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Archives de Catégorie: SÉRIES TÉLÉ

« A FIST OF FIVE » : Lee Marvin dans « Les incorruptibles »

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LEE MARVIN

Épisode de la 4ème saison de « LES INCORRUPTIBLES », « A FIST OF FIVE » possède un générique largement digne d’un long-métrage de cinéma et un nombre très inhabituel de personnages principaux dans le court laps de temps d’une cinquantaine de minutes. Il fallait la stature d’Ida Lupino pour réaliser l’exploit de concentrer autant d’événements et de destins croisés et, de fait, elle signe un des plus mémorables épisodes de la série.

Lee Marvin, flic brutal et aigri, est licencié pour violence excessive. Il réunit ses frères, parmi lesquels James Caan et Roy Thinnes, pour kidnapper un caïd du trafic d’héroïne (Frank DeKova) et demander une rançon à ses associés. Mais contre toute attente, ceux-ci refusent de payer ! Le scénario est solide, les protagonistes sont très bien dessinés, évitant même le manichéisme : DeKova sous ses dehors d’affreux gangster, est fou amoureux de sa femme infirme (Phyllis Coates) et rêve de prendre sa retraite en Italie. Sympathique peut-être pas, mais plus humain en tout cas que Marvin, qui n’hésite pas à mouiller ses propres frères, quitte à les sacrifier pour 150 000 $. L’acteur, qui apparaissait pour la troisième fois dans « LES INCORRUPTIBLES » est égal à lui-même : se mouvant comme un fauve aux abois, arrogant et imprévisible. Du grand Marvin ! Parmi les seconds rôles, on retrouve également la jeune Marianna Hill en fiancée du cadet pressée « de se marier ». Presque un film donc, ce « FIST OF FIVE » mené de main de maître par Mme Lupino et qui s’achève dans les égouts, par la fuite désespérée des survivants de la fratrie.

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ROY THINNES, MARIANNA HILL, JAMES CAAN ET LEE MARVIN

À noter que c’est dans ce téléfilm que Robert Stack – toujours aussi rieur – balance une de ses répliques les plus définitives : à un voyou qui lui propose une tranche de melon, il répond « Je ne mange pas avec les porcs ».

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« NEW YORK – UNITÉ SPÉCIALE » : saison 18 (2017)

Après le regain d’énergie de l’année précédente, la 18ème saison de « NEW YORK – UNITÉ SPÉCIALE » démarre très mal, ressasse les mêmes histoires à peine modifiées, les comédiens récurrents sont visiblement démotivés, ne s’investissent plus du tout et suivent la routine. L’usure est là, flagrante et l’absence d’un alter ego d’égale importance face à Mariska Hargitay, comme le fut Chris Meloni, se fait de plus en plus ressentir.SVU18.jpg

Fort heureusement, la seconde partie de la saison se ressaisit, les scénarios deviennent moins anecdotiques, plus engagés car les auteurs traitent de fanatisme religieux, d’intolérance, de racisme, de charlatanisme, en appelant un chat un chat et en balançant même des piques directes au président Trump. Plutôt osé pour une série tous-publics à grosse audience ! Cela rattrape la déconvenue du démarrage. Mais pas complètement. Le cast de personnages récurrents demeure en retrait, comme anesthésié, hormis Ice T. en passe de devenir sergent et qui retrouve un peu de son agressivité d’antan, Par contre Kelli Giddish semble avoir des moments d’hébétude, mais Peter Gallagher affine encore son rôle de chef de la police. L’héroïne-en-titre (et productrice), Miss Hargitay, est poussive, se repose sur les sempiternels mêmes tics de jeu et mimiques et plombe un peu l’ensemble, comme le fait parfois Tom Selleck dans « BLUE BLOODS ». Sans parler de sa non-relation avec son fils adoptif, tellement mal gérée qu’on redoute ces séquences longtemps à l’avance. Le regard du spectateur attentif aura remarqué que l’enfant ne la regarde pas une seule fois dans les yeux, mais qu’il est constamment tourné vers (probablement) sa véritable mère, qui doit se tenir près de la caméra ! Très irritant…

À voir, d’abord par habitude (c’est conforable, une série qui a presque vingt ans !) et pour des épisodes remarquables comme « CONVERSION » ou « AMERICAN DREAM ». À l’année prochaine, donc !

 

« WOLF CREEK » : saison 2 (2018)

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JOHN JARRATT

Greg McLean est aux manettes de cette seconde saison de « WOLF CREEK » qu’on n’attendait pas et il en a réalisé lui-même les deux premiers épisodes. Si on est légèrement déçu au début par un générique moins angoissant, une photo plus plate, moins westernienne, on comprend que les auteurs ont refusé de se répéter et ont choisi le réalisme et le ‘survival’ plutôt que de lorgner du côté de « MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE ».WC2 2

Les 6×52 minutes sont extraordinairement addictives et on retrouve avec appréhension le serial killer le plus abominable de ces dernières années. Ce gros plouc de ‘Mick’ (John Jarratt complètement fusionné avec son rôle) s’attaque cette fois à un car de tourisme parti explorer le bush et entreprend de massacrer méthodiquement tous les passagers, en emportant certains encore vivants dans sa mine désaffectée, antichambre des enfers à donner des cauchemars aux plus endurcis. Le démarrage assez lent permet de bien connaître les protagonistes avant que ne démarre vraiment le carnage et donc d’impliquer émotionnellement le spectateur. Tous les comédiens sont parfaits, à commencer par Tess Haubrich en héroïne déterminée, Laura Wheelwright en jeune lesbienne malheureuse en amour mais pleine de ressources ou Matt Day dans un rôle complexe plein de zones d’ombre. Mais il est évidemment difficile pour eux d’exister face à l’énorme Jarratt, totalement terrifiant avec son œil inquisiteur, son ricanement nasillard et ses mauvaises habitudes de dépeceur sans état d’âme.

En fait, ce qui épate le plus dans cette série, c’est qu’elle arrive à développer autant d’épisodes et de sous-intrigues avec un si squelettique postulat de départ. Mais elle y parvient sans problème et va jusqu’au bout du bout du noir. Dans le bush australien, personne ne vous entend crier…

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TESS HAUBRICH ET LAURA WHEELWRIGHT

 

« OFF SEASON » : épisode de « The Alfred Hitchcock hour » réalisé par William Friedkin

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JOHN GAVIN

« OFF SEASON » est l’ultime épisode de la dernière saison de « THE ALFRED HITCHCOCK HOUR » et on retrouve, cinq ans après, trois noms déjà réunis au générique de « PSYCHOSE » : Alfred Hitchcock en tant qu’hôte, Robert Bloch au scénario et John Gavin en vedette.

Mais surtout ce qui intrigue dans ce téléfilm, c’est qu’il s’agit de la première fiction tournée par un William Friedkin de trente ans, venu du documentaire.

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RICHARD JAECKEL

Gavin joue un flic à la gâchette trop sensible, un psychopathe assermenté forcé de démissionner après avoir abattu un SDF inoffensif. Avec sa fiancée (Indus Arthur), il s’installe en province où il trouve un job de shérif-adjoint. Mais il se persuade que la jeune femme est devenue la maîtresse de l’ex-adjoint (Richard Jaeckel) et décide de ressortir son revolver. Le scénario fonctionne bien sur ces bases simples et solides et la chute – qu’on voit venir assez tôt en étant un tant soit peu attentif – est bien amenée. Le film est solidement réalisé, sans qu’on y décèle le style Friedkin, mais l’habituellement fade Gavin est excellemment dirigé dans ce qui constitue un de ses meilleurs rôles. Avec son physique lisse, « All American », il en devient encore plus inquiétant. Et bien sûr, le voir vivre dans un motel miteux, tenu par un type louche (William O’Connell) renvoie instantanément à « PSYCHOSE ».

Un épisode mémorable donc, pour différentes raisons : le premier de Friedkin et le dernier de la série qui s’achève heureusement sur une note dynamique.

 

« GOMORRA » : saison 3 (2017)

Avec cette 3ème  année, la série « GOMORRA » gravit encore un échelon dans l’écriture et se confirme comme une des plus grandes fictions jamais consacrées à la mafia et à ses mœurs.GOMORRA3

Ces douze épisodes ont pour thèmes principaux la trahison, comme les précédentes, mais surtout le vieillissement des « monstres » dont on a suivi l’évolution. ‘Ciro’ (Marco d’Amore) n’est plus un jeune fauve avide de pouvoir, mais un homme brisé, au bord du gouffre, en quête de rédemption alors même qu’il sait que ses péchés sont trop grands pour espérer un quelconque futur. Sa réunion avec ‘Gennà’ (Salvatore Esposito) son frère ennemi est au centre de cette saison. L’association inévitable de Romulus et Remus, de Caïn et Abel, pour affronter la nouvelle pègre et les vieux parrains de Naples. Passionnant de voir Ciro former un nouveau lui-même en la personne de ‘Sang Bleu’ (Arturo Muselli, stupéfiant) un voyou charismatique hanté par la vengeance, et créer un « golem » bientôt incontrôlable. Les épisodes s’enchaînent en crescendo. Les haines s’exacerbent, tout le monde manipule tout le monde, mais la véritable protagoniste se révèle peu à peu : ‘Patri’ (Cristiana Dell’Anna) la messagère silencieuse, tellement plus intelligente que tous les autres réunis. Aucune limite à la violence dans « GOMORRA » : les grands-pères sont prêts à supprimer leur descendance, les femmes sont abattues pour déclencher des guerres, les anciens se font éclater le crâne sur la table des négociations. C’est la jungle.

Avec des pics comme les deux derniers épisodes, à faire pâlir le souvenir du « PARRAIN » ou des « SOPRANO », « GOMORRA » s’achève sur une séquence cathartique à bord d’un yacht, une fête de la victoire qui se mue en dénouement digne d’une tragédie antique. Chef-d’œuvre.

 

« THE FORT » & « THE CALLER » : épisodes de « A man called Shenandoah »

FORT

WARREN OATES

« THE FORT » est un épisode de la série « A MAN CALLED SHENANDOAH » réalisé par Don McDougall et il conduit Robert Horton, notre héros amnésique, dans un fort entouré par des Apaches hostiles. À peine arrivé pour rencontrer Warren Oates, censé connaître son identité, Horton est pris pour son complice et jeté en prison. En effet, Oates va bientôt être exécuté pour avoir vendu des fusils aux Indiens et causé la mort de cinquante soldats.

Seulement Oates refuse de dévoiler à Horton ce qu’il sait. Le major (Edward Binns) tient absolument à les fusiller tous les deux au plus vite et le sympathique médecin (Milton Selzer) ne peut pas grand-chose pour eux. Un épisode un peu plan-plan, se déroulant pour une bonne moitié à l’intérieur d’une cellule exiguë. Heureusement, il y a Warren Oates, toujours intéressant quand il s’efforce d’insuffler un tant soit peu d’humanité à un rôle indéfendable, comme ce traître étonnamment calme devant sa mort prochaine. Shenandoah n’apprendra évidemment rien sur lui-même et échappera in extremis au peloton.

CALLER

ROBERT HORTON, KENT SMITH ET CLORIS LEACHMAN

« THE CALLER », réalisé par David Alexander reprend exactement la même mécanique : Horton débarque en ville pour rencontrer un avocat censé connaître des détails sur son passé. Mais il tombe sur son cadavre et se voit accusé du crime ! C’est quand même pas de chance ! Seul témoin, la fille du mort, en état de catalepsie, incapable de témoigner. Jeté en prison, une fois de plus, Horton tombe cette fois sur un shérif pas trop borné (David Sheiner) qui va l’aider à enquêter pour sauver sa peau. Le couple (Kent Smith et Cloris Leachman) qui a recueilli la fillette semble des plus suspects. Notre héros découvre que la femme fut la maîtresse du défunt. Hélas, toujours rien sur son propre passé : revenue à elle, la petite fille lui indiquera seulement que lorsqu’elle l’a rencontré quelques mois plus tôt en compagnie de son père, il venait de Tucson.

 

« MANHUNT : UNABOMBER » (2017)

« MANHUNT : UNABOMBER » est une minisérie de 8×52 minutes basée sur des faits réels et relatant l’enquête du FBI pour stopper les méfaits d’un psychopathe agissant à distance, via des colis piégés.UNABOMBER

L’action située sur deux époques en parallèle (1995 et 1997, ce qui prête parfois à confusion) se focalise sur deux personnages : l’agent (Sam Worthington) chargé de dépister le tueur, en instaurant à grand-peine une nouvelle méthode d’investigation basée sur le langage et l’étude d’une thèse publiée par l’inconnu. Et « l’Unabomber » lui-même (Paul Bettany) un ermite terré dans une minuscule cabane en forêt et obsédé par les ravages de la technologie. Le 6ème épisode, « TED » est le plus fascinant, puisqu’il remonte à la jeunesse du criminel et aux événements qui ont révélé puis cristallisé sa misanthropie et sa folie.

Le plus intéressant dans cette minisérie rigoureuse et austère, est la relation entre proie et chasseur. En s’immergeant dans les écritures de ‘Ted’, l’agent va devenir obsessionnel, adhérer à ses théories, perdre ses amis, sa famille et même la confiance de ses chefs. Mais il va réellement pénétrer le cerveau de l’homme. Ce que fera également celui-ci, quand il sera mis en présence de celui qui l’a démasqué. Une manipulation mentale à double sens qui fait tout le prix d’un scénario intelligent, extrêmement bien dialogué et précis comme un mécanisme d’horlogerie.

Worthington est très bien dans ce rôle ingrat et dépourvu de charme, Bettany – totalement méconnaissable – est stupéfiant de crédibilité en surdoué rongé par la haine. Autour d’eux, Chris Noth parfait en directeur du FBI colérique et de bons comédiens comme Lynn Collins ou Brian F. O’Byrne.

À voir donc, ce thriller cérébral, tendu à craquer, sombre et cultivant jusqu’au bout une ambiguïté déstabilisante, puisqu’on en vient presque à prendre parti pour l’assassin…