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Archives de Catégorie: SÉRIES TÉLÉ

« MANHUNT : UNABOMBER » (2017)

« MANHUNT : UNABOMBER » est une minisérie de 8×52 minutes basée sur des faits réels et relatant l’enquête du FBI pour stopper les méfaits d’un psychopathe agissant à distance, via des colis piégés.UNABOMBER

L’action située sur deux époques en parallèle (1995 et 1997, ce qui prête parfois à confusion) se focalise sur deux personnages : l’agent (Sam Worthington) chargé de dépister le tueur, en instaurant à grand-peine une nouvelle méthode d’investigation basée sur le langage et l’étude d’une thèse publiée par l’inconnu. Et « l’Unabomber » lui-même (Paul Bettany) un ermite terré dans une minuscule cabane en forêt et obsédé par les ravages de la technologie. Le 6ème épisode, « TED » est le plus fascinant, puisqu’il remonte à la jeunesse du criminel et aux événements qui ont révélé puis cristallisé sa misanthropie et sa folie.

Le plus intéressant dans cette minisérie rigoureuse et austère, est la relation entre proie et chasseur. En s’immergeant dans les écritures de ‘Ted’, l’agent va devenir obsessionnel, adhérer à ses théories, perdre ses amis, sa famille et même la confiance de ses chefs. Mais il va réellement pénétrer le cerveau de l’homme. Ce que fera également celui-ci, quand il sera mis en présence de celui qui l’a démasqué. Une manipulation mentale à double sens qui fait tout le prix d’un scénario intelligent, extrêmement bien dialogué et précis comme un mécanisme d’horlogerie.

Worthington est très bien dans ce rôle ingrat et dépourvu de charme, Bettany – totalement méconnaissable – est stupéfiant de crédibilité en surdoué rongé par la haine. Autour d’eux, Chris Noth parfait en directeur du FBI colérique et de bons comédiens comme Lynn Collins ou Brian F. O’Byrne.

À voir donc, ce thriller cérébral, tendu à craquer, sombre et cultivant jusqu’au bout une ambiguïté déstabilisante, puisqu’on en vient presque à prendre parti pour l’assassin…

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« THE ONSLAUGHT » et « SURVIVAL » : premiers épisodes de « A man called Shenandoah »

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ROBERT HORTON

« THE ONSLAUGHT » est le film-pilote de la série western « A MAN CALLED SHENANDOAH », créée par E. Jack Neuman. Celle-ci met en scène un pistolero (Robert Horton) devenu amnésique à cause d’une balle à la tête mal placée et cherchant à retrouver des bribes de son passé en allant d’une ville à l’autre, cherchant des gens qui l’auraient connu.

Dans le pilote réalisé par Paul Wendkos, Horton est donc blessé par le hors-la-loi Richard Devon et laissé pour mort. Il récupère grâce aux bons soins d’un docteur (Noah Keen) et d’une fille de saloon (Beverly Garland). Il retombe par hasard sur l’infâme Devon mais se voit forcé de l’abattre avant qu’il ne lui ait révélé son identité. Le film, durant 26 minutes, pose bien les bases de la série, installe Horton très à l’aise, qui sortait alors de « LA GRANDE CARAVANE » (189 épisodes !) comme héros romanesque et vulnérable. Il partira à la recherche de lui-même, abandonnant Miss Garland, qui était bien sûr tombée amoureuse de lui.

« SURVIVAL » est donc le 1er épisode de « A MAN CALLED SHENANDOAH », réalisé par l’efficace Boris Sagal. Horton s’arrête dans un relais tenu par la veuve Jeanne Cooper. Après le départ de notre héros à qui elle a vendu un cheval, celle-ci est retrouvée morte assassinée. Accusé, Horton devra défendre chèrement sa peau, soutenu par un shérif honnête (John Anderson), mais accusé par des lyncheurs déchaînés. Parmi ceux-ci, on reconnaît l’impayable John Davis Chandler, jouant un dégénéré au ricanement de hyène, une des ses spécialités. À noter que Anderson et lui jouaient des frères dans « COUPS DE FEU DANS LA SIERRA » de Peckinpah, trois ans plus tôt.

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ROBERT HORTON, BEVERLY GARLAND ET JEANNE COOPER

On remarquera également que la silhouette de Horton emmitouflé dans une peau de bison à cheval dans la neige, n’est pas sans annoncer celle des chasseurs-de-primes dans « LE GRAND SILENCE » de Sergio Corbucci, sorti trois ans plus tard.

 

« BLUE BLOODS » : saison 5 (2014)

La 5ème saison de « BLUE BLOODS » continue de creuser son sillon, imperturbable et constante, fouillant les personnages récurrents, les confrontant, les mettant face à des dilemmes insolubles ou les faisant grimper dans la hiérarchie. La série ne perd nullement en qualité, malgré un nombre d’épisodes insignifiants un peu plus fourni que dans les saisons précédentes. Les auteurs cultivent un peu trop les dialogues sentencieux et les « comme par hasard » irritants.BB5

Toutefois, on note une volonté d’approfondir le rôle de Tom Selleck, ce parangon de vertu, ce fervent catholique, ce pater familias idéal, qu’on surprend à douter de sa mission, de lui-même, face à un monde qu’il ne comprend plus. L’acteur joue toujours de la même façon, mais ses face-à-face avec un ex-coéquipier qui fait un faux-pas à quelques semaines de la retraite ou avec un ami sénateur qui lui demande un « service » douteux, posent des questions loin d’être anodines. Les autres « récurrents » gagnent également en subtilité : Bridget Monyahan est moins figée que précédemment, plus vulnérable, Donnie Wahlberg est remarquable, malgré le handicap d’une coéquipière (Marisa Ramirez) grimaçante et pas vraiment à la hauteur, Will Estes et Vanessa Ray naviguent finement dans l’ambiguïté jamais résolue de leur relation. Les scènes de repas dominicaux sont de plus en plus sympathiques et le discours « républicain » de nos héros est atténué par l’affection qu’on porte à tous les protagonistes.

Quelques ‘guest stars’ notables dans cette 5ème saison plaisante : Dan Hedaya en mafioso truculent, Peter Coyote en politicien faux-jeton mais charmeur, Leslie Hope en journaliste à la dent dure, Dennis Haysbert qui n’apparaît que le temps de se faire tuer, David Patrick Kelly excellent en serial killer repenti. La confrontation entre ce dernier et la survivante d’une famille qu’il massacra jadis, donne d’ailleurs une des scènes les plus stupéfiantes de toute la série, surtout dans sa conclusion inattendue.

« BLUE BLOODS », quoi qu’on pense de son discours sous-jacent, reste une excellente série policière et familiale qu’on aurait tort de négliger.

 

« SOLDIER » : épisode de « Au-delà du réel » écrit par Harlan Ellison

SOLDIEREn hommage à Harlan Ellison qui vient de nous quitter, un petit retour sur « SOLDIER », un des deux épisodes de la série TV « AU-DELÀ DU RÉEL », dont il signa le scénario.

Réalisé par Gerd Oswald, avec les restrictions budgétaires inhérentes à cette série-culte, ce téléfilm préfigure dès son ouverture le postulat de « TERMINATOR » (au point d’ailleurs, qu’Ellison attaqua James Cameron pour plagiat)  : des soldats aux ordres de machines, combattant sur une planète dévastée, qui pourrait bien être la terre dans le futur ! Le développement est en revanche très différent du film de 1984.

Michael Ansara, un guerrier étrangement harnaché, se retrouve projeté dans le passé. Interné en HP, il se laisse peu à peu approcher par Lloyd Nolan, un linguiste qui va tenter de communiquer avec lui. Mais le « soldat » est paranoïaque, ne fait confiance à personne et se montre aussi dangereux qu’une grenade prête à exploser. C’est alors qu’un « ennemi » débarque à son tour du futur bien décidé à en découdre…

C’est évidemment très rudimentaire, essentiellement fait d’échanges de dialogues, les décors sont cheap, les accessoires ressemblent à des jouets de Noël, le ridicule guette à chaque coin de séquence. Mais force est de reconnaître que le thème est intrigant, que le message pacifiste passe plutôt bien. Affublé de faux sourcils et d’une armure pittoresque, Ansara s’en sort étonnamment bien. Nolan et Tim O’Connor en agent du FBI accomplissent leur travail de façon très routinière.

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MICHAEL ANSARA ET LLOYD NOLAN

À voir donc pour l’admirateur de feu Mr Ellison curieux de connaître son œuvre télé et pour faire le parallèle avec le film de Cameron.

 

« OZARK » : saison 1 (2017)

La 1ère saison de « OZARK », série Netflix de 10×52 minutes, installe des données qui ne sont pas sans évoquer de glorieuses aînées comme « BREAKING BAD » (le simple citoyen se transformant progressivement en caïd de la drogue) et « JUSTIFIED » (l’univers rural et ses codes criminels).OZARK.jpg

De bonnes références pour un scénario solide et surtout des protagonistes extrêmement bien écrits et définis dont l’évolution passionne davantage que le sous-texte policier, ce qui est généralement bon signe pour une possible pérennité. Modeste comptable d’une firme de conseil financier de Chicago, Jason Bateman est plus ou moins forcé de s’acoquiner avec Esai Morales à la tête d’un cartel mexicain de trafic d’héroïne. Pour blanchir l’argent de son nouveau boss, Bateman s’exile dans le Missouri avec femme et enfants et tombe alors dans les pattes du caïd local, le très dangereux Peter Mullan. Sans oublier qu’il a le FBI aux trousses, en la personne d’un agent (Jason Butler Harner) gay et un peu fêlé.

Le principe de la série consiste à contempler Bateman s’enfonçant dans un cauchemar sans fin, tombant de charybde en scylla sans espoir de jamais s’en sortir. Mais l’homme a de la ressource, une femme (Laura Linney) aussi futée que lui et un grand sens de la machination diabolique. La série est aussi drôle que stressante, parfois très violente, les méchants font vraiment peur, les seconds rôles sont tous formidables, à commencer par la jeune Julia Garner (graine de star, à n’en pas douter !), Harris Yulin en mystérieux voisin ou Marc Menchaca – qui rappelle physiquement Lee Marvin – en plouc à la sexualité ambiguë.

Il se passe énormément de choses pendant ces dix épisodes et la fin laisse une réelle envie de connaître la destinée de cette famille. Et, last but not least, Jason Bateman est remarquable d’intensité et de complexité dans ce personnage opaque et bizarrement attachant. À suivre !

 

« PARANOID » (2016)

« PARANOID » est une minisérie de 8×52 minutes, apparemment tout à fait classique et sans surprise, suivant l’enquête autour de l’assassinat d’une jeune femme dans un parc du Cheshire et menant à un énorme scandale impliquant un important labo pharmaceutique.PARANOIDE

Le scénario est bien agencé et progresse de façon claire et efficace, mais autant le dire tout de suite, on ne se sent pas très concerné par l’aspect policier de ces épisodes et l’importance des enjeux aurait même tendance à nous passer au-dessus de la tête. En revanche – et là se situe l’excellente surprise – tous les protagonistes sont intéressants, attachants et écrits en trois dimensions. Pas l’ombre d’un cliché, aucun schématisme, l’équipe de flics anglo-allemande (l’investigation se déroule dans les deux pays simultanément)est magnifiquement croquée : Indira Varma n’a jamais été meilleure qu’en fliquette soupe-au-lait et invivable, Dino Fetscher est parfait en « rookie » fils-à-maman, Robert Glenister remarquable en vieux de la vieille dépressif en proie à des crises de panique. Parmi les seconds rôles, on est heureux de revoir la grande, l’immense Lesley Sharp en « quaker » au sourire serein mais au passé trouble, Danny Huston en ex du FBI suave et sûr de lui et Polly Walker extraordinaire en mère mythomane et castratrice des plus haïssables.

Rien de révolutionnaire donc dans « PARANOID », dont on aurait tout de même apprécié une intrigue policière plus prenante et dramatique, mais un vrai bonheur dans la description des personnages principaux auxquels on s’attache malgré – ou peut-être bien grâce à – leurs nombreuses failles béantes. À voir avec l’assurance de passer un bon moment et de voir de grands comédiens à l’œuvre.

 

« MINDHUNTER » : saison 1 (2017)

Une série sur les balbutiements de l’étude comportementale des tueurs en série, bâtie autour d’un petit groupe d’agents du FBI donnant naissance au « profilage » à la fin des années 70, le tout en partie (quatre épisodes sur dix) réalisé par David Fincher… Comment ne pas être instantanément aimanté ?MINDHUNTER

De fait, « MINDHUNTER » est une totale réussite, d’une cohérence parfaite, austère dans sa forme, vertigineuse dans son fond. Jonathan Groff, jeune recrue fascinée par les meurtriers hors-norme et par le Mal et son coéquipier un vieux de la vieille (Holt McCallany) bourru et sceptique, vont à la rencontre de serial killers emprisonnés pour les questionner et tâcher de comprendre leur fonctionnement. Les face-à-face avec le célèbre Ed Kemper (l’extraordinaire Cameron Britton) seront déterminants et crédibiliseront l’expérience.

Mais le véritable centre d’intérêt de cette 1ère saison est l’évolution du jeune flic. De plus en plus sûr de lui, de plus en plus obsédé par sa quête, il laissera les tueurs « entrer dans sa tête » jusqu’à ce qu’ils déteignent littéralement sur sa personnalité et le mettent en danger. L’ultime séquence du dernier épisode est absolument terrifiante et porte indéniablement la griffe de Fincher. L’apprenti-sorcier en sera pour ses frais.

Sombre, intelligente, jamais bêtement spectaculaire ou schématique « MINDHUNTER » est une série d’exception qui elle, ne se laisse jamais aller à la fascination exercée généralement par les serial killers à l’écran. Ceux décrits ici mettent profondément mal à l’aise, mais ne sont jamais « bigger than life ». On distingue très bien la corde raide sur laquelle évoluent les enquêteurs et le péril où se trouve bientôt leur vie personnelle. Autour des deux comédiens principaux, superbes du début à la fin, Anna Torv est parfaite en théoricienne froide et cérébrale et on aperçoit Lena Olin dans un épisode, jouant sa maîtresse dominatrice.

De la grande télévision adulte et magnifiquement écrite, qui redonne ses lettres de noblesse au « polar » contemporain.