RSS

Archives de Catégorie: LES FILMS DE BURT LANCASTER

« VALDEZ » (1971)

VALDEZ2

BURT LANCASTER

« VALDEZ » d’Edwin Sherin est un peu le mal-aimé du triptyque de westerns que tourna d’affilée Burt Lancaster au début des seventies. Il n’est pourtant inférieur ni à « L’HOMME DE LA LOI », ni même au très estimé « FUREUR APACHE ». Coécrit par Roland Kibbee (« VERA CRUZ ») et par l’auteur habituel de Sydney Pollack, David Rayfiel, d’après un roman d’Elmore Leonard, c’est un film austère et âpre tourné en Espagne. Il fait souvent penser aux « COLLINES DE LA TERREUR » également de 1971, par son thème, ses extérieurs et accessoirement par la présence de Richard Jordan et Raul Castro également présents dans le film de Michael Winner.VALDEZ

Vieux shérif mexicain fatigué et humble, Lancaster abat un homme par erreur et tente de récolter 100 $ pour aider sa veuve, auprès d’un rancher (Jon Cypher) impliqué dans l’histoire. Celui-ci ne l’entend pas de cette oreille et humilie cruellement ‘Valdez’. Alors, celui-ci ressort sa tenue de scout toute poussiéreuse des guerres indiennes, reprend ses armes rangées depuis des années et part en guerre contre l’armée du « gringo ». Pour la veuve ? Pour laver son honneur ? Toujours est-il que le presque vieillard courbé du début reprend du poil de la bête et redevient un tueur implacable. Malgré des maquillages assez laids, des paysages monotones et sans majesté, « VALDEZ » passionne par la puissance dégagée par un Lancaster de 58 ans (mais qui en fait facilement dix de plus)  aux allures de vieux lion encore dangereux et par sa quête obsessionnelle qui n’est pas sans rappeler celle de Walker dans « LE POINT DE NON-RETOUR ». Un beau personnage prêt à tout pour retrouver sa dignité et – très probablement – des vestiges de sa jeunesse héroïque. Autour du grand Burt, Cypher est très bien en méchant lâche et odieux, Jordan excellent en sale petite gouape ricanante et lèche-bottes et Susan Clark est – comme toujours – très inégale d’une séquence à l’autre.

Avec ses faux-airs de spaghetti western, « VALDEZ » a magnifiquement bien vieilli et compte parmi les derniers grands rôles de Lancaster. Peut-être pas tout à fait un chef-d’œuvre du genre, mais on n’en est pas très loin. Et le dernier plan est absolument magistral…

VALDEZ3

RICHARD JORDAN, SUSAN CLARK, BARTON HEYMAN ET BURT LANCASTER

Publicités
 

« LE TRAIN » (1964)

TRAIN2

BURT LANCASTER ET MICHEL SIMON

Commencé par Arthur Penn, repris par John Frankenheimer, réalisateur-fétiche de Burt Lancaster, « LE TRAIN » est une coproduction franco-américaine tournée en France, sur la WW2 et tout particulièrement sur un train rempli d’œuvres d’art volées par les nazis à la veille de la Libération, et que tentent de stopper les résistants.TRAIN.jpg

Bon sujet, qui se résume à un jeu de chat et souris entre un fonctionnaire des chemins de fer entré en Résistance (Lancaster) et un officier allemand obsédé par les toiles de maîtres. Les moyens sont conséquents, les trains et véhicules militaires envahissent l’écran et le rythme ne retombe jamais. À partir d’un certain point, le film devient quasiment muet, entièrement focalisé sur l’action et la survie. Le noir & blanc est ultra-piqué et contrasté, et la BO de Maurice Jarre ajoute un souffle d’héroïsme à l’aventure. Bien sûr, tout n’est pas parfait : il faut déjà accepter le Burt en cheminot français à mâchoire carrée, admettre que tout le monde – même les comédiens hexagonaux – parlent la langue de Shakespeare, que le méchant nazi soit campé par un Anglais (Paul Scofield) et que Jeanne Moreau tienne un petit rôle rigoureusement inutile au scénario, manifestement écrit pour avoir un nom féminin au générique. Mais sorti de ces broutilles, « LE TRAIN » a bien vieilli et on ne peut qu’admirer l’implication physique de Lancaster, qui à 50 ans, accomplit toutes ses nombreuses cascades sans ciller. Il est bien entouré par des visages familiers comme Suzanne Flon, Donal O’Brien, Arthur Brauss, Howard Vernon et même Michel Simon grandiose de cabotinage dans quelques scènes.

« LE TRAIN » vaut donc un coup d’œil curieux pour la force indéniable de ses images, pour son thème cruellement ironique : les inestimables tableaux convoités par un authentique esthète seront finalement sauvés par un prolo inculte qui n’en a cure.

TRAIN3 copie

PAUL SCOFIELD, BERNARD FRESSON, JEANNE MOREAU ET BURT LANCASTER

À noter : on aperçoit un tout jeune Bernard Fresson en soldat allemand conduisant le train dans quelques plans. Un rôle d’ailleurs absent de toutes les filmographies de l’acteur. Une dizaine d’années plus tard, le réalisateur le réemploiera en covedette de « FRENCH CONNECTION II ».

 

« SCORPIO » (1973)

SCORPIO2

BURT LANCASTER

Sur une thématique proche de celle du « FLINGUEUR » sorti un an plus tôt (le disciple d’un tueur payé pour éliminer son mentor), mais transposé dans l’univers de l’espionnage et de la guerre froide, Michael Winner signe avec « SCORPIO » un bon thriller froid et sans fioriture, hormis celles, évidemment, de sa réalisation à effets et truffée de coups de zoom permanents. Une « signature » qui empêche ses films d’aussi bien passer l’épreuve des ans, que ceux d’un John Frankenheimer, par exemple qui se patinent au lieu de se démoder.SCORPIO

Winner retrouve Burt Lancaster (« L’HOMME DE LA LOI ») et le réunit avec deux de ses anciens partenaires : Paul Scofield (« LE TRAIN ») et Alain Delon (« LE GUÉPARD ») pour une histoire classique d’espion aspirant à la retraite, mais soupçonné de double-jeu par ses employeurs de la CIA qui veulent l’éliminer. Son ex-coéquipier à ses trousses, ‘Cross’ va chercher de l’aide chez un espion russe auquel le lie une camaraderie complexe mais réelle depuis trente ans. Le scénario, moins simpliste qu’il n’en a l’air, brouille constamment les pistes. Delon, le tueur français joli cœur au regard d’acier, rechigne à tuer son vieux maître, tant qu’il n’aura pas les preuves qu’il a vraiment changé de camp. En revanche, « l’ancien » n’est peut-être pas aussi franc du collier qu’il ne paraît. D’ailleurs, qui l’est dans cet univers amoral et tordu ? L’ultime face-à-face entre les deux hommes dans un parking, sera pétri d’ambiguïté et de questions à jamais sans réponses. Malgré sa longueur, des séquences ratées (toutes celles entre Delon et Gayle Hunicutt, aussi mal écrites que filmées), « SCORPIO » se laisse regarder avec un plaisir nostalgique. Il vaut d’être vu pour la longue fuite de l’espion traqué entre Paris, Washington et Vienne, pour la présence toujours formidable de Lancaster qu’on voit, à 60 ans, accomplir d’étonnantes cascades et acrobaties, et pour de bons seconds rôles comme Joanne Linville jouant sa femme ou J.D. Cannon, John Colicos. Delon fait une prestation routinière et sans relief, ne comptant visiblement que sur sa considérable présence physique.

SCORPIO3

BURT LANCASTER, JAMES B. SIKKING, ALAIN DELON ET PAUL SCOFIELD

« SCORPIO » manque un peu d’âme et de profondeur, mais le dialogue est souvent inspiré (la soûlerie de Scofield et Lancaster) et il est plaisant de retrouver, dix ans après le chef-d’œuvre de Visconti, le guépard et Tancrède sur un même écran.

 

« RÈGLEMENT DE COMPTES À OK-CORRAL » (1957)

OK

BURT LANCASTER ET KIRK DOUGLAS

Sans présenter les qualités plastiques et romanesques de « LA POURSUITE INFERNALE » de John Ford, « RÈGLEMENT DE COMPTES À OK-CORRAL », énième version du duel mythique qui opposa le marshal Wyatt Earp et ses frères au clan des Clanton à Tombstone, a fini par l’égaler dans l’esprit des amoureux du western. John Sturges, armé d’un scénario en béton armé de Leon Uris et surtout d’un casting éblouissant signe un de ses meilleurs films.OK2

On peut trouver la mécanique trop millimétrée, le rôle de Rhonda Fleming superflu et certains décors de studio pas très heureux, mais le film balaie les réticences par l’excellent traitement de son thème principal : l’amitié entre un homme de loi psychorigide (Burt Lancaster) et un joueur tuberculeux qui tue comme il respire (Kirk Douglas). Uris bâtit cette histoire d’hommes comme une love story hollywoodienne traditionnelle : rencontre inopinée, coup de foudre, conflit, complicité grandissante, etc. D’ailleurs, l’amie de Doc Holiday est ouvertement jalouse de Earp au point de l’envoyer à la mort pour s’en débarrasser ! C’est dire que l’ambiguïté règne, mais sans insistance. Les deux acteurs sont superbes, particulièrement Douglas en âme tourmentée, suicidaire, aveuglément fidèle à ce « lawman » qu’il devrait haïr. Ses scènes avec Jo Van Fleet jouant une prostituée ni très belle, ni très jeune, sont très étonnantes dans un film de cette époque. Une relation complexe, toxique, flirtant avec le SM pur et simple. Sturges surfe avec maestria de morceaux de bravoure en séquences magnifiquement dialoguées avec une certaine raideur nullement déplaisante.

Imparfait mais puissant, devenu un vrai classique westernien après avoir été longtemps dénigré au profit du chef-d’œuvre de Ford, « RÈGLEMENT DE COMPTES À OK-CORRAL » permet à l’amateur de se délecter d’une distribution de seconds rôles extraordinaire : Dennis Hopper, Lee Van Cleef, John Ireland, Jack Elam (à peine figurant), Earl Holliman, DeForest Kelley et beaucoup d’autres. Un vrai régal, ce film.

OK3

KIRK DOUGLAS, JO VAN FLEET ET LEE VAN CLEEF

 

« L’HOMME AUX ABOIS » (1947)

WALK

BURT LANCASTER ET KIRK DOUGLAS

« L’HOMME AUX ABOIS » de Byron Haskin marque la quatrième apparition à l’écran de Burt Lancaster et Kirk Douglas et leur premier face-à-face. Les deux jeunes trentenaires électrisent déjà l’écran dans un background de ‘film noir’ des plus traditionnels.WALK3.jpg

Burt sort de prison après 14 ans et va retrouver Kirk, son vieil ami qui l’a laissé tomber. Il réclame 50% des parts de sa boîte de nuit, mais Kirk après s’être montré diplomate, finit par s’énerver. Entre les deux hommes, il n’y a pas qu’un lourd passif, mais aussi Lizabeth Scott, la jolie chanteuse qui passe des bras de l’un à ceux de l’autre. Le scénario est excessivement bavard et l’action met un temps fou à se mettre en branle. Ce n’est que lors de la séquence – brillamment écrite – où Lancaster réalise qu’il n’a plus sa place dans ce nouveau gangstérisme en col blanc, que les antagonismes se précisent et que le film commence à s’accélérer. Malgré son beau générique, « L’HOMME AUX ABOIS » ne s’élève jamais au rang des vrais chefs-d’œuvre du genre. Il mérite toutefois d’être vu pour un Lancaster magnétique en brute épaisse vibrant de haine et prêt à exploser à la moindre contrariété. L’exact opposé de Douglas, crapule arriviste et raffinée qui a la trahison dans la peau. Lizabeth Scott a toujours ce jeu étrange, un peu maladroit, qui lui donne un charme singulier. Et parmi les seconds rôles, on reconnaît Wendell Corey (curieusement bien mieux placé au générique que Douglas) en comptable sous influence et Mike Mazurki en videur baraqué.

Invisible depuis bien longtemps et récemment sorti en Blu-ray aux U.S.A., « L’HOMME AUX ABOIS » est absolument à voir pour les fans du tandem Lancaster-Douglas. Ils se recroiseront une demi-douzaine de fois au fil de leur carrière, mais devront attendre « 7 JOURS EN MAI » en 1964 pour se haïr avec la même virulence que dans « L’HOMME AUX ABOIS ».

WALK2

KIRK DOUGLAS, WENDELL COREY, BURT LANCASTER, MIKE MAZURKI ET LIZABETH SCOTT

À noter que la relation entre les deux vedettes n’est pas sans annoncer celle de Robert De Niro et James Woods dans « IL ÉTAIT UNE FOIS EN AMÉRIQUE ». Coïncidence ?

 

BURT & KIRK : PREMIÈRE !

ALONE

SORTIE BLU-RAY AUX U.S.A. DE « L’HOMME AUX ABOIS », PREMIÈRE RENCONTRE EN 1947 DU GRAND TANDEM BURT LANCASTER-KIRK DOUGLAS !

ALONE2

KIRK ET BURT, DIX ANS AVANT DE RÉGLER LEURS COMPTES À OK-CORRAL.

 

« TANT QU’IL Y AURA DES HOMMES » (1953)

FROM

MONTGOMERY CLIFT

Fred Zinnemann parvient à condenser en deux heures le « pavé » de James Jones situé à Hawaii juste avant (et pendant) l’attaque de Pearl Harbor. Le scénario de « TANT QU’IL Y AURA DES HOMMES » est un curieux mélange de ‘soap opera’ sentimental dépourvu de mièvrerie et de description assez âpre de la vie en garnison.FROM2

C’est surtout le portrait d’un authentique rebelle joué par Montgomery Clift. Un soldat individualiste, insoumis et endurant, qui se fait haïr de tous avant de susciter le respect pour sa détermination à rester lui-même. Un des rôles les plus marquants de l’acteur au sommet de son magnétisme. Mais le film suit également en parallèle la passion du sergent Burt Lancaster, militaire viril et charismatique, mais aussi timoré et dénué d’ambition, pour la femme (Deborah Kerr) de son capitaine. Le nombre de personnages est conséquent, mais tous parviennent à trouver leur place et leur épaisseur psychologique. C’est une œuvre ample et intelligente contournant adroitement la censure d’époque pour brosser des portraits d’une grande lucidité : Donna Reed, prostituée exilée rêvant de respectabilité, même post-mortem, Ernest Borgnine brute épaisse à la violence bestiale. Seul Frank Sinatra déçoit par la banalité de son jeu, dans un rôle de « bon copain » constamment ivre. C’est pourtant lui qui obtint l’Oscar cette année-là !

Imposante mosaïque dont on peut déplorer qu’il fut tourné en noir & blanc et en format « carré », « TANT QU’IL Y AURA DES HOMMES » fait partie des grandes réussites de Zinnemann. Malgré certains aspects légèrement désuets, il suscite toujours de l’émotion, de l’indignation. Ses morceaux de bravoure (le combat à poings nus où Clift retrouve l’envie de boxer, sa confrontation au couteau avec Borgnine dans une ruelle sombre) n’ont rien perdu de leur puissance émotionnelle et des images célébrissimes comme l’étreinte de Lancaster et Kerr dans une crique déserte, font toujours leur effet. L’excellent casting est complété par une ribambelle de seconds rôles familiers comme Claude Akins, Robert J. Wilke, Jack Warden, George Reeves ou la toujours belle Jean Willes.

FROM3

BURT LANCASTER, DEBORAH KERR, JEAN WILLES, MONTGOMERY CLIFT ET ERNEST BORGNINE

Un beau film qui ne vieillit pas vraiment, mais se patine avec élégance, à voir de toute façon pour les monstres sacrés indémodables que furent ‘Monty’ Clift et Burt Lancaster.