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Archives de Catégorie: ESPIONNAGE

« CASINO ROYALE » (1967)

CASINOROYALE2« CASINO ROYALE », réalisé à quatre mains dont celles de John Huston, se voudrait une folie autour de la folie 007 qui déferlait alors sur le monde à chaque sortie d’un nouveau James Bond. C’est écrit – enfin, si on veut – dans cet esprit ‘camp’ qui faisait fureur avec les séries TV « BATMAN » ou « DES AGENTS TRÈS SPÉCIAUX » et… cela dure plus de deux heures.

Que dire ? C’est quasiment irregardable aujourd’hui, mais ça devait déjà l’être hier. Une sorte d’énorme pudding composé de sketches disparates, reliés par une trame très vague et sans intérêt. L’humour est lourd, répétitif, les décors sont hideux. La seule raison d’endurer tout cela est la BO vintage de Burt Bacharach qui insuffle un semblant d’entrain à la chose et l’avalanche de ‘guest stars’ et de jolies filles qu’on dirait échappées d’un show de Jean-Christophe Averty.

David Niven est un Bond vieillissant et précieux, Peter Sellers incarne… on ne sait pas très bien qui, Orson Welles s’autopastiche avec verve et Woody Allen, si peu drôle qu’il en devient embarrassant, joue le neveu débile et maléfique de Bond. Heureusement, Ursula Andress, Daliah Lavi, Barbara Bouchet et Jacqueline Bisset sont ravissantes, Joanna Pettet est une Mata-Hari très craquante. Le temps de fugitifs caméos, on reconnaît George Raft avec sa pièce de « SCARFACE », William Holden en agent de la CIA, Peter O’Toole jouant de la cornemuse et même Jean-Paul Belmondo en légionnaire moustachu et jovial. Mais celle qui émerge vraiment, c’est Deborah Kerr irrésistible en châtelaine écossaise à l’accent à couper au couteau et à la libido exigeante.

« CASINO ROYALE » est le film d’une époque, dont il résume parfaitement les excès, les complaisances, la liberté aussi. On se demande tout de même comment, après avoir lu le scénario, autant de vedettes devant et derrière la caméra ont pu apposer leur signature au bas d’un contrat.

CASINORPYALE

JOANNA PETTET, DAVID NIVEN, JEAN-PAUL BELMONDO ET JACQUELINE BISSET

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« WONDER WOMAN » (2017)

Héroïne emblématique de la firme DC, Wonder Woman était déjà apparue en 2016 dans « BATMAN v SUPERMAN : L’AUBE DE LA JUSTICE », avant de devenir, l’année suivante, le sujet même de « WONDER WOMAN ».WW

Réalisé par Patty Jenkins (« MONSTER »), le film retrace la jeunesse de ‘Diana’ sur une île issue de la mythologie grecque et peuplée d’amazones, son implication dans la WW1 et sa love story avec un bel espion (Chris Pine) qui l’entraînera jusque dans les tranchées. Scénaristiquement parlant, c’est n’importe quoi. Du pur délire. Mais il faut reconnaître que c’est très bien confectionné, que les CGI sont magnifiques et que Gal Gadot, absolument radieuse, fait une superhéroïne tout à fait convaincante et séduisante. De fait, sa quête d’Arès, le dieu de la guerre, sa naïveté face au monde « moderne », la découverte progressive de ses propres pouvoirs, finissent par donner un certain sens au spectacle et même à le rendre attachant. Cela n’empêche pas que, comme souvent dans ce genre de film, c’est beaucoup trop long, que le final pyrotechnique s’éternise au-delà du supportable et que le ridicule n’est pas tout à fait évité : on pense à David Thewlis avec sa petite moustache en dieu de l’Apocalypse ou au fez de Saïd Taghmaoui… Mais bon ! C’est un honnête produit pour ados, bourré d’action, d’humour bon-enfant.

Si le couple-vedette assure sans démériter, ils est bien entouré par Robin Wright et Connie Nielsen – qu’on est surpris de retrouver là-dedans – en guerrières carapaçonnées, Danny Huston en officier allemand méphistophélique, Ewen Bremner en sidekick comique et surtout Lucy Davis très drôle en secrétaire énergique.

« WONDER WOMAN » s’inscrit dans la saga DC et on reverra Diana Prince dans de nombreuses suites, au premier ou au second plan, n’en doutons pas une seconde. Tant qu’elle sera incarnée par Gal Gadot, nul ne s’en plaindra.

 

« UN HOMME VOIT ROUGE » (1975)

RANSOM2Dès les premières images, on se rend compte qu’il n’y a rien de cinématographique dans « UN HOMME VOIT ROUGE ». Des otages au domicile d’un ambassadeur, des otages dans un avion cloué au sol, des flics et des militaires dans des bureaux… Tout est figé d’emblée et ce n’est pas la réalisation télévisuelle de Casper Wrede qui arrange les choses.

Totalement dépourvu de vie ou d’énergie, le film se déroule à un rythme funéraire. Les rares scènes d’action sont avortées et le coup de théâtre (un bien grand mot !) n’intervient que dix minutes avant la fin. Bien trop tard pour réveiller le spectateur qui a abdiqué depuis longtemps. Même la photo du grand Sven Nykvist est d’une platitude à pleurer et on sent que Jerry Goldsmith tente d’apporter avec sa BO tonitruante, un peu de nerf à des images qui en manquent cruellement.

Dans un rôle unidimensionnel de chef de la sécurité scandinave (sic !), Sean Connery est en service minimum. Assis un émetteur à la main, l’air plus ou moins soucieux, il balance des ordres avec désinvolture. Sa scène la plus remarquable est encore lorsqu’il prend une douche en discutant avec un officiel anglais. Pourquoi une douche ? En pleine journée ? Il n’y a aucune explication logique. À part évidemment, pour montrer que l’ex-007 est toujours en pleine forme physique. Dans un casting très médiocre, on reconnaît un jeune Ian McShane, avec une jolie coupe de cheveux laquée estampillée seventies, en ‘bad guy’ ambigu.

S’il fallait tout de même retenir une bonne scène dans ce film raté et poussif, ce sera un face-à-face entre Connery et la femme de l’ambassadeur pris en otage. L’excellente Isabel Dean y tient la dragée haute à Connery et lui donne l’occasion de jouer (un peu) la comédie, ce que le reste du film lui a interdit jusque-là. Cela vaut-il de s’infliger tout le reste ? Absolument pas ! Un des quelques vrais navets tournés par le grand Sean, au cours de sa longue et belle carrière.

RANSOM

SEAN CONNERY ET IAN McSHANE

 

« JACK LE MAGNIFIQUE » (1979)

JACK

BEN GAZZARA

« JACK LE MAGNIFIQUE » est de ces films qu’il est excessivement difficile de décrire, mais dont on tombe durablement amoureux, sans très bien comprendre pourquoi. Mais pour peu qu’on soit sensible à ce mood particulier, qu’on ait l’esprit voyageur, c’est un très beau film, un des meilleurs de Peter Bogdanovich.JACK2

Ben Gazzara semble jouer un cousin de son personnage dans « MEURTRE D’UN BOOKMAKER CHINOIS », un exilé new-yorkais installé à Singapour, où il tient un bordel, joue les entremetteurs, grenouille à droite et à gauche, a maille à partir avec les racketteurs locaux. Il aurait pu être un individu sordide, voire répugnant, mais le portrait qu’en font l’acteur et les auteurs est très sympathique. Un type généreux, sans préjugé, prêt à toutes les aventures, mais qui a tracé une ligne morale à ne pas franchir, pour garder sa dignité et ne pas devenir comme ces ivrognes anglais traînant de bar en bar, suant l’alcool. Son amitié avec un timide comptable cardiaque, campé par Denholm Elliott dans son meilleur rôle, est touchante, pudique, faite de non-dits. Une superbe complicité entre comédiens qui cimente tout le film.

La photo subtile de Robby Müller – chef-op de Wim Wenders – capture parfaitement l’ambiance décadente et dangereuse de cette ville rongée par la corruption et le trafic humain. On est littéralement plongé dans ce ‘trip’ existentiel mais tout à fait concret, le parcours d’un homme intelligent et sensible, fondu dans une atmosphère délétère à l’exotisme frelaté.

Aux côtés d’un Gazzara impérial dans un de ses plus beaux rôles, on aperçoit Bogdanovich lui-même, très bien en barbouze énigmatique, Joss Ackland et George Lazenby en politicien homosexuel. Œuvre injustement méconnue, voire oubliée, « JACK LE MAGNIFIQUE » mérite une vraie réhabilitation. C’est un petit bijou de finesse qui semble improvisé au fil de la plume tout en étant très précisément scénarisé. À voir absolument.

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DENHOLM ELLIOTT, BEN GAZZARA, PETER BOGDANOVICH ET MONIKA SUBRAMANIAM

 

« HOMELAND » : saison 6 (2017)

Quand démarre la 6ème saison de « HOMELAND », les choses ont pas mal changé pour nos personnages : Claire Danes est devenue l’avocate de ceux qu’elle combattait dans les saisons précédentes et elle sert de conseillère occulte à la prochaine présidente des U.S.A. (Elizabeth Marvel) avant son entrée en fonction. Rupert Friend, l’ex-tueur d’élite, est physiquement et psychiquement diminué, F. Murray Abraham s’avère être le dangereux comploteur qu’on a toujours soupçonné et Mandy Patinkin continue à se complaire dans la plus opaque des ambiguïtés.HOMELAND6

Mais la série étant ce qu’elle est, rien n’est aussi simple et tout est perpétuellement remis en question. Les masquent tombent, les rôles s’inversent, les certitudes s’effritent. Après un démarrage laborieux – comme c’est souvent le cas avec « HOMELAND » – cette saison développe un suspense infernal qui culmine avec les deux derniers épisodes absolument époustouflants : le suspense est à la fois policier dans la plus grande tradition du thriller U.S. et psychologique avec un jeu de faux-semblants, des coups de théâtre inouïs et une volte-face finale qui laisse pantois.

De plus en plus ancrée dans notre époque avec ce qu’elle a d’anxiogène et d’incertaine, « HOMELAND » présente le miroir effarant d’un monde en décomposition avancée. C’est une série extraordinairement addictive, stressante, à l’écriture pointue, aux protagonistes écrits sans le moindre manichéisme. ‘Carrie Mathieson’, fragilisée par la présence de sa fille, est une héroïne constamment ‘borderline’, rongée par le remords. Mais cette saison appartient tout entière au remarquable Rupert Friend, dont le ‘Peter Quinn’ n’est plus que l’ombre pathétique de lui-même : un magnifique antihéros. Les face-à-face entre Abraham et Patinkin, deux vieux crotales tireurs de ficelles, sont de purs régals. Impossible de dire qui est le « good guy » et qui est le « bad guy » ! Seul Jake Weber agace par son jeu outrancier et un accent tout à fait insupportable à la longue.

Une bonne saison 6, au niveau des précédentes, qui laisse sur une étrange sensation : un peu comme si Hilary Clinton avait gagné les élections et, une fois dans le bureau ovale, s’était brutalement transformée en Trump !

 

« THE RYAN INITIATIVE » (2014)

RYAN2Après Alec Baldwin, Harrison Ford et Ben Affleck, c’est donc Chris Pine qui endosse la panoplie de ‘Jack Ryan’ agent de la CIA créé par Tom Clancy. Dans « THE RYAN INITIATIVE » (c’est le titre français !), notre héros qui fut quinquagénaire dans les années 90, devient trentenaire dans les années 2000, ce qui est un brin embrouillant. Mais on a droit à un prologue qui remet les pendules à l’heure pour ce qui est finalement un ‘reboot’ de la franchise.

Très proprement réalisé par Kenneth Branagh, le film se suit sans aucun ennui, mais sans réelle passion non plus. On voit ce genre de scénario bien souvent dans les séries TV depuis « 24 HEURES CHRONO » jusqu’à « HOMELAND ». À partir du dîner entre Ryan, sa fiancée (Keira Knightley) et le méchant Russe de service (Branagh lui-même), le film décolle pour ne plus s’arrêter jusqu’au final absolument palpitant. Cela vaut donc la peine de supporter pas mal de bavardages, de plans de téléchargements (la plaie de ce style de films depuis vingt ans). Il faut dire que Chris Pine est un convaincant Ryan, à la fois naïf et volontaire, un rond-de-cuir capable de se transformer en super-héros quand la situation l’exige. À ses côtés, Kevin Costner s’impose en ‘senior’ pleinement opérationnel dans un rôle à la Liam Neeson, Knightley grimace beaucoup en fiancée – et future épouse – de Jack dont le rôle est assez bien intégré à l’action, Branagh donne la meilleure prestation du film (on n’est jamais mieux servi que par soi-même) en comploteur intelligent, rongé par la maladie.

On ne peut guère épiloguer longuement sur ce genre de produit. C’est professionnellement fabriqué mais sans âme, monté avec vigueur et les séquences d’action sont souvent épatantes. Le boy-scout de la CIA sauvera, bien sûr, l’économie mondiale et l’American Way Of Life, en attendant le prochain film qui porte déjà en lui un terrible suspense : quel âge aura donc Ryan, cette fois-ci ?

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KEIRA KNIGHTLEY, KENNETH BRANAGH, CHRIS PINE ET KEVIN COSTNER

 

« DANGER IMMÉDIAT » (1994)

CLEAR2Tourné deux ans après « JEUX DE GUERRE » par la même équipe, « DANGER IMMÉDIAT » est une grosse machine hollywoodienne, une sorte de 007 made-in-U.S.A., le second degré en moins, multipliant les voyages à l’étranger, les morceaux de bravoure pyrotechniques.

Doté d’un scénario beaucoup plus désincarné que le précédent (on ne peut tout de même pas impliquer la famille du héros à chaque fois !), Philip Noyce ne parvient pas à passionner pour cette aventure de ‘Jack Ryan’. Nommé directeur par intérim de la CIA, le voilà confronté aux cartels colombiens de la drogue. Il faut attendre le dernier quart – en Colombie, justement – pour que l’action se mette vraiment en branle et que le film prenne toute sa dimension. C’est un peu tard hélas, car ce qui précède est passablement confus et ennuyeux, Harrison Ford adopte un style de jeu surprenant à la James Stewart, sorte de bureaucrate peu sûr de lui, qui se métamorphose subitement en avatar d’Indiana Jones à la fin. Mal à l’aise, il n’arrive pas à s’imposer et semble toujours à la traîne. Dommage que Willem Dafoe, excellent en mercenaire loyal n’apparaisse pas suffisamment pour prendre la relève. De bons seconds rôles comme Harris Yulin, Henry Czerny, Patrick Bauchau ou Donald Moffat en président particulièrement veule, n’ont pas grand-chose à défendre. Heureusement qu’ils ont du métier pour compenser ! À noter que Anne Archer et Thora Birch, femme et fille de Jack Ryan apparaissent sans aucune raison valable, hormis le clin d’œil au précédent film. Quant à la BO de James Horner, on dirait un pot-pourri de tous ses anciens films.

Ce fut la seconde et dernière apparition de Ford dans ce rôle apparemment payant mais, au fond, sans grand intérêt. Il faut dire que les auteurs poussent le bouchon un peu loin en voulant nous faire croire qu’un directeur de la CIA puisse être un honnête homme, à la limite de la naïveté, prêt à prendre lui-même les armes pour aller sauver des POW sur le terrain. D’accord, c’est Han Solo et Indiana Jones, mais quand même !

CLEAR

HARRISON FORD, DONALD MOFFAT ET WILLEM DAFOE