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Archives de Catégorie: ESPIONNAGE

« 6 UNDERGROUND » (2019)

Certains films échappent à la critique, annihilent pratiquement l’envie de juger, de commenter. Ils matraquent, malmènent les sens, piétinent l’ouïe et finalement laissent KO. « 6 UNDERGROUND » de Michael Bay est définitivement de ceux-là.SIX.jpg

Ça pourrait ressembler à un épisode de la vieille série « MISSION : IMPOSSIBLE » doté d’un budget pharaonique, d’effets spéciaux haut-de-gamme, mais la surenchère est à l’ordre du jour dès la première séquence : une poursuite en voiture à Florence où nos « héros », six mercenaires financés par un milliardaire (Ryan Reynolds) écrasent les passants, explosent des œuvres d’art en rigolant et en faisant des bons mots autour d’un œil arraché, pendouillant au bout de son nerf optique. Et cela ne fait qu’empirer. Leur nouvelle mission ? Destituer un tyran et placer son (gentil) frère à sa place. Politiquement parlant, c’est du niveau d’un enfant de quatre ans pas très éveillé. Psychologiquement, c’est proche de l’encéphalogramme plat, et « artistiquement », cela ressemble à une centaine de « teasers » de blockbusters collés bout à bout et mixés à s’en faire péter les tympans. Oui, « 6 UNDERGROUND » est un film consternant, pompé un peu partout, de Tarantino (who else ?) à Danny Boyle en passant par la série des « OCEAN’S ELEVEN ». On contemple cela avec une stupeur proche de l’hébétude, on reconnaît au passage Mélanie Laurent (sic) en flingueuse impassible et on se demande ce qu’on est en train de visionner. Il en faut pour tous les goûts, certes, et Bay a sûrement ses fans, qui trouveront « 6 UNDEGROUND » fun, décomplexé et distrayant. Pourquoi pas ? Les non-fans le verront plutôt comme un point de non-retour du film d’action made in U.S.A. et peut-être même une impasse.

 

« FAST & FURIOUS : HOBBS & SHAW » (2019)

HOBBS.jpgLa seule raison de voir les derniers « FAST & FURIOUS » était les confrontations saignantes entre Dwayne Johnson et Jason Statham. Aussi ne peut-on qu’applaudir à l’idée d’un « spin-off » centré sur leurs personnages. En fait, « FAST & FURIOUS : HOBBS & SHAW » de David Leitch est ce qu’on pourrait appeler le plaisir coupable ultime. Plaisir d’autant plus grand, qu’on n’a pas à subir le bovin Vin Diesel.

À la fois « Buddy movie », film de super-héros sans masques ni costumes bariolés, avatar des Terminator avec une pincée de « MISSION : IMPOSSIBLE » et 007, c’est une véritable BD live, au rythme effréné, aux personnages taillés dans la masse et à l’action ininterrompue. Idiot ? Bien sûr que c’est idiot ! What did you expect ? Mais quel plaisir de voir les deux action stars se balancer des vacheries à tour de (gros) bras, d’applaudir aux idées démentes des morceaux de bravoure : on pense à l’hélico maintenu à terre par plusieurs véhicules accrochées les unes aux autres, par exemple. On voyage de Londres en Ukraine jusqu’à la Polynésie, entre deux bastons homériques. Amis/ennemis indécrottables, nos deux compères distribuent les gnons, s’en prennent quelques-uns, et le Rock tombe amoureux de la frangine du British, elle-même super espionne. C’est n’importe quoi, mais on ne cesse de sourire, on suit avec ébahissement les progrès des tournages sur fond vert et la perfection des CGI pendant les poursuites. Autour des deux stars très bien servies (normal, les gaillards sont également coproducteurs !), on retrouve des acteurs qu’on aime comme Idris Elba en super-méchant bionique, Helen Mirren en prison, Eddie Marsan en savant russe, ou Ryan Reynolds dans un caméo.

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DWAYNE JOHNSON ET JASON STATHAM

À noter qu’on trouve plusieurs allusions à la série TV « GAME OF THRONES » dans le dialogue et que Reynolds en « spoile » même la fin !

 

« COUVRE-FEU » (1998)

SIEGE.jpgIl faut d’abord replacer « COUVRE-FEU » d’Edward Zwick dans son contexte, c’est-à-dire trois ans avant le 11 septembre 2001, pour réaliser à quel point son scénario est prémonitoire, pertinent et culotté.

Une série d’attaques terroristes sur le sol américain faisant des centaines de victimes, entraîne la loi martiale, cédant le pouvoir à un général fasciste sur New York. FBI et CIA s’affrontent, pendant que les poseurs de bombes sont prêts à tout pour faire libérer leur leader, lui-même formé par l’Agency. Oui évidemment, cela rappelle quelque chose ! Le film est passionnant parce qu’il adopte tous les points-de-vue, fait exister des personnages faillibles, hantés par leurs échecs, et montre à quoi pourrait ressembler une guerre juste avant l’an 2000. C’est extrêmement bien filmé et monté, la tension ne baisse jamais et les enjeux sont colossaux. En agent du FBI opiniâtre, Denzel Washington est égal à lui-même et incarne parfaitement l’Américain droit dans ses bottes. Annette Bening a le rôle le plus complexe, donc le plus accrocheur, en espionne aux sentiments ambigus et contradictoires. Seul Bruce Willis semble être une mauvaise idée de casting en général intransigeant, un rôle qui aurait nécessité davantage que ses éternelles mimiques. Un Ed Harris, par exemple. Tony Shalhoub est particulièrement remarquable en Libanais travaillant pour le FBI mais pris dans la tourmente raciste.

Parce qu’il appelle les choses par leur nom, mais qu’il plaide intelligemment pour le refus de l’amalgame (un discours encore une fois très en avance sur son temps), « COUVRE-FEU » n’a pas pris la moindre ride et plonge en immersion dans le monde qui commençait seulement à émerger et devait se révéler trois années plus tard. Une œuvre lucide donc et intelligente, ce qui ne gâte rien.

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DEBZEL WASHINGTON, ANNETTE BENING ET BRUCE WILLIS

 

« SERPICO » (1973)

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AL PACINO

Inspiré d’un livre de Peter Maas, lui-même basé sur une histoire vraie, « SERPICO » de Sidney Lumet, tourné entre les deux premiers « PARRAIN » de Coppola, marque l’entrée dans la cour des grands d’un Al Pacino de 33 ans.SERPÎCO.jpg

Pour sa première apparition dans le film, il ressemble à la fois au Christ sur la croix et au cadavre de Che Guevara. C’est sans doute comme ça que se voit Frank Serpico, jeune flic du Bronx qui dès ses débuts dans la police s’aliène tous ses collègues et supérieurs en n’acceptant aucun pot-de-vin. Peu à peu, Serpico devient obsessionnel, focalisé sur la mission qu’il s’est donnée de « nettoyer » tous les commissariats de New York. Ses ennemis ne sont pas les dealers ou les criminels, mais les ripoux. Il est de plus en plus isolé, haï de tous et ne parvient même pas à gérer sa vie sentimentale qui part en morceaux. Pacino présent dans la plupart des scènes, crée un personnage crédible et intense, une sorte de flic-hippie constamment sous pression, pas toujours très sympathique même si son combat – qui tourne au parcours du combattant – est admirable et quelque peu masochiste. C’est lui qui fait qu’on ne s’ennuie guère pendant ces 130 minutes bien tassées et aussi la réalisation « à l’arrache » de Lumet, qui tourne en extérieurs, vole des plans, et traite son sujet frontalement sans le moindre sentimentalisme ou la moindre volonté esthétique. Serpico est un flic-martyr seul et angoissé, dont les dernières illusions tombent une à une jusqu’au dénouement très amer.

Autour de Pacino, d’excellents acteurs comme Tony Roberts, son unique allié, des visages familiers comme M. Emmet Walsh, Jaime Sanchez, Judd Hirsch, Richard Foronjy ou F. Murray Abraham dans de tout petits rôles parfois muets.

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AL PACINO, TIM PELT ET F. MURRAY ABRAHAM

« SERPICO » est un film solide, sérieux, authentique à souhait, d’autant plus que Pacino ne s’appuyait encore sur aucun tic de jeu et qu’il est parfaitement identifié au rôle. Manque peut-être un peu de chaleur humaine et un soupçon d’humour. Mais c’est une broutille.

 

« LES MASSACREURS DU KANSAS » (1953)

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ERNEST BORGNINE, RANDOLPH SCOTT ET LEE MARVIN

« LES MASSACREURS DU KANSAS » d’André de Toth est un petit western comme Randolph Scott en a tourné des dizaines, qui ne se distingue du commun des séries B de l’époque que par quelques détails inhabituels.KANSAS.jpg

D’abord, il est tourné en 3-D et… ce n’est pas brillant ! Tout le monde passe son temps à balancer des objets sur l’objectif de la caméra ou à lui tirer dessus, ensuite le prologue situé juste après la guerre de sécession présente Scott comme un espion assez répugnant (il se fait quand même cracher deux fois dessus pendant le film), pour évoluer et devenir un « héros » manipulateur et pas très net. Le scénario n’en demeure pas moins routinier et sans surprise, accumulant les poursuites en diligence (ah ! Ces rochers au premier plan qui semblent mus d’une vie propre)  et les fusillades monotones. Même la réalisation de De Toth semble bâclée, il ne cherche même pas à dissimuler les visages des doublures de Scott et Ernest Borgnine pendant une longue bagarre. C’est dire si les modestes 83 minutes semblent durer une éternité.

Heureusement, le casting est étonnamment riche et fait (presque) pardonner l’abominable numéro de cabotinage d’Alfonso Bedoya en bandido hilare. Scott égal à lui-même a une belle veste en cuir, Borgnine a une encore plus belle veste à franges et forme, pour la première fois, un tandem avec Lee Marvin. Celui-ci joue de sa grosse voix et de son corps dégingandé pour camper un homme-de-main arrogant. On retrouve avec plaisir Claire Trevor en joueuse professionnelle amoureuse de « Randy » et l’inquiétant George Macready en chef de bande vicieux et cruel.

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RANDOLPH SCOTT, CLAIRE TREVOR ET LEE MARVIN

Cela peut aider à passer le temps, mais ces talents réunis ne parviennent pas à donner du lustre à ce tout petit western sans sujet véritable, qui se traîne et tente de donner à Scott une ambiguïté qu’il est loin de dégager naturellement. À réserver aux fans de Marvin, qui a deux ou trois bons moments « marviniens ».

 

« OPÉRATION BROTHERS » (2019)

Écrit et réalisé par Gideon Raff, produit par Netflix, « OPÉRATION BROTHERS » est inspiré de faits réels, à savoir l’opération de sauvetage de milliers de réfugiés juifs éthiopiens par quelques agents israéliens se faisant passer pour des hôteliers.RED.jpg

On pense à « ARGO », mais comme souvent avec Netflix, le scénario n’est pas très solide. Sur plus de deux heures, on suit ce petit groupe recruté – une fois de plus – à la manière des « 7 SAMOURAÏS », et ses efforts pour sauver des vies humaines d’un génocide implacable. Mais l’auteur n’est pas très rigoureux : les ellipses sont abruptes et difficilement acceptables (d’où sort le matériel de plongée en plein milieu de nulle part ?), les détails sont bâclés à la va-vite (les doigts mutilés d’Alessandro Nivola semblent repousser à volonté selon les scènes)  et les personnages n’utilisent pas leur « spécialité », comme ce tueur/sniper qu’on ne voit jamais tirer. Reste que le sujet est intéressant ou en tout cas instructif, que Chris Evans est plutôt bien en tête brûlée imprudente mais héroïque, qu’on retrouve Ben Kingsley dans un rôle qu’il semble avoir déjà joué des dizaines de fois. Seuls sortent vraiment du rang Haley Bennett en membre du commando de sauveteurs et surtout Chris Chalk qui se délecte visiblement de son rôle de militaire sadique au sourire carnassier. Greg Kinnear passe en voisin en homme de la CIA.

« OPÉRATION BROTHERS » (oui, encore un titre anglo-français sans grande signification !) parvient à maintenir un semblant d’intérêt jusqu’à à la fin, mais ne décolle jamais vraiment et laisse une sensation de travail inachevé, trop vite survolé et sans véritable centre de gravité.

 

« UN TRAÎTRE IDÉAL » (2016)

Adapté d’un roman de John Le Carré, réalisé par la téléaste Susanna White, « UN TRAÎTRE IDÉAL » a toutes les apparences d’un film d’espionnage anglais comme on en a déjà tant vu. Mais il ne faut jamais se fier aux apparences car il s’avère être un excellent film aux enjeux psychologiques puissants et aux personnages très bien campés.KIND

Stellan Skarsgård – parfaitement utilisé – est un comptable de la mafia russe qui, se sachant condamné par son nouveau boss, décide de vendre ses secrets, impliquant de hauts dignitaires britanniques, au MI6 en échange d’une protection pour sa famille. Il compromet un innocent quidam (Ewan McGregor) et sa femme (Naomie Harris) croisés par hasard, qui vont s’attacher à son sort. C’est une course-poursuite à travers le Maroc, la France, la Suisse et l’Angleterre, toute empreinte de paranoïa et de violence. Mais le plus intéressant et original, est l’amitié soudaine mais bien réelle entre le « traître » sympathique et truculent et le jeune professeur généreux et chevaleresque. Le tandem d’acteurs fonctionne à plein régime, soutenu par d’excellents seconds rôles comme Damian Lewis, en maître-espion ambigu. Étonnamment soigné au niveau visuel et esthétique, « UN TRAÎTRE IDÉAL » doit beaucoup à son directeur photo, Anthony Dod Mantle (« FESTEN », « DREDD ») dont le sens du cadrage et les lumières contrastées jouant avec les reflets, apportent une grande classe au film tout entier. Malgré quelques petites impasses scénaristiques et des ellipses très abruptes (on aurait quand même bien voulu savoir ce qui a pu se passer dans l’hélicoptère, à la fin !), « UN TRAÎTRE IDÉAL » est un bon suspense humain et dépourvu de sensiblerie.