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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JODIE FOSTER

« MAVERICK » (1994)

MEL GIBSON

MEL GIBSON

Ancien faiseur de TV, responsable depuis la fin des seventies de ‘blockbusters’ à gros budget, Richard Donner était l’homme idéal pour adapter au grand écran une série western des années 50. En fait, « MAVERICK » est presque un monument à la gloire de son réalisateur, puisqu’on y trouve un clin d’œil appuyé à « L’ARME FATALE » avec un bref caméo de Danny Glover face à Mel Gibson, la présence de Margot Kidder la fiancée de Superman et un nombre étonnant de vieilles gloires du western télévisé qui vont et viennent pendant tout le film et surtout lors de la séquence de poker finale.MAVERICK

« MAVERICK » ne s’est rien refusé : le scénariste de « BUTCH CASSIDY & LE KID », Vilmos Zsigmond à la photo et James Garner, le ‘Maverick’ originel dans un rôle à facettes des plus sympathiques.

De bien nobles références pour un film qui, s’il amuse et distrait sans problème, n’en demeure pas moins une grosse pochade picaresque et pas toujours très légère, à l’image du jeu décalé de Mel Gibson. L’histoire n’est qu’un prétexte à une succession de rencontres et de sketches, certains réussis, d’autres lourdingues (les pionnières et le séjour chez les Indiens), d’autres encore empruntés à… « LUCKY LUKE » (le duc russe rêvant de tuer des peaux-rouges). Heureusement, Jodie Foster, qui n’a jamais été plus ravissante et décontractée, illumine le film de sa présence ironique. Garner et Gibson eux, font plus que rappeler la relation entre Harrison Ford et son père dans « INDIANA JONES ET LA DERNIÈRE CROISADE ». Et c’est émouvant de retrouver au détour d’un plan, de vieux cowboys chenus comme Paul Brinegar, Doug McClure, Leo Gordon, Robert Fuller ou William Smith, venus saluer une dernière fois leur public de nostalgiques. Sans oublier la joie toujours renouvelée de revoir James Coburn en ‘commodore’ malhonnête. Ses retrouvailles avec Garner après « LA GRANDE ÉVASION » et « LES JEUX DE L’AMOUR ET DE LA GUERRE » sont savoureuses.

JODIE FOSTER, MEL GIBSON, JAMES GARNER ET JAMES COBURN

JODIE FOSTER, MEL GIBSON, JAMES GARNER ET JAMES COBURN

Film de « téléphile », « MAVERICK » sent un peu le laisser-aller et l’improvisation, mais l’humeur est plaisante, ludique et à condition de ne pas trop en attendre, cela peut procureur deux heures de détente sans prétention.

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« ELYSIUM » (2013)

ELYSIUM2On avait été bluffé par le premier film de ce réalisateur sudafricain « DISTRICT 9 » qui alliait un discours subversif à une incroyable maîtrise des F/X. En passant à la vitesse supérieure (c’est-à-dire en partant pour Hollywood !), Neill Blomkamp ne perd rien de son sens visuel, mais simplifie son discours. « ELYSIUM » est une fable de SF grand-public, un film de crise, un peu « Les Inégalités Sociales Pour Les Nuls », en quelque sorte.

La terre surpeuplée et polluée est devenue une favela fliquée par des robots, alors que les nantis vivent dans un luxueux vaisseau spatial kubrickien au-dessus de la planète. Matt Damon, délinquant accidentellement irradié va devenir une sorte de messie libérateur pour ses frères humains. Oui, ça a l’air un peu couillon dit comme ça et… ça l’est ! Excessivement manichéen et naïf jusqu’à écœurement (ce n’est jamais agréable d’être pris pour un abruti à qui on prémâche le travail), le scénario est le gros point faible de ce film qui avait pourtant tout pour prétendre à la grandeur.

Si Damon est un héros sympathique aux abdoms en acier trempé, si Jodie Foster semble s’amuser à jouer une méchante glaciale et fascisante à l’accent vaguement français, le film est totalement vampirisé par Sharito Copley, qui tenait le rôle principal de « DISTRICT 9 » et que son réalisateur lâche en roue-libre dans un numéro de cabotinage dantesque, qui oblitère ses partenaires et finit par déséquilibrer le film, en modifiant son centre de gravité. Ce mercenaire barbu et dégénéré à l’accent inintelligible prend une place considérable alors qu’il n’est qu’un comparse sans réel intérêt dramatique.

MATT DAMON ET JODIE FOSTER

MATT DAMON ET JODIE FOSTER

« ELYSIUM » est passé à côté d’une belle réussite. Si le discours « politique » et le profil psychologique des protagonistes avaient eu ne serait-ce qu’une fraction de l’efficacité du visuel, on tenait là une pierre blanche de la Science-Fiction moderne. Là, c’est un spectacle pour adolescents. Ni plus, ni moins.

 

« L’HOMME DE L’INTÉRIEUR » (2006)

CLIVE OWEN

CLIVE OWEN

« L’HOMME DE L’INTÉRIEUR » est un bon gros thriller de braquage – un ‘caper movie’ comme on dit là-bas – ingénieux et efficace, dont la seule vraie surprise provient du nom de Spike Lee en tant que réalisateur.

INSIDECopieux, froid, carré, le film aurait pu être signé par n’importe quel « faiseur » hollywoodien et il faut vraiment chercher du côté de quelques échanges à teneur raciale et dans les relations entre le héros et sa femme, pour déceler la patte du brave Spike. Mais il s’acquitte sans démériter de ce job solide, tendu, rappelant inévitablement « UN APRÈS-MIDI DE CHIEN » (auquel le dialogue fait d’ailleurs directement allusion), l’âme en moins. Car – et c’est le défaut principal du film – on a du mal à s’impliquer à fond, à se passionner pour des personnages archétypiques dont on ne saura rien au-delà des apparences. Ainsi le flic Denzel Washington est-il essentiellement caractérisé par sa tenue vestimentaire : chapeau de paille, costumes blancs et un soupçon de corruption auquel on ne croit pas une seconde. Pour le reste, il joue de façon routinière avec une aisance de vieux pro légèrement blasé. Face à lui, Clive Owen est plus intéressant en braqueur-redresseur de torts charismatique, malgré le fait qu’il ait le visage masqué pendant la moitié du film. Jodie Foster a un rôle assez bref d’entremetteuse dure-à-cuire et Christopher Plummer, plus classe que jamais, semble tout de même un peu jeune pour avoir magouillé avec les nazis pendant la WW2.

Malgré sa durée de deux heures pas vraiment justifiée, son scénario tellement huilé qu’il en devient mécanique, « L’HOMME DE L’INTÉRIEUR » accroche par ses trouvailles « criminelles » (les braqueurs obligent leurs otages à s’habiller comme eux, visage masqué, rendant l’identification impossible lors du dénouement) et par un ‘twist’ final extrêmement réjouissant, qui fait oublier les longueurs et la froideur qui ont précédé.

DENZEL WASHINGTON, JODIE FOSTER ET CHRISTOPHER PLUMMER

DENZEL WASHINGTON, JODIE FOSTER ET CHRISTOPHER PLUMMER

 

« FLIGHTPLAN » (2005)

JODIE FOSTER

JODIE FOSTER

Parce qu’il est venu trois ans après « PANIC ROOM » avec la même Jodie Foster en tête d’affiche et offrant quelques similitudes (superficielles) avec le film de David Fincher, « FLIGHTPLAN » fait un peu figure de parent pauvre dans la filmographie de la comédienne. Pourtant, à le revoir aujourd’hui, on s’aperçoit qu’il a été très sous-évalué et que sous ses dehors de ‘blockbuster’, c’est un excellent suspense aérien, un cauchemar paranoïaque à donner des suées à n’importe quel parent normalement constitué.

FLIGHTPLANL’idée elle est simple, c’est celle de « BUNNY LAKE A DISPARU » de Preminger relocalisée dans un avion géant en plein vol. Alors qu’elle quitte Berlin pour enterrer son mari aux U.S.A., Jodie Foster perd sa petite fille de six ans dans l’avion. Mais a-t-elle jamais été là ? N’est-elle pas morte en même temps que son père ? Jodie est-elle une mère héroïque ou une dangereuse hystérique cloîtrée dans son déni et mettant le vol en péril ? Ou alors… une terroriste ?

Le scénario est très malin, bourré de fausses pistes (joli clin d’œil aux passagers arabes instantanément suspectés), de chausse-trappes, de mini coups de théâtre, la réalisation même si elle s’appuie énormément sur les F/X et écrans verts, est d’une efficacité redoutable et a l’intelligence de ne pas lâcher Foster d’une semelle. Celle-ci en état de transe permanent dynamise tout le film par sa performance absolument bluffante : le visage émacié, tourmenté, le regard fixe et hanté, elle dégage un mélange de vulnérabilité et de force phénoménale tout à fait unique et transforme ce sujet somme toute assez banal, en un chemin de croix cathartique. À elle seule, par son implication physique et son énergie, elle parvient à faire gober les énormités du scénario. On oublie aisément les scories et impasses des auteurs concernant le complot « policier » pour rester focalisé sur la course folle de la mère-courage seule contre tous.

Face à elle, Peter Sarsgaard se sort bien d’un rôle ambigu qu’il joue « entre deux », Sean Bean est excellent en commandant de bord patient et on s’étonne de voir Greta Schacchi ex-gloire des années 80 dans un petit rôle de psy particulièrement peu perspicace.

Du bon, du très bon cinéma commercial, sans chichi, méticuleusement manufacturé, qui en donne largement pour son argent et offre à Jodie Foster l’occasion de déployer tous ses talents. Ce qui n’est pas rien…

MÈRE-COURAGE

MÈRE-COURAGE

 

« LE SILENCE DES AGNEAUX » (1991)

SILENCE2

JODIE FOSTER DANS LE RÔLE DE ‘CLARICE STARLING’

Adapté du best-seller de Thomas Harris, « LE SILENCE DES AGNEAUX » va sur ses 25 ans. C’est un vénérable aïeul qui a servi de matrice à un nombre phénoménal de films, de séries télé, qui a généré de nouveaux clichés dans le genre policier, à savoir les personnages de serial killers charismatiques et de « profileurs » tourmentés. Des éléments dont usent et abusent les scénaristes depuis, jusqu’à banaliser et épuiser le filon.

SILENCEQue reste-t-il aujourd’hui du modèle suprême ? Ce qui semblait jadis ultra-violent, malsain à l’extrême, glauque à mourir s’est pas mal atténué. On a vu tellement pire, depuis ! Le numéro d’Anthony Hopkins en cannibale pervers (étonnamment peu présent, d’ailleurs) est toujours réjouissant, même si on connaît maintenant les ficelles de son jeu, et qu’il cabotine souvent au-delà du nécessaire. Qu’est-ce qui tient la distance ? D’abord la quasi-absence de technologie (téléphones portables, ordinateurs, GPS, etc.) qui ancre le film dans une réalité concrète et palpable : comme c’est rafraîchissant et dramatiquement plus fort ! Un scénario rigoureux au déroulement implacable et parfaitement lisible. Une BO lancinante qui immerge dans les images sans forcer le trait. Et puis surtout, et avant tout, la fabuleuse interprétation de Jodie Foster dans le rôle de sa vie. Sans céder à aucune facilité de jeu, aucune schématisation, elle apporte au rôle de ‘Clarice’ une palette inouïe de nuances. Courageuse et fragile, timide et opiniâtre, solitaire et chaleureuse, elle compose couche après couche un personnage en trois dimensions absolument unique. Il faut l’avoir vue, déterminée mais glacée par le trac dans son premier face-à-face avec Lecter : quelle finesse dans le détail ! Quant à sa « confession » sur les cris des agneaux égorgés, elle laisse encore pantois d’émotion et de respect.

Scott Glenn, Diane Baker excellente en sénateur angoissée ou Ted Levine hallucinant en dépeceur fou à lier, complètent un casting très homogène.

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ANTHONY HOPKINS, JODIE FOSTER ET TED LEVINE

Sobrement réalisé, bien rythmé tout en prenant son temps quand il le faut, parsemé d’images indélébiles (le puits où le tueur jette ses victimes, l’affrontement final dans la maison, la cage où est détenu Lecter au milieu d’une grande salle), « LE SILENCE DES AGNEAUX », s’il a perdu de son pouvoir horrifique et novateur (n’importe quelle série télé nous offre aujourd’hui notre serial killer hebdomadaire) n’en demeure pas moins un excellent spectacle et une pierre blanche dans le polar contemporain. De la belle ouvrage…