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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JOHN HURT

JOHN HURT : R.I.P.

John Hurt, comédien de composition anglais, était une présence si régulière et familière depuis les années 60, il avait touché à tellement de genres, tourné avec tant de grands réalisateurs (Richard Fleischer, David Lynch, Ridley Scott, Sam Peckinpah, Michael Cimino, etc.) plus de 200 films et téléfilms, qu’on est stupéfait d’apprendre subitement qu’il était mortel.

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JOHN HURT (1940-2017)

Avec son physique passe-partout et souffreteux, son visage marqué avant l’âge et volontiers tourmenté, il a créé toutes sortes de personnages inoubliables. Caligula dans la minisérie « I, CLAUDIUS », le junkie emprisonné dans « MIDNIGHT EXPRESS », l’astronaute malchanceux dans « ALIEN », le « freak » pathétique de « ELEPHANT MAN » où il était totalement méconnaissable. Il est extraordinaire en fils de famille dévoyé dans « LA PORTE DU PARADIS », en tueur-à-gages glacial dans « THE HIT ». Il n’arrête pas de tourner, souvent aux U.S.A., apportant du prestige à des superproductions comme « HARRY POTTER », « V POUR VENDETTA », « HELLBOY » ou le dernier « INDIANA JONES ». Il avait aussi prêté sa voix ‘off’ à plusieurs films.

Acteur discret, littéralement fondu dans ses rôles, il peut se vanter de n’avoir jamais été mauvais et son nom à un générique de film réjouissait systématiquement le cinéphile. On le savait malade depuis plusieurs années, mais il n’avait jamais ralenti son rythme de travail. Il va nous manquer…

 

« LA PORTE DES SECRETS » (2005)

PORTE« LA PORTE DES SECRETS » est un suspense mâtiné de « ghost story » baignant dans une ambiance décatie de vieux Sud, entre New Orleans et Savannah, dans des décors de bayou comme figés au 19ème siècle.

Le choix des extérieurs, la photo en clair-obscur, l’intensité de la direction d’acteurs hissent le film au-dessus du tout-venant du genre et créent une atmosphère saisissante de superstition « Hoo Doo ». La peur naît des croyances ancestrales, des non-dits, de ce qu’on a peur de voir apparaître, et non pas d’effets faciles vus et revus cent fois. C’est la grande qualité du scénario, qui suit Kate Hudson, jeune infirmière compatissante engagée par un vieux couple (Gena Rowlands et John Hurt) pour s’occuper du mari victime d’un AVC. Mais elle découvre peu à peu des secrets enfouis, un passé de violence et se met à croire à la magie noire.

Classique dans son déroulement, « LA PORTE DES SECRETS » nous gratifie d’un « twist » final étonnant et réjouissant, balayant toutes les fausses-pistes dans lesquelles on a foncé tête baissée pendant tout ce qui a précédé. C’est le plus grand plaisir de ce film soigné et certainement sous-évalué.

Mme Rowlands est exceptionnelle dans ce personnage de « grande dame » bourrue et de plus en plus terrifiante, Hurt apporte tout son (considérable) métier à un rôle quasi-muet où toutes les émotions – et Dieu sait qu’elles sont fortes ! – passent à travers le regard.

KATE HUDSON, GENA ROWLANDS ET JOHN HURT

KATE HUDSON, GENA ROWLANDS ET JOHN HURT

Sans être un grand film, « LA PORTE DES SECRETS » contient suffisamment de morceaux de bravoure horrifiques pour immerger complètement dans son univers poisseux et finir par nous faire croire – à l’instar de l’héroïne – à la possession et aux fantômes. Le film doit beaucoup à la prestation hyper-tendue et subtile de Kate Hudson qui ne fait probablement pas la carrière qu’elle mérite.

 

« OSTERMAN WEEK-END » (1983)

RUTGER HAUER

RUTGER HAUER

Un roman de Ludlum, une mise-en-scène de Peckinpah, une BO de Schifrin et un casting à faire saliver n’importe quel cinéphile normalement constitué. Sur le papier, « OSTERMAN WEEK-END » a tout pour taper dans le mille. Et qu’il soit en plus l’ultime film réalisé par ‘Bloody Sam’, incite à l’indulgence par avance.WK3

Mais il s’avère un peu dur de s’attacher à ce film paranoïaque et inutilement tortueux, qui développe une intrigue absconse, des personnages tellement troubles qu’on finit par s’en désintéresser complètement, pour aboutir à un dénouement décevant en queue-de-poisson. De la Guerre Froide au complot d’un politicien va-t-en-guerre en passant par l’ingérence du KGB, on n’aboutit en fin de compte qu’à une bête histoire de vengeance.

Bien sûr, tout n’est pas à jeter dans « OSTERMAN WEEK-END ». Sam Peckinpah était au bout de son rouleau, mais pas encore tout à fait mort. Il gère bien l’aspect prémonitoire d’une Amérique assujettie aux médias et aux images trafiquées et démultipliées, on reconnaît sa patte dans quelques (rares) scènes d’action et la fausse tête de chien dans le frigo est un évident clin d’œil au chat dans le placard des « CHIENS DE PAILLE ». Reste que la photo est tristounette, que le montage abuse de fondus-enchaînés redondants et que les acteurs semblent tous très mal à l’aise.

Rutger Hauer est un curieux choix pour jouer ce journaliste politique ‘All American’ (même si le dialogue tente de justifier son accent étranger de façon maladroite) et patriote, John Hurt virevolte dans un rôle ambigu de tireur de ficelles à moitié fou, Meg Foster a une belle présence physique dans un personnage sous-exploité. Et Burt Lancaster retrouve son emploi-fétiche de facho intelligent et dangereux qui avait déjà fait ses preuves dans « 7 JOURS EN MAI » et « EXECUTIVE ACTION » : il arrive encore à être inquiétant.

RUTGER HAUER, JOHN HURT ET BURT LANCASTER

RUTGER HAUER, JOHN HURT ET BURT LANCASTER

À voir donc, pour le complétiste peckinpien (celui qui trouve par exemple que « TUEUR D’ÉLITE » est remarquable et que « CONVOI » a des qualités !), qui cherchera envers et contre tout des traces, même infimes, du génie du vieux Sam.

 

« OWNING MAHOWNY » (2003)

PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

Inspiré de faits réels survenus au Canada, « OWNING MAHOWNY » est un curieux film glacial et hypnotisant, qui fait pénétrer dans l’âme tourmentée et obsessionnelle d’un joueur compulsif pris dans un engrenage infernal qu’il a lui-même enfanté.OWNING

Incapable de résister une seconde à son addiction, Mahowny finit par escroquer la banque où il travaille de plus de 10 millions de dollars qu’il perd dans un casino d’Atlantic City. Le rythme est lent, lancinant même, l’ambiance désincarnée, mais le film est littéralement porté à bout de bras par Philip Seymour Hoffman d’une intériorité totale, qui permet de s’identifier à un personnage opaque et jusqu’au-boutiste, prêt à tout sacrifier à son obsession suicidaire. Les longues scènes où on le voit gagner des millions de dollars aux tables de jeu, puis les reperdre aussitôt dans un inexorable mouvement de balancier, sont des modèles du genre.

S’il occupe 90% de l’espace avec cette présence qui n’appartient qu’à lui et qui donne la sensation parfois dérangeante qu’on lit ses pensées les plus intimes comme un livre ouvert, Hoffman est très bien entouré par John Hurt, inhabituel en directeur de casino rapace et flamboyant et par Minnie Driver, jouant avec finesse sa petite amie stoïque, malgré une inexcusable perruque qui l’handicape considérablement. Maury Chaykin fait un grand numéro en ‘bookie’ ringard mais inquiétant.

JPHN HURT, PHILIP SEYMOUR HOFFMAN ET MINNIE DRIVER

JOHN HURT, PHILIP SEYMOUR HOFFMAN ET MINNIE DRIVER

« OWNING MAHOWNY » (comme il est dit dans le dialogue, ‘Mahowny’ est un anagramme de ‘How many’) est une œuvre singulière, pas facile à pénétrer et à aimer par son extrême froideur et par le peu de sympathie que génère le rôle-titre, mais il est sauvé par Hoffman, dont la maîtrise et l’intelligence font toujours des étincelles.

 

« LE CRI DU SORCIER » (1978)

ALAN BATES

ALAN BATES

Dans une ambiance glacée de campagne anglaise sous la pluie, « LE CRI DU SORCIER » est une très étrange fable absconse sur la folie et la crédulité.

Alan Bates est un curieux et inquiétant étranger qui s’invite dans la demeure d’un couple (John Hurt et Susannah York) vivant dans un petit village. Il jette un sort sur l’épouse dont il devient l’amant et démontre ses pouvoirs au mari en poussant devant lui son dévastateur « cri-qui-tue » enseigné par un sorcier aborigène en Australie. Cette histoire déjà baroque en soi, est racontée en flash-back par Bates lui-même pendant un match de cricket, alors qu’il est présentement interné dans un hôpital psychiatrique.SHOUT

Dire qu’on comprend totalement de quoi il retourne serait présomptueux. On ressent des obsessions récurrentes, une sensualité sous-jacente, une fascination pour les sons les plus inconfortables qui culmine dans cette scène étonnante dans les dunes, où Bates lâche son « terror shout » qui décime un troupeau de moutons, leur berger et les mouettes volant alentours.

Mais l’essentiel du film tient dans le triangle amoureux formé par un Alan Bates mystérieux et malsain à souhait, sorte de gourou ombrageux, oiseau de mauvais augure, et un juvénile John Hurt et une très sensuelle Susannah York, qui tombent sous son emprise. Les acteurs font ce qu’ils peuvent pour donner chair et épaisseur à leurs personnages, mais à l’impossible nul n’est tenu, et ceux-ci sont et demeurent de simples silhouettes fantomatiques, au service d’un scénario hermétique dont l’ambiance évoque parfois la série « LE PRISONNIER ».

Pour autant, « LE CRI DU SORCIER » ne manque pas d’intérêt et pour peu qu’on soit dans le bon état de réceptivité peut tout à fait fasciner. C’est du pur cinéma d’auteur, esthétisant et d’un sérieux inébranlable, mais dans lequel on peut se laisser entraîner sans problème.

ALAN BATES, SUSANNAH YORK ET JOHN HURT

ALAN BATES, SUSANNAH YORK ET JOHN HURT

 

« HERCULE » (2014)

HERCULE2Qui aurait pu prédire qu’un jour on ressortirait content de la projection d’un film signé Brett Ratner ? C’est pourtant chose faite avec « HERCULE », un péplum énergique et bien conçu qui revitalise le héros de la mythologie avec humour et finesse. Oui, finesse !

Le scénario, tiré d’un comics-book, est un habile mélange de « CONAN LE BARBARE », « LES 7 MERCENAIRES » (une séquence entière est même un clin d’œil direct au film de Sturges) et « GLADIATOR ». Mais c’est l’idée même du film qui séduit : d’abord montrer que le « fils-de-Zeus » n’est en réalité qu’un mercenaire particulièrement costaud mais tout à fait humain et terre-à-terre, puis le hisser par la force des événements à la hauteur de sa propre légende. Tout élément « fantastique » est soigneusement démonté et ramené à une vision plus pragmatique (les centaures, l’hydre, etc.), évitant ainsi le kitsch et le ridicule inhérents au genre.

Hercule est donc un jumeau barbu de Conan et Dwayne Johnson en est une incarnation idéale, d’une présence physique épatante, comme un morphing vivant de Schwarzenegger et Bud Spencer. À ses côtés, le gratin du cinéma anglais : John Hurt en souverain fourbe, Peter Mullan en général félon, Ian McShane hilarant en devin peu fiable et Rufus Sewell parfait dans un personnage-hommage à Brad Dexter dans « LES 7 MERCENAIRES ». Sans oublier Ingrid Bolsø Berdal, l’héroïne de « COLD PREY », en amazone dure-à-cuire.

DWAYNE JOHNSON ET INGRID

DWAYNE JOHNSON ET INGRID BOLSO BERDAL

On ne s’ennuie pas une seconde, les séquences de bataille – un brin trop étirées – sont extrêmement bien menées, les personnages sont tous intéressants sans céder au cliché facile et la photo du grand Dante Spinotti donne un surplus de classe à l’ensemble. Donc il faut oublier la méfiance naturelle qu’inspire le nom du réalisateur et se laisser faire par cet « HERCULE » très honorable qui permet de s’évader sans arrière-pensée pendant une centaine de minutes. Et ça, par les temps qui courent…

 

« SNOWPIERCER » (2013)

SNOWPIERCERInspiré d’une BD française, « SNOWPIERCER » est, et ce dès les premières images, une drôle de bouillabaisse. On est plongé d’emblée dans une ambiance post-apocalyptique de film-catastrophe où se bousculent les références cinématographiques, du « CUIRASSÉ POTEMKINE » à « RUNAWAY TRAIN » en passant par « 1984 ».

La mise-en-scène chaotique, surtout dans les séquences d’action, les transparences, les dialogues d’une banalité étonnante, génèrent une certaine monotonie, d’autant que le héros, Chris Evans n’a pas une personnalité écrasante et qu’il se fait piquer la vedette par Kang-oh Song qui a lui-même du mal à s’imposer comme protagoniste de par la nature même de son rôle. L’alternance d’hyperactivité, de batailles sanglantes, de caméra bougée et de tunnels dialogués n’est pas toujours bien gérée. Ainsi, le face-à-face final entre Evans et Ed Harris s’enlise-t-il gravement dans un bavardage qui semble ne jamais devoir finir.

Alors on contemple cela passivement, sans déplaisir. On retrouve des accents de « BRAZIL » dans certains personnages (hallucinant numéro d’une Tilda Swinton totalement méconnaissable) et dans certaines situations (la visite à l’école) et un clin d’œil est adressé à Terry Gilliam qui prête son nom à John Hurt.

L’idée de cette Arche de Noé qui a pris la forme d’un train géant transportant les survivants de toutes les espèces à travers une terre entièrement gelée, était déjà présente dans la BD imaginée par Jacques Lob. La transposition en film est esthétiquement réussie, mais le scénario manque de vrais morceaux de bravoure, d’enjeux concrets. Seul le message « révolutionnaire » et qui n’a rien d’hollywoodien, rappelle l’origine coréenne de la production : la vision « horizontale » de la société humaine (les pauvres en queue servant de combustible en riches en tête, grosso-modo) n’est pas très subtile certes, mais a moins délivre-t-elle un message clair et qui sonne juste.SNOWPIERCER2