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Archives de Catégorie: SÉRIES TÉLÉ

« MINDHUNTER » : saison 2 (2019)

Coréalisée par David Fincher, Andrew Dominik et Carl Franklin, la 2ème saison de « MINDHUNTER » poursuit son étude de la nouvelle cellule du FBI censée « profiler » les serial killers et les débusquer en se basant uniquement sur leurs points communs et leur modus operandi. Nous sommes toujours à la fin des seventies, avec le même trio d’enquêteurs disparate. Dans cette saison, c’est le vétéran Holt McCallany qui est placé en avant.MIND2

« MINDHUNTER » garde le cap d’une réalisation sobre, sans le moindre effet mélodramatique, sans jamais céder au spectaculaire, même dans l’approche de la violence (qui est tout de même à la base même du scénario), enrobe son récit d’une lumière verdâtre, souvent sous-exposée, là encore sans chichi esthétique. Dans ces neuf épisodes oscillant entre 40 et 70 minutes, seuls comptent les personnages, leur évolution, leurs erreurs et leurs conflits internes, toujours très motivés et passionnants à voir évoluer. Seul petit reproche, l’analyste Anna Torv peine à trouver sa place dans cette affaire de tueur d’enfants noirs à Atlanta et ses mésaventures sentimentales avec une barmaid ne servent strictement à rien et plombent même sévèrement le rythme de certains épisodes. Intéressante progression en revanche de Jonathan Groff, dont l’arrogance naturelle va être mise à mal à force d’échecs et de piétinements. Mais outre les face à face avec les assassins (dont un très crédible Charles Manson), tous remarquablement interprétés et la démythification de quelques-uns d’entre eux comme le « Son of Sam », le cœur de cette saison se situe au domicile de McCallany, dont le jeune fils adoptif se révèle peu à peu posséder pas mal de points communs avec les monstres qu’il poursuit à longueur d’année. Fascinante thématique, déjà développée dans l’excellente série anglaise « HAPPY VALLEY ».

Une saison 2 qui ne démérite pas donc, qui évite tous les clichés des séries TV policières, pour élever le genre tout en le dépoussiérant.

 

« LA MÉTHODE KOMINSKY » : saison 2 (2019)

Les 8×26 minutes qui constituent la 2ème saison de « LA MÉTHODE KOMINSKY » de Chuck Lorre, parviennent à encore améliorer le score de la première, déjà géniale. Pour avoir produit cette sitcom de luxe, il sera beaucoup pardonné à Netflix !KM

Si les épisodes précédents parlaient du vieillissement du mâle américain, du deuil et des tristes bilans du 3ème âge, celle-ci va encore plus loin dans les thèmes qui effraient : les défaillances physiques, le cancer, la solitude, mal dissimulés derrière plusieurs couches de cynisme et de sarcasmes. C’est cruel, abrasif, mais étonnamment généreux et constamment hilarant, même dans les pires situations. C’est vraiment de la grande écriture, une manière brillante et frontale d’aborder les grandes angoisses de l’être humain. Sans oublier un discours lucide et passionnant sur le métier de comédien et ses aléas et une critique virulente contre l’église de scientologie. N’en jetez plus !

Bien sûr, le casting est pour beaucoup dans la jouissance procurée par cette série : Michael Douglas, encore très séduisant à 75 ans, dans un personnage qu’on devine très proche de lui, Alan Arkin magnifique dans le désarroi orgueilleux, Paul Reiser – vieilli par un maquillage épatant – quasiment méconnaissable en vieux futur gendre de Douglas, plus quelques « guests » comme Jane Seymour peut-être plus belle et mordante que dans ses jeunes années, Allison Janney dans son propre rôle et surtout (vraiment pas facile à reconnaître !) Kathleen Turner, la partenaire de Douglas dans « À LA POURSUITE DU DIAMANT VERT » ou « LA GUERRE DES ROSE », jouant son ex-femme le temps d’une séquence au téléphone d’une implacable dureté.

C’est d’une telle qualité, d’une telle finesse, qu’on enrage d’en voir le bout après si peu d’épisodes, mais « LA MÉTHODE KOMINSKY » n’a sans doute pas dit son dernier mot, et c’est avec impatience qu’on attend la suite de ce petit bijou.

 

« UNBELIEVABLE » (2019)

Quand on tombe sur une minisérie (8×52 minutes) telle que « UNBELIEVABLE », qui plus est sur Netflix, on se dit qu’au fond, cela n’a pas l’air si compliqué que ça de produire des œuvres de qualité, avec de bons scénarios, un casting haut-de-gamme et une réalisation adéquate. Alors pourquoi les plateformes si fertiles en nouveau « contenu », en proposent-elles si peu de cette qualité ?UNBELIEVABLE.jpg

Inspiré de faits réels, « UNBELIEVABLE » suit en parallèle deux actions, l’une en 2008, l’autre en 2011. D’abord le viol d’une jeune fille (Kaitlyn Dever) que personne ne croit et qui finit comme une paria rejetée de tous, ensuite l’enquête de deux femmes-flics du Colorado, la vétéran dure-à-cuire Toni Collette et sa coéquipière plus jeune et plus idéaliste (Merritt Wever) sur la piste d’un violeur en série. Les deux histoires se recoupant, bien sûr, à la toute fin. Écrit au cordeau, suivant pas à pas une investigation fastidieuse, pénible, pleine de culs-de-sac, « UNBELIEVABLE » est d’abord et avant tout une affaire de femmes. Les hommes sont relégués au second plan et, pour la plupart, pas très brillants. On pense à ce personnage de flic obtus et insensible parfaitement campé par Eric Lange. Au-delà de son très sobre et efficace discours militant pour une gestion plus humaine des affaires de viol et une meilleure communication entre les différents services de police, la minisérie est surtout un magnifique écrin aux prestations de trois grandes comédiennes : d’abord Merritt Wever, grande révélation, en officier obsessionnelle, intelligente et portée par sa foi en Dieu et en sa mission. Elle est d’un naturel tellement confondant que ses partenaires semblent plus artificiels en comparaison. Toni Collette joue parfaitement le cynisme et la lassitude de celle qui en a trop vu et depuis trop longtemps, et la jeune Kaitlyn Dever crève littéralement l’écran en victime du système. Il faudrait également citer Elizabeth Marvel en mère « d’accueil » nocive ou Brooke Smith en psy. Toutes des pointures !

À voir absolument donc, ce produit Netflix qui ne nous avait pas habitués à cela. Bravo !

 

« GOMORRA » : saison 4 (2019)

Amputée d’un de ses deux protagonistes, la série « GOMORRA » se devait de retrouver un équilibre. Le personnage de ‘Ciro’ était si charismatique et porteur, qu’on a pu en douter. Rassurons-nous, la 4ème saison de ce chef-d’œuvre télévisuel est largement au niveau des précédentes, tout en ayant opéré des changements radicaux.GOMORRA4.jpeg

D’abord concernant ‘Gennà’ (Salvatore Esposito) qui, rongé par le remords, se prend à rêver, comme Michael Corleone dans « LE PARRAIN III », d’un avenir « legitimate » pour son fils. Et surtout ‘Patri’ (Cristiana Dell’Anna) qui a atteint les sommets du pouvoir mafieux à Naples et domine clairement ces 12 épisodes d’une tension inouïe. Car une fois encore, on s’attache à ces sinistres individus, à ces tueurs de sang-froid presque « à l’insu de notre plein gré ». Et Patri, qui prend en quelque sorte la place laissée vacante par Ciro, acquiert peu à peu une dimension héroïque : la femme seule contre tous qui doit prouver à tout instant qu’elle est au moins aussi létale que les hommes. L’actrice est extraordinaire d’intensité et certains gros-plans la font entrer d’emblée dans la cour des très grandes. Outre l’évolution des personnages, « GOMORRA » a opéré une métamorphose visuelle. Loin de l’image esthétisante et contrastée des saisons précédentes, qui auréolait de légende l’affrontement de ces Romulus et Remus napolitains, la saison 4 affiche une photo plus naturaliste, beaucoup moins stylisée. Cela aussi fait mieux passer la transition. Esposito est d’une sobriété sans égale et manifeste par de simples regards les subtils changements d’humeur de Gennà. Son face à face final avec Patri est époustouflant. Seul le rôle de sa femme (Ivana Lotito) semble souffrir d’une écriture flottante, évoluant sans réelle logique d’un épisode à l’autre. Même petite déception pour « Sang Bleu » (Arturo Muselli) qui perd dans cette saison la prometteuse aura qu’il affichait dans la précédente, pour n’être qu’un pâle voyou peu doué pour l’exercice du pouvoir. Mais cela semble délibéré, puisqu’un de ses propres hommes le lui fait remarquer dans le dialogue !

Quoi qu’il en soit, une des plus grandes séries actuelles qui aurait pu s’achever par son glaçant dernier plan, mais qui semble devoir se poursuivre. Et tant mieux !

 

« BRONK » : film-pilote (1975)

Créé par l’acteur Carroll O’Connor et Ed Waters, réalisé par Richard Donner trois ans avant « SUPERMAN » et musiqué par Lalo Schifrin, le film-pilote de la courte série « BRONK » attise la curiosité, d’autant plus que le rôle-titre est tenu par un Jack Palance de 56 ans jouant un flic de L.A.BRONK.jpg

Le moins qu’on puisse dire est que personne ne s’est beaucoup foulé ! Même la BO est complètement insignifiante. Et ne parlons pas de la photo pâlotte de Matthew F. Leonetti ou de la réalisation paresseuse. Alex Bronkov, dit ‘Bronk’ représente un véritable contremploi pour Palance et c’est bien là le principal – voire unique – intérêt de ce téléfilm. Loin de ses rôles habituels de méchants psychopathes et exaltés, il joue un honnête policier effacé, presque timide, allergique aux poils de chat et joueur d’harmonica. Récemment veuf, il s’occupe de sa fille catatonique, comme Paul Kersey dans « UN JUSTICIER DANS LA VILLE ». Rien d’original là-dedans, c’est certain. Mais le seul fait de voir Palance en « underplay », avec sa veste de cuir vintage et son brushing, ravira automatiquement les fans de l’acteur. Il n’est pas très bien entouré, surtout par le transparent David Birney (le « SERPICO » de la brève série TV l’année suivante) pas crédible une seconde en narcotrafiquant cynique ni par Henry Beckman en ex-flic et ami.

Alors très actif en Europe, principalement en Italie, Jack Palance tentait un retour au pays, sans doute influencé par le succès de Telly Savalas dans « KOJAK ». On ne peut pas dire que ce pilote soit très probant, mais au moins s’y montre-t-il différent de son image, relativement subtil, voire émouvant.

 

« NEW YORK – UNITÉ SPÉCIALE » : saison 19 (2018)

Après une saison 18 globalement décevante, la 19ème  année de « NEW YORK – UNITÉ SPÉCIALE » s’avère être une heureuse surprise. Éternel renouvellement d’une série déjà ancienne, qui renaît fréquemment de ses cendres. Pour notre plus grand plaisir.NYUS19.jpg

Cette saison est axée sur la thématique de la famille. D’abord via le personnage de Mariska Hargitay, qui voit débarquer la grand-mère (Brooke Shields, eh oui !) de son fils adoptif, bien décidée à récupérer le mioche par n’importe quel moyen. Puis au travers de l’unité elle-même, y compris le procureur Raúl Esparza qui s’intègre au groupe de flics en dehors des heures de travail. Sans compter les épisodes traitant de familles dévoyées (la secte parentale de « THE BOOK OF ESTHER »). Le quota de ratages trop pédagogiques est assez bas, et on dénombre quelques films remarquables comme « SOMETHING HAPPENED », quasi-huis clos dans le commissariat où Olivia affronte Melora Walters (extraordinaire !) dans un face à face où elle va devoir se mettre elle-même mentalement en danger pour faire craquer la victime. « THE UNDISCOVERED COUNTRY » expose la problématique de l’euthanasie et marque le départ de la série du procureur Barba, pour s’être trop impliqué. Bref, beaucoup de bonnes choses dans ces 24×50 minutes, sans oublier quelques « guest stars » de haut-vol comme trois vedettes des seventies telles que Anne Archer, Fionnula Flanagan et Rutanya Alda dans « MAMA », le bref retour d’anciens récurrents de la série comme Dean Winters (« MOOD ») ou Stephanie March (« SUNK COST FALLACY »). Hélas, cela s’achève par un double épisode à la durée absolument pas justifiée, dont les intentions sont louables (le trafic d’êtres humains entre le Mexique et les U.S.A.), mais le scénario et l’interprétation laissent grandement à désirer. Dommage… Cependant l’ultime plan de la saison montre Olivia Benson serrant dans ses bras le nouveau procureur sanglotant, installant notre héroïne dans une nouvelle image de « matriarche » bienveillante à l’empathie universelle.

Bientôt vingt ans donc, et toujours bon pied bon œil pour « NEW YORK – UNITÉ SPÉCIALE » qui traverse les années avec vaillance, non sans quelques fléchissements, mais en gardant toujours son cap et son mordant. Exemplaire !

 

« SUBURRA – LA SÉRIE » : saisons 1 & 2 (2017-2019)

Deux ans après « SUBURRA », le superbe long-métrage de Stefano Sollima, Netflix produit « SUBURRA – LA SÉRIE », une variation sur le même thème en dix épisodes. On retrouve certains comédiens du film qui portent les mêmes noms, mais les cartes sont redistribuées et la série n’est au bout du compte, ni une suite, ni une prequel. C’est une autre histoire avec certains éléments communs avec l’originale.SUBURRA

L’action se situe à Rome et à Ostie et on pense évidemment à Romulus et Remus, même si les « frères » sont trois, que l’un est l’héritier d’un empire du crime (Alessandro Borgi), l’autre d’un clan gitan (Giacomo Ferrara) et le dernier un fils de flic (Eduardo Valdarnini). Rejetés par leur milieu, ils vont former une improbable association pour lutter contre le « Samouraï » (Francesco Acquaroli), omniprésent tireur de ficelles affilié à la mafia sicilienne. Ceci, c’est la trame, mais ce n’est pas tout. Les personnages grouillent, les intrigues s’entremêlent, et la série se teinte fréquemment de tragédie antique. Les fils tuent les pères, les anciens dévorent les jeunes… Le scénario, d’une richesse inouïe, implique l’Église, la politique, les guerres de gangs, dans un ballet de corruption sans fin. Chaque épisode démarre avec un pré-générique qui est (sera) le « climax » et redémarre avec les mots « LA VEILLE » inscrit sur l’écran. Cela sert de teaser très efficace et renforce la sensation d’inéluctable. On pense bien sûr, à la formidable série « GOMORRA » dont « SUBURRA » est une jumelle tout aussi imposante et addictive. Et on se dit qu’il n’est pas impossible qu’on assiste, par des chemins détournés, à une sorte de résurrection du cinéma italien. Cette première saison est, quoi qu’il en soit, une magnifique réussite.

Diffusée deux ans après, la seconde saison se passe quelques semaines seulement après la précédente. On retrouve les protagonistes physiquement changés, mais englués dans les mêmes problématiques de pouvoir, de haine et de vengeance. Certains prennent une importance capitale, comme Filippo Nigro, politicien idéaliste de gauche qui glisse vers l’extrême droite, oublie ses idéaux et se transforme en monstre de duplicité. « Spadino », le Gitan, monte en puissance aux côtés de son épouse ambitieuse, « Lele », le jeune ripou est submergé par la corruption et ne tient pas la distance. Quant à Aureliano, il prend une dimension tragique dans son isolement. Donc, tout va pour le mieux et la série demeure passionnante. Du moins jusqu’aux derniers épisodes qui voient l’écriture se relâcher sensiblement. L’invulnérabilité du « Samouraï » (Francesco Acquaroli, vraiment formidable), systématique et caricaturale, atténue le suspense. Toutes ses apparitions se font sur le même schéma et deviennent redondantes. Les coïncidences énormes s’accumulent (on dirait parfois que Rome est un patelin minuscule où tout le monde ne cesse de se croiser) et certaines situations sont totalement invraisemblables (le rôle de la jeune fliquette tellement mal conçu).SUBURRA2

Sur huit épisodes, au lieu des dix de la 1ère, cette saison maintient un bon niveau avant de s’affaisser sur la fin. Cela reste de la très bonne télévision, mais croisons les doigts pour que la prochaine saison retrouve la rigueur et le sens du tragique de la première, car on sent que la pente est savonneuse.