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Archives de Catégorie: LES LIVRES, LES ADAPTATIONS, LES BD, LES ARTICLES

« QUAND LA VILLE DORT » (1950)

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STERLING HAYDEN

Inspiré d’un roman de W.R. Burnett, réalisé par John Huston, « QUAND LA VILLE DORT » est un des deux ou trois chefs-d’œuvre du réalisateur, mais aussi du ‘film noir’ et plus généralement une des plus inaltérables réussites du cinéma U.S. toutes époques confondues.ASPHALT.jpg

L’anecdote est plus que simple : la réunion d’une demi douzaine de malfrats pour cambrioler une bijouterie. Mais Huston expédie rapidement l’acte lui-même pour se focaliser sur ses conséquences et sur la poisse qui poursuit ses protagonistes. Filmé au rasoir dans un noir & blanc acéré, enveloppé dans la BO stressante de Miklós Rózsa, le film est d’une modernité inouïe. À peine peut-on deviner son âge dans les séquences impliquant les policiers, inutilement explicatives. Ce qui fait tout le prix de « QUAND LA VILLE DORT » c’est l’absence de toute espèce de jugement moral dans le regard que porte Huston sur ces voyous, ces laissés-pour-compte, ces déracinés traînant leurs vices, leurs obsessions et leur enfance comme un boulet qui les mène droit au tombeau. Même les plus méprisables possèdent une étincelle d’humanité. Et le casting est une pure merveille : Sam Jaffe extraordinaire en « cerveau » au physique de petit comptable, Sterling Hayden dans son plus beau rôle, celui d’un gros bras monosyllabique, une brute épaisse étrangement touchante, Jean Hagen géniale en paumée s’accrochant à lui, Marc Lawrence d’une fabuleuse authenticité en bookmaker couard, et Louis Calhern, James Whitmore, un juvénile Brad Dexter en privé sans scrupule. On remarquera bien sûr le petit rôle de Marilyn Monroe, d’une touchante gaucherie. Il faut un œil averti pour reconnaître Strother Martin dans sa première apparition à l’écran, en suspect aligné au commissariat.

« QUAND LA VILLE DORT » fait partie de ces films qu’on peut revoir régulièrement sans la moindre lassitude. La tapisserie urbaine tissée par Huston ne cesse de surprendre, de dérouter, d’émouvoir, même si le brillant dialogue ne cède jamais au sentimentalisme ou au romantisme noir. La fin dans le pré du Kentucky est tout simplement terrassante.

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MARILYN MONROE, LOUIS CALHERN, SAM JAFFE, JEAN HAGEN ET STERLING HAYDEN

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« IL ÉTAIT UNE FOIS UN FLIC… » (1972)

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MICHEL CONSTANTIN

Michel Constantin était un ancien volleyeur devenu comédien grâce au « TROU » de Jacques Becker. Il atteignit même un certain vedettariat dans les années 70, en tournant plusieurs fois sous la direction de Georges Lautner et José Giovanni. Acteur monolithique, à la diction hasardeuse, à la raideur d’automate, il est pourtant irremplaçable dans « IL ÉTAIT UNE FOIS UN FLIC… » de Lautner, film qui le résume et le transcende.FLIC.jpg

Sur un scénario classique mais efficace d’infiltration, le film décolle grâce à l’excellent dialogue de Francis Veber qui se concentre sur le portrait d’un commissaire parisien des Stups enquêtant à Nice et affublé d’une famille-couverture. Un flic de terrain, vieux garçon, maniaque, radin, râleur, à vrai dire peu sympathique, mais qu’on apprend à connaître à mesure qu’il s’attendrit devant son « fils » de neuf ans et sa jolie maman veuve de policier (Mireille Darc). Les séquences sont tellement bien conçues et les personnages si précisément dessinés, que c’est un bonheur de voir Constantin face à Michel Lonsdale – improbable face-à-face proche du choc de cultures ! – en collègue patient et placide, de le voir harcelé par deux flics pénibles, exaspéré par un voisin collant (Robert Castel) et surtout échangeant d’hilarantes répliques avec le petit Hervé Hillien extraordinairement à son aise.

Alors oui, la musique est envahissante, les coups de zoom fatiguent l’œil et les décors sont hideux, mais l’humour teinté de tendresse emporte tout sur son passage et « IL ÉTAIT UNE FOIS UN FLIC… » fait partie des vraies réussites de son réalisateur, bien qu’il soit étonnamment sous-estimé par rapport aux « TONTONS FLINGUEURS » et autres « BARBOUZES ». Dans un casting globalement savoureux, on reconnaît Venantino Venantini en ‘hitman’ américain et même… Alain Delon dans un fugitif caméo de trois secondes, mal rasé et clope au bec.

L’amateur de polar appréciera cette vision de la guerre des polices, ces règlements de comptes au sein de la french connection. Mais l’essentiel n’est pas là : des plans comme celui où le garçonnet glisse sa main dans celle de son « père », valent qu’on revoie ce film unique et attachant, un des meilleurs de Lautner.

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MIREILLE DARC, MICHEL CONSTANTIN, JEAN-JACQUES MOREAU ET ALAIN DELON

 

« WATCHMEN : LES GARDIENS » (2009)

Adapté avec une fidélité exemplaire d’un « roman graphique » anglais paru en 1987, « WATCHMEN : LES GARDIENS » de Zack Snyder va bien au-delà des habituels films de super-héros et se joue de cette nouvelle mythologie en posant sur elle un regard novateur et passéiste à la fois (l’ambiance « film noir » qui court pendant les trois heures de projection) et en créant des personnages réellement complexes et faillibles.WATCHMEN.jpg

Situé dans une réalité alternative où Nixon sort vainqueur de la guerre du Vietnam et garde le pouvoir pendant des décennies, où les justiciers masqués sont interdits de séjour et où menace la guerre nucléaire avec la Russie, « WATCHMEN » se déroule sur plusieurs époques et développe soigneusement ses nombreux protagonistes. Outre une réalisation rigoureuse qui intègre à la perfection les CGI, une photo magnifique de bout en bout (Larry Fong), le film s’impose comme un des meilleurs du genre grâce à son scénario maniant les clichés avec maestria : le super-méchant de service, le salaud prêt à détruire la planète a un plan bien précis en tête et la révélation finale « cueille » complètement et laisse pensif, remettant en question jusqu’à la notion de « bon » et de « méchant ». « WATCHMEN » est truffé de séquences anthologiques, que ce soit dans l’action pure, l’atmosphère ou même… la poésie. Quand c’est violent, c’est TRÈS violent, voire gore, quand il s’agit de suivre l’évolution d’un homme devenu accidentellement un dieu (Billy Crudup), les auteurs entrouvrent des portes inattendues dans la métaphysique.

Doté un cast brillant : Malin Akerman superbe, Jeffrey Dean Morgan en salopard cynique, Jackie Earle Haley stupéfiant en justicier sociopathe au masque mouvant, Carla Gugino hélas trop souvent vieillie au latex ou l’excellent Patrick Wilson, « WATCHMEN » atteint une sorte de perfection dans le sous-genre du cinéma de SF qu’est devenu le film de super-héros.

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JEFFREY DEAN MORGAN, BILLY CRUDUP ET MALIN AKERMAN

À noter qu’il existe trois montages du film : un de 162 minutes exploité en salles, un director’s cut de 186 minutes sorti en vidéo (et chroniqué ici) et un de 215 minutes sous-titré : « Ultimate cut » et reniée par Snyder.

 

« DOUTE » (2008)

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PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

Adapté de sa propre pièce de théâtre et réalisé par John Patrick Shanley, « DOUTE » est un concentré de dilemmes moraux, de complexité humaine, qui – à partir de la thématique des prêtres pédophiles – organise une série de confrontations impitoyables et renverse les clichés en faisant du suspect un individu sympathique et de son accusatrice un « dragon » intolérant.DOUBT.jpg

Si au début on est d’emblée accroché par la question : « l’a-t-il fait ? », peu à peu l’intérêt se focalise sur l’humanité des protagonistes et le film devient universel. Et c’est lorsqu’on commence à trouver ses repères et à se sentir en terrain familier que survient LA grande scène entre Meryl Streep et Viola Davis, la mère de l’enfant « abusé », qui fait voler en éclats les certitudes et balaie tout manichéisme. Du grand art !

Situé en 1964 dans une école religieuse de Brooklyn, « DOUTE » offre à quatre très grands comédiens un terrain de jeu idéal : Mme Streep donc, formidable en nonne endurcie et sûre de son bon droit, quitte à biaiser ses croyances pour parvenir à ses fins. Philip Seymour Hoffman (qu’on n’a pas fini de regretter) magnifique en prêtre ambigu, sensible et lucide qu’il est bien difficile de juger, même si l’incertitude plane jusqu’au bout. Amy Adams qui parvient à exister face aux deux « monstres », dans un rôle de sœur juvénile et innocente. Et puis l’exceptionnelle Viola Davis, qui – le temps de deux séquences – parvient à s’imposer comme rôle-pivot et même à avaler Streep toute crue lors de leurs face-à-face. Ce qui n’est pas donné à tout le monde ! C’est un véritable bonheur de contempler ces très grands interprètes à l’œuvre et c’est tout à l’honneur de Shanley de les avoir laissé évoluer en s’effaçant. À noter aussi, la photo à la fois contrastée de délicate de Roger Deakins, le chef-opérateur des frères Coen. Un beau film qui laisse des traces et qui donne à réfléchir bien au-delà de son anecdote.

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MERYL STREEP ET VIOLA DAVIS

 

CARLOS EZQUERRA : R.I.P.

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CARLOS EZQUERRA (1947-2018), DESSINATEUR ESPAGNOL QUI FIT CARRIÈRE EN ANGLETERRE. CRÉATEUR ENTRE AUTRE DE « JUGE DREDD ».

 

« THE LOSERS » (2010)

Adapté d’une BD, « THE LOSERS » réalisé par le français Sylvain White est un bien curieux objet. Une sorte d’amalgame survitaminé des « 7 MERCENAIRES », de la série « AGENCE TOUS RISQUES », avec un zeste de « EXPENDABLES » et un lointain parfum des « OIES SAUVAGES ».LOSERS.jpg

A priori, de quoi attiser la curiosité ! Et de fait, à condition de s’accoutumer au « style » visuel imposé par le réalisateur, on peut s’amuser sans arrière-pensée à la vision de ce film d’action efficace, drôle et même sexy, où une équipe de soldats de choc de la CIA trahie par un ponte de l’Agency, cherche à se venger. Hélas, pour s’abandonner aux plaisirs simples de l’actioner décérébré, il faut subir les effets clipesques démodés (arrrgghhhh ! Ces ralentis ridicules !), la BO systématiquement sur-mixée et l’abus fatigant de CGI pas toujours très convaincants. Mais l’un dans l’autre, « THE LOSERS » parvient à trouver sa voie et à remplir sa mission. Outre un bon rythme général et un esprit frondeur sympathique, le film doit son charme à un casting original et homogène : Jeffrey Dean Morgan est parfait en colonel viril, Zoë Saldana très séduisante en ‘tough girl’, Idris Elba a une belle présence en membre de l’équipe rebelle à l’autorité, Chris Evans et Columbus Short jouent les comiques de service. À noter le surprenant numéro de Jason Patric, digne des adversaires de 007.

« THE LOSERS » tire le maximum d’un scénario assez maigrelet et de personnages sans aucune dimension humaine (non, aimer les enfants ne suffit pas !), grâce à une belle énergie et à une vraie bonne humeur. Dommage que la surenchère visuelle permanente finisse par générer une certaine lassitude.

 

« LE TRÉSOR DE LA SIERRA MADRE » (1948)

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HUMPHREY BOGART

« LE TRÉSOR DE LA SIERRA MADRE » est un des deux ou trois meilleurs films de John Huston, il offre un de ses plus grands rôles à Humphrey Bogart et propose une parabole âpre et lucide de la folie de l’or qui corrompt tous les hommes, détruit les amitiés et gâche des existences. Tout cela sous couvert de film d’aventures compact et truffé de grands morceaux de bravoure dans les paysages mexicains. Ceux-là même qu’un Peckinpah – clairement influencé par ce film – exploitera en couleurs deux décennies plus tard.SIERRA2

Trois gringos, un vieil homme truculent (Walter Huston) et deux clochards yankees exilés (Humphrey Bogart et Tim Holt) s’associent pour aller prospecter l’or dans les montagnes proches de Durango. D’abord solidaires et cordiaux, ils vont trouver un filon qui va détériorer leur relation jusqu’à la paranoïa la plus totale et même jusqu’au meurtre. Tourné dans un splendide noir & blanc, parsemé de saisissants gros-plans de visages ravinés, crasseux et barbus, le film se focalise sur la rapide chute de Bogart dans les tréfonds de la noirceur humaine. Le pauvre type malchanceux du début se mue progressivement en brute haineuse gangrénée par la fièvre et l’avidité. Un très grand numéro d’acteur pour ‘Bogie’ qui annonce à la fois ses personnages diamétralement opposés de « AFRICAN QUEEN » et « OURAGAN SUR LE CAINE ». Walter Huston est également remarquable en vieux grigou revenu de tout, qui a su préserver son humanité. À noter que John apparaît en touriste généreux et qu’on reconnaît un tout jeune Robert Blake en petit vendeur mexicain de tickets de loterie.

« LE TRÉSOR DE LA SIERRA MADRE » tend un miroir fidèle et dépourvu d’empathie à ce que l’homme est capable de faire pour une poignée d’or. Et le fou-rire homérique qui clôt l’aventure apporte un certain souffle de dérisoire grandeur à cette histoire amère et cruelle.

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TIM HOLT, HUMPHREY BOGART, WALTER HUSTON ET ROBERT BLAKE