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Archives de Catégorie: LES FILMS DE BURT LANCASTER

« LES CHASSEURS DE SCALPS » (1968)

SCALPIl y a quelque chose dans « LES CHASSEURS DE SCALPS » de Sydney Pollack, qui annonce nettement le plus populaire « SOLEIL ROUGE » de Terence Young, sorti trois ans plus tard. Un humour débonnaire, un message finement antiraciste et des personnages hauts-en-couleur.

Le trappeur Burt Lancaster « hérite » d’un esclave noir (Ossie Davis) et voit une année de travail envolée, quand des guerriers comanches, puis des comancheros dérobent ses peaux. Avec son nouvel acolyte, il se lance à leur poursuite. L’anecdote est mince, mais propice au développement de caractères. Et tant que Lancaster et Davis sont ensemble à l’image, c’est un délice : le premier superbe en rustre sympathique et entêté au verbe fleuri, le second exceptionnel en roublard opportuniste et beau-parleur, bien plus intelligent que son « propriétaire ». Le dialogue est brillant, d’une drôlerie irrésistible et l’alchimie entre les acteurs est formidable. Hélas, ils sont trop vite séparés par les aléas du scénario et c’est le couple Shelley Winters-Telly Savalas qui occupe alors le devant de la scène. Ils sont infiniment moins drôles, cabotinent en roue-libre de façon répétitive et vite exaspérante. À cause de ce déséquilibre, le film connaît un terrible « ventre mou » en son milieu, qui ne se dissipe que lorsque Burt et Ossie se retrouvent enfin. C’est regrettable, mais certaines répliques aident à avaler la pilule : « Si on te mettait dans une porcherie, tu deviendrais vice-président des gorets » ou :  « Parce que t’es battu pour la première fois de ta vie, tu te pavanes comme une squaw enceinte ». Éclats de rire assurés, d’autant que Lancaster est dans une forme éblouissante. Parmi les rôles secondaires, on reconnaît des visages familiers comme Dabney Coleman ou Paul Picerni. Malgré ce scénario bancal, une photo tristounette et une BO d’Elmer Bernstein qu’il a dû écrire pendant son sommeil, « LES CHASSEURS DE SCALPS » demeure un western sympathique, bourré de bonnes idées, dont on est prêt à pardonner les manques et les vices-de-forme.

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OSSIE DAVIS, TELLY SAVALAS ET BURT LANCASTER

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« ATLANTIC CITY » (1980)

CITY.jpgCoproduction franco-canadienne, « ATLANTIC CITY » est signé de l’éclectique Louis Malle et se situe – comme son titre l’indique – dans la station balnéaire aux multiples casinos. Un endroit décati, passé de mode, à l’image du personnage central : Burt Lancaster.

Si le scénario tient vaguement du polar, un peu de la chronique nostalgique et beaucoup du portrait d’un individu a priori peu sympathique, il faut bien dire que le principal intérêt de la chose est le grand Burt. À 67 ans, physiquement fatigué, il n’a rien perdu de sa prestance. Mais il n’est pas évident d’accepter qu’il joue un « va-chercher » ringard, couard et mythomane, dont le seul exploit dans l’existence aura été d’abattre deux malfrats en pleine rue. On met donc un temps à s’habituer à le voir jouer les minables, un véritable contremploi, mais il est tellement présent, son jeu est si nuancé, qu’il emporte le morceau et sauve le film à lui tout seul. Car malgré tout le talent du réalisateur, l’ennui pointe souvent, la photo pastel ajoute à la monotonie générale et cette galerie de losers, de laissés-pour-compte ne passionne pas vraiment. Heureusement, Susan Sarandon est très bien en serveuse se rêvant croupière à Monaco. Les plans où elle enduit son buste dénudé de jus de citron pour ôter l’odeur des huîtres, sont toujours aussi troublants. On aperçoit Michel Piccoli en patron de casino sans relief et Kate Reid en ex-poule à gangsters constamment malade.

Rien de vraiment enthousiasmant dans « ATLANTIC CITY » donc, hormis nous l’avons dit, le plaisir de voir Lancaster qui s’est délibérément vieilli et a pris le risque de se montrer sous un jour peu flatteur et en totale contradiction avec tous les rôles endossés au cours de sa carrière. C’est déjà pas si mal !

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BURT LANCASTER ET SUSAN SARANDON

 

« LE GRAND CHANTAGE » (1957)

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BURT LANCASTER

L’Écossais Alexander Mackendrick s’est entouré de la fine-fleur hollywoodienne (Clifford Odets au scénario, James Wong Howe à la photo, les productions Lancaster), pour signer avec « LE GRAND CHANTAGE » un chef-d’œuvre inaltérable du ‘film noir’.SWEET.jpg

C’est une plongée dans les ténèbres de l’âme humaine, se déroulant pourtant dans un décor apparemment anodin : les coulisses du showbiz new-yorkais où règne en maître Burt Lancaster, chroniqueur mondain tout-puissant, qui fait et défait les réputations. Le vrai protagoniste est Tony Curtis, attaché de presse obséquieux, visqueux, totalement dénué de scrupules, prêt à n’importe quoi pour obtenir les faveurs de son seigneur à lunettes. Lancaster est prodigieux dans ce rôle d’ordure cruelle et malveillante, un sociopathe amoureux de sa propre sœur, enivré par son propre pouvoir. L’acteur, généralement si physique, semble statufié, il bouge à peine, contient sa rage, joue tout dans le regard et les mâchoires et fait froid dans le dos. Face à lui, Curtis trouve le rôle de sa vie. Difficile d’imaginer personnage plus répugnant derrière ce visage d’angelot dévoyé. Un très grand duo d’acteurs. Ils sont bien entourés par Susan Harrison en pauvre fille dominée, Barbara Nichols excellente en « cigaret girl » utilisée par Curtis comme appât pour obtenir des faveurs. Le dialogue est brillant, vif, d’une méchanceté inouïe, certaines séquences comme la confrontation finale dans l’appartement de J.J. sont époustouflantes et l’image renvoie aux plus grands classiques du film noir de la décennie précédente.

« LE GRAND CHANTAGE » est un film fascinant, constamment en mouvement, rempli de trahisons ignobles, de coups de théâtre. Un film unique en son genre, à voir pour constater de quoi furent capables des acteurs comme Lancaster et Curtis quand ils avaient un grand texte à défendre.

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BARBARA NICHOLS, TONY CURTIS ET BURT LANCASTER

 

« VALDEZ » (1971)

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BURT LANCASTER

« VALDEZ » d’Edwin Sherin est un peu le mal-aimé du triptyque de westerns que tourna d’affilée Burt Lancaster au début des seventies. Il n’est pourtant inférieur ni à « L’HOMME DE LA LOI », ni même au très estimé « FUREUR APACHE ». Coécrit par Roland Kibbee (« VERA CRUZ ») et par l’auteur habituel de Sydney Pollack, David Rayfiel, d’après un roman d’Elmore Leonard, c’est un film austère et âpre tourné en Espagne. Il fait souvent penser aux « COLLINES DE LA TERREUR » également de 1971, par son thème, ses extérieurs et accessoirement par la présence de Richard Jordan et Raul Castro également présents dans le film de Michael Winner.VALDEZ

Vieux shérif mexicain fatigué et humble, Lancaster abat un homme par erreur et tente de récolter 100 $ pour aider sa veuve, auprès d’un rancher (Jon Cypher) impliqué dans l’histoire. Celui-ci ne l’entend pas de cette oreille et humilie cruellement ‘Valdez’. Alors, celui-ci ressort sa tenue de scout toute poussiéreuse des guerres indiennes, reprend ses armes rangées depuis des années et part en guerre contre l’armée du « gringo ». Pour la veuve ? Pour laver son honneur ? Toujours est-il que le presque vieillard courbé du début reprend du poil de la bête et redevient un tueur implacable. Malgré des maquillages assez laids, des paysages monotones et sans majesté, « VALDEZ » passionne par la puissance dégagée par un Lancaster de 58 ans (mais qui en fait facilement dix de plus)  aux allures de vieux lion encore dangereux et par sa quête obsessionnelle qui n’est pas sans rappeler celle de Walker dans « LE POINT DE NON-RETOUR ». Un beau personnage prêt à tout pour retrouver sa dignité et – très probablement – des vestiges de sa jeunesse héroïque. Autour du grand Burt, Cypher est très bien en méchant lâche et odieux, Jordan excellent en sale petite gouape ricanante et lèche-bottes et Susan Clark est – comme toujours – très inégale d’une séquence à l’autre.

Avec ses faux-airs de spaghetti western, « VALDEZ » a magnifiquement bien vieilli et compte parmi les derniers grands rôles de Lancaster. Peut-être pas tout à fait un chef-d’œuvre du genre, mais on n’en est pas très loin. Et le dernier plan est absolument magistral…

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RICHARD JORDAN, SUSAN CLARK, BARTON HEYMAN ET BURT LANCASTER

 

« LE TRAIN » (1964)

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BURT LANCASTER ET MICHEL SIMON

Commencé par Arthur Penn, repris par John Frankenheimer, réalisateur-fétiche de Burt Lancaster, « LE TRAIN » est une coproduction franco-américaine tournée en France, sur la WW2 et tout particulièrement sur un train rempli d’œuvres d’art volées par les nazis à la veille de la Libération, et que tentent de stopper les résistants.TRAIN.jpg

Bon sujet, qui se résume à un jeu de chat et souris entre un fonctionnaire des chemins de fer entré en Résistance (Lancaster) et un officier allemand obsédé par les toiles de maîtres. Les moyens sont conséquents, les trains et véhicules militaires envahissent l’écran et le rythme ne retombe jamais. À partir d’un certain point, le film devient quasiment muet, entièrement focalisé sur l’action et la survie. Le noir & blanc est ultra-piqué et contrasté, et la BO de Maurice Jarre ajoute un souffle d’héroïsme à l’aventure. Bien sûr, tout n’est pas parfait : il faut déjà accepter le Burt en cheminot français à mâchoire carrée, admettre que tout le monde – même les comédiens hexagonaux – parlent la langue de Shakespeare, que le méchant nazi soit campé par un Anglais (Paul Scofield) et que Jeanne Moreau tienne un petit rôle rigoureusement inutile au scénario, manifestement écrit pour avoir un nom féminin au générique. Mais sorti de ces broutilles, « LE TRAIN » a bien vieilli et on ne peut qu’admirer l’implication physique de Lancaster, qui à 50 ans, accomplit toutes ses nombreuses cascades sans ciller. Il est bien entouré par des visages familiers comme Suzanne Flon, Donal O’Brien, Arthur Brauss, Howard Vernon et même Michel Simon grandiose de cabotinage dans quelques scènes.

« LE TRAIN » vaut donc un coup d’œil curieux pour la force indéniable de ses images, pour son thème cruellement ironique : les inestimables tableaux convoités par un authentique esthète seront finalement sauvés par un prolo inculte qui n’en a cure.

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PAUL SCOFIELD, BERNARD FRESSON, JEANNE MOREAU ET BURT LANCASTER

À noter : on aperçoit un tout jeune Bernard Fresson en soldat allemand conduisant le train dans quelques plans. Un rôle d’ailleurs absent de toutes les filmographies de l’acteur. Une dizaine d’années plus tard, le réalisateur le réemploiera en covedette de « FRENCH CONNECTION II ».

 

« SCORPIO » (1973)

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BURT LANCASTER

Sur une thématique proche de celle du « FLINGUEUR » sorti un an plus tôt (le disciple d’un tueur payé pour éliminer son mentor), mais transposé dans l’univers de l’espionnage et de la guerre froide, Michael Winner signe avec « SCORPIO » un bon thriller froid et sans fioriture, hormis celles, évidemment, de sa réalisation à effets et truffée de coups de zoom permanents. Une « signature » qui empêche ses films d’aussi bien passer l’épreuve des ans, que ceux d’un John Frankenheimer, par exemple qui se patinent au lieu de se démoder.SCORPIO

Winner retrouve Burt Lancaster (« L’HOMME DE LA LOI ») et le réunit avec deux de ses anciens partenaires : Paul Scofield (« LE TRAIN ») et Alain Delon (« LE GUÉPARD ») pour une histoire classique d’espion aspirant à la retraite, mais soupçonné de double-jeu par ses employeurs de la CIA qui veulent l’éliminer. Son ex-coéquipier à ses trousses, ‘Cross’ va chercher de l’aide chez un espion russe auquel le lie une camaraderie complexe mais réelle depuis trente ans. Le scénario, moins simpliste qu’il n’en a l’air, brouille constamment les pistes. Delon, le tueur français joli cœur au regard d’acier, rechigne à tuer son vieux maître, tant qu’il n’aura pas les preuves qu’il a vraiment changé de camp. En revanche, « l’ancien » n’est peut-être pas aussi franc du collier qu’il ne paraît. D’ailleurs, qui l’est dans cet univers amoral et tordu ? L’ultime face-à-face entre les deux hommes dans un parking, sera pétri d’ambiguïté et de questions à jamais sans réponses. Malgré sa longueur, des séquences ratées (toutes celles entre Delon et Gayle Hunicutt, aussi mal écrites que filmées), « SCORPIO » se laisse regarder avec un plaisir nostalgique. Il vaut d’être vu pour la longue fuite de l’espion traqué entre Paris, Washington et Vienne, pour la présence toujours formidable de Lancaster qu’on voit, à 60 ans, accomplir d’étonnantes cascades et acrobaties, et pour de bons seconds rôles comme Joanne Linville jouant sa femme ou J.D. Cannon, John Colicos. Delon fait une prestation routinière et sans relief, ne comptant visiblement que sur sa considérable présence physique.

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BURT LANCASTER, JAMES B. SIKKING, ALAIN DELON ET PAUL SCOFIELD

« SCORPIO » manque un peu d’âme et de profondeur, mais le dialogue est souvent inspiré (la soûlerie de Scofield et Lancaster) et il est plaisant de retrouver, dix ans après le chef-d’œuvre de Visconti, le guépard et Tancrède sur un même écran.

 

« RÈGLEMENT DE COMPTES À OK-CORRAL » (1957)

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BURT LANCASTER ET KIRK DOUGLAS

Sans présenter les qualités plastiques et romanesques de « LA POURSUITE INFERNALE » de John Ford, « RÈGLEMENT DE COMPTES À OK-CORRAL », énième version du duel mythique qui opposa le marshal Wyatt Earp et ses frères au clan des Clanton à Tombstone, a fini par l’égaler dans l’esprit des amoureux du western. John Sturges, armé d’un scénario en béton armé de Leon Uris et surtout d’un casting éblouissant signe un de ses meilleurs films.OK2

On peut trouver la mécanique trop millimétrée, le rôle de Rhonda Fleming superflu et certains décors de studio pas très heureux, mais le film balaie les réticences par l’excellent traitement de son thème principal : l’amitié entre un homme de loi psychorigide (Burt Lancaster) et un joueur tuberculeux qui tue comme il respire (Kirk Douglas). Uris bâtit cette histoire d’hommes comme une love story hollywoodienne traditionnelle : rencontre inopinée, coup de foudre, conflit, complicité grandissante, etc. D’ailleurs, l’amie de Doc Holiday est ouvertement jalouse de Earp au point de l’envoyer à la mort pour s’en débarrasser ! C’est dire que l’ambiguïté règne, mais sans insistance. Les deux acteurs sont superbes, particulièrement Douglas en âme tourmentée, suicidaire, aveuglément fidèle à ce « lawman » qu’il devrait haïr. Ses scènes avec Jo Van Fleet jouant une prostituée ni très belle, ni très jeune, sont très étonnantes dans un film de cette époque. Une relation complexe, toxique, flirtant avec le SM pur et simple. Sturges surfe avec maestria de morceaux de bravoure en séquences magnifiquement dialoguées avec une certaine raideur nullement déplaisante.

Imparfait mais puissant, devenu un vrai classique westernien après avoir été longtemps dénigré au profit du chef-d’œuvre de Ford, « RÈGLEMENT DE COMPTES À OK-CORRAL » permet à l’amateur de se délecter d’une distribution de seconds rôles extraordinaire : Dennis Hopper, Lee Van Cleef, John Ireland, Jack Elam (à peine figurant), Earl Holliman, DeForest Kelley et beaucoup d’autres. Un vrai régal, ce film.

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KIRK DOUGLAS, JO VAN FLEET ET LEE VAN CLEEF