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Archives de Catégorie: ESPIONNAGE

« SÉCURITÉ RAPPROCHÉE » (2012)

Réalisé par le suédois Daniel Espinosa, « SÉCURITÉ RAPPROCHÉE » est un véhicule pour Denzel Washington qui retrouve son emploi-fétiche de surhomme à la morale ambiguë confronté à une bleusaille naïve (Ryan Reynolds) dans un maelström d’action et de violence.SAFE.jpg

Ici, Denzel est un ex-espion de la CIA qui vend des documents au plus offrant et se fait coincer en Afrique du Sud par les services secrets U.S. Cible de nombreux adversaires, il se retrouve sous la garde de Reynolds, nettement sous-qualifié mais qui va rapidement apprendre les ficelles du métier au péril de sa vie.

Le scénario, extrêmement bien ficelé, attentif aux détails, maintient l’intérêt par un mouvement incessant et surtout en mixant deux genres rarement associés : le film d’action et le ‘whodunit’. La gestion des fausses-pistes pour découvrir qui est le traître au cœur de l’Agency est excellente et se joue de l’intuition du spectateur avec beaucoup de cynisme : « Ça ne peut pas être lui, ce serait trop facile. Donc… ». Le seul reproche qu’on pourrait faire à ce bon spectacle, ce serait une certaine froideur, un déficit en âme et en émotion. Mais pour l’essentiel, Espinosa remplit à 100% son contrat.

Si Washington ne fait que répéter son vieux numéro bien au point de salaud charismatique, Reynolds assure mais manque un peu de personnalité, et on retrouve avec bonheur des vétérans comme Brendan Gleeson, Vera Farmiga, le regretté Sam Shepard et dans de brèves apparitions : Robert Patrick dans une superbe scène de torture, Rubén Blades, Liam Cunningham et le toujours parfait Joel Kinnaman.

À noter que l’épilogue n’est pas sans évoquer un classique du film de CIA : « LES TROIS JOURS DU CONDOR ». Un clin d’œil, assurément.

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« NEW WORLD » (2013)

NEWL’auteur-réalisateur coréen Hoon-jung Park signe avec « NEW WORLD » une véritable somme du film de gangsters moderne, n’hésitant jamais à puiser son inspiration dans les classiques de Coppola, Scorsese, Ferrara ou dans les polars de Hongkong.

Mais ces influences/références n’ôtent jamais au film sa profonde originalité, son impressionnante maîtrise narrative et son ambition. Sur plus de deux heures, « NEW WORLD » prend une véritable dimension romanesque et traite tout à la fois d’amitié entre voyous, de manipulation policière, de trahison et du Mal qui gagne peu à peu du terrain et transforme un jeune flic honnête en un caïd implacable. Sobrement réalisé, le film se distingue surtout par sa violence foncière pourtant jamais complaisante, par la magistrale façon dont sont écrits tous les protagonistes, jusqu’au plus modeste (les trois tueurs crasseux venus de la campagne) et par sa totale et absolue noirceur. « NEW WORLD » doit beaucoup à ses comédiens tous exceptionnels : Jung-jae Lee dans le rôle complexe de l’homme déchiré entre ses deux identités. Vers la fin, il affiche le masque impénétrable et le regard mort de Pacino dans « LE PARRAIN ». Grand acteur ! Min-sik Choi est comme toujours formidable en vieux flic tireur de ficelles, au cœur sec. Jung-min Hwang est remarquable dans un personnage à la Joe Pesci dans « LES AFFRANCHIS », ultra-violent et imprévisible.

On reste cloué devant ce film ample et souvent saisissant. Certaines séquences, comme l’exécution de deux flics infiltrés, sont d’une tension inouïe, d’autres manient l’ellipse avec maestria et le montage parallèle à la fin, entre l’accession au pouvoir du nouveau parrain et le massacre de ses ennemis est un clin d’œil à la saga de Coppola, déjà souvent plagiée, mais jamais aussi bien. Un chef-d’œuvre du nouveau polar coréen.

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MIN-SIK CHOI, JUNG-MIN HWANG ET JUNG-JAE LEE

 

« 24H LIMIT » (2017)

Depuis « TAKEN » et le nouveau statut d’action star de Liam Neeson à un âge respectable, nombre d’acteurs américains rêvent du même coup de booster à leur carrière. Après Denzel Washington, Sean Penn et quelques autres, c’est à Ethan Hawke de se lancer à 47 ans dans l’aventure.24H

« 24H LIMIT », coproduction sino-sudafricaine réalisée par l’ex-cascadeur Brian Smrz, part d’un scénario tissé de clichés vieux comme le monde (le héros/tueur dépressif après la mort de sa famille obligé de reprendre du service), d’une intrigue tirée par les cheveux et d’un suspense vu et revu des dizaines de fois. Mais on est cueilli par un dialogue étonnamment soigné et parfois spirituel (« I want the fish to like me »), d’efficaces poursuites et fusillades, quelques corps-à-corps bien saignants et surtout par la qualité du jeu de Hawke, qui ne prend pas ce job par-dessus la jambe et remplit son contrat avec un sérieux inattendu. C’est sa présence humaine, sympathique, sa vulnérabilité qui rendent « 24H LIMIT » plutôt agréable à suivre, ainsi que les extérieurs dépaysants de Cape Town ou Hongkong. À ses côtés, la jolie et énergique Qing Xu est très bien en garde-du-corps survoltée, Paul Anderson surjoue trop systématiquement en traître de service et on a la joie de retrouver ce vieux Rutger Hauer en beau-père philosophe, dont la dernière scène vaut vraiment le coup d’œil.

Ne pas s’attendre à un grand film d’action, ne pas craindre la migraine à suivre l’histoire, c’est la méthode pour bien profiter de ce petit « actioner » un brin infantile, mais qui tire le maximum de son budget et permet à Ethan Hawke de s’imposer finement en successeur de Jason Statham dans ses deux « HYPER-TENSION ».

 

« LES ENCHAÎNÉS » (1946)

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INGRID BERGMAN

« LES ENCHAÎNÉS » est un des films les plus aboutis d’Alfred Hitchcock, un de ceux où toutes les planètes se sont alignées : un scénario au cordeau de Ben Hecht, un dialogue sophistiqué et adulte, deux des plus charismatiques stars hollywoodiennes à l’alchimie explosive et une réalisation aux multiples effets tout au service de l’efficacité narrative. La perfection.NOTO2

Curieusement, le film est le plus passionnant AVANT que ne démarre vraiment le récit « policier » : la relation entre cette fille de nazi à la dérive (Ingrid Bergman) et cet espion froid et distant (Cary Grant) est fascinante. Que ressent-il vraiment ? Est-il prêt à tout feindre pour sa mission ? Tombe-t-il amoureux de cette femme qu’il méprise dans le même temps ? Tout n’est que non-dits, faux-semblants, sensualité et sentiments réprimés jusqu’au conflit. Magnifiquement photographiés (Ted Tetzlaff), les deux stars au sommet de leur charisme font des étincelles à chaque face-à-face et le fameux « baiser le plus long de l’Histoire du cinéma » est toujours aussi troublant. En voyant Grant dans ce rôle, on comprend pourquoi Ian Fleming pensait à lui en créant James Bond ! Il en est l’incarnation parfaite. Quant à Bergman frémissante, fragile, vulnérable, elle n’a peut-être jamais été meilleure. Autour d’eux, de formidables seconds rôles : Claude Rains ambigu à souhait en fils-à-maman nazi, jamais totalement haïssable. Son dernier plan, où il ressemble soudain à un vieux petit garçon terrifié, tirerait presque les larmes. Leopoldine Konstantin est extraordinaire dans le rôle de son inquiétante mère castratrice et Louis Calhern parfait en chef des services secrets imbu de lui-même.

On peut revoir indéfiniment « LES ENCHAÎNÉS » et y trouver de nouvelles raisons de s’extasier. C’est définitivement un des trois ou quatre incontestables chefs-d’œuvre du maestro du suspense.

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CARY GRANT, LEOPOLDINE KONSTANTIN ET INGRID BERGMAN

 

« SNIPER : ULTIMATE KILL » (2017)

SNIPER6.jpegUn quart de siècle après le premier film, « SNIPER : ULTIMATE KILL » réalisé par Claudio Fäh est le 7ème film de la franchise destinée au marché vidéo et réunit pour la première fois les trois protagonistes « historiques » : Chad Michael Collins et les deux vétérans de 1993, Tom Berenger et Billy Zane. On notera toutefois l’absence de Dennis Haysbert dont il n’est même pas fait mention dans le dialogue.

Le scénario, bâti autour d’une chasse au narcotrafiquant en Colombie, réutilise les mêmes éléments que dans les opus précédents et concentre tout l’intérêt sur la confrontation entre deux tireurs d’élite rivaux et sur les progrès de la balistique. Passionnant, pas vraiment, mais très bien fichu et jamais fastidieux malgré son manque de substance. On est content de retrouver Berenger, sorti de sa retraite, avec une grosse moustache (il devait tourner un western en même temps !) et un sourire patelin, pour jouer ce personnage sans complication qu’il commence à bien connaître. Collins toujours un peu transparent, tient bien sa partition et la fougueuse Danay Garcia pique la vedette à tout le monde dans son rôle de fliquette obsessionnelle qui n’a pas froid aux yeux. Belle présence, jeu assuré. On risque de la retrouver dans le prochain !

On notera une volonté de choquer dans le réalisme des impacts de balles de gros calibre (tête arraché, visage explosé) et des fusils à lunette de plus en plus sophistiqués et gigantesques. Une bonne série B nullement indigne de ses prédécesseurs et une franchise qui ressemble vraiment à une bonne série TV. À suivre, donc.

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DIANA PATRICIA HOYOS, DANAY GARCIA, TOM BERENGER, CHAD MICHAEL COLLINS ET BILLY ZANE

 

« LA FORME DE L’EAU » (2017)

Guillermo Del Toro possède un univers sympathique et touchant influencé par les « films de monstres » des années 50. On sent poindre ces réminiscences dans toute son œuvre et elles sont totalement assumées dans « LA FORME DE L’EAU ».SHAPE

Comment résumer ce film ? Ce serait une sorte de remake de « L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR » remodelé à la sauce « Amélie Poulain », que ce soit dans le style de la déco, la BO d’Alexandre Desplat très « frenchy » (alors que l’action se déroule aux U.S.A. dans les années 50) ou dans le personnage central lui-même, joué par Sally Hawkins. On ne demande qu’à suivre l’auteur dans ses fantasmes, dans sa love story transgressive (la petite sourde-muette au physique ingrat finit tout de même par faire l’amour avec un grand triton humanoïde !), mais quelque chose ne marche pas dans « LA FORME DE L’EAU ». Une trop grande volonté de baroque, un humour « cute » trop appuyé, un sous-texte lénifiant (les vrais monstres ne sont pas ceux qu’on imagine). Bref, tout paraît forcé, dépourvu de spontanéité et surtout très infantile. Ainsi Michael Shannon – heureusement excellent comme à son habitude – joue-t-il un « méchant » ultra-caricatural, un sadique sans la moindre nuance : il ne se lave même pas les mains après être allé aux WC, c’est dire ! Sally Hawkins est bien, sans plus, dans un rôle tout aussi peu nuancé à sa façon, Richard Jenkins est touchant en vieil homosexuel esseulé, tous se font piquer la vedette par Octavia Spencer, formidable en femme de ménage bavarde et profondément humaine.

Deux heures, c’est long, quand un film tient presque uniquement sur son look et ses références. Il y a de jolies scènes bien sûr, de bons moments de suspense dans la seconde partie et même des instants de poésie moins trafiqués que le reste. Mais on dirait que le réalisateur avait déjà raconté tout cela dans « MIMIC » ou « HELLBOY » de manière plus ludique et moins empesée.

 

HAPPY BIRTHDAY, IAN !

FLEMING

IAN FLEMING (1908-1964), ROMANCIER POPULAIRE DONT LE PLUS GROS SUCCÈS DE LIBRAIRIE, JAMES BOND 007 EST TOUJOURS D’ACTUALITÉ.