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Archives de Catégorie: LES FILMS DE ROBERT REDFORD

« AVENGERS : ENDGAME » (2019)

Réalisé par Anthony & Joe Russo, « AVENGERS : ENDGAME » est le dernier film de la saga, mais aussi la suite directe de « CAPTAIN MARVEL ». Encore plus monumental que le précédent opus, il réunit tous les personnages de la franchise (et il y en a des wagons !), héros et méchants, et étale sur trois heures un scénario inégal, qui met un moment à démarrer, mais finit heureusement en apothéose.ENDGAME copie.jpg

Disons-le tout de suite, c’est une petite déception, comparé à l’incroyable « AVENGERS : INFINITY WAR » et le très long passage de la récupération des pierres, calqué dans l’idée sur le principe de « RETOUR VERS LE FUTUR 2 » (les héros confrontés à eux-mêmes en remontant le temps) s’éternise inutilement. Mais quand enfin reparaît Thanos, le film prend son envol et explose soudain dans une séquence de bataille ahurissante, des moments d’émotion inattendus et un épilogue franchement poignant. C’est un tel torrent d’images démentielles, de sons assourdissants, de décors extraordinaires, qu’il est impossible de résister. Alors autant se laisser emporter, quoi qu’en dise Martin Scorsese, et profiter du voyage, dont on sort complètement essoré. Dans un casting pléthorique et maintenant familier, on s’amuse de voir Thor devenu un ivrogne obèse, Hulk transformé en un morphing de ses deux personnalités passées, on retrouve avec plaisir Brie Larson et sa nouvelle coupe de cheveux et on se réjouit des caméos de Michael Douglas, Robert Redford, Michelle Pfeiffer ou bien sûr Samuel L. Jackson, sans oublier l’ultime clin d’œil de Stan Lee.

Cette énorme machine donne à réfléchir sur l’avenir du cinéma d’action U.S., condamné à une surenchère permanente, car il y a fort à parier que dans quelques années, « AVENGERS : ENDGAME » aura l’air d’une série Z à deux balles, comparé à ce que Hollywood aura à proposer en la matière.

 

« THE OLD MAN & THE GUN » (2018)

Écrit et réalisé par David Lowery d’après des faits réels, « THE OLD MAN & THE GUN » est surtout et essentiellement un vibrant hommage à Robert Redford et une belle sortie de scène. Il y a 50 ans, le Sundance Kid braquait des banques en Bolivie avec son pote Butch. Aujourd’hui, octogénaire, Bob Redford continue avec ses complices Danny Glover et Tom Waits.GUN.JPG

C’est l’histoire simple et linéaire d’un rebelle accro aux hold-ups, un roi de l’évasion élégant et beau joueur qui a passé les trois-quarts de sa vie en prison et qui écume l’Amérique de larcins en braquages avec un sang-froid jamais pris en défaut. Le scénario suit son rythme tranquille, reste collé à Redford émouvant et séduisant comme jamais, et à son poursuivant, un jeune flic sympathique joué par Casey Affleck qui l’admire secrètement. Ajoutons en bonus une très jolie love story avec Sissy Spacek radieuse et « THE OLD MAN & THE GUN » est un petit film automnal, nostalgique et généreux, qui rappelle les plus belles années de la carrière de Bob Redford. Comment ne pas être touché par ce court extrait de « LA POURSUITE IMPITOYABLE » où il apparaît le visage lisse et juvénile dans un flash-back ? Comme le fut « LE DERNIER DES GÉANTS » pour John Wayne ou « LA MAISON DU LAC » pour Henry Fonda, ce film est le chant du cygne pour Redford, un des derniers survivants avec Eastwood des superstars des seventies. Comme touché par la grâce, l’acteur n’a pas été meilleur et à l’aise devant la caméra depuis très longtemps. Et l’épilogue à la fois triste et exaltant, lui redonne pour la dernière fois cette aura épique des héros d’antan. Pas un chef-d’œuvre, certes, mais si cela devait être le dernier film de Redford, ce serait tout à fait adéquat.

À noter les apparitions d’Elisabeth Moss dans une séquence et d’un Keith Carradine pas évident du tout à repérer.

 

« PROPOSITION INDÉCENTE » (1993)

L’anglais Adrian Lyne a tourné huit longs-métrages : quelques « classiques » de l’érotisme chic/ringard façon eighties (« 9 SEMAINES ½ ») et même un chef-d’œuvre : « L’ÉCHELLE DE JACOB ». « PROPOSITION INDÉCENTE » se placerait plutôt dans la première catégorie.INDÉCENTE.jpg

À partir d’un pitch prometteur (un milliardaire propose un million de dollars à un jeune couple ruiné pour coucher avec la femme), Lyne ne signe qu’un mélodrame chichiteux, mièvre et complètement faussé par le casting de Robert Redford dans le rôle du corrupteur. Le film n’aurait-il pas eu davantage de sens et d’enjeu si l’homme avait ressemblé à (au hasard) un Weinstein ? Toujours est-il que le couple formé par Woody Harrelson, qu’on n’a jamais vu aussi mauvais, et Demi Moore passe son temps à minauder, à faire l’amour passionnément à même le sol, à se chamailler gentiment, comme dans un remake de « GHOST » sans fantômes. Leurs tourments ne concernent pas une demi-seconde, d’autant qu’ils ne sont pas spécialement sympathiques ou attachants. Redford, bizarrement affublé d’une « minivague » ondulée, semble absent, conscient de l’inanité de ce qu’il a à jouer. Il multiplie les sourires suaves et entendus, dans un emploi qu’aurait très certainement tenu George Clooney quelques années plus tard. On dirait un Gatsby vieilli, fatigué et pressé de filer avec le chèque. Autour du trio, quelques bons acteurs égarés comme Oliver Platt drôle en avocat, Billy Bob Thornton en surpoids dans une brève apparition au casino, Seymour Cassel en factotum silencieux. Passons sous silence le désolant caméo de Billy Connolly dans son propre rôle. Pour couronner le tout, la BO de John Barry – calquée sur sa propre musique pour « OUT OF AFRICA » – n’a strictement RIEN à voir avec le mood général du film et le contenu des séquences !

« PROPOSITION INDÉCENTE » est juste un mauvais film, qui aurait pu éventuellement intéresser avec un scénario plus pointu, des comédiens mieux choisis et des enjeux dramatiques plus sérieux. Tel quel, c’est un roman-photo ennuyeux et parfois embarrassant.

 

BOB GOES TO GERMANY !

RR BR

4 REDFORD À SORTIR EN HD EN ALLEMAGNE : L’OUBLIÉ « MILAGRO », LE MOYEN « CHELSEA DEARDON », LE MAUVAIS « PROPOSITION… » ET SON TOUCHANT DERNIER FILM.

 

« DES GENS COMME LES AUTRES » (1980)

Inspiré d’un roman de Judith Guest, « DES GENS COMME LES AUTRES » est le premier film réalisé par Robert Redford, alors au faîte de sa gloire comme acteur. Il n’a pas choisi la facilité, en premier lieu par le sujet même et ensuite parce qu’il ne joue pas dedans. C’est le drame intimiste d’une famille dont le fils aîné s’est récemment noyé et dont le cadet (Timothy Hutton) émerge d’un séjour en HP après une tentative de suicide.GENS

Sobrement réalisé, photographié en demi-teintes, d’une lenteur délibérée, le film parvient à maintenir l’intérêt par une sorte d’enquête menée autour de l’instabilité de l’ado. Et si son malaise persistant ne venait pas uniquement de la mort de son frère ? S’il fallait chercher du côté de la mère (Mary Tyler Moore), femme distante, dominatrice, incapable d’affection ou d’altruisme ? Outre le personnage haut-en-couleur du psy chargé de suivre le jeune homme, excellemment campé par Judd Hirsch, le véritable protagoniste est en réalité Donald Sutherland, jouant le père qui apparaît d’abord en retrait, comme un homme dépassé par les événements, désemparé face à ses problèmes familiaux et complètement dominé par sa femme. Mais peu à peu, on le voit s’éveiller, prendre conscience. Et le jeu de Sutherland est alors d’une extraordinaire subtilité. Hors de l’influence écrasante de cette épouse qu’il n’aime plus, sans même en avoir eu conscience jusque-là, il va retrouver son autonomie, sa vraie personnalité. Le regard qu’il pose sur elle dans l’avion, alors qu’ils rentrent de vacances au Texas, est d’une terrible lucidité. Il faut dire que Mary Tyler Moore incarne idéalement cette bourgeoise américaine sûre d’elle, égoïste, qui s’avère être un véritable « monstre » destructeur.

« DES GENS COMME LES AUTRES » n’est pas un film parfait. On se serait volontiers passé de la plupart des flash-backs, et le fils disparu n’aurait probablement pas dû être montré, à l’instar du cousin dans « SOUDAIN, L’ÉTÉ DERNIER » par exemple, qui en prenait une dimension symbolique. Parmi les seconds rôles, on reconnaît M. Emmet Walsh en prof de natation  indélicat et une Elizabeth McGovern de 19 ans, en girl friend rayonnante et joyeuse.

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DONALD SUTHERLAND AVEC ROBERT REDFORD SUR LE TOURNAGE

 

« HAVANA » (1990)

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ALAN ARKIN ET ROBERT REDFORD

« HAVANA » est le 7ème et dernier film que Sydney Pollack tourna avec Robert Redford en vedette. Et, c’est triste à dire, cela ne fut pas leur chant du cygne. C’est – pour faire court – une espèce de remake de « CASABLANCA » relocalisé à Cuba en 1959, lors de la chute du régime de Batista. On se croirait par moments dans « LE PARRAIN – DEUXIÈME PARTIE » !havana

La Havane est joliment reconstituée à Saint-Domingue, la photo d’Owen Roizman est glorieuse et on devine par flashes, hélas trop brefs, quel grand film romantique cela aurait pu et dû être. Mais « HAVANA » est plombé par son scénario infiniment trop délayé (144 minutes !) qui décourage le plus endurant, par un dialogue ridiculement ampoulé et fleuri dans les face-à-face entre Redford et Lena Olin, au point qu’il en devient fréquemment abscons. Comme les deux comédiens sont des « poissons froids », on ne peut pas dire qu’ils créent une quelconque alchimie ensemble. Elle a beau être suédoise, comme Ingrid Bergman dans le film de Michael Curtiz, c’est bien le seul point commun qu’elle ait avec elle. À 54 ans, Redford possède toujours sa silhouette de gravure de mode, mais présente un visage marqué aux rides profondes qui sied bien à ce personnage de gambler complètement artificiel, qu’il joue avec un détachement un peu las. Le cast est intéressant : Alan Arkin en directeur de casino cynique, Tomás Milian en tortionnaire rigolard, Mark Rydell excellent en Meyer Lansky dans une séquence. Mais ces gens de talent n’ont pas grand-chose à jouer et ne font que remplir le vide.

On regrette de ne pas aimer « HAVANA », tentative de recréer la magie hollywoodienne de l’âge d’or, mais malgré des paysages somptueusement filmés, de sublimes contrejours et des décors magnifiques, cela demeure complètement « bidon » et dépourvu d’âme. On aurait préféré que le tandem Pollack/Redford se sépare sur une œuvre digne de leur passé commun.

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ROBERT REDFORD ET LENA OLIN

 

« THE DISCOVERY » (2017)

« THE DISCOVERY », production Netflix, part d’un concept très fort : la découverte par le savant Robert Redford d’une preuve de l’existence de l’au-delà. S’ensuit une vague de suicides sans précédent à travers le monde, de personnes désireuses d’aller voir « là-bas ». Devenu une sorte de gourou de « l’afterlife », Redford reçoit la visite dans sa forteresse imprenable de son fils aîné Jason Segel, qui lui en veut depuis la mort de sa mère. Le jeune homme va assister à l’aboutissement des recherches de son père qui vont ouvrir des perspectives effrayantes et incontrôlables. N’en disons pas plus pour ne pas dévoiler le fin-mot de l’histoire qui aide à tenir jusqu’au bout. Car, il faut bien le dire, tout intelligent et profond soit-il, « THE DISCOVERY » n’est pas une œuvre facile d’accès et elle manque clairement de moyens : on raconte infiniment plus qu’on ne montre ! Charlie McDowell adopte un rythme monocorde, voire monotone, filme avec distance et froideur, de façon très cérébrale. Cela est en adéquation avec le thème, certes, mais on a du mal parfois à se passionner et à entrer en empathie avec les personnages. Pourtant, tous les comédiens sont irréprochables, de Segel sobre et tourmenté à Redford inhabituel en démiurge manipulateur et cassant, en passant par Rooney Mara très attachante en paumée suicidaire. À noter le bref caméo de Mary Steenburgen en journaliste au début.DISCOVERY copie

Le scénario se suit sans problème grâce à « l’enquête » menée par le fils et la jeune femme, pour comprendre ce qu’il y a réellement de « l’autre côté », mais il s’embrouille vers la fin, empile les informations et les théories jusqu’à devenir quasiment abstrait. Heureusement, l’épilogue sur la plage vient apporter l’émotion et l’humanité qui manquent tout de même à ce film intéressant mais trop conceptuel.