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Archives de Catégorie: ESPIONNAGE

« THE LOSERS » (2010)

Adapté d’une BD, « THE LOSERS » réalisé par le français Sylvain White est un bien curieux objet. Une sorte d’amalgame survitaminé des « 7 MERCENAIRES », de la série « AGENCE TOUS RISQUES », avec un zeste de « EXPENDABLES » et un lointain parfum des « OIES SAUVAGES ».LOSERS.jpg

A priori, de quoi attiser la curiosité ! Et de fait, à condition de s’accoutumer au « style » visuel imposé par le réalisateur, on peut s’amuser sans arrière-pensée à la vision de ce film d’action efficace, drôle et même sexy, où une équipe de soldats de choc de la CIA trahie par un ponte de l’Agency, cherche à se venger. Hélas, pour s’abandonner aux plaisirs simples de l’actioner décérébré, il faut subir les effets clipesques démodés (arrrgghhhh ! Ces ralentis ridicules !), la BO systématiquement sur-mixée et l’abus fatigant de CGI pas toujours très convaincants. Mais l’un dans l’autre, « THE LOSERS » parvient à trouver sa voie et à remplir sa mission. Outre un bon rythme général et un esprit frondeur sympathique, le film doit son charme à un casting original et homogène : Jeffrey Dean Morgan est parfait en colonel viril, Zoë Saldana très séduisante en ‘tough girl’, Idris Elba a une belle présence en membre de l’équipe rebelle à l’autorité, Chris Evans et Columbus Short jouent les comiques de service. À noter le surprenant numéro de Jason Patric, digne des adversaires de 007.

« THE LOSERS » tire le maximum d’un scénario assez maigrelet et de personnages sans aucune dimension humaine (non, aimer les enfants ne suffit pas !), grâce à une belle énergie et à une vraie bonne humeur. Dommage que la surenchère visuelle permanente finisse par générer une certaine lassitude.

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« BURN AFTER READING » (2008)

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FRANCES McDORMAND

Coréalisé par Joel et Ethan Coen, « BURN AFTER READING » est une sorte de film-somme, un vrai concentré de leur humour si particulier et de leurs scénarios en apparence policiers, mais complètement gangrénés par l’absurde et le non-sens.untitled

L’histoire fait se croiser un agent de la CIA dépressif après son renvoi (John Malkovich), la gérante d’un club de fitness obsédée par la chirurgie esthétique (Frances McDormand) et son collègue débile mental (Brad Pitt), un obsédé sexuel à la libido en folie (George Clooney), sa maîtresse glaciale (Tilda Swinton) qui est aussi l’épouse de Malkovich. Sans oublier J.K. Simmons, boss de la CIA indolent et adepte des méthodes radicales et définitives. Tous ces personnages ont un point commun : ils sont irrémédiablement stupides, crétins, imbus d’eux-mêmes, incompétents, sans scrupules et… à mourir de rire. Si on capte le « mood » du film, « BURN AFTER READING » est une véritable friandise. Les acteurs sont tous au diapason, avec une mention à la géniale McDormand en virago vulgaire et sans filtre, Pitt extraordinaire en prof de gym décervelé mais enjoué et Malkovich qui, au fond, n’est jamais meilleur que dans ses emplois comiques.

« BURN AFTER READING » ne raconte rien qu’une succession de malentendus, d’erreurs, de coïncidences ridicules. La narration est fluide, l’humour pince-sans-rire règne en maître. Si on aime l’esprit de « BIG LEBOWSKI » ou « ARIZONA JUNIOR », celui-ci est dans la droite lignée. Et surtout, surtout ne pas chercher une seconde à chercher une logique ou même un sens caché à tout cela !

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BRAD PITT, GEORGE CLOONEY ET FRANCES McDORMAND

 

« MENSONGES D’ÉTAT » (2008)

BODY.jpg« MENSONGES D’ÉTAT » apparaît toujours comme le dernier vraiment bon film en date de Ridley Scott. C’est un thriller d’espionnage situé en Jordanie et décrivant avec une minutie parfois effrayante, parfois écœurante, les agissements de la CIA pour capturer un leader terroriste jusque-là indélogeable.

Parfaitement intégré sur place, l’agent Leonardo Di Caprio s’allie avec Mark Strong, chef des services secrets jordaniens et doit compter avec son propre boss, Russell Crowe, un tireur de ficelles cynique et planche-pourrie qui le manœuvre depuis les U.S.A. Sur ces bases solides, Scott sort l’artillerie lourde pour signer un film frénétique, fiévreux, profondément ancré dans son époque. Dans « MENSONGES D’ÉTAT », la fin justifie sans arrêt les moyens, la parole donnée ne signifie plus rien et les quelques vestiges d’honneur motivant encore le jeune espion finiront par voler en éclats. Sur deux heures de projection, le rythme ne faiblit jamais, le suspense est maintenu par l’instabilité permanente des protagonistes. Tout le monde manipule tout le monde, des vies sont sacrifiées, les pièges sont d’une sophistication hallucinante et coûtent cher en vies humaines.

Caprio est très bien, malgré un visage encore trop poupin qui le rend par moments à peine crédible. Mais il est exceptionnel dans sa séquence de torture. Crowe se délecte d’un rôle ambigu et antipathique, mais ils se font voler la vedette par Strong, un acteur pourtant souvent transparent, méconnaissable sous sa perruque. Celui-ci tient un rôle fascinant de maître-barbouze impassible et glacial, aux méthodes d’un autre âge. À noter la trop brève apparition d’Oscar Isaac dans la première partie.

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MARK STRONG ET LEONARDO DI CAPRIO

Le film d’espionnage – à l’image de notre monde – a bien changé depuis Hitchcock et 007. Il fait l’état des lieux d’une terre en proie au chaos dont l’équilibre ne tient qu’à un fil. Un fil très mince.

 

« L’ÉTAU » (1969)

TOPAZ.jpgDans tous les films d’Alfred Hitchcock, ou presque, même les plus faibles, il y a quelque chose à retenir : une image, une ambiance, une trouvaille visuelle. Vous qui vous apprêtez à visionner « L’ÉTAU », abandonnez tout espoir. C’est probablement l’œuvre la moins captivante du maestro, un pensum d’espionnage ancré au cœur de la crise cubaine de 1962, entre New York, Cuba et Paris.

Le scénario, adapté d’un roman de Leon Uris, est poussif, mécanique, dépourvu d’enjeux humains. La photo est d’une laideur assez prodigieuse, digne d’un épisode de la série « DES AGENTS TRÈS SPÉCIAUX » et le casting est une catastrophe. Si ‘Hitch’ avait utilisé Sean Connery comme un sous-Cary Grant dans « MARNIE », il fait de même avec le falot Frederick Stafford, dont il fait… un sous-Sean Connery. Et qui joue, en plus, un espion français ! Tout est à l’avenant, Dany Robin est exaspérante en épouse pleurnicharde, John Forsythe passe impassible comme un mannequin de cire, la ravissante Claude Jade n’a rien à faire. Seul John Vernon est à peu près crédible en Cubain menaçant à grosse barbe. Michel Piccoli et Philippe Noiret apparaissent vers le dénouement en traîtres visqueux. Les voir échanger des répliques en anglais a quelque chose de surréaliste.

Rien à sauver dans « L’ÉTAU » donc, généralement catalogué comme pire ratage de la carrière d’Hitchcock. Impossible de prendre sa défense ou de tenter de le réhabiliter. C’est une épreuve de le regarder jusqu’au bout et il a infiniment plus vieilli que les films du réalisateur des années 40 ou 50.

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KARIN DOR, FREDERICK STAFFORD ET JOHN VERNON

 

« LE RIDEAU DÉCHIRÉ » (1966)

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JULIE ANDREWS ET PAUL NEWMAN

« LE RIDEAU DÉCHIRÉ » est tellement décrié et depuis si longtemps par la critique, les cinéphiles et par Alfred Hitchcock lui-même, sans compter Paul Newman, qu’on n’espère pas un instant avoir une bonne surprise. Et on a tort ! Bien qu’il soit esthétiquement un peu désuet, c’est un très bon suspense d’espionnage au scénario riche en rebondissements, en voltefaces et en chausse-trappes.TORN2

L’histoire de ce savant U.S. (Newman) offrant ses services à l’Allemagne de l’Est en pleine guerre froide, est prétexte à suspense, ambiguïté et même à un pied-de-nez à 007. Si celui-ci tue comme il respire sans se salir les mains, Hitchcock compose une longue séquence (la mise à mort de ‘Gromek’) dans une ferme, dans le seul but de montrer comme il est atroce et difficile de tuer un être humain quel qu’il soit. C’est un des grands morceaux de bravoure du « RIDEAU DÉCHIRÉ » avec l’admirable face-à-face entre Newman – pas si traître que cela, évidemment – et un vieux chercheur dont il « pille » le cerveau et avec la fuite angoissante vers la Suède.

Le scénario n’est pas exempt de défauts. Ainsi, la grande Lila Kedrova semble tenir la vedette d’un film dans le film. Filmée en gros-plans, très longuement, en totale liberté, elle détourne l’intérêt du couple principal sans aucune raison valable en plein climax. La volonté de s’offrir une actrice récemment oscarisée ? Quoi qu’il en soit, son rôle pourrait être entièrement coupé sans que cela ne modifie le déroulement d’un iota.

Newman est intéressant, malgré une propension à grimacer et à prendre des postures très « Actors studio » totalement hors-sujet, Julie Andrews joue les potiches dans un rôle vraiment pas suffisamment développé, Tamara Toumanova est extraordinaire en vieille ballerine au visage d’épervier et Wolfgang Kieling est inquiétant à souhait en agent de la Stasi collant.

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LILA KEDROVA ET TAMARA TOUMANOVA

« LE RIDEAU DÉCHIRÉ » vaut vraiment d’être revu d’un œil neuf et dépourvu de préjugé. C’est un des derniers bons films d’Hitchcock et il fait passer deux heures stressantes et très distrayantes.

 

« SÉCURITÉ RAPPROCHÉE » (2012)

Réalisé par le suédois Daniel Espinosa, « SÉCURITÉ RAPPROCHÉE » est un véhicule pour Denzel Washington qui retrouve son emploi-fétiche de surhomme à la morale ambiguë confronté à une bleusaille naïve (Ryan Reynolds) dans un maelström d’action et de violence.SAFE.jpg

Ici, Denzel est un ex-espion de la CIA qui vend des documents au plus offrant et se fait coincer en Afrique du Sud par les services secrets U.S. Cible de nombreux adversaires, il se retrouve sous la garde de Reynolds, nettement sous-qualifié mais qui va rapidement apprendre les ficelles du métier au péril de sa vie.

Le scénario, extrêmement bien ficelé, attentif aux détails, maintient l’intérêt par un mouvement incessant et surtout en mixant deux genres rarement associés : le film d’action et le ‘whodunit’. La gestion des fausses-pistes pour découvrir qui est le traître au cœur de l’Agency est excellente et se joue de l’intuition du spectateur avec beaucoup de cynisme : « Ça ne peut pas être lui, ce serait trop facile. Donc… ». Le seul reproche qu’on pourrait faire à ce bon spectacle, ce serait une certaine froideur, un déficit en âme et en émotion. Mais pour l’essentiel, Espinosa remplit à 100% son contrat.

Si Washington ne fait que répéter son vieux numéro bien au point de salaud charismatique, Reynolds assure mais manque un peu de personnalité, et on retrouve avec bonheur des vétérans comme Brendan Gleeson, Vera Farmiga, le regretté Sam Shepard et dans de brèves apparitions : Robert Patrick dans une superbe scène de torture, Rubén Blades, Liam Cunningham et le toujours parfait Joel Kinnaman.

À noter que l’épilogue n’est pas sans évoquer un classique du film de CIA : « LES TROIS JOURS DU CONDOR ». Un clin d’œil, assurément.

 

« NEW WORLD » (2013)

NEWL’auteur-réalisateur coréen Hoon-jung Park signe avec « NEW WORLD » une véritable somme du film de gangsters moderne, n’hésitant jamais à puiser son inspiration dans les classiques de Coppola, Scorsese, Ferrara ou dans les polars de Hongkong.

Mais ces influences/références n’ôtent jamais au film sa profonde originalité, son impressionnante maîtrise narrative et son ambition. Sur plus de deux heures, « NEW WORLD » prend une véritable dimension romanesque et traite tout à la fois d’amitié entre voyous, de manipulation policière, de trahison et du Mal qui gagne peu à peu du terrain et transforme un jeune flic honnête en un caïd implacable. Sobrement réalisé, le film se distingue surtout par sa violence foncière pourtant jamais complaisante, par la magistrale façon dont sont écrits tous les protagonistes, jusqu’au plus modeste (les trois tueurs crasseux venus de la campagne) et par sa totale et absolue noirceur. « NEW WORLD » doit beaucoup à ses comédiens tous exceptionnels : Jung-jae Lee dans le rôle complexe de l’homme déchiré entre ses deux identités. Vers la fin, il affiche le masque impénétrable et le regard mort de Pacino dans « LE PARRAIN ». Grand acteur ! Min-sik Choi est comme toujours formidable en vieux flic tireur de ficelles, au cœur sec. Jung-min Hwang est remarquable dans un personnage à la Joe Pesci dans « LES AFFRANCHIS », ultra-violent et imprévisible.

On reste cloué devant ce film ample et souvent saisissant. Certaines séquences, comme l’exécution de deux flics infiltrés, sont d’une tension inouïe, d’autres manient l’ellipse avec maestria et le montage parallèle à la fin, entre l’accession au pouvoir du nouveau parrain et le massacre de ses ennemis est un clin d’œil à la saga de Coppola, déjà souvent plagiée, mais jamais aussi bien. Un chef-d’œuvre du nouveau polar coréen.

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MIN-SIK CHOI, JUNG-MIN HWANG ET JUNG-JAE LEE