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Archives de Catégorie: LES FILMS D’ANTHONY HOPKINS

« WESTWORLD » : saison 1 (2016)

Inspirée du film « MONDWEST » (1973) de Michael Crichton, produite entre autres par J.J. Abrams, la série HBO « WESTWORLD » en recrée l’univers artificiel avec les fastes numériques d’aujourd’hui tout en préservant la thématique originelle : l’effet sur des citoyens lambda d’un parc d’attraction pour adultes, dont les résidants sont des robots quasi-humains auxquels on peut faire subir tous les sévices possibles et imaginables sans la moindre conséquence.WESTWORLD

Mais sur ces bases, les auteurs évoluent vers quelque chose de plus philosophique : le changement des « machines » qui développent une sensibilité évolutive et même ce qu’on ne peut appeler autrement qu’une âme. On a déjà vu cela dans « BLADE RUNNER » et le second « TERMINATOR », mais « WESTWORLD » va au fond des choses, quitte à devenir excessivement bavard, prétentieux, répétitif jusqu’à l’exaspération voire parfois complètement abscons. C’est admirablement produit et filmé, interprété par un cast magistral, mais au bout de trois ou quatre épisodes, on commence à se dire que cela aurait pu être raconté en un seul long-métrage de 140 minutes et qu’il y a tout de même trop de remplissage.

Evan Rachel Wood tient le rôle central du « cyborg » trop humain, Anthony Hopkins nage comme un poisson dans l’eau en maître du jeu suave et omniscient, Ed Harris remplace Yul Brynner dans l’emploi de « l’homme en noir » même si son rôle est totalement différent, Jeffrey Wright tient parfaitement son personnage à multiples facettes et Thandie Newton a rarement été plus convaincante, assumant qui plus est une nudité quasi-permanente avec une grâce et un naturel épatants.

On reste donc partagé et circonspect devant cette 1ère saison de dix épisodes, qui impose le respect par sa perfection technique et certaines trouvailles scénaristiques, mais laisse une sensation frustrante tant elle s’écoute parler et finit par moments, par noyer le poisson dans l’eau. L’amateur inconditionnel de western et de SF y trouvera certainement son bonheur.

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« WOLFMAN » (2010)

WOLFMAN

EMILY BLUNT ET BENICIO DEL TORO

« WOLFMAN » est le remake du classique de 1941 : « LE LOUP-GAROU » dont il reprend les grandes lignes du scénario signé Curt Siodmak. Le film est sorti en salles dans une durée de 103 minutes et a connu un director’s cut de 119 minutes. C’est celui-ci qui est chroniqué ici.WOLFMAN2

Signée du pourtant peu emballant Joe Johnston, cette version s’avère tout à fait enthousiasmante. L’imagerie d’abord, qui retrouve la splendeur des chefs-d’œuvre Universal grâce à l’utilisation invisible des CGI et aussi à une bonne dose de poésie qui renvoie à « LA BELLE ET LA BÊTE » original. La réalisation, la photo de Shelly Johnson, la BO magnifique de Danny Elfman, les cadrages qui retrouvent la puissance des dessins de Bernie Wrightson, tout s’accorde pour créer une ambiance envoûtante, semi-rêvée, une esthétique de l’horreur très singulière. Benicio Del Toro est parfait dans le rôle de ‘Talbot’, acteur shakespearien dont le sang tzigane porte une malédiction ancestrale. Anthony Hopkins, très sobre et concentré, insuffle une belle ambiguïté à ce personnage de patriarche d’abord rassurant et progressivement de plus en plus terrifiant. L’ultime face-à-face entre père et fils est impressionnant. À leurs côtés, Emily Blunt parvient à n’être pas que décorative comme c’est trop souvent le cas dans ce genre de film et Hugo Weaving joue un flic (celui qui enquêtait sur Jack l’Éventreur !) malchanceux. Notons les brèves mais émouvantes apparitions de Geraldine Chaplin en Gitane. À noter – mais uniquement dans la version longue – le court caméo de Max Von Sydow en vieux gentleman dans un train, qui offre sa canne à pommeau d’argent à Talbot : l’incarnation du Destin ?

En dépit de digressions (l’internement à l’asile) un peu longues, mais malgré tout intéressantes, « WOLFMAN » séduit par son mélange de classicisme et d’un vrai désir de raviver les vieux mythes. Les décors (qu’ils soient virtuels ou « en dur ») sont splendides et les scènes de violence d’une brutalité frisant le ‘gore’ pur et simple. Une belle surprise donc, probablement sous-estimée à sa sortie mais qui vaut largement d’être réévaluée à la hausse.

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ANTHONY HOPKINS ET MAX VON SYDOW

 

« MANIPULATIONS » (2016)

Les navets, les vrais, les purs et durs, possèdent un superpouvoir : on ne sait pas par quel bout les prendre. On a juste envie de ne pas en parler et de les oublier à tout jamais. Réalisé par le scénariste de TV Shintaro Shimosawa, « MANIPULATIONS » dévoile son abyssale nullité dès ses premières séquences pour ne faire qu’empirer ensuite.manipulations

Vague histoire de filouterie entre avocats et industriels, de faux enlèvement, de ‘whodunit’, d’adultère larvé, le scénario est une enfilade de clichés, de lieux-communs, la mise-en-scène est à peine digne d’un ‘soap opera’ diffusé l’après-midi. Quant à l’acteur principal, Josh Duhamel, il est tellement transparent qu’il pourrait jouer l’homme invisible sans avoir recours aux trucages.

Mais le pire est encore la vraie raison qui pourrait pousser le cinéphile à se pencher sur cette chose : le premier – et très probablement dernier – face-à-face entre deux monstres sacrés du cinéma : Al Pacino, 76 ans et Anthony Hopkins 79 ans. Comment imaginer que leur confrontation autour d’une table de réunion puisse générer aussi peu d’étincelles, au point de provoquer l’assoupissement ? Avachi, hagard, frisotté, l’ex-Scarface se traîne de bureau en bureau, l’air égaré, tandis que l’ex-Hannibal Lecter semble traverser le film en état d’hypnose profonde. Quel incroyable gâchis ! Autour de ces légendes bien fatiguées, on a droit à deux jolies blondes aussi insipides l’une que l’autre : Alice Eve en épouse effacée et Malin Akerman en névrosée dangereuse. On aperçoit également Julia Stiles dans un rôle sacrifié d’agent de sécurité.

Rares sont les films dont on ne peut sauver aucun élément, pas la moindre image, pas même la photo ou la musique. « MANIPULATIONS » rejoint les catastrophes de compétition favorites de « BDW2 » comme « LE PONT DU ROI SAINT-LOUIS » ou « LA LOI ET L’ORDRE » (des films avec De Niro et à nouveau Pacino, tiens…) dans le musée des horreurs cinématographiques à éviter à tout prix.

 

« M : I-2 – MISSION : IMPOSSIBLE 2 » (2000)

MI2Il en a fait rêver des cinéphiles, ce « M : I-2 – MISSION : IMPOSSIBLE 2 » avant sa sortie, quatre ans après le premier opus de Brian DePalma ! Et il a fait à peu près autant de déçus. De dégoûtés, même. La réputation de demi-Dieu du cinéma d’action de John Woo en a pris un méchant coup dont il ne s’est jamais complètement relevé.

Sur un scénario simplet auquel participa pourtant Robert Towne, le film narre la course effrénée de Tom Cruise à la recherche d’un virus mortel et de son antivirus. Un ‘McGuffin’ bien maigrichon qui ne tient pas la distance et désintéresse presque autant que le triangle de top-models formé par Cruise, Thandie Newton et Dougray Scott, qui ont tous l’air échappés d’une pub pour un parfum masculin ou une voiture de sport. Le petit Tom s’est fait pousser les cheveux afin qu’ils puissent bouger joliment au ralenti, il aligne sa gamme complète de trois expressions et fait se pâmer la « Hunt girl » de service, évidemment chavirée par un tel déferlement de charisme animal.

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TOM CRUISE, ANTHONY HOPKINS ET THANDIE NEWTON

Grotesque ? Pas loin, en tout cas. Et si John Woo étale sa virtuosité, celle-ci tourne à vide dans un autopastiche au narcissisme insensé. Oui, on a même droit aux colombes volant au ralenti ! Alors bien sûr, c’est bien confectionné, le mixage « déchire grave » et les fusillades rappellent celles des grandes heures hongkongaises du maestro chinois. Mais pourquoi ? Pour une longue, très longue course-poursuite pétaradante, égayée par des acteurs ôtant des masques de latex les faisant ressembler à d’autres acteurs et des petits autocollants en alu, censés modifier leur voix (sic !). Le gimmick fonctionnait peut-être dans la série des sixties, mais là c’est franchement risible. Quant à l’amateur de crypto-gay, il se régalera de la bagarre finale entre Ethan Hunt et son rival : en sueur, vêtus de noir, se castagnant sauvagement et se donnant des coups de couteau dans une longue scène entrecoupée de plans d’océan déchaîné d’où giclent d’énormes vagues d’écume blanche !

Incontestablement le pire de la série donc. À noter deux brèves apparitions non-mentionnées au générique d’Anthony Hopkins en boss de l’IMF.

 

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« NOÉ » (2014)

RUSSELL CROWE

RUSSELL CROWE

La dernière fois qu’on avait eu des nouvelles de Noé et de son arche c’était il y a une cinquantaine d’années et il avait la dentition anarchique de John Huston, également réalisateur de « LA BIBLE ».

Aujourd’hui, il ressemble à Gladiator, il vit dans un monde post-apocalyptique à la Mad Max (enfin – pré-apocalyptique, plutôt) et Dieu lui demande de bâtir son fameux vaisseau, avec l’aide de quelques transformers préhistoriques en caillasse. Pour trouver le bois nécessaire, Hannibal Lecter qui a pris un méchant coup-de-vieux et joue les Yoda, lui donne une graine magique qui fait pousser une forêt dans le désert en une nuit. Oui, comme dans « Astérix Et Le Domaine Des Dieux ». Ensuite, l’eau se met à tomber, la terre retrouve son look de « WATERWORLD » et finalement, après bien des tourments, Noé et sa famille accostent sur la terre ferme. Lui se met à picoler et devient une sorte de clodo beatnik pendant que son fils cadet va se chercher une copine. Ça, c’est le synopsis.NOÉ2

Bon, on a l’air de se moquer comme ça… Mais que faire d’autre devant « NOÉ » ? Échaudés par « THE FOUNTAIN » mais grandement rassurés par « THE WRESTLER » et « BLACK SWAN », on attendait mieux de Darren Aronofsky. On ne sait pas trop quelle mouche l’a piqué, l’envie peut-être de nous faire la leçon ? De nous démontrer que nous sommes une fois encore au bord du déluge ? Que l’Homme ne mérite plus sa place sur Terre ? Il n’a pas complètement tort, le bougre. Mais quelle étrange façon d’exprimer son credo ! C’est excessif, naïf, bordélique au possible. La grande bataille autour de l’arche renvoie au « SEIGNEUR DES ANNEAUX » et on se demande comment Russell Crowe ou Jennifer Connelly ont pu faire pour jouer tout cela avec un tel sérieux, une telle implication. Les comédiens sont d’ailleurs plutôt bons dans l’ensemble, surtout Ray Winstone en méchant roi païen. Et on a même droit à la voix de ce vieux Nick Nolte pour animer un des transformers en pierre-ponce.

Sans être complètement nul (il y a tout de même de beaux moments de grand spectacle et un peu d’émotion dans la séquence où Noé veut sacrifier les bébés), « NOÉ » est une drôle de bouillabaisse qui exige qu’on laisse son sens critique au vestiaire avant de s’y plonger. Et puis, franchement et définitivement… trop de CGI tue le CGI ! Même les bébés sont virtuels !

 

« LES FOUS DU ROI » (2006)

SEAN PENN

SEAN PENN

Le roman de Robert Penn Warren avait déjà été adapté en 1949 par Robert Rossen. La seconde version de « LES FOUS DU ROI » plutôt mal accueillie à sa sortie mérite d’être réévaluée à la hausse.

KINGL’auteur Steve Zaillian n’a pas cherché le spectaculaire ou la facilité. Narré en flash-back, doté d’un dialogue allusif et souvent poétique, d’une violence tout en creux, le film met du temps à se mettre en branle, mais s’intensifie en progressant et finit par immerger totalement. D’une satire féroce du monde politique, de sa pourriture, de sa corruption si profonde qu’elle souille et contamine jusqu’au passé des protagonistes, le scénario prend peu à peu des accents de tragédie antique et les personnages se muent en symboles broyés par un destin plus puissant qu’eux ou que leurs convictions.

C’est globalement brillant, parfois émouvant, même si on ressent derrière l’exceptionnelle maîtrise de la mise-en-scène et du montage, une certaine froideur, un manque de folie qui finissent par uniformiser l’ensemble. Mais c’est techniquement un magnifique accomplissement, de la photo fabuleuse de Pawel Edelman à la BO lyrique de James Horner.

Côté casting, c’est franchement le haut-du-panier, la « crème de la crème » comme disent les anglo-saxons. Jude Law se sort bien d’un rôle de narrateur effacé mais constamment présent, Kate Winslet habite un personnage mystérieux et elliptique, James Gandolfini est remarquable comme toujours en politicard faussement balourd et Anthony Hopkins est intrigant à souhait en vieux juge incorruptible portant de lourds secrets. Mais le film est surtout un festival Sean Penn, qui endosse bravement ce rôle abject de gouverneur cynique, démagogue et suant de vulgarité, aux méthodes de gangster. Un grand numéro qui culmine dans les scènes de discours devant les foules.

« LES FOUS DU ROI » est donc à voir, pour sa reconstitution d’époque quasi-parfaite, pour la sophistication de son écriture et pour les thèmes qu’il développe avec finesse et élégance. Tous pourris ? Oui. Mais pas au même degré et pas pour les mêmes raisons…

JUDE LAW, KATE WINSLET ET ANTHONY HOPKINS

JUDE LAW, KATE WINSLET ET ANTHONY HOPKINS

 

« RETOUR À HOWARDS END » (1992)

HOWARDS2Il n’y a vraiment que les Anglais pour raconter autant de choses et aborder autant de thèmes, sous couvert d’une (apparemment) simple histoire de famille, de veuvage, de fratrie, de maison à la campagne.

« RETOUR À HOWARDS END » est une merveille de délicatesse, de précision dans le détail, maniant la suggestion et le non-dit avec une maestria inouïe et travaillant le moindre personnage jusqu’à la moelle. C’est l’étrange relation entre Vanessa Redgrave, épouse malade du bourgeois Anthony Hopkins, et sa jeune voisine Emma Thompson, qui fascine au premier abord : la première passe littéralement de relais à sa cadette en lui léguant sa maison. Et par la force du destin, celle-ci va devenir une sorte de double régénéré de son amie allant jusqu’à épouser son mari. C’est beau et émouvant, tout comme l’enchaînement de hasards, de coïncidences, de fatalités, qui vont priver la jeune femme de la maison pour ensuite la lui restituer.

Le scénario suit également le parcours d’Helena Bonham-Carter, jeune sœur exaltée d’Emma Thompson, amoureuse d’un garçon pauvre qu’elle va mener à sa perte. C’est le côte cruellement lucide de l’histoire, qui fera du malheureux la seule victime de ces petits jeux entre nantis. Un « sacrifice » qui jette une lumière beaucoup moins romantique sur ces personnages engoncés dans leur milieu et défendant leur caste bec et ongles.

La photo est sublime, le montage semble parfois heurté comme si des scènes étaient coupées avant d’être arrivées à terme, mais l’interprétation est au-delà de toute louange : Hopkins froid et dur sous ses dehors débonnaires. Sa façon de se cacher les yeux d’une main quand il a honte frise le pur génie. Thompson est douce et lumineuse, laissant tout de même entrevoir un aspect calculateur de sa personnalité. Tous les comédiens sont parfaits.

EMMA THOMPSON ET ANTHONY HOPKINS

EMMA THOMPSON ET ANTHONY HOPKINS

« RETOUR À HOWARDS END » est une des grandes réussites de James Ivory qui nage ici comme un poisson dans l’eau et parvient à captiver avec presque rien. Un « presque rien » qui traite pourtant de presque tout…