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Archives de Catégorie: LES LIVRES, LES ADAPTATIONS, LES BD, LES ARTICLES

« MR. HOLMES » (2015)

Bill Condon, dont nul n’a oublié le magnifique « NI DIEUX, NI DÉMONS » (1998) avec déjà Ian McKellen dans le rôle du réalisateur James Whale, s’attaque avec « MR. HOLMES » au mythe Sherlock Holmes à travers l’adaptation d’un roman de Mitch Cullin. Celui-ci imagine la retraite d’un Holmes de 93 ans dans une maison isolée du Sussex et son amitié avec un petit garçon admiratif (excellent Milo Parker), qui aimerait devenir son nouveau Watson.HOLMES

Affublé d’un faux nez qui le fait ressembler à John Gielgud, jouant dix ans de plus que son âge réel, McKellen incarne un Holmes usé, pas dupe de sa propre légende en partie inventée par son ancien acolyte, et rongé par ce qu’on n’appelait pas encore la maladie d’Alzheimer. Hanté par des enquêtes mal bouclées, par la rencontre aussi brève que tragique avec une jeune femme qu’il était chargé de suivre (Hattie Morahan, inoubliable dans son face à face avec le détective, le temps d’une scène), Holmes tente d’écrire ses mémoires, alors même que la sienne le trahit de plus en plus chaque jour. C’est souvent poignant, toujours spirituel, et au-delà d’une énième variation autour du personnage de Conan Doyle, c’est un voyage pénible et pathétique dans la vieillesse et la solitude auquel nous convie Condon. La construction en flash-back, un voyage au Japon, les « absences » du vieillard, sa confrontation avec sa gouvernante Laura Linney qui se méfie de l’amitié liant son fils à son employeur, tout cela tisse un arrière-plan psychologique qui maintient l’intérêt et fait complètement oublier que Sherlock Holmes est un personnage de pure fiction. À voir donc, ce « MR. HOLMES » de plus en plus attachant à mesure qu’il progresse et qui offre à Ian McKellen un de ses rôles les plus humains et fouillés. L’ultime séquence prend vraiment à la gorge, sans la moindre emphase mélodramatique.

À noter que Nicholas Rowe, qui joua Sherlock Holmes adolescent dans « LE SECRET DE LA PYRAMIDE » (1985), apparaît ici en interprète du détective dans un film que McKellen va voir au cinéma. Belle idée ! 

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« MY LADY » (2017)

De Richard Eyre, on se souvient de l’excellent « CHRONIQUE D’UN SCANDALE ». Aussi, le voir s’associer à Emma Thompson pour un drame psychologique incite-t-il plutôt à la confiance. Ce n’est pas que « MY LADY » soit un mauvais film, mais le scénario, écrit par l’auteur du roman original, est extrêmement scolaire. De plus, la photo sans recherche ni relief, renvoie à l’esthétique (ou au manque de…) des vieux téléfilms BBC d’antan. Aussi suit-on les cas de conscience de cette juge spécialiste de l’enfance, sans se passionner vraiment et en trouvant souvent le temps long.MYLADY.jpg

L’histoire se focalise sur deux évènements simultanés : le mari de la juge (Stanley Tucci) exaspéré par ses absences répétées qui décide d’avoir une liaison, faisant voler le couple en éclats, et le cas d’un jeune homme témoin de Jéhovah refusant la transfusion qui pourrait lui sauver la vie. Il s’établit une relation trouble et ambiguë entre la magistrate en crise et le garçon exalté et incompris. Le problème, c’est que si Emma Thompson – particulièrement mal photographiée et fagotée – est très bien, comme à son habitude, son partenaire, Fionn Whitehead est assez gauche et joue n’importe quelle émotion sur la même tonalité. Cela appauvrit évidemment les échanges et rend le film tout entier factice et pour tout dire, très vain.

« MY LADY » n’est pas un navet, pas même un film raté, c’est une œuvre sans âme, apparemment conçue comme un véhicule pour le talent de sa vedette féminine, mais qui peine à émouvoir ou à susciter la moindre réflexion. À réserver exclusivement au fan de cette belle actrice si fréquemment sous-utilisée.

 

« SIMETIERRE » (1989)

PETÉcrit par Stephen King d’après son propre roman, réalisé par Mary Lambert, réalisatrice de clips et de l’étrange « SIESTA », « SIMETIERRE » est vraiment une drôle de chose ! Le sujet en est absolument fascinant, mais le traitement visuel se risque souvent au « kitsch-qui-tue » sans rime ni raison.

Il n’empêche que la force de l’histoire est indéniable : sous couvert de fable horrifique sur la destruction d’une famille par les forces du Mal (le sempiternel cimetière indien), « SIMETIERRE » traite de front le déni de la mort, le refus de l’inéluctable et l’inacceptable deuil d’un enfant en bas-âge, avec une franchise brutale et dérangeante. Malgré ses nombreux défauts et son look tellement « eighties » qu’il fait parfois sourire, le film garde quelque chose d’authentiquement maléfique et déstabilisant. Et quelques idées visuelles – comme ce chat revenu d’entre les morts aux yeux transformés en spots jaunes – restent imprimées dans la mémoire. Hélas, la réalisatrice semble de pas savoir où s’arrêter et certaines scènes, comme les flash-backs sur la sœur infirme de l’héroïne, frisent le grand guignol et décrédibilisent l’ensemble. La direction d’acteurs est par ailleurs plus que flottante : Denise Crosby ne sait visiblement pas quoi faire de son personnage, Dale Midkiff omniprésent n’a absolument pas la stature pour porter un tel rôle, surtout dans les moments les plus dramatiques. Seul s’en sort le vétéran Fred Gwynne, excellent en vieux voisin porteur d’inavouables secrets.

« SIMETIERRE » a beaucoup vieilli, mais demeure attachant pour plusieurs morceaux de suspense bien menés, pour un vrai jusqu’au-boutisme dans l’horreur proche du blasphème et mérite d’être revu.

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FRED GWYNNE, DALE MIDKIFF, DENISE CROSBY ET BRAD GREENQUIST

À noter qu’une sequel fut tournée par la même réalisatrice trois ans plus tard et qu’un remake a été produit en 2019.

 

« LOIN DES HOMMES » (2014)

Écrit et réalisé par le français David Oelhoffen, d’après « L’HÔTE », une nouvelle d’Albert Camus, « LOIN DES HOMMES » se situe en Algérie en 1954 et prend pour protagoniste un instituteur espagnol né là-bas (Viggo Mortensen), chargé d’escorter un paysan accusé de meurtre (Reda Kateb) vers son exécution certaine.LOIN copie.jpg

Le scénario, habile, est focalisé sur la relation évolutive entre les deux hommes, et ne montre de la guerre que ce qu’ils en voient pendant leur périple. On pense parfois à certains westerns comme « 3 :10 POUR YUMA » par la beauté des paysages, la photo cristalline et le caractère rugueux des personnages. Le discours politique et historique reste à l’arrière-plan, constamment présent, mais jamais pesant. Ce qui surprend le plus, à vrai dire, c’est l’aisance avec laquelle Mortensen joue son rôle en français et en arabe, presque sans accent, au point de faire complètement oublier qu’il est une vedette américaine au sein d’une coproduction. Il donne une belle humanité et une réelle profondeur à cet homme pacifique, idéaliste, marqué par son passé militaire et son veuvage. Son face à face avec Kateb, parfaitement crédible en pauvre fermier inculte, prêt à donner sa vie pour sa famille, est le centre d’intérêt du film, au-delà des péripéties et des séquences de combat.

« LOIN DES HOMMES » offre une perspective dynamique et esthétiquement soignée à cette « guerre » généralement traitée de façon semi-documentaire au cinéma. Maîtrisé et souvent émouvant, le film est surtout à voir – nous l’avons dit – pour la performance de Mortensen, qui trouve un de ses plus jolis rôles. Sa scène avec une jeune prostituée est une des plus belles choses qu’il ait faites à l’écran.

 

« LA FOSSE AUX SERPENTS » (1948)

PIT.jpgAdapté d’un roman de Mary Jane Ward, « LA FOSSE AUX SERPENTS » d’Anatole Litvak est un drame intense et réaliste, entièrement concentré sur le cas d’une jeune femme (Olivia de Havilland) qui sombre dans la dépression nerveuse juste après son mariage et se fait interner en HP où un médecin (Leo Genn) tente de la sortir de sa « folie » par tous les moyens.

Le scénario, très bien agencé, sans faux-fuyants, se veut éducatif sur les méthodes « modernes » de thérapie, qu’il s’agisse des électrochocs ou de la psychanalyse. En cela, et malgré d’inévitables raccourcis, il atteint son but. À peine pourra-t-on juger l’évènement déclencheur (la poupée) un peu léger. Quoi qu’il en soit, le film tient entièrement sur l’extraordinaire performance de Havilland, comédienne compétente mais rarement exaltante, qui atteint pourtant ici des sommets d’art dramatique dont on ne la savait pas capable. Physiquement, elle est quasiment méconnaissable, grâce à un discret maquillage, certes, mais surtout par la gamme d’expressions angoissées voire hantées, qu’elle affiche tout du long. Elle parvient sans jamais surjouer, à traduire la profonde instabilité de son personnage, à faire entrevoir ses démons intérieurs, avec une intelligence aiguë. Certainement le rôle de sa carrière. Autour d’elle, un beau casting d’où se détache Betsy Blair, dans un rôle quasi-muet d’internée, dont elle tire le maximum. « LA FOSSE AUX SERPENTS » n’est pas un film facile ou agréable, mais il est – surtout pour l’époque où il fut produit – d’une rare honnêteté face à la psychiatrie alors balbutiante. Certaines séquences montrant les patientes vociférant et tournant en rond dans la salle commune ressemblent à une antichambre des enfers. Un des meilleurs films de l’éclectique carrière d’Anatole Litvak.

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OLIVIA DE HAVILLAND

 

« CAPTAIN AMERICA : CIVIL WAR » (2016)

« CAPTAIN AMERICA : CIVIL WAR » de Joe & Anthony Russo, aurait pu s’intituler « IRON-MAN 4 », « AVENGERS 2 ½ » ou « BLACK PANTHER », ça n’a pas grande importance, au fond. Les films Marvel s’entrecroisent, sont des « spin-off » et/ou des « crossovers » les uns des autres et se fichent royalement de la confusion que cela pourrait causer.CAPTAIN3

Ce n°3 est plutôt efficace et se passe de super-méchant, en octroyant ce rôle à Daniel Brühl, un simple humain cherchant à venger sa famille en décimant les Avengers qu’il parvient à dresser les uns contre les autres. L’ennemi est donc intérieur, ce qui n’est pas un concept inintéressant, même s’il désamorce un peu le suspense : on sait pertinemment qu’aucun personnage ne mourra et surtout pas de la main de ses anciens collègues ! C’est un peu longuet comme souvent, les décors urbains, tout en béton, ne sont pas d’une folle gaité, et les bastons se multiplient inlassablement, se répètent, dans un scénario qui semble bégayer. À part Thor et Hulk probablement en RTT, tout le monde est présent et les CGI sont à la hauteur. C’est le moins… Quelques images restent en mémoire comme ce flash-back (enfin, plus ou moins) de l’adolescence de Robert Downey, Jr. rajeuni numériquement, la lutte entre le juvénile Spider-man (citant « STAR WARS » !) et le petit Ant-Man devenu géant est savoureuse, et Stan Lee apparaît vers la fin en livreur. C’est un peu la routine, maintenant, et il faudra attendre le « AVENGERS » suivant pour se réveiller. Malgré ce ronron indéniable, « CAPTAIN AMERICA : CIVIL WAR » est plutôt plaisant à condition de n’en attendre aucune surprise. Quelques acteurs « sérieux » comme William Hurt, Alfre Woodard (le temps d’une courte séquence)  ou Hope Davis sont là pour consolider les bases.

 

« BLACK PANTHER » (2018)

« BLACK PANTHER » est un des premiers super-héros 100% « afro-américains » de l’Histoire des comics. Il dirige un royaume invisible aux yeux des étrangers, mélange de technologie extra-terrestre de pointe et de respect des traditions ancestrales. C’est aussi un des « avengers » de la Marvel.PANTHER

Dès le début, et malgré un petit côté kitsch pas déplaisant, on est agréablement surpris par le soin apporté à l’écriture. Le scénario est rigoureux, logique, sans clins d’œil ou digressions, les personnages sont parfaitement définis et l’action se développe harmonieusement, sans jamais relâcher l’intérêt. Toujours inclus dans la dramaturgie, les CGI se font oublier et participent du spectacle. Belle réussite donc, à tous niveaux, due à l’auteur-réalisateur de « CREED », Ryan Coogler, qui offre à Michael B. Jordan, son acteur de ce dernier film, un rôle étonnant de « méchant » de haut-vol, vibrant de haine et de rancœur. Il éclipse le héros en titre, Chadwick Boseman, à la personnalité moins affirmée. Autour d’eux, des vétérans comme Angela Bassett en reine peu riante, Forest Whitaker plus cabotin que jamais, Andy Serkis formidable en trafiquant fou à lier et truculent, Martin Freeman en homme de la CIA et – last but not least – la savoureuse Danai Gurira, le crâne rasé, en générale ombrageuse, sœur jumelle de la ‘Michonne’ de la série « WALKING DEAD », le javelot remplaçant le sabre de samouraï. Cette actrice fait vraiment la gueule comme personne !

Les deux heures et quelques de projection passent en un éclair, les batailles sont à couper le souffle et l’émotion n’est pas totalement absente. À noter le petit épilogue habituel, après le générique-fin, où un étonnant discours sur les migrants, la solidarité entre nations et une pique bien sentie contre Trump, vient clore élégamment « BLACK PANTHER », film définitivement moins infantile qu’il ne paraît.