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Archives de Catégorie: LES FILMS DE BURT LANCASTER

« JUGEMENT À NÜREMBERG » (1961)

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SPENCER TRACY

« JUGEMENT À NÜREMBERG » fut d’abord un téléfilm de la collection « PLAYHOUSE 90 » en 1959, réalisé par George Roy Hill, d’après un scénario d’Abby Mann et basé sur le procès de quatre juges allemands en 1948. Claude Rains jouait le magistrat américain et Maximilian Schell incarnait, déjà, l’avocat allemand.JUDGMENT

Deux ans plus tard, Mann adapte son scénario pour le cinéma, Stanley Kramer produit et réalise et peuple son film de trois heures d’un casting stupéfiant. Le film se focalise sur le personnage d’un vieux juge provincial (Spencer Tracy), débarquant en Allemagne pour diriger le procès de ces « collègues », qui se sont pliés à la dictature nazie. L’un d’eux (Burt Lancaster) est un homme éminent, droit et digne, qui finit par susciter l’admiration du juge (et du public), jusqu’à ce que toute la vérité éclate, pour qu’enfin, on comprenne que la Shoah a été l’œuvre non pas de quelques fanatiques, mais d’un peuple entier, voire de plusieurs nations. Le discours est puissant, très inconfortable et le film bascule complètement quand sont projetées des images (authentiques) de camps de la mort, qui oblitèrent toute discussion, tout échappatoire. Le film n’a rien de manichéen, on suit les doutes de Tracy, le cheminement de cet honnête homme sans préjugé vers la colère, puis la haine. L’acteur, très marqué à seulement 61 ans, domine de plusieurs têtes tout le casting et fait une composition admirable d’humanité. À ses côtés, Lancaster, vieilli par le maquillage, est extraordinaire de complexité et de présence, Richard Widmark formidable en procureur acharné et intraitable, Schell fait des étincelles en avocat des accusés, prêt à tout – même au pire – pour obtenir l’acquittement et rendre sa dignité au peuple allemand. Marlène Dietrich crée un personnage intéressant de grande bourgeoise déchue et deux apparitions bouleversantes de Montgomery Clift et Judy Garland, aussi « abîmés » l’un que l’autre, viennent achever la distribution.

Honnêtement réalisé, malgré de bizarres coups de zoom, pas toujours efficace dans la gestion des différences de langage, « JUGEMENT À NÜREMBERG » n’en demeure pas moins une œuvre forte, indignée, qui laisse sur un malaise tangible.

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BURT LANCASTER, MONTGOMERY CLIFT, RICHARD WIDMARK ET MAXIMILIAN SCHELL

 

BURT, BDW2… ET LES AUTRES

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SORTIE HD DU FILM DE JOHN FRANKENHEIMER AVEC MENTIONS DE L’ANCÊTRE DE BDW2 SUR LE DOS DE LA JAQUETTE ET DANS LE LIVRET !

 

« LES CHASSEURS DE SCALPS » (1968)

SCALPIl y a quelque chose dans « LES CHASSEURS DE SCALPS » de Sydney Pollack, qui annonce nettement le plus populaire « SOLEIL ROUGE » de Terence Young, sorti trois ans plus tard. Un humour débonnaire, un message finement antiraciste et des personnages hauts-en-couleur.

Le trappeur Burt Lancaster « hérite » d’un esclave noir (Ossie Davis) et voit une année de travail envolée, quand des guerriers comanches, puis des comancheros dérobent ses peaux. Avec son nouvel acolyte, il se lance à leur poursuite. L’anecdote est mince, mais propice au développement de caractères. Et tant que Lancaster et Davis sont ensemble à l’image, c’est un délice : le premier superbe en rustre sympathique et entêté au verbe fleuri, le second exceptionnel en roublard opportuniste et beau-parleur, bien plus intelligent que son « propriétaire ». Le dialogue est brillant, d’une drôlerie irrésistible et l’alchimie entre les acteurs est formidable. Hélas, ils sont trop vite séparés par les aléas du scénario et c’est le couple Shelley Winters-Telly Savalas qui occupe alors le devant de la scène. Ils sont infiniment moins drôles, cabotinent en roue-libre de façon répétitive et vite exaspérante. À cause de ce déséquilibre, le film connaît un terrible « ventre mou » en son milieu, qui ne se dissipe que lorsque Burt et Ossie se retrouvent enfin. C’est regrettable, mais certaines répliques aident à avaler la pilule : « Si on te mettait dans une porcherie, tu deviendrais vice-président des gorets » ou :  « Parce que t’es battu pour la première fois de ta vie, tu te pavanes comme une squaw enceinte ». Éclats de rire assurés, d’autant que Lancaster est dans une forme éblouissante. Parmi les rôles secondaires, on reconnaît des visages familiers comme Dabney Coleman ou Paul Picerni. Malgré ce scénario bancal, une photo tristounette et une BO d’Elmer Bernstein qu’il a dû écrire pendant son sommeil, « LES CHASSEURS DE SCALPS » demeure un western sympathique, bourré de bonnes idées, dont on est prêt à pardonner les manques et les vices-de-forme.

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OSSIE DAVIS, TELLY SAVALAS ET BURT LANCASTER

 

« ATLANTIC CITY » (1980)

CITY.jpgCoproduction franco-canadienne, « ATLANTIC CITY » est signé de l’éclectique Louis Malle et se situe – comme son titre l’indique – dans la station balnéaire aux multiples casinos. Un endroit décati, passé de mode, à l’image du personnage central : Burt Lancaster.

Si le scénario tient vaguement du polar, un peu de la chronique nostalgique et beaucoup du portrait d’un individu a priori peu sympathique, il faut bien dire que le principal intérêt de la chose est le grand Burt. À 67 ans, physiquement fatigué, il n’a rien perdu de sa prestance. Mais il n’est pas évident d’accepter qu’il joue un « va-chercher » ringard, couard et mythomane, dont le seul exploit dans l’existence aura été d’abattre deux malfrats en pleine rue. On met donc un temps à s’habituer à le voir jouer les minables, un véritable contremploi, mais il est tellement présent, son jeu est si nuancé, qu’il emporte le morceau et sauve le film à lui tout seul. Car malgré tout le talent du réalisateur, l’ennui pointe souvent, la photo pastel ajoute à la monotonie générale et cette galerie de losers, de laissés-pour-compte ne passionne pas vraiment. Heureusement, Susan Sarandon est très bien en serveuse se rêvant croupière à Monaco. Les plans où elle enduit son buste dénudé de jus de citron pour ôter l’odeur des huîtres, sont toujours aussi troublants. On aperçoit Michel Piccoli en patron de casino sans relief et Kate Reid en ex-poule à gangsters constamment malade.

Rien de vraiment enthousiasmant dans « ATLANTIC CITY » donc, hormis nous l’avons dit, le plaisir de voir Lancaster qui s’est délibérément vieilli et a pris le risque de se montrer sous un jour peu flatteur et en totale contradiction avec tous les rôles endossés au cours de sa carrière. C’est déjà pas si mal !

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BURT LANCASTER ET SUSAN SARANDON

 

« LE GRAND CHANTAGE » (1957)

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BURT LANCASTER

L’Écossais Alexander Mackendrick s’est entouré de la fine-fleur hollywoodienne (Clifford Odets au scénario, James Wong Howe à la photo, les productions Lancaster), pour signer avec « LE GRAND CHANTAGE » un chef-d’œuvre inaltérable du ‘film noir’.SWEET.jpg

C’est une plongée dans les ténèbres de l’âme humaine, se déroulant pourtant dans un décor apparemment anodin : les coulisses du showbiz new-yorkais où règne en maître Burt Lancaster, chroniqueur mondain tout-puissant, qui fait et défait les réputations. Le vrai protagoniste est Tony Curtis, attaché de presse obséquieux, visqueux, totalement dénué de scrupules, prêt à n’importe quoi pour obtenir les faveurs de son seigneur à lunettes. Lancaster est prodigieux dans ce rôle d’ordure cruelle et malveillante, un sociopathe amoureux de sa propre sœur, enivré par son propre pouvoir. L’acteur, généralement si physique, semble statufié, il bouge à peine, contient sa rage, joue tout dans le regard et les mâchoires et fait froid dans le dos. Face à lui, Curtis trouve le rôle de sa vie. Difficile d’imaginer personnage plus répugnant derrière ce visage d’angelot dévoyé. Un très grand duo d’acteurs. Ils sont bien entourés par Susan Harrison en pauvre fille dominée, Barbara Nichols excellente en « cigaret girl » utilisée par Curtis comme appât pour obtenir des faveurs. Le dialogue est brillant, vif, d’une méchanceté inouïe, certaines séquences comme la confrontation finale dans l’appartement de J.J. sont époustouflantes et l’image renvoie aux plus grands classiques du film noir de la décennie précédente.

« LE GRAND CHANTAGE » est un film fascinant, constamment en mouvement, rempli de trahisons ignobles, de coups de théâtre. Un film unique en son genre, à voir pour constater de quoi furent capables des acteurs comme Lancaster et Curtis quand ils avaient un grand texte à défendre.

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BARBARA NICHOLS, TONY CURTIS ET BURT LANCASTER

 

« VALDEZ » (1971)

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BURT LANCASTER

« VALDEZ » d’Edwin Sherin est un peu le mal-aimé du triptyque de westerns que tourna d’affilée Burt Lancaster au début des seventies. Il n’est pourtant inférieur ni à « L’HOMME DE LA LOI », ni même au très estimé « FUREUR APACHE ». Coécrit par Roland Kibbee (« VERA CRUZ ») et par l’auteur habituel de Sydney Pollack, David Rayfiel, d’après un roman d’Elmore Leonard, c’est un film austère et âpre tourné en Espagne. Il fait souvent penser aux « COLLINES DE LA TERREUR » également de 1971, par son thème, ses extérieurs et accessoirement par la présence de Richard Jordan et Raul Castro également présents dans le film de Michael Winner.VALDEZ

Vieux shérif mexicain fatigué et humble, Lancaster abat un homme par erreur et tente de récolter 100 $ pour aider sa veuve, auprès d’un rancher (Jon Cypher) impliqué dans l’histoire. Celui-ci ne l’entend pas de cette oreille et humilie cruellement ‘Valdez’. Alors, celui-ci ressort sa tenue de scout toute poussiéreuse des guerres indiennes, reprend ses armes rangées depuis des années et part en guerre contre l’armée du « gringo ». Pour la veuve ? Pour laver son honneur ? Toujours est-il que le presque vieillard courbé du début reprend du poil de la bête et redevient un tueur implacable. Malgré des maquillages assez laids, des paysages monotones et sans majesté, « VALDEZ » passionne par la puissance dégagée par un Lancaster de 58 ans (mais qui en fait facilement dix de plus)  aux allures de vieux lion encore dangereux et par sa quête obsessionnelle qui n’est pas sans rappeler celle de Walker dans « LE POINT DE NON-RETOUR ». Un beau personnage prêt à tout pour retrouver sa dignité et – très probablement – des vestiges de sa jeunesse héroïque. Autour du grand Burt, Cypher est très bien en méchant lâche et odieux, Jordan excellent en sale petite gouape ricanante et lèche-bottes et Susan Clark est – comme toujours – très inégale d’une séquence à l’autre.

Avec ses faux-airs de spaghetti western, « VALDEZ » a magnifiquement bien vieilli et compte parmi les derniers grands rôles de Lancaster. Peut-être pas tout à fait un chef-d’œuvre du genre, mais on n’en est pas très loin. Et le dernier plan est absolument magistral…

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RICHARD JORDAN, SUSAN CLARK, BARTON HEYMAN ET BURT LANCASTER

 

« LE TRAIN » (1964)

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BURT LANCASTER ET MICHEL SIMON

Commencé par Arthur Penn, repris par John Frankenheimer, réalisateur-fétiche de Burt Lancaster, « LE TRAIN » est une coproduction franco-américaine tournée en France, sur la WW2 et tout particulièrement sur un train rempli d’œuvres d’art volées par les nazis à la veille de la Libération, et que tentent de stopper les résistants.TRAIN.jpg

Bon sujet, qui se résume à un jeu de chat et souris entre un fonctionnaire des chemins de fer entré en Résistance (Lancaster) et un officier allemand obsédé par les toiles de maîtres. Les moyens sont conséquents, les trains et véhicules militaires envahissent l’écran et le rythme ne retombe jamais. À partir d’un certain point, le film devient quasiment muet, entièrement focalisé sur l’action et la survie. Le noir & blanc est ultra-piqué et contrasté, et la BO de Maurice Jarre ajoute un souffle d’héroïsme à l’aventure. Bien sûr, tout n’est pas parfait : il faut déjà accepter le Burt en cheminot français à mâchoire carrée, admettre que tout le monde – même les comédiens hexagonaux – parlent la langue de Shakespeare, que le méchant nazi soit campé par un Anglais (Paul Scofield) et que Jeanne Moreau tienne un petit rôle rigoureusement inutile au scénario, manifestement écrit pour avoir un nom féminin au générique. Mais sorti de ces broutilles, « LE TRAIN » a bien vieilli et on ne peut qu’admirer l’implication physique de Lancaster, qui à 50 ans, accomplit toutes ses nombreuses cascades sans ciller. Il est bien entouré par des visages familiers comme Suzanne Flon, Donal O’Brien, Arthur Brauss, Howard Vernon et même Michel Simon grandiose de cabotinage dans quelques scènes.

« LE TRAIN » vaut donc un coup d’œil curieux pour la force indéniable de ses images, pour son thème cruellement ironique : les inestimables tableaux convoités par un authentique esthète seront finalement sauvés par un prolo inculte qui n’en a cure.

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PAUL SCOFIELD, BERNARD FRESSON, JEANNE MOREAU ET BURT LANCASTER

À noter : on aperçoit un tout jeune Bernard Fresson en soldat allemand conduisant le train dans quelques plans. Un rôle d’ailleurs absent de toutes les filmographies de l’acteur. Une dizaine d’années plus tard, le réalisateur le réemploiera en covedette de « FRENCH CONNECTION II ».