Lavi, Barbara Bouchet et Jacqueline Bisset sont ravissantes, Joanna Pettet est une Mata-Hari très craquante. Le temps de fugitifs caméos, on reconnaît George Raft avec sa pièce de « SCARFACE », William Holden en agent de la CIA, Peter O’Toole jouant de la cornemuse et même Jean-Paul Belmondo en légionnaire moustachu et jovial. Mais celle qui émerge vraiment, c’est Deborah Kerr irrésistible en châtelaine écossaise à l’accent à couper au couteau et à la libido exigeante.

« CASINO ROYALE » est le film d’une époque, dont il résume parfaitement les excès, les complaisances, la liberté aussi. On se demande tout de même comment, après avoir lu le scénario, autant de vedettes devant et derrière la caméra ont pu apposer leur signature au bas d’un contrat.

CASINORPYALE

JOANNA PETTET, DAVID NIVEN, JEAN-PAUL BELMONDO ET JACQUELINE BISSET