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Archives de Catégorie: LES FILMS DE BURT LANCASTER

« LES AMANTS TRAQUÉS » (1948)

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BURT LANCASTER

Avant toute chose, chapeau bas au titre original qu’on pourrait traduire par « NETTOIE DE TES BAISERS LE SANG SUR MES MAINS » ! En comparaison, le titre français « LES AMANTS TRAQUÉS » paraît d’une bien austère sobriété.

Situé à Londres dans l’immédiat après-guerre, ce ‘film noir’ suit la cavale d’un ex-G.I. exilé qui a tué un homme accidentellement et tombe amoureux d’une pure infirmière qu’il va entraîner dans son monde ténébreux.kiss2-copie

Les personnages, l’ambiance générale, l’histoire, font penser aux succès des débuts de Jean Gabin. Et c’est le jeune Burt Lancaster qui endosse son emploi de « bête humaine » simple et fruste, capable d’extrême violence et de pulsions suicidaires, aussi beau qu’il est dangereux. Magnifiquement photographié par l’immense Russell Metty, Lancaster crève l’écran avec cette présence animale, cette tension interne qu’il dégagea jusqu’à la fin des années 50. À ses côtés, Joan Fontaine est parfaitement à sa place, jamais mièvre et Robert Newton incarne le mauvais génie, une figure méphistophélique qui n’est pas sans rappeler les rôles les plus fameux de Jules Berry.

Si on ajoute à cela une BO omniprésente et puissante de Miklós Rózsa, de superbes décors de studio (le film – et c’est tout à fait étonnant – fut entièrement tourné à Los Angeles !), et une mise-en-scène au cordeau de Norman Foster, « LES AMANTS TRAQUÉS » s’inscrit dans la belle tradition du ‘Noir’ américain des années 40. Un reproche tout de même ? Une fin en queue de poisson, indigne d’un scénario bâti en crescendo implacable, et qui laisse frustré et même agacé. Certains happy ends mal amenés ou délibérément bâclés peuvent gâcher le souvenir d’un film.

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BURT LANCASTER, JOAN FONTAINE ET ROBERT NEWTON

 

L’HOMME DE LA LOI EN BLEU…

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SORTIE EN OCTOBRE DE « L’HOMME DE LA LOI » EN ALLEMAGNE ET EN BLU-RAY. S’AGIRA-T-IL DE LA VERSION INTÉGRALE OU CENSURÉE ? À SUIVRE…

 

« ELMER GANTRY LE CHARLATAN » (1960)

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BURT LANCASTER ET JEAN SIMMONS

« ELMER GANTRY LE CHARLATAN », c’est la rencontre entre un VRP bonimenteur et extraverti et une évangéliste à succès dans l’Amérique profonde. Une union improbable qui va créer des étincelles, les porter tous les deux au pinacle avant de déclencher – littéralement – les feux de l’enfer.ELMER

L’écriture de Richard Brooks est abrasive, d’un cynisme total, son point-de-vue incarné par le journaliste Arthur Kennedy, qui observe ce « cirque » obscène et exaltant d’un œil effaré et amusé à la fois. Le film est long, parfaitement équilibré dans sa critique de l’ignorance exploitée, des médias, des faux prophètes. Il est surtout et avant toute considération le portrait d’un personnage extraordinaire, un bateleur génial, à la vulgarité roborative, au cabotinage sans garde-fou, à la mégalomanie décomplexée. Un rôle rêvé pour Burt Lancaster qu’on a rarement vu aussi idéalement distribué. C’est peu dire qu’il occupe l’espace, il crève l’écran, le bouffe à pleines dents, passe d’un sentiment à l’autre en quelques secondes, rugit et cajole, s’adresse à Dieu et ment comme un arracheur de dents. Un feu d’artifice qui donne au film son ossature et son énergie. Difficile d’imaginer quelqu’un d’autre dans ce rôle. L’aboutissement brillantissime d’un emploi qu’il avait déjà approché dans « LE FAISEUR DE PLUIE » quatre ans plus tôt.

Face à lui, l’exquise Jean Simmons oscillant elle aussi entre la mythomanie et la foi véritable, le fanatisme et la lucidité. Et une fabuleuse  brochette de comparses : Shirley Jones magnifique en prostituée revancharde, Edward Andrews en margoulin infâme et John McIntire, Jean Willes, Patti Page, vraiment le gratin !

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JEAN SIMMONS, BURT LANCASTER ET SHIRLEY JONES

Un grand film donc, une des plus belles réussites de Brooks et une œuvre acerbe et adulte qui n’a pas pris la moindre ride. S’il ne devait rester qu’un seul film de Burt Lancaster, ce serait probablement celui-ci.

 

« LE FAISEUR DE PLUIE » (1956)

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KATHARINE HEPBURN, LLOYD BRIDGES ET BURT LANCASTER

Adapté d’une pièce de théâtre, « LE FAISEUR DE PLUIE » est un joli film chargé de symboles, confrontant la rude et triste réalité du quotidien à un monde de rêves et d’illusion. Katharine Hepburn, vieille fille étouffée par son père et ses deux frères, en quête d’un hypothétique mari, croise la route de Burt Lancaster, un charlatan extraverti, un bateleur infatigable qui promet la pluie dans une région minée par la sècheresse.RAINMAKER3

À presque 50 ans, Miss Hepburn a facilement quinze ans de trop pour ce beau personnage tourmenté et au bord du désespoir. Mais elle a le physique du rôle et son surjeu permanent, sa fébrilité à fleur de peau finissent par créer un authentique malaise et aident à ressentir son déséquilibre et ses frustrations (sexuelles et autres). Face à elle, Lancaster est pile dans son emploi : avec sa chemise bleu-nuit aux petites étoiles blanches, sa silhouette athlétique, ses grandes dents de prédateur, il est charismatique à souhait et pète la santé et la joie-de-vivre. La longue scène dans la grange où il convainc Hepburn qu’elle est belle est le clou du film. Et ce qui se passe (forcément !) ensuite et qui est pudiquement ellipsé, est tout de même très osé pour l’époque ! Surtout que la pauvre ‘Lizzie’ est déflorée avec la bénédiction de son gentil papa qui observe tout cela avec un bon sourire patelin.

Hormis Lancaster, dont le cabotinage millimétré colle idéalement au rôle, les autres comédiens en font eux aussi des tonnes, mais dans un style trop évidemment théâtral qui finit par devenir crispant : Earl Holliman beaucoup caricatural en benêt infantile, Lloyd Bridges en frère aîné rabat-joie et sinistre ou Wendell Corey très mal distribué.

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BURT LANCASTER, EARL HOLLIMAN ET KATHARINE HEPBURN

Malgré son statisme et l’aspect vieillot de sa mise-en-scène, « LE FAISEUR DE PLUIE » vaut pour la belle photo de studio de Charles Lang et pour un dialogue finement ciselé. Et bien sûr pour quelques envolées lyriques de Lancaster, dont le récit épique qu’il improvise pour Hepburn, en rejouant plus ou moins ses anciens rôles de flibustiers bretteurs.

 

« LA ROSE TATOUÉE » (1955)

ROSE2« LA ROSE TATOUÉE » est adapté d’une pièce de Tennessee Williams, dramaturge très à la mode à cette époque et connu pour ses thématiques sulfureuses. Mais c’est ici un Tennessee « tous-publics » aux obsessions et au sordide « light » et même teintés d’humour truculent.

Superbement éclairé en noir & blanc par James Wong Howe, le film parvient à faire habilement oublier ses origines théâtrales grâce à une mise-en-scène dynamique, toujours en mouvement et un scénario vif et construit en trois actes bien distincts.

Avec deux monstres sacrés tels que Anna Magnani et Burt Lancaster en tête d’affiche, le réalisateur n’avait pas 36 solutions : les lâcher dans le décor en espérant qu’ils ne s’entredévorent pas ! Le miracle s’accomplit : la Magnani est géniale en « drama queen » sicilienne vivant dans le souvenir idolâtre d’un mari volage, tué en trafiquant du whisky et Lancaster formidable en camionneur italien « petit-fils de l’idiot du village », exubérant, sexy mais pas trop futé lui-même. Même s’il n’apparaît qu’à la seconde moitié de l’action, l’alchimie entre les deux natures est extraordinaire et crève l’écran. Il faut vraiment les voir se tourner autour, se toucher, s’esquiver, se ridiculiser sans aucune retenue : ils sont aussi grandioses l’un que l’autre et font tout le prix de cette « ROSE TATOUÉE » dont ils justifient à eux seuls l’existence. « Le corps de mon mari », dit-elle en le contemplant avec envie et nostalgie, « Surplombé par une tête de clown ! ».

Difficile d’exister à leurs côtés : si les jeunes Marisa Pavan et Ben Cooper sont impitoyablement balayés, des seconds rôles surnagent comme Virginia Grey en maîtresse du défunt mari et Jo Van Fleet hallucinante en harpie vulgaire et odieuse qui n’intervient que dans une séquence. Mais quelle séquence ! Le concert de hurlements entre elle et Magnani vaut son pesant d’or.

C’est la première approche de l’Italie pour Burt Lancaster, qui devait y revenir huit ans plus tard avec « LE GUÉPARD », puis de plus en plus régulièrement au cours de sa carrière. À noter que sa maîtrise de la langue est déjà impressionnante.

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ANNA MAGNANI ET BURT LANCASTER

 

« AU FIL DE L’ÉPÉE » (1959)

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JANETTE SCOTT, KIRK DOUGLAS, BURT LANCASTER ET LAURENCE OLIVIER SUR LE TOURNAGE

Inspiré d’une pièce de Bernard Shaw, « AU FIL DE L’ÉPÉE » pâtit d’une mauvaise réputation de film à problèmes : changement de réalisateur en cours de tournage, acteurs/producteurs mal distribués, budget drastiquement resserré juste avant la mise en production etc.

Pourtant, à le revoir aujourd’hui, il s’avère plutôt plaisant malgré un contexte historique peu familier dans nos contrées (le soulèvement de la population de Nouvelle Angleterre contre l’armée britannique en 1777) et une tonalité fluctuante. On passe ainsi cavalièrement d’un drame guerrier à un marivaudage théâtral, le tout entrecoupé d’intermèdes hideux montrant des petites poupées représentant symboliquement – et économiquement, ça va sans dire ! – les combats et les mouvements de troupes.FIL2

Mais quel plaisir malgré tout, de voir se reformer le tandem mythique de « RÈGLEMENT DE COMPTES À OK-CORRAL » ! Même si effectivement, tous deux ont l’air échappés d’un tout autre genre de cinéma. Kirk Douglas tient de façon routinière son emploi habituel de vaurien insolent et chaud-lapin au ricanement sarcastique, mais le film doit beaucoup à son déploiement d’énergie. Burt Lancaster, moins gâté, campe un pasteur pusillanime et passif qui, fort heureusement, retrouve des couleurs dans le dernier quart en endossant la défroque de leader des rebelles et une tenue qui le fait enfin ressembler à… Burt Lancaster. On lui octroie alors et sans aucune raison, une longue scène de bagarre burlesque que n’aurait pas reniée Bud Spencer. À leurs côtés, Laurence Olivier distant et cynique est parfait en général désabusé et Harry Andrews fait son vieux numéro de ganache bornée. La jolie Janette Scott est photogénique mais pleurniche un peu trop.

Un drôle de film donc, que « AU FIL DE L’ÉPÉE », intéressant toutefois dans l’optique de la carrière de ses deux stars. Quand on connaît leur vieille rivalité, leur amitié conflictuelle, il est passionnant de les voir pratiquement échanger leurs personnalités au cours de l’histoire. Kirk se faisant passer pour Burt, qui lui-même en prenant les armes, devient un avatar de Kirk. Ce n’est pas pour rien qu’on les surnommait « les jumeaux terribles » à Hollywood ! Une relative bonne surprise, donc.

BURT LANCASTER ET KIRK DOUGLAS

BURT LANCASTER ET KIRK DOUGLAS

 

« OSTERMAN WEEK-END » (1983)

RUTGER HAUER

RUTGER HAUER

Un roman de Ludlum, une mise-en-scène de Peckinpah, une BO de Schifrin et un casting à faire saliver n’importe quel cinéphile normalement constitué. Sur le papier, « OSTERMAN WEEK-END » a tout pour taper dans le mille. Et qu’il soit en plus l’ultime film réalisé par ‘Bloody Sam’, incite à l’indulgence par avance.WK3

Mais il s’avère un peu dur de s’attacher à ce film paranoïaque et inutilement tortueux, qui développe une intrigue absconse, des personnages tellement troubles qu’on finit par s’en désintéresser complètement, pour aboutir à un dénouement décevant en queue-de-poisson. De la Guerre Froide au complot d’un politicien va-t-en-guerre en passant par l’ingérence du KGB, on n’aboutit en fin de compte qu’à une bête histoire de vengeance.

Bien sûr, tout n’est pas à jeter dans « OSTERMAN WEEK-END ». Sam Peckinpah était au bout de son rouleau, mais pas encore tout à fait mort. Il gère bien l’aspect prémonitoire d’une Amérique assujettie aux médias et aux images trafiquées et démultipliées, on reconnaît sa patte dans quelques (rares) scènes d’action et la fausse tête de chien dans le frigo est un évident clin d’œil au chat dans le placard des « CHIENS DE PAILLE ». Reste que la photo est tristounette, que le montage abuse de fondus-enchaînés redondants et que les acteurs semblent tous très mal à l’aise.

Rutger Hauer est un curieux choix pour jouer ce journaliste politique ‘All American’ (même si le dialogue tente de justifier son accent étranger de façon maladroite) et patriote, John Hurt virevolte dans un rôle ambigu de tireur de ficelles à moitié fou, Meg Foster a une belle présence physique dans un personnage sous-exploité. Et Burt Lancaster retrouve son emploi-fétiche de facho intelligent et dangereux qui avait déjà fait ses preuves dans « 7 JOURS EN MAI » et « EXECUTIVE ACTION » : il arrive encore à être inquiétant.

RUTGER HAUER, JOHN HURT ET BURT LANCASTER

RUTGER HAUER, JOHN HURT ET BURT LANCASTER

À voir donc, pour le complétiste peckinpien (celui qui trouve par exemple que « TUEUR D’ÉLITE » est remarquable et que « CONVOI » a des qualités !), qui cherchera envers et contre tout des traces, même infimes, du génie du vieux Sam.