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Archives de Catégorie: LES LIVRES, LES ADAPTATIONS, LES BD, LES ARTICLES

HAPPY BIRTHDAY, WILLIAM !

SHAKESPEARE

WILLIAM SHAKESPEARE (1564-1616), QUATRE FILMS PARMI DES CENTAINES ADAPTÉS DE SES PIÈCES IMMORTELLES. ET CE N’EST PAS FINI !

 

« SÉRIE NOIRE » (1979)

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PATRICK DEWAERE

Alain Corneau et le romancier Georges Perec se sont (très librement) inspirés d’un polar de Jim Thompson, pour signer une œuvre unique en son genre, une sorte de « voyage au bout de la nuit » glauque et suffocant, entièrement axé sur son personnage principal et donc, sur son interprète : Patrick Dewaere dans un numéro de haute-voltige.serie2

« SÉRIE NOIRE » n’est pas un film facile à regarder et à aimer. En collant littéralement à Dewaere, sans un instant de répit, les auteurs nous font voir le monde à travers ses yeux : une banlieue grisâtre, pluvieuse, aux intérieurs d’une laideur déprimante. Dans tous les décors, une radio est allumée, diffusant des tubes disco qui finissent par scier les nerfs. Mais par ce procédé, ils nous empêchent de prendre du recul et de comprendre que ‘Franck Poupart’ n’est pas qu’un VRP aux nerfs fragiles, mais aussi et surtout un meurtrier schizophrène et combinard, sans le moindre garde-fou moral ou sentimental. C’est donc une véritable vermine qu’incarne Dewaere, mais avec une telle verve, une telle énergie hystérique, qu’il parvient à le rendre humain. Ou presque. Bien sûr, « SÉRIE NOIRE » tourne parfois au one-man-show légèrement complaisant sur les bords, mais Dewaere va tellement loin, que cela demeure fascinant.

L’acteur est très bien entouré par l’excellente Myriam Boyer en épouse effacée, Bernard Blier génial en patron avaricieux et abject ou la toute jeune Marie Trintignant en adolescente prostituée par sa propre tante. Les face-à-face entre cette dernière et Dewaere sont d’ailleurs presque douloureux à contempler, quand on connaît leurs destins tragiquement écourtés.

Plus ou moins apparenté au genre policier, « SÉRIE NOIRE » cristallise surtout la fascination d’un réalisateur pour son interprète. Ce personnage résume, synthétise et sublime la personnalité incontrôlable de Patrick Dewaere, jusqu’au malaise, jusqu’à la nausée parfois. À voir donc, malgré les longueurs, les excès, comme un cauchemar poisseux sur le mal-de-vivre.

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MYRIAM BOYER, PATRICK DEWAERE ET BERNARD BLIER

 

« UNE VIE ENTRE DEUX OCÉANS » (2016)

Tourné en Australie, situé après la guerre 14-18, « UNE VIE ENTRE DEUX OCÉANS » est un mélodrame ample et ambitieux, qui marche sur les travées de classiques comme « LA FILLE DE RYAN » ou « LA MAÎTRESSE DU LIEUTENANT FRANÇAIS ».light

Le scénario suit le personnage d’un rescapé des tranchées (Michael Fassbender) qui accepte le poste de gardien de phare sur une île isolée pour se reconstruire. Il épouse une jeune femme (Alicia Vikander), mais leur bonheur est gâché par deux fausses-couches dramatiques. Jusqu’au jour où ils trouvent un bébé dans un canot échoué, auprès du cadavre d’un inconnu.

Derek Cianfrance ne recule devant aucune ficelle du mélo, ce qui étonnamment, donne une force peu commune à son film. Il va jusqu’au bout des sentiments, du sacrifice, des confrontations, et accompagne ces tourments intérieurs par des images somptueuses de la nature en furie, de cieux changeants. On est totalement immergé dans l’histoire, balloté par des dilemmes atroces et insolubles car, comme dans toute bonne histoire – et comme l’affirmait Jean Renoir : « Ce qui est terrible sur cette terre, c’est que tout le monde a ses raisons ».

D’une sobriété quasi-minérale, Fassbender est remarquable, composant un homme détruit, rongé par le complexe du survivant. Alicia Vikander est frémissante, instable, aussi exaspérante qu’émouvante. Et Rachel Weisz est magnifique dans un rôle complexe qu’une comédienne moins experte aurait pu rendre haïssable. On retrouve avec plaisir des vétérans du cinéma australien d’antan comme Jack Thompson ou Bryan Brown.

« UNE VIE ENTRE DEUX OCÉANS » est une franche réussite, une œuvre maîtrisée, intense et sérieuse, tellement habilement fabriquée, qu’on en oublie volontiers certaines grosses ficelles narratives. Un vrai plaisir, un film que n’aurait pas renié David Lean…

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RACHEL WEISZ

 

« LE LOUP DES MERS » (1993)

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CHARLES BRONSON ET CHRISTOPHER REEVE

Déjà adapté pour le cinéma par Michael Curtiz (« LE VAISSEAU FANTÔME » en 1941, avec Edward G. Robinson), le roman de Jack London, « LE LOUP DES MERS » donne ici lieu à un téléfilm bien écrit et intelligemment casté, tourné avec les moyens du bord (c’est le cas de le dire) par le vétéran Michael Anderson (« ORCA », « L’ÂGE DE CRISTAL »), mais étonnamment authentique. Les nombreuses séquences sur le pont du bateau par exemple, sont toutes filmées avec un fort tangage incessant qui semble des plus réels.WOLF2

Après un naufrage, le mondain et oisif Christopher Reeve et la jolie voleuse Catherine Mary Stewart sont recueillis à bord du ‘Ghost’, navire du capitaine Wolf Larsen (Charles Bronson), despote violent haï de son équipage. C’est l’étude du caractère éminemment complexe et contradictoire de cet individu qui est au cœur du film : brute sadique et insensible, c’est aussi un homme cultivé, lecteur insatiable de poésie, de philosophie et de sciences. Il n’a qu’une obsession, retrouver et tuer son frère, surnommé… ‘Death’, mais il devient progressivement aveugle, ce qui le rend vulnérable aux mutineries qui se fomentent dans l’ombre. Les confrontations entre Reeve, qu’on voit changer peu à peu, et Bronson qui joue au chat et à la souris avec lui, sont bien dialoguées et passionnantes. L’un prenant un plaisir pervers à voir l’autre s’endurcir, céder à la violence pour survivre. Les deux acteurs sont excellents chacun dans leur registre et c’est un bonheur de voir un Bronson de 72 ans, enfin sortir de son non-jeu routinier, pour prendre un vrai personnage à bras-le-corps et lui donner une véritable épaisseur. Même s’il paraît un peu âgé par moments, son passé cinématographique joue pour lui, et il a plusieurs moments vraiment étonnants d’intensité. « Je préfère régner en enfer que servir au paradis », répète-t-il plusieurs fois au cours du film. Autour des deux protagonistes, liés par cette étrange relation frisant le SM, de bons seconds rôles comme Clive Revill en immonde cuistot affublé de toutes les tares, Len Cariou en médecin humain ou Marc Singer en marin insoumis.

« LE LOUP DES MERS » demeure malgré tout un téléfilm, tourné en plans serrés, sans réelle ampleur, en dépit de nombreux plans de coupe sur le bateau en pleine mer, apparemment « piqués » à un autre film. C’est sa limite. Mais le comeback inespéré de Bronson en tant que comédien plutôt qu’en icône vengeresse, vaut largement le coup d’œil, d’autant plus qu’il retournera ensuite à sa routine policière jusqu’à son dernier film, six ans plus tard.

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CHRISTOPHER REEVE, LEN CARIOU ET CHARLES BRONSON

 

« ÇA » (1990)

ca2« ÇA », le roman de Stephen King reprenait grosso-modo le postulat de sa nouvelle « STAND BY ME », et bifurquait vers un traitement fantastique, alliant l’horreur et la SF. Le livre fut adapté en minisérie de trois heures pour la TV et marqua les esprits grâce à l’interprétation extravagante de Tim Curry dans un rôle de clown surgi des enfers et dévorant les enfants.

Qu’en reste-t-il 27 ans après ? Pas grand-chose, hélas. Si la première partie fait encore à peu près illusion, grâce à un bon casting de gamins et peut-être au bon souvenir de « STAND BY ME », la seconde est une pure catastrophe. La réalisation de Tommy Lee Wallace est gauche, statique, incapable de faire exister plusieurs personnages dans le même cadre. Quant à la distribution « adulte », elle va de l’à peine acceptable (Richard Thomas, John Ritter) à l’agressivement nul (Olivia Hussey, Harry Anderson). Et ne parlons même pas de l’affrontement final entre les six amis d’enfance et le « monstre » niché dans les égouts de la ville, une sorte de crabe-araignée en caoutchouc et au ventre luminescent, échappé d’une vieille série B des années 50. À voir pour le croire.

Mais il faut bien reconnaître qu’au milieu de ce fatras mollasson et convenu, Tim Curry vaut à lui seul le détour. Déjà impressionnant en diable cornu dans « LEGEND » de Ridley Scott, il fait un numéro de haute-voltige en « paillasse » à perruque rouge, au rire crispant et à la voix caverneuse. Ses gros-plans, avec ses dents pointues de requin font encore leur petit effet. Et son leitmotiv (« They all float, down there ») met mal à l’aise sans qu’on sache très bien pourquoi. Pour lui donc, et pour la photogénie de la toujours belle Annette O’Toole, on peut jeter un rapide coup d’œil à « ÇA », en espérant que le remake tourné en 2017 saura améliorer le score, ce qui ne semble pas hors de portée. À suivre…

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ANNETTE O’TOOLE ET TIM CURRY

 

« LA VEUVE COUDERC » (1971)

veuvePierre Granier-Deferre signa ses trois œuvres les plus marquantes en 1970 et ’71 : « LA HORSE », « LE CHAT » et « LA VEUVE COUDERC », d’après un roman de Georges Simenon.

Situé pendant les années 30, en pleine campagne, dans le huis clos à ciel ouvert d’une écluse, le film plonge un jeune forçat évadé (Alain Delon) au sein d’une guéguerre sordide entre une veuve (Simone Signoret) et sa belle-famille convoitant sa ferme. Une étrange histoire se noue entre le « desperado » taiseux au passé mystérieux et la femme endurcie, au seuil de la vieillesse. La force principale du film est de ne rien expliquer. Il montre, se contente du strict minimum dans les échanges dialogués et décrit les personnages par leur comportement, leurs regards, leur animalité. A priori improbable, le duo Delon-Signoret fonctionne à merveille : lui effacé, tout en retenue, elle massive, autoritaire, avec des instants d’extrême vulnérabilité (la longue scène muette où elle l’attend en chemise de nuit dans sa chambre, alors qu’il couche avec une jeune femme, en dit plus long que des pages de texte). Il se passe quelque chose de très fort entre les deux acteurs, reliés par leurs regards également félins, par leur aplomb et leur présence physique. Ils sont très bien entourés par Ottavia Piccolo en simplette « Marie-couche-toi-là » et par Jean Tissier fabuleux en pépé à moitié sourd et pas si gâteux qu’il n’en a l’air.

Linéaire, très ramassé et compact, « LA VEUVE COUDERC » n’a pratiquement pas vieilli, hormis peut-être une photo un peu plate et des nuits trop éclairées. Il capte comme rarement l’âpreté de la vie campagnarde, la dureté des paysans, les rancœurs, le rejet de l’autre et même – en filigrane – la seconde guerre mondiale qui se profile à l’horizon. Un beau film simple et rugueux qui garde tous ses secrets après le mot « FIN ».

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SIMONE SIGNORET ET ALAIN DELON

 

« HELTER SKELTER » (1976)

helterÉcrit et tourné « à chaud », quelques années à peine après les événements qu’il décrit, le téléfilm « HELTER SKELTER » relate le procès de Charles Manson et de sa « famille », à la suite des meurtres rituels de l’actrice Sharon Tate et de six autres personnes à L.A..

Le scénario, basé sur le livre du procureur (George DiCenzo) qui fit condamner les fanatiques, prend trois copieuses heures pour disséquer l’engrenage fatal, utilisant les minutes du procès en guise de dialogue. C’est donc extrêmement réaliste, au détriment de l’efficacité narrative. Car si le thème est passionnant, le film lui, lasse assez vite l’intérêt par son aspect visuel délibérément ingrat et par le manque de relief des comédiens, tout à peu près inconnus et dépourvus de personnalité.

On alterne les interrogatoires, l’enquête des flics de terrain et des journalistes, les dépositions devant le juge, etc. Heureusement, de temps en temps, Steve Railsback parvient à apporter un peu d’énergie au processus : il compose un Manson d’un réalisme inouï, à la fois clownesque et méphistophélique et certains de ses gros-plans sont vraiment effrayants. Parmi les autres comédiens, on reconnaît Marilyn Burns (« MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE ») en membre de la secte qui finira par trahir les siens, et des visages familiers comme David Clennon ou Roy Jenson et Paul Mantee, que Gries venait d’employer au cinéma dans « L’ÉVADÉ ».

Long, embrouillé, parfois confus, « HELTER SKELTER » vaut d’être vu pour son contenu documentaire et l’authenticité de son visuel. C’est un idéal complément à la récente série TV « AQUARIUS » couvrant les mêmes faits.

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STEVE RAILSBACK ET MARILYN BURNS

À noter qu’une voix « off » lors de l’épilogue, s’inquiète d’une possible « descendance » à la barbarie sanguinaire de Manson. Quarante ans plus tard, force est d’admettre qu’on avait effectivement raison de se poser la question…