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Archives de Catégorie: ESPIONNAGE

« UN PAPILLON SUR L’ÉPAULE » (1978)

Le thème du quidam confondu avec quelqu’un d’autre et entraîné dans un engrenage criminel est éminemment hitchcockien et semblait être du goût de Lino Ventura qui a souvent tourné ce genre de scénario dans la seconde partie de sa carrière. Mais cette fois, les auteurs Jean-Claude Carrière et Tonino Guerra ont opté pour une approche radicale, quasi-abstraite, sans jamais éclaircir le mystère « policier » et signent un cauchemar paranoïaque. La réalisation solide, voire rigide de Jacques Deray contrebalance cet aspect auteuriste et fait de « UN PAPILLON SUR L’ÉPAULE » un des fleurons de sa filmographie.EPAULE.jpg

Les extérieurs de Barcelone sont parfaitement choisis, les décors à la fois grandioses et miteux, la présence de personnages étranges, menaçants à chaque coin de rue, accentuent le contremploi de Ventura à la fois égal à lui-même et fondamentalement différent. À presque 60 ans, l’acteur délaisse sa défroque de solitaire taiseux et solide comme un roc, pour jouer un type banal, paumé, balloté par les évènements, presque… fragile. C’est d’ailleurs un des seuls films où on remarque qu’il n’était pas très grand. L’air perdu, incertain, il ne cesse de répéter des répliques du style : « Mais qu’est-ce qu’il se passe, à la fin ? », et s’enfonce dans ce labyrinthe qui le mène à sa perte, sans qu’il ne sache jamais pourquoi. Une belle prestation, soutenue par de brillants partenaires comme Nicole Garcia lumineuse, Jean Bouise ambigu, Paul Crauchet superbe en « fou » donnant son titre au film, Laura Betti ou Claudine Auger.

Avec son « McGuffin » (une mallette), sa lenteur parfois excessive (la fin, qui traîne inutilement en longueur), « UN PAPILLON SUR L’ÉPAULE » tient à la fois du film d’espionnage et du polar cérébral. Son dernier plan met toute l’histoire en perspective et montre ce pauvre « Roland Fériaud » pour ce qu’il est : un pauvre pantin impuissant fracassé par des puissances occultes sans visage et sans âme. Imparfait mais indéniablement passionnant.

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NICOLE GARCIA, LINO VENTURA ET PAUL CRAUCHET

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« LE GRAND BOUM » (1944)

NOISE« LE GRAND BOUM » de Malcolm St. Clair est un modeste véhicule pour Stan Laurel et Oliver Hardy, tourné en pleine WW2 utilisée en (discrète) toile de fond.

S’improvisant détectives privés alors qu’ils ne sont que de modestes hommes de ménage, nos deux compères sont embauchés par un inventeur pour surveiller une bombe qu’il vient de créer. Il l’appelle « Big Noise », car elle est capable de détruire une ville entière. Évidemment, de vilains malfrats sont sur le coup et les quiproquos vont s’enchaîner. Non, la force du film n’est certainement pas dans son scénario qui s’achève par l’explosion d’un sous-marin japonais. En fait, à bien y regarder, il n’y a pas de point fort ! À 54 et 52 ans, Laurel et Hardy commencent visiblement à être « too old for this shit » et montrent des signes de fatigue. Ils maîtrisent toujours leur routine : les regards-caméra exaspérés d’Ollie, les pleurnicheries de Stanley. Ils font de plus en plus « vieux couple » fusionnel et la longue séquence dans les couchettes du train (déjà vue et revue dans des œuvres plus anciennes du tandem), se teinte d’une indéniable ambiguïté, très certainement involontaire. On s’ennuie ferme malgré la courte durée du film, dès que les deux comiques ne sont pas à l’image, c’est même une véritable torture. Mais on leur garde toute notre affection et on reste jusqu’au bout. Faut-il qu’on les aime, les bougres ! Dans un casting sans le moindre relief, on remarque le petit Robert Blake en gamin facétieux. Pour la petite histoire, notons qu’à sa première apparition, celui-ci arbore une coiffe de chef Indien, lui qui devait marquer les esprits en jouant un « native » rebelle dans « WILLIE BOY » d’Abraham Polonsky, bien des années plus tard.

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STAN LAUREL, OLIVER HARDY ET ROBERT BLAKE

 

« ESPIONS SUR LA TAMISE » (1944)

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RAY MILLAND ET MARJORIE REYNOLDS

« ESPIONS SUR LA TAMISE », inspiré d’un roman de Graham Greene, se situe à Londres en 1944, pendant les bombardements et entraîne dès ses premières séquences dans un suspense haletant qui ne se prend toutefois jamais complètement au sérieux.FEAR.jpg

À vrai dire, on pourrait croire qu’il s’agit d’un film d’Alfred Hitchcock, tant le sujet semble taillé pour lui : un brave type à peine sorti d’hôpital psychiatrique pour avoir aidé sa femme à mourir, se trouve impliqué dans une intrigue d’espionnage qui démarre lorsqu’il gagne un… gâteau lors d’une fête de charité. Traqué par toutes sortes d’individus aussi louches que pittoresques comme un faux aveugle, une voyante sexy (mystérieuse Hillary Brooke), un vieux libraire sympathique et un flic de Scotland Yard moins bête qu’il n’en a l’air, notre héros (Ray Milland) va se faire aider par une jolie Autrichienne exilée (Marjorie Reynolds). Mais les apparences sont trompeuses, les traîtres sont à chaque coin de rue et le microfilm caché dans le fameux gâteau est convoité par tout le monde. Oui, jusqu’au « McGuffin », on se croirait dans un film de « Hitch », mais « ESPIONS SUR LA TAMISE » porte la signature tout aussi vénérable de Fritz Lang !

Le scénario est très bien construit, les fausses-pistes sont parfaitement gérées, les coups de théâtre abondent et Milland fait preuve d’élégance et de dynamisme. Parmi ses partenaires, on reconnaît l’inquiétant Dan Duryea en tailleur pas franc du collier. Ce n’est pas un grand Lang, c’est certain, mais les décors de studio sont remarquables, la photo est très belle et le petit épilogue final – qui suit directement un dénouement légèrement expédié – plutôt amusant. Un bon petit thriller, en somme.

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HILLARY BROOKE ET DAN DURYEA

 

« SCORPIO » (1973)

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BURT LANCASTER

Sur une thématique proche de celle du « FLINGUEUR » sorti un an plus tôt (le disciple d’un tueur payé pour éliminer son mentor), mais transposé dans l’univers de l’espionnage et de la guerre froide, Michael Winner signe avec « SCORPIO » un bon thriller froid et sans fioriture, hormis celles, évidemment, de sa réalisation à effets et truffée de coups de zoom permanents. Une « signature » qui empêche ses films d’aussi bien passer l’épreuve des ans, que ceux d’un John Frankenheimer, par exemple qui se patinent au lieu de se démoder.SCORPIO

Winner retrouve Burt Lancaster (« L’HOMME DE LA LOI ») et le réunit avec deux de ses anciens partenaires : Paul Scofield (« LE TRAIN ») et Alain Delon (« LE GUÉPARD ») pour une histoire classique d’espion aspirant à la retraite, mais soupçonné de double-jeu par ses employeurs de la CIA qui veulent l’éliminer. Son ex-coéquipier à ses trousses, ‘Cross’ va chercher de l’aide chez un espion russe auquel le lie une camaraderie complexe mais réelle depuis trente ans. Le scénario, moins simpliste qu’il n’en a l’air, brouille constamment les pistes. Delon, le tueur français joli cœur au regard d’acier, rechigne à tuer son vieux maître, tant qu’il n’aura pas les preuves qu’il a vraiment changé de camp. En revanche, « l’ancien » n’est peut-être pas aussi franc du collier qu’il ne paraît. D’ailleurs, qui l’est dans cet univers amoral et tordu ? L’ultime face-à-face entre les deux hommes dans un parking, sera pétri d’ambiguïté et de questions à jamais sans réponses. Malgré sa longueur, des séquences ratées (toutes celles entre Delon et Gayle Hunicutt, aussi mal écrites que filmées), « SCORPIO » se laisse regarder avec un plaisir nostalgique. Il vaut d’être vu pour la longue fuite de l’espion traqué entre Paris, Washington et Vienne, pour la présence toujours formidable de Lancaster qu’on voit, à 60 ans, accomplir d’étonnantes cascades et acrobaties, et pour de bons seconds rôles comme Joanne Linville jouant sa femme ou J.D. Cannon, John Colicos. Delon fait une prestation routinière et sans relief, ne comptant visiblement que sur sa considérable présence physique.

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BURT LANCASTER, JAMES B. SIKKING, ALAIN DELON ET PAUL SCOFIELD

« SCORPIO » manque un peu d’âme et de profondeur, mais le dialogue est souvent inspiré (la soûlerie de Scofield et Lancaster) et il est plaisant de retrouver, dix ans après le chef-d’œuvre de Visconti, le guépard et Tancrède sur un même écran.

 

« THE FOREIGNER » (2017)

FOREIGNERAu moment du tournage de « THE FOREIGNER », le réalisateur Martin Campbell avait 74 ans, Pierce Brosnan 64 et Jackie Chan 63. Mais il ne faut surtout pas se fier à cela, car les vétérans ont entre les mains un scénario correspondant parfaitement à ce qu’ils savent faire de mieux : un film d’action teinté de politique et de « vigilante movie », infiniment plus charpenté et efficace que les récents thrillers pourris de CGI.

Le film, inspiré d’un roman, suit le personnage d’un émigré chinois installé à Londres, dont la fille meurt dans un attentat revendiqué par l’IRA. Sous ses airs inoffensifs, le brave homme s’avère être obstiné et même extrêmement dangereux et il se lance sur la trace des meurtriers, le monde entier contre lui. C’est basique, mais très bien ficelé, en mouvement permanent et les séquences d’action, parcimonieusement distillées, sont superbement réglées, ponctuant le film et évitant le moindre ennui. Chétif d’apparence, le visage ridé et triste, Chan est étonnamment crédible dans un rôle totalement dramatique. Sa métamorphose du papa gâteau au Rambo asiatique senior est crédible et, évidemment, très jouissive. Face à lui, dans un quasi-contremploi, Pierce Brosnan joue un ministre d’origines irlandaises, un faux-jeton de haut-vol, dont la belle gueule dissimule mal l’ignominie. Quelques beaux face-à-face entre ces deux comédiens si différents, valent à eux seuls qu’on voie le film. Une excellente surprise donc, que ce « FOREIGNER » non dépourvu d’émotion, qui permet de constater que Jackie Chan effectue encore lui-même une bonne partie de ses cascades et que Pierce Brosnan vieillit de mieux en mieux. Du très bon polar mâtiné de film d’espionnage, qu’on suit sans fléchir pendant deux heures.

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JACKIE CHAN ET PIERCE BROSNAN

 

« AU-REVOIR, À JAMAIS » (1996)

KISS.jpgÉcrit par Shane Black (largement inspiré par « LA MÉMOIRE DANS LA PEAU » de Robert Ludlum), « AU-REVOIR, À JAMAIS » est une sorte de petit miracle, puisqu’il demeure le meilleur film du généralement décevant Renny Harlin et offre leurs rôles les plus gratifiants à Geena Davis et à Samuel L. Jackson. Le tout dans un thriller d’espionnage ludique, hyper-violent, teinté de comédie et dont les F/X ont étonnamment très peu vieilli.

Davis est donc une gentille institutrice provinciale et mère de famille amnésique depuis huit ans, qui voit son passé ressurgir et se souvient peu à peu qu’elle fut une tueuse au service de la CIA. Flanquée d’un sympathique « privé » bas-de-gamme » (Jackson), elle va tenter de retrouver ses anciens employeurs qui ont mis un contrat sur sa tête. Le scénario est imparable, laisse le champ libre à pléthore de morceaux de bravoure, de fusillades dantesques, d’explosions apocalyptiques. Mais ce qui rend ce film unique et si attachant, c’est l’alchimie entre les deux vedettes. Elle, qui maîtrise d’impressionnante façon les métamorphoses physiques et mentales de son personnage schizophrène. Certains de ses regards et de ses sourires confinent à la possession diabolique ! Lui, formidable en tocard inopérant en quête de rédemption. Chacun de leurs face-à-face est un pur régal. Ils sont très bien entourés par Craig Bierko en méchant haïssable, Brian Cox en ex-espion mal embouché, G.D. Spradlin en président ou David Morse et Melina Kanakaredes. Que du très beau linge !

« AU-REVOIR, À JAMAIS » mixe sans aucun complexe le blockbuster façon eighties aux codes du « film noir », pratique l’humour iconoclaste sans retenue et aligne les séquences d’action les plus époustouflantes de son temps. Toute la fin autour du camion prêt à exploser est magistrale. À revoir donc, car le film n’a pas pris la moindre ride et génère toujours la même euphorie sans arrière-pensée. Pour un peu, on regretterait presque qu’il n’y ait pas eu de sequels…

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GEENA DAVIS ET SAMUEL L. JACKSON

 

« THE TAILOR OF PANAMA » (2001)

TAILOR.jpgAdapté d’un roman de John le Carré, « THE TAILOR OF PANAMA » de John Boorman se présente sous les meilleurs auspices : un décor exotique, un casting trois étoiles, un réalisateur de prestige et un retour aux bonnes vieilles histoires d’espionnage chères au romancier.

De fait le film, après une mise en train laborieuse, voire maladroite, accroche peu à peu l’intérêt par la complexité de ses personnages. Pierce Brosnan, sorte de version corrompue de 007, débarque à Panama et utilise un grand tailleur local (Geoffrey Rush) pour se faire un réseau d’informations. Mais il est tombé sur un mythomane qui lui invente une improbable révolution prête à éclater et crée la panique dans le microcosme d’étrangers sur place. Au bout d’un moment, on ne sait plus qui manipule qui, qui est dupe, qui ne l’est pas ou ne l’a jamais été. C’est, à vrai dire, un brin confus. L’action – ou plutôt l’inaction – s’enlise dans d’innombrables séquences de bavardages tout en allusions et en non-dits. Et l’ennui hélas, gagne trop souvent. Le dernier quart est plus dynamique, mais le mal est fait et le film laisse tout de même une sensation d’inertie et de désuétude. Malgré tout, « THE TAILOR OF PANAMA » mérite d’être vu pour Brosnan excellent dans ce rôle ambigu et déplaisant à la séduction trouble, pour Jamie Lee Curtis très bien en épouse du tailleur et surtout pour le toujours étonnant Brendan Gleeson méconnaissable en ex-révolutionnaire panaméen brisé par la prison et transformé en ivrogne vitupérant. C’est le dramaturge Harold Pinter qui joue « l’ami imaginaire » du tailleur (une bonne idée pas très bien développée) et on reconnaît un tout jeune Daniel Radcliffe.

Un film trop lent, trop fouillis, qui se laisse regarder sans passion et ne compte pas parmi les fleurons de la filmo de John Boorman qu’on a connu plus inspiré.

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PIERCE BROSNAN, GEOFFREY RUSH, BRENDAN GLEESON ET JAMIE LEE CURTIS