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Archives de Catégorie: ESPIONNAGE

« SHERLOCK HOLMES ET LA VOIX DE LA TERREUR » (1942)

VOIX copie« SHERLOCK HOLMES ET LA VOIX DE LA TERREUR » est un des 14 films dans lesquels Basil Rathbone incarna, mieux que quiconque il est bon de le rappeler, le détective de Baker Street. Resitué pendant la WW2, ce scénario tient davantage des aventures de Tintin et Milou que de celles du héros de Conan Doyle. Il est alourdi qui plus est, par une propagande antinazie certes louable, mais trop présente.

Holmes et Watson (l’irremplaçable Nigel Bruce) sont enrôlés par les services secrets pour découvrir l’homme qui envahit les ondes via une émission quotidienne annonçant crimes et attentats pour démoraliser le peuple anglais. Ils seront épaulés par les voyous des bas-fonds et en particulier par une jeune femme « de mauvaise vie » (Evelyn Ankers) désireuse de venger son homme assassiné. C’est honnêtement réalisé par John Rawlins, rapide (à peine une petite heure) et naïf, mais si le film mérite un surplus d’attention, ce sera pour le travail extraordinaire de son chef-opérateur Elwood ‘Woody’ Bredell (1902-1969), dont le nom est relativement peu connu, mais qui signa tout de même l’image de classiques comme « LES TUEURS », « HELLZAPOPPIN » ou « LES AVENTURES DE DON JUAN ». Ce qu’il fait sur ce présent film tient vraiment du grand art : ombres sculptées, extrêmes gros-plans en clair-obscur, pénombres grouillant de détails, etc. L’image compense aisément la faiblesse du scénario et rend ce Holmes fascinant.

Bizarrement coiffé en « accroche-cœurs », Rathbone est un Sherlock brusque, constamment pressé et dépourvu d’humour, auprès de Bruce amusant en Watson toujours en retard de deux trains. Dans un casting sans aspérité, Miss Ankers est énergique et très moderne dans son jeu et Thomas Gomez compose un traître particulièrement infâme à la Peter Lorre. Un film à voir donc essentiellement pour la magnifique photographie de M. Bredell.

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BASIL RATHBONE ET EVELYN ANKERS

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« L’ATTENTAT » (1972)

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JEAN-LOUIS TRINTIGNANT ET GIAN MARIA VOLONTÈ

Inspiré de l’affaire Ben Barka (l’enlèvement en plein Paris d’un leader politique marocain jamais retrouvé) qui défraya la chronique en 1965, « L’ATTENTAT », bien que signé Yves Boisset, a un faux-air de film à la Costa-Gavras. On y retrouve d’ailleurs plusieurs acteurs fréquemment employés par celui-ci ce qui renforce l’impression.ATTENTAT

Revoir le film aujourd’hui replonge dans une ambiance trouble et paranoïaque typique des années 70. Pratiquement pas de psychologie dans le scénario et le dialogue signés Ben Barzman et Jorge Semprun, mais un discours direct et militant, mettant en cause les gouvernements français et marocains (le second jamais nommé), l’ORTF (nommé plusieurs fois !), la police et même la CIA. Inutile de chercher de la subtilité : « L’ATTENTAT » est une machine à dénoncer. C’est à la fois sa force et sa faiblesse. Boisset a réuni un des plus ahurissants castings du cinéma de l’époque : Jean-Louis Trintignant est un antihéros inhabituel, un entremetteur louche qualifié de raté, de minable, de médiocre par à peu près tout le monde au cours du film et manipulé comme un vulgaire pantin ! Comme d’habitude, l’acteur l’incarne honnêtement, sans jamais chercher à le rendre un tant soit peu sympathique, même quand il recherche la rédemption. Autour de lui, Michel Bouquet, Philippe Noiret, Jean Bouise jouent des pourris de compétition, Michel Piccoli est glaçant en colonel tortionnaire, Gian Maria Volontè (doublé par Marcel Bozzuffi) est impeccable en avatar de Ben Barka. Superbe confrontation avec Piccoli dans la meilleure scène du film. Des anglo-saxons comme Roy Scheider, Jean Seberg ou Nigel Davenport n’ont que des rôles sans grand intérêt. À noter que, étonnamment, Bruno Cremer et François Périer trouvent des personnages intègres.

Avec Ricardo Aronovich à la photo, Ennio Morricone à la BO, « L’ATTENTAT » possède énormément d’atouts pour passionner encore. Il bénéficie d’un bon rythme et maintient l’attention, même si deux heures, cela peut sembler longuet quand on ne parvient à s’attacher à aucun personnage et que certaines séquences sont trop systématiquement rentre-dedans et lourdingues. À voir de toute façon pour se souvenir de cette affaire aux ramifications vertigineuses et pour son générique absolument incroyable.

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JEAN SEBERG ET MICHEL PICCOLI

À noter que le film, totalement inédit en France en vidéo, est trouvable en Allemagne dans une copie 16/9, mais techniquement très perfectible.

 

« MARATHON MAN » (1976)

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DUSTIN HOFFMAN

Le générique de « MARATHON MAN » aligne déjà la crème de la crème du cinéma U.S. des seventies : William Goldman au scénario (d’après son roman), Conrad L. Hall à la photo, Michael Small qui signe une de ses meilleures BO. Puis bien sûr le réalisateur John Schlesinger qui retrouve Dustin Hoffman après « MACADAM COWBOY » et Laurence Olivier, Roy Scheider à peine sorti des « DENTS DE LA MER ».MARATHON2

« MARATHON MAN » fait partie de ces films qui non seulement ne vieillissent pas, mais se bonifient avec les années et les re-visions. C’est vraiment le thriller parfait, portant en lui la paranoïa de son époque et confrontant son jeune héros englué dans le passé à ses pires cauchemars : le nazisme qui ne demande qu’à ressurgir et la persécution qui a poussé son père au suicide quand il était enfant. Les deux jours d’horreur qu’il va vivre auront au moins une vertu cathartique. Heureusement d’ailleurs, parce que les auteurs ne nous épargnent rien, pas même une torture à la fraise de dentiste à faire tourner de l’œil les âmes sensibles.

Le scénario est d’une diabolique précision et part de tous les coins du monde pour se concentrer à la fin à l’intérieur d’un château d’eau à New York où s’affronteront la victime-née et son bourreau. C’est stressant, intelligent, truffé de séquences inoubliables (Szell reconnu dans le quartier juif, l’agression de ‘Doc’ dans sa chambre d’hôtel parisienne, etc.) et d’une maîtrise de chaque seconde.

Hoffman est étonnamment crédible à 39 ans, en étudiant immature et balloté par les événements : une prouesse en soi ! Scheider est impérial en espion affuté, William Devane parfait en collègue planche-pourrie du précédent (les deux forment d’ailleurs un « couple » des plus ambigus !). Seule Marthe Keller trop superficielle, peine à se hisser au niveau de ses partenaires. Quant à Olivier, à presque 70 ans, il parvient à être encore plus terrifiant qu’un croque-mitaine de ‘slasher’ et compose un des plus grands « méchants » de l’Histoire du cinéma.

« MARATHON MAN » est un pur chef-d’œuvre du thriller à la construction imparable et à la facture somptueuse. Et le petit épilogue final à Central Park laisse de subtile façon, sur une note d’espoir. Les monstres sont peut-être enfin rentrés dans leur placard…

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LAURENCE OLIVIER, DUSTIN HOFFMAN, MARTHE KELLER, ROY SCHEIDER ET JAMES WING WOO

 

« KILLER ELITE » (2011)

elite2Réalisé par un certain Gary McKendry dont c’est le seul long-métrage jusqu’à présent, vaguement inspiré d’un livre lui-même plus ou moins tiré de faits réels (le rôle des SAS dans certains pays arabes en guerre), « KILLER ELITE » est un très curieux salmigondis où Jason Statham reprend son emploi de tueur-à-gages spécialisé dans les meurtres ayant l’air d’accidents, initié quelque temps auparavant dans « THE MECHANIC ».

On lui kidnappe son vieux maître Yoda (Robert De Niro) pour l’obliger à abattre les assassins des fils d’un vieux cheik. Mais évidemment, rien n’est si simple, et la machination totalement incompréhensible remonte très haut. Pour tout dire, on se fiche royalement de l’espèce de scénario qui se déroule pendant presque deux heures. Il n’existe que pour les bastons et poursuites entre « méchants » et… « moins méchants ». Entre tueurs professionnels plutôt sympathiques (tout est relatif) et ex-barbouzes anglaises très déplaisantes. À leur tête, Clive Owen avec une petite moustache peu esthétique et un œil de verre.

C’est excessivement ennuyeux, bourré de clichés absurdes, de répliques risibles (involontairement) et on se désole de voir De Niro jouer les flingueurs à grosse barbe blanche, en plissant les yeux d’un air bonhomme dans un rôle secondaire qui plus est. Statham, exactement égal à lui-même, jusque dans les vêtements, fait ce qu’il sait faire : il est impeccable dans les cascades et le reste du temps ne prend même pas la peine d’épaissir son personnage. Sa relation avec Yvonne Strahovki est indigente et franchement soporifique.

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JASON STATHAM ET ROBERT DE NIRO

Tourné en Australie, « KILLER ELITE » s’oublie à mesure qu’on le visionne. Ça n’a ni queue ni tête, on ne garde aucune scène en mémoire. On se demande vraiment ce que des comédiens comme De Niro, Dominic Purcell ou Adewale Akinnuoye-Agbaje en traître de service, sont allés cachetonner là-dedans. Statham a fait mieux depuis, il a aussi fait pire… Espérons qu’il sache se montrer plus ambitieux dans ses choix.

 

« MAX LA MENACE » (2008)

0729417QAr1.qxdPastiche des films d’espionnage des sixties, la série TV « MAX LA MENACE » fut créée par Mel Brooks et Buck Henry, mettant en scène une « barbouze » inepte et incompétente au sein de l’organisation CONTROL. Personne n’a oublié Don Adams parlant à son chef via sa chaussure équipée !

Quarante ans plus tard, Peter Segal réalise la version cinéma. La présence de Steve Carell laissait craindre le pire, mais le film est une (relative) bonne surprise. D’abord, il est truffé de clins d’œil étonnamment discrets à la série, ensuite le casting est remarquablement juste : Carell en Maxwell Smart, sorte d’avatar de l’inspecteur Clouseau, un peu moins débile que son modèle campé par Don Adams, qui trouve le ton juste sans cabotiner. Anne Hathaway est ravissante en agent ‘99’, Alan Arkin est parfait en « chef ». On a également droit à Terence Stamp en méchant odieux, Dwayne Johnson chevelu – dans un rôle très effacé – en agent double, James Caan en président des U.S.A. pas très malin et même à un caméo amusant de Bill Murray, claquemuré dans un tronc d’arbre.

Si on rit peu, on sourit de temps en temps, mais le film est beaucoup trop long pour ce qu’il a à raconter et les chutes de régime sont nombreuses. La séquence d’action finale sur l’autoroute semble durer des heures. « MAX LA MENACE » se laisse voir cependant, si on n’est pas trop exigeant, pour sa bonne humeur communicative, pour se donner envie de revoir la vieille série et pour plusieurs bons moments. Sans compter que l’image est signée Dean Semler, légèrement surqualifié pour ce genre de produit.

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STEVE CARELL, DWAYNE JOHNSON, ANNE HATHAWAY ET BILL MURRAY

À noter qu’il y eut déjà trois tentatives de ressusciter la série avec un long-métrage cinéma : « LE PLUS SECRET DES AGENTS SECRETS » (1980) de Clive Donner, un téléfilm : « GET SMART AGAIN ! » (1989) et une nouvelle et brève série : « GET SMART » en 1995, toutes avec Don Adams.

 

« RONIN » (1998)

RONIN2Tourné deux ans après le premier « MISSION : IMOSSIBLE » (où figurait déjà Jean Reno), « RONIN » cherche clairement à capitaliser sur le succès de ce nouveau type de film d’espionnage ‘high tech’. Le sujet ? Une bande de mercenaires internationaux court après une mallette convoitée par les Russes et l’IRA. Qu’y a-t-il de si précieux dans la mallette ? On ne le saura jamais. Ce n’est qu’un bon vieux « McGuffin » à l’ancienne !

Réalisé par le vétéran John Frankenheimer qui effectuait là à 68 ans, un comeback inattendu, « RONIN » est un pur exercice de style et une démonstration de savoir-faire qui tient plutôt bien le coup, une fois qu’on a compris qu’il n’y a rien à en attendre scénaristiquement parlant et que la raison d’être du projet tient dans ses poursuites en voiture dans Paris, ses fusillades touristiques à Nice et Arles. Les personnages sont à peine silhouettés, le dialogue est succinct et les parti-pris sont parfois bizarres. Ainsi, tous les intérieurs ressemblent à des décors de studio de vieilles Séries Noires des années 50 : on s’attend presque à voir débouler Gabin flanqué de Paul Frankeur ! Les coups de théâtre sont tellement abscons, qu’on y prête à peine attention. Seuls comptent le rythme, l’action et le mouvement.

Robert De Niro incarne un agent de la CIA « undercover » rusé et pas tombé de la dernière pluie. Il n’a pas grand-chose à faire, mais depuis « HEAT », il manie très bien les fusils de gros calibre. Il a une excellente réplique : après s’être fait ôter – sans anesthésie – une balle de son flanc, il dit : « Maintenant, vous m’excuserez messieurs, mais je vais m’évanouir ». Nathascha McElhone est belle et froide comme il se doit, Reno joue les faire-valoir avec zèle, Stellan Skarsgård est un traître comme on aime les haïr et Sean Bean apparaît brièvement en faux-dur pétochard. À noter la savoureuse apparition de Michel Lonsdale en « homme de l’ombre ».

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STELLAN SKARSGAARD, JEAN RENO, ROBERT DE NIRO ET NATASCHA McELHONE

Avant-dernier long-métrage de la longue carrière de Frankenheimer, « RONIN » ne raconte strictement rien, mais il le fait avec style et panache. Si on a deux heures à tuer et qu’on aime les cascades motorisées et les objectifs à courte focale…

 

« AGENTS PRESQUE SECRETS » (2016)

Si l’adjectif « chouette » n’était pas si désuet, c’est ainsi qu’on aimerait définir « AGENTS PRESQUE SECRETS » (encore un titre français bien nul !) : un chouette film.CENTRAL

Dans la grande tradition du ‘buddy movie’ à la Walter Hill des années 80, c’est un cocktail étonnamment harmonieux de film d’action survitaminé, de comédie débridée mâtinée d’une certaine profondeur psychologique qu’on ne s’attend pas à trouver dans un film pareil doté d’un casting pareil.

Si on a du mal à s’habituer au début au comique Kevin Hart, comédien excessif et strident à la Will Smith ou Chris Rock, il finit par emporter l’adhésion dès qu’il se confronte à Dwayne Johnson. Celui-ci est positivement extraordinaire dans un personnage inattendu d’ancien obèse souffre-douleur (le prologue du film au lycée est à la fois drôle et traumatisant), devenu un super espion de la CIA, toujours hanté par ses complexes de jeunesse. À la fois naïf et inquiétant, débonnaire et dangereux, Johnson fait preuve d’un humour, d’une autodérision et d’une présence physique tout à fait remarquables. Rawson Marshall Thurber a réuni autour du tandem une distribution de qualité qui ajoute de la crédibilité à tout le film : l’excellente Amy Ryan parfaite en agent implacable, Aaron Paul en traître vicieux ou Thomas Ketschmann. C’est du produit de pure distraction, évidemment, sans autre ambition que de distraire. En cela, il remplit entièrement son contrat, car on se cesse de sourire pendant presque deux heures, sans jamais lâcher la rampe, tant le scénario est malin et dynamique.

« AGENTS PRESQUE SECRETS » ouvre la voie à des sequels, ce qui – pour une fois – ne serait pas pour déplaire. Coup de chapeau à « The Rock » une nouvelle fois, qui arrive sans effort apparent à créer le personnage de cinéma qu’un Schwarzie n’a pas toujours réussi à incarner : le tas de muscles doté d’un sens de l’humour et d’un authentique talent d’acteur.