RSS

Archives de Catégorie: ESPIONNAGE

« KINGSMAN : LE CERCLE D’OR » (2017)

Trois ans après le premier film, « KINGSMAN : LE CERCLE D’OR » réunit la même équipe pour une seconde aventure d’Eggsy, le super agent secret juvénile, élite d’une société secrète d’espionnage. On s’en réjouit, vu l’excellent souvenir qu’on garde du n°1. Mais on aurait dû se méfier, car souvent succès engendre surenchère et à ce petit jeu de la superproduction bien des films ont perdu leur âme.K2

C’est hélas, le cas de ce second opus, enseveli dès la première séquence d’action sous des monceaux de CGI pas toujours très heureux et tué dans l’œuf par un scénario indigent, recyclant maladroitement les données établies trois ans auparavant. C’est donc – mais on commence à prendre l’habitude – trop long, trop répétitif, dépourvu de la moindre petite surprise et définitivement anéanti par de très mauvaises idées comme les épouvantables apparitions d’Elton John, summum de bêtise tombant complètement à plat. On n’écoutera plus jamais ses chansons de la même façon, après ça !

Alors oui, Taron Egerton est toujours bien sympathique dans le rôle principal, Colin Firth éborgné, fait un comeback bienvenu, Halle Berry est inattendue en geek rêvant d’action. Mais Julianne Moore est à côté de la plaque en narcotrafiquante foldingue s’efforçant de surpasser Samuel L. Jackson dans le cabotinage en roue-libre, Jeff Bridges, la diction de plus en plus pâteuse, passe en voisin en chef des barbouzes U.S. et Channing Tatum ne fait guère de progrès. Mark Strong apparaît moins figé que de coutume dans son personnage de ‘Merlin’.

On doit aux comédiens les rares instants de plaisir d’un film franchement redondant et inutile, où on cherche vainement l’humour et l’originalité du film de 2014, en n’y trouvant que débauche d’effets spéciaux numériques et rabâchage fatigué. Le même syndrome en fait, que tous ces films de super-héros Marvel ou DC qui pensent pouvoir compenser l’absence de scénario solide par des images spectaculaires.

Publicités
 

« NOM DE CODE : ÉMERAUDE » (1985)

CODE

ED HARRIS

Écrit par Ronald Bass d’après son roman, réalisé par Jonathan Sanger (surtout connu comme producteur), « NOM DE CODE : ÉMERAUDE » est un film d’espionnage situé pendant la WW2 à Paris et décrivant la mission d’un agent double (Ed Harris) envoyé par les Anglais pour faire évader (ou éventuellement tuer) un jeune officier prisonnier (Eric Stoltz) détenteur de renseignements cruciaux sur le D-Day.CODE2

Une histoire classique, cousue de clichés (ah ! Ces airs d’accordéon dans les rues de Paris !), proprement filmée et surtout photographiée par Freddie Francis. Le film tient à peu près la distance grâce à un superbe casting et par l’ambiguïté de tous les protagonistes qui semblent tous jouer double ou triple jeu. En tête, un Harris de 35 ans, déjà un peu dégarni, tout à fait crédible dans un rôle de manipulateur désinvolte et sympathique. Son histoire d’amour avec Cyrielle Clair paraît légèrement plaquée, mais ses rencontres avec le trio Horst Buchholz, Max Von Sydow et Helmut Berger valent le coup d’œil. Le premier surtout, est remarquable en officier nazi si calme et réfléchi qu’on finit par croire qu’il a basculé du « bon côté ». Von Sydow est lui aussi très bien dans un rôle moins clairement défini et Berger qui retrouve son uniforme des « DAMNÉS » campe un SS particulièrement odieux. On reconnaît également des visages familiers comme Patrick Stewart et Julie Jézéquel.

La facture conventionnelle du film et son déroulement pépère l’empêchent d’être davantage qu’un téléfilm pour grand écran, surtout que la toute fin trop hâtive et invraisemblable laisse sur une drôle d’impression de bâclage. Mais « NOM DE CODE : ÉMERAUDE » se laisse regarder sans déplaisir et contient une des prestations les moins tourmentées d’Ed Harris.

CODE3

HORST BUCHHOLZ, MAX VON SYDOW ET ERIC STOLTZ

 

« ENNEMI D’ÉTAT » (1998)

ENEMY copie.jpgÀ l’époque de sa sortie, « ENNEMI D’ÉTAT » avait fait parler de lui pour ce qu’il montrait des nouvelles technologies intrusives de surveillance : GPS, satellites, mini-caméras, etc. Aujourd’hui, tout cela s’est non seulement banalisé, mais notre réalité a largement dépassé cette fiction. Cela n’empêche pas le thriller de Tony Scott de demeurer tout à fait visible et même très prenant.

Dans le concept, ce n’est qu’une longue course-poursuite de plus de deux heures, où un avocat m’as-tu-vu (Will Smith) se retrouve embarqué par hasard dans un complot ourdi par un politicien véreux (Jon Voight) avec pour « McGuffin » une disquette contenant les images d’un meurtre. Par l’extraordinaire dynamisme des images et du montage, par la richesse de son casting, « ENNEMI D’ÉTAT » tient en haleine et fait pardonner ses faiblesses : le jeu inégal et complaisant de Smith qui se croit obligé de multiplier les apartés humoristiques désamorçant le suspense et affaiblissant son personnage, le cabotinage tout aussi insupportable de Regina King jouant sa femme. Heureusement, Gene Hackman est magnifique en ex-barbouze de la CIA totalement paranoïaque, un rôle qui pourrait être la continuation de celui qu’il tint dans « CONVERSATION SECRÈTE » (sa fiche arbore d’ailleurs un portrait tiré du film de Coppola), Voight est un salaud parfait, froid et maître de lui, Lisa Bonet est très bien, et parmi les petits rôles, on reconnaît Gabriel Byrne dans une seule séquence, l’agaçant Jack Black, Anna Gunn et Ivana Milicevic (futures héroïnes des séries « BREAKING BAD » et « BANSHEE »). Jason Robards apparaît au début, non-mentionné au générique.

En déplorant le manque d’épaisseur du rôle principal qui empêche de s’enthousiasmer complètement, on ne peut s’empêcher de se laisser emporter par la technique impressionnante de Tony Scott qui multiplie les plans, les décors, les cascades et explosions, sans jamais perdre de vue son thème (l’avènement de Big Brother) et parvient à tirer la sonnette d’alarme sans jamais cesser de divertir.

ENEMY2 copie

JON VOIGHT, JASON ROBARDS, GENE HACKMAN, WILL SMITH ET TOM SIZEMORE

 

« LE FAUVE EST LÂCHÉ » (1959)

FAUVE2

LINO VENTURA

« LE FAUVE EST LÂCHÉ » est un des premiers films de Lino Ventura en tête d’affiche et la signature du généralement moyen Maurice Labro ne laissait pas espérer autre chose qu’un énième film « de bagarre » poussiéreux exploitant la carrure de l’ex-catcheur. C’est pourquoi la réussite du produit ne laisse de surprendre. Il faut probablement y voir la griffe d’un Claude Sautet, omniprésent – dans l’ombre – en tant que coscénariste, premier assistant et même coréalisateur non-mentionné au générique.FAUVE

Toujours est-il qu’avec son scénario solide et rigoureux, « LE FAUVE EST LÂCHÉ » offre à Ventura un rôle qu’il reprendra souvent par la suite, celui d’un ancien truand, ex-barbouze rangé des voitures et obligé par la DST de reprendre du service pour récupérer des documents secret-défense. Au-delà de l’anecdote très banale, c’est le dilemme du héros qui porte l’action : forcé de « balancer » son meilleur ami Paul Frankeur, Lino va devoir jouer sur plusieurs tableaux pour sauver son honneur, jusqu’à ce que son jeune fils soit kidnappé par le méchant Jess Hahn et que plus rien ne le retienne, comme l’indique le titre.

Difficile de savoir qui a tourné quoi, mais les scènes de parlotte sans intérêt alternent avec d’excellentes séquences d’action, comme celle d’Étretat où Lino est coincé dans une grotte à marée montante. L’acteur est parfait. Le coup de sang qu’il pique au téléphone, en menaçant ses ennemis, est même une des meilleures choses qu’il ait faites à l’écran. Autour de lui, de bons acteurs comme Frankeur crédible en vieux malfrat loyal, François Chaumette en factotum des services d’espionnage, l’inquiétant Eugène Deckers en homme-de-main et de jolies actrices comme Estella Blain ou Nadine Alari. Bien dialogué par Frédéric Dard, vigoureusement mis en scène et monté pratiquement sans temps mort, « LE FAUVE EST LÂCHÉ » porte en lui les prémices de la carrière de Ventura et tient étonnamment bien la distance quand on le revoit aujourd’hui. Du bon cinoche d’action hexagonal, porté par un Lino de 40 ans qui assure vaillamment lui-même toutes les cascades. Une excellente surprise ! L’année suivante, l’acteur retrouvera « officiellement » Claude Sautet pour « CLASSE TOUS RISQUES ».

FAUVE3

ESTELLA BLAIN, LINO VENTURA ET PAUL FRANKEUR

 

« CONSPIRACY » (2017)

Réalisé par le compétent Michael Apted (« GORKY PARK », « GORILLES DANS LA BRUME »), « CONSPIRACY » (oui, c’est le titre français de « UNLOCKED » !) se veut une sorte d’avatar des aventures de Jason Bourne au féminin avec probablement, en arrière-pensée, le désir d’en faire une franchise pour l’actrice principale.CONSPIRACY

Traumatisée par un échec professionnel sanglant qui coûta la vie à des innocents, l’agent de la CIA Noomi Rapace joue les assistantes sociales à Londres. Mais elle reprend malgré elle du service quand une menace d’attentat se met à peser et quand son mentor (Michael Douglas) est assassiné. Le scénario tient à peu près la distance pendant une petite moitié, même si une série TV comme « HOMELAND » a gravement ringardisé ce genre d’histoire. Mais peu à peu, les clichés commencent à s’empiler. On est parfois en plein ‘serial’ : le gilet pare-balles salvateur, l’héroïne suspendue au-dessus du vide avec le méchant lui écrasant les phalanges. Le « coup de théâtre » final révélant enfin le visage du traître, est tellement téléphoné qu’on ne peut s’empêcher de sourire. Tout cela est très naïf, presque enfantin par moments, c’est vraiment une vision désuète de notre monde en proie au terrorisme, un film qui tente de ménager la chèvre et le chou sans le moindre souci de vraisemblance.

Noomi Rapace fait toujours preuve de cette même énergie rageuse qui la caractérise. John Malkovich est en roue-libre, comme souvent ces dernières années, en boss de la CIA, Orlando Bloom joue étonnamment les ‘tough guys’ tatoués dans un rôle assez bref et Douglas ressemble de plus en plus à son père. Quant à Toni Collette, elle est quasiment méconnaissable. De bons comédiens donc, réunis pour un film qui se laisse regarder sans trop d’ennui, mais qui perd en intérêt à mesure qu’il progresse. Il y a définitivement quelque chose de vieillot et d’inadéquat dans cette manière très « BD » de décrire le monde en guerre, qui fait au bout du compte de « CONSPIRACY » un film inutile, voire légèrement agaçant.

 

« CASINO ROYALE » (1967)

CASINOROYALE2« CASINO ROYALE », réalisé à quatre mains dont celles de John Huston, se voudrait une folie autour de la folie 007 qui déferlait alors sur le monde à chaque sortie d’un nouveau James Bond. C’est écrit – enfin, si on veut – dans cet esprit ‘camp’ qui faisait fureur avec les séries TV « BATMAN » ou « DES AGENTS TRÈS SPÉCIAUX » et… cela dure plus de deux heures.

Que dire ? C’est quasiment irregardable aujourd’hui, mais ça devait déjà l’être hier. Une sorte d’énorme pudding composé de sketches disparates, reliés par une trame très vague et sans intérêt. L’humour est lourd, répétitif, les décors sont hideux. La seule raison d’endurer tout cela est la BO vintage de Burt Bacharach qui insuffle un semblant d’entrain à la chose et l’avalanche de ‘guest stars’ et de jolies filles qu’on dirait échappées d’un show de Jean-Christophe Averty.

David Niven est un Bond vieillissant et précieux, Peter Sellers incarne… on ne sait pas très bien qui, Orson Welles s’autopastiche avec verve et Woody Allen, si peu drôle qu’il en devient embarrassant, joue le neveu débile et maléfique de Bond. Heureusement, Ursula Andress, Daliah Lavi, Barbara Bouchet et Jacqueline Bisset sont ravissantes, Joanna Pettet est une Mata-Hari très craquante. Le temps de fugitifs caméos, on reconnaît George Raft avec sa pièce de « SCARFACE », William Holden en agent de la CIA, Peter O’Toole jouant de la cornemuse et même Jean-Paul Belmondo en légionnaire moustachu et jovial. Mais celle qui émerge vraiment, c’est Deborah Kerr irrésistible en châtelaine écossaise à l’accent à couper au couteau et à la libido exigeante.

« CASINO ROYALE » est le film d’une époque, dont il résume parfaitement les excès, les complaisances, la liberté aussi. On se demande tout de même comment, après avoir lu le scénario, autant de vedettes devant et derrière la caméra ont pu apposer leur signature au bas d’un contrat.

CASINORPYALE

JOANNA PETTET, DAVID NIVEN, JEAN-PAUL BELMONDO ET JACQUELINE BISSET

 

« WONDER WOMAN » (2017)

Héroïne emblématique de la firme DC, Wonder Woman était déjà apparue en 2016 dans « BATMAN v SUPERMAN : L’AUBE DE LA JUSTICE », avant de devenir, l’année suivante, le sujet même de « WONDER WOMAN ».WW

Réalisé par Patty Jenkins (« MONSTER »), le film retrace la jeunesse de ‘Diana’ sur une île issue de la mythologie grecque et peuplée d’amazones, son implication dans la WW1 et sa love story avec un bel espion (Chris Pine) qui l’entraînera jusque dans les tranchées. Scénaristiquement parlant, c’est n’importe quoi. Du pur délire. Mais il faut reconnaître que c’est très bien confectionné, que les CGI sont magnifiques et que Gal Gadot, absolument radieuse, fait une superhéroïne tout à fait convaincante et séduisante. De fait, sa quête d’Arès, le dieu de la guerre, sa naïveté face au monde « moderne », la découverte progressive de ses propres pouvoirs, finissent par donner un certain sens au spectacle et même à le rendre attachant. Cela n’empêche pas que, comme souvent dans ce genre de film, c’est beaucoup trop long, que le final pyrotechnique s’éternise au-delà du supportable et que le ridicule n’est pas tout à fait évité : on pense à David Thewlis avec sa petite moustache en dieu de l’Apocalypse ou au fez de Saïd Taghmaoui… Mais bon ! C’est un honnête produit pour ados, bourré d’action, d’humour bon-enfant.

Si le couple-vedette assure sans démériter, ils est bien entouré par Robin Wright et Connie Nielsen – qu’on est surpris de retrouver là-dedans – en guerrières carapaçonnées, Danny Huston en officier allemand méphistophélique, Ewen Bremner en sidekick comique et surtout Lucy Davis très drôle en secrétaire énergique.

« WONDER WOMAN » s’inscrit dans la saga DC et on reverra Diana Prince dans de nombreuses suites, au premier ou au second plan, n’en doutons pas une seconde. Tant qu’elle sera incarnée par Gal Gadot, nul ne s’en plaindra.