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Archives de Catégorie: ESPIONNAGE

« MISSION : IMPOSSIBLE – FALLOUT » (2018)

Trois ans après le précédent opus, Christopher McQuarrie reprend les rênes du 6ème film de la franchise avec « MISSION : IMPOSSIBLE – FALLOUT », qui réunit la vieille équipe progressivement formée depuis 1996 et inspirée de la série TV des sixties.MI6.jpg

Si on peut être un peu rebuté au début par une photo pas très jolie et un scénario confit de clichés vieux comme le monde (récupérer trois ogives nucléaires avant la fin du monde), on adhère rapidement aux séquences d’action : bagarres à mains nues ultra-brutales, poursuites ahurissantes en voiture et à moto dans Paris où les CGI sont quasi-indécelables, courses folles sur les toits de Londres et pour finir, suspense infernal au Cachemire où l’action s’emballe dans un véritable feu d’artifices qui laisse pantois. Bien sûr, il faut fermer les yeux sur les scènes dialoguées vraiment faiblardes (on pense à cet embarrassant monologue de Ving Rhames faisant l’éloge de Tom Cruise), se montrer indulgent envers des « twists » et voltefaces qu’on voit venir à des kilomètres, mais comment résister à ce rythme infernal et à ce pur plaisir de cinéma qu’est ce n°6 débridé, probablement un des plus achevés de la série avec le n°3 ? Bien sûr, Cruise, Rhames et Simon Pegg commencent à être physiquement « too old for this shit », mais ils assurent avec vaillance. Rebecca Ferguson et l’excellent Sean Harris retrouvent leurs rôles du film précédent, Angela Bassett continue de galvauder son talent dans un personnage de « chef » peau-de-vache. La bonne surprise vient du généralement fade Henry Cavill, très bien dans un emploi d’espion-tueur aux multiples visages.

À voir donc ce « MISSION : IMPOSSIBLE – FALLOUT », qui redonne un coup de jeune à la franchise, enterre les derniers 007 avec brio et surtout, réussit ce que ce genre de production échoue à accomplir depuis longtemps : passer sans arrêt d’un pays à l’autre sans jamais faire « ballade touristique pour spectateur yankee en mal d’exotisme ».

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« L’ARME À L’ŒIL » (1981)

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DONALD SUTHERLAND

« L’ARME À L’ŒIL » est adapté d’un roman de Ken Follett, c’est un des sept longs-métrages réalisés par l’intéressant Richard Marquand disparu trop jeune et un des rares films des années 80 à vraiment retrouver l’atmosphère et la simplicité apparente des Hitchcock d’antan, grandement aidé – il faut bien le dire – par la belle mais délibérément datée BO de Miklós Rózsa.EYE.jpg

La première originalité du scénario est que le « héros », dont nous suivons les pérégrinations dans l’Angleterre de la WW2, est en même temps le « méchant ». Un espion allemand fondu dans la population qui détient un renseignement capable de renverser le cours de la guerre. Mais il s’échoue sur une île et se retrouve au sein d’une famille complètement isolée, se sent attiré par la femme et… Ne spoilons pas ! Très bien écrit et monté, sans le moindre temps mort, même lors des passages obligés avec les services secrets traquant le nazi, « L’ARME À L’ŒIL » offre un des meilleurs rôles de sa carrière à Donald Sutherland (pour un homme qui a 200 films à son palmarès, cela veut dire quelque chose), irréprochable dans ce personnage de tueur sans pitié, impassible, véritable terminator courtois et sans état d’âme, que sa rencontre avec la très sensuelle Kate Nelligan va faire dévier de sa trajectoire. Le couple fonctionne magnifiquement et apporte humanité et passion à ce film qui aurait pu n’être qu’un banal suspense rétro.

« L’ARME À L’ŒIL » n’est pas exempt de défauts : la photo un peu trop terne et granuleuse, la pénible nullité du crispant gamin jouant le fils de l’héroïne et le jeu sans nuance du généralement excellent Ian Bannen. Mais cela ne suffit pas à gâcher le plaisir procuré par ce film robuste et austère à l’étonnant dénouement jusqu’au-boutiste. À voir et revoir, donc.

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KATE NELLIGAN ET DONALD SUTHERLAND

 

« TARGET » (2012)

Le nom de « McG » à la mise-en-scène n’a rien d’engageant pour le cinéphile, c’est certain. Mais le trio de vedettes est étrangement attractif et donne une – relative, n’exagérons rien – envie de voir de quoi il retourne dans ce « TARGET ».TARGET.jpg

Pour faire simple, c’est une sorte de version espionnage/actioner clinquant de « JULES ET JIM » ou de « BUTCH CASSIDY & LE KID » (auquel il est fait directement allusion via un extrait à la TV) : c’est-à-dire une jeune femme (Reese Witherspoon) écartelée entre deux super-agents de la CIA et meilleurs amis (Chris Pine et Tom Hardy). Autant le dire tout de suite, le démarrage est redoutable : photo surexposée, couleurs fluo, montage épileptique, BO assourdissante, et surtout, un scénario d’une crétinerie insensée. Le mélange entre la comédie se voulant pétillante et le film d’action ne se fait pas du tout, le côté « thriller » n’occupant qu’une portion congrue de l’histoire et s’avérant totalement anémique. Reste que le trio a un charisme et une photogénie indéniables, que Hardy est très inattendu dans un contremploi de brave type timide et romantique, que Pine est amusant en playboy trop sûr de lui et que Reese est vraiment ravissante et pleine de peps. Oui, le triangle amoureux fonctionne à plein, malgré la lourdeur du dialogue et Chelsea Handler est très drôle en confidente peu fiable de l’héroïne. À noter que, une fois encore, Angela Bassett est reléguée à jouer les bouche-trous dans un rôle minuscule de chef mal embouchée. Une vraie malédiction pour cette magnifique comédienne !

Alors, à voir « TARGET » ? Par une après-midi pluvieuse, c’est tout à fait envisageable. Et pour constater l’étendue du registre de Tom Hardy. Mais surtout, ne pas en attendre davantage !

 

« BODYGUARD » (2018)

« BODYGUARD » est une minisérie anglaise de 6×55 minutes, située dans l’univers de la politique et du terrorisme, et prenant pour héros Richard Madden, vétéran de la guerre en Afghanistan, nommé garde-du-corps personnel de la ministre de l’Intérieur (Keeley Hawes) menacée pour des récentes prises de position qui lui ont fait beaucoup d’ennemis.BODYGUARD.jpg

Dès la toute première séquence dans un train menacé par une djihadiste armée d’une ceinture d’explosifs, on est agrippé. C’est haletant, imprévisible, addictif. Et cela ne se relâche pratiquement jamais. La relation qui se noue entre l’ex-soldat d’élite et la politicienne laisse deviner le développement de l’intrigue, mais… pas du tout ! Au 4ème épisode, la série prend un virage en épingle à cheveux et tout s’accélère, révélant progressivement un complot d’envergure en vue de la préparation d’un coup d’État. Mais ce n’est encore qu’une facette de ce scénario à tiroirs, bourré de fausses-pistes admirablement gérées sur la longueur, de chausse-trappes et d’incertitudes. Ici, n’importe qui peut mourir à n’importe quel moment, tout le monde – absolument tout le monde – est un suspect potentiel et les failles psychologiques des protagonistes font partie intégrante du suspense.

De la grande télévision donc, une écriture au rasoir, des comédiens formidables, parmi lesquels Gina McKee d’une exceptionnelle ambiguïté et au final un instantané terrible de notre monde paranoïaque, englué dans une guerre souterraine et sans espoir apparent de résolution. Les leçons de « HOMELAND » ont été bien retenues par les auteurs anglais qui ont même réussi à améliorer la sauce. On en redemande !

Histoire de pinailler, regrettons l’épilogue qui semble rajouté a posteriori et n’a strictement aucun rapport avec le mood de l’ensemble des six épisodes.

 

« CORRESPONDANT 17 » (1940)

FOREIGN.jpg« CORRESPONDANT 17 » ne fait pas partie des films les plus connus d’Alfred Hitchcock, dont il ressert pourtant tous les ingrédients habituels. Il a surtout pour avantage d’avoir été tourné « à chaud », alors que la Grande Bretagne allait s’engouffrer dans la WW2.

Le héros est américain, c’est un reporter intrépide, une sorte de Tintin yankee naïf et courageux, qui infiltre un nid d’espions à Londres et à Amsterdam. Il tombe, évidemment, amoureux de la fille du chef des traîtres à la patrie et devra combattre de cruelles barbouzes ainsi que ses propres dilemmes moraux. Malgré le contexte historique brûlant et potentiellement passionnant, le film ne parvient pas à accrocher complètement. La faute probablement au choix de Joel McCrea, acteur dépourvu de charisme et de présence, d’une telle neutralité à l’écran, qu’il se fait voler la vedette par George Sanders (qu’on s’étonne de le voir jouer un personnage positif, avec sa tête de félon), jouant son pendant anglais, dès qu’ils partagent une scène. En fait, son seul trait de personnalité mémorable est… de perdre constamment ses chapeaux melons ! Laraine Day est très charmante et photogénique, de bons seconds rôles comme Edmund Gwenn ou Eduardo Ciannelli remplissent leur office.

Mais il manque clairement un centre de gravité à « CORRESPONDANT 17 » pour se hisser au niveau des grands Hitchcock. Pourtant, après un début très fastidieux, un milieu légèrement plus animé, force est de reconnaître que la dernière partie prend enfin de l’envergure et que la chute de l’avion en pleine mer est étonnamment réaliste et remarquablement réalisée, au point d’être encore tout à fait crédible aujourd’hui. Le travail sur les transparences est vraiment impressionnant. Le maître du suspense a fait beaucoup mieux, mais à tout prendre, il a aussi fait bien pire.

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LARAINE DAY, GEORGE SANDERS, JOEL McCREA ET ALFRED HITCHCOCK

 

« THE LOSERS » (2010)

Adapté d’une BD, « THE LOSERS » réalisé par le français Sylvain White est un bien curieux objet. Une sorte d’amalgame survitaminé des « 7 MERCENAIRES », de la série « AGENCE TOUS RISQUES », avec un zeste de « EXPENDABLES » et un lointain parfum des « OIES SAUVAGES ».LOSERS.jpg

A priori, de quoi attiser la curiosité ! Et de fait, à condition de s’accoutumer au « style » visuel imposé par le réalisateur, on peut s’amuser sans arrière-pensée à la vision de ce film d’action efficace, drôle et même sexy, où une équipe de soldats de choc de la CIA trahie par un ponte de l’Agency, cherche à se venger. Hélas, pour s’abandonner aux plaisirs simples de l’actioner décérébré, il faut subir les effets clipesques démodés (arrrgghhhh ! Ces ralentis ridicules !), la BO systématiquement sur-mixée et l’abus fatigant de CGI pas toujours très convaincants. Mais l’un dans l’autre, « THE LOSERS » parvient à trouver sa voie et à remplir sa mission. Outre un bon rythme général et un esprit frondeur sympathique, le film doit son charme à un casting original et homogène : Jeffrey Dean Morgan est parfait en colonel viril, Zoë Saldana très séduisante en ‘tough girl’, Idris Elba a une belle présence en membre de l’équipe rebelle à l’autorité, Chris Evans et Columbus Short jouent les comiques de service. À noter le surprenant numéro de Jason Patric, digne des adversaires de 007.

« THE LOSERS » tire le maximum d’un scénario assez maigrelet et de personnages sans aucune dimension humaine (non, aimer les enfants ne suffit pas !), grâce à une belle énergie et à une vraie bonne humeur. Dommage que la surenchère visuelle permanente finisse par générer une certaine lassitude.

 

« BURN AFTER READING » (2008)

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FRANCES McDORMAND

Coréalisé par Joel et Ethan Coen, « BURN AFTER READING » est une sorte de film-somme, un vrai concentré de leur humour si particulier et de leurs scénarios en apparence policiers, mais complètement gangrénés par l’absurde et le non-sens.untitled

L’histoire fait se croiser un agent de la CIA dépressif après son renvoi (John Malkovich), la gérante d’un club de fitness obsédée par la chirurgie esthétique (Frances McDormand) et son collègue débile mental (Brad Pitt), un obsédé sexuel à la libido en folie (George Clooney), sa maîtresse glaciale (Tilda Swinton) qui est aussi l’épouse de Malkovich. Sans oublier J.K. Simmons, boss de la CIA indolent et adepte des méthodes radicales et définitives. Tous ces personnages ont un point commun : ils sont irrémédiablement stupides, crétins, imbus d’eux-mêmes, incompétents, sans scrupules et… à mourir de rire. Si on capte le « mood » du film, « BURN AFTER READING » est une véritable friandise. Les acteurs sont tous au diapason, avec une mention à la géniale McDormand en virago vulgaire et sans filtre, Pitt extraordinaire en prof de gym décervelé mais enjoué et Malkovich qui, au fond, n’est jamais meilleur que dans ses emplois comiques.

« BURN AFTER READING » ne raconte rien qu’une succession de malentendus, d’erreurs, de coïncidences ridicules. La narration est fluide, l’humour pince-sans-rire règne en maître. Si on aime l’esprit de « BIG LEBOWSKI » ou « ARIZONA JUNIOR », celui-ci est dans la droite lignée. Et surtout, surtout ne pas chercher une seconde à chercher une logique ou même un sens caché à tout cela !

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BRAD PITT, GEORGE CLOONEY ET FRANCES McDORMAND