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Archives de Catégorie: FILMS D’HORREUR

« NE T’ENDORS PAS » (2016)

WAKE.jpgEn matière de fantastique, entre l’horreur et le paranormal, Mike Flanagan commence à avoir un joli palmarès et un ton très personnel, dont les références sont décelables mais jamais gênantes.

« NE T’ENDORS PAS », par la présence d’un petit garçon aux pouvoirs étranges, renvoie à Stephen King, mais le film possède sa petite musique, faite de poésie teintée d’angoisse et privilégiant la double-lecture de ses séquences de trouille, bien moins gratuites que ce qu’on a l’habitude de voir. C’est évidemment plus gratifiant, plus intelligent aussi. Et les personnages, comme souvent chez cet auteur, ont une véritable épaisseur humaine, un passé, qui les ancrent dans le réel et permettent l’identification, donc une peur plus concrète et profonde. « NE T’ENDORS PAS » est court, percutant, visuellement soigné mais sans ostentation et surtout, très bien joué par Kate Bosworth en jeune mère endeuillée flirtant dangereusement avec les pires transgressions, Thomas Jane très attachant dans le rôle de son mari, Annabeth Gish en assistante sociale pas très perceptive et le petit Jacob Tremblay d’une irréprochable justesse.

Suspense psychanalytique sur l’enfance ravagée, le non-dit et l’autodestruction, « NE T’ENDORS PAS » est une petite production qui ne paie pas de mine, mais passionne le temps qu’elle dure et donne à réfléchir après le mot « FIN ». Ce n’est pas très courant et d’autant plus méritoire. Flanagan confirmera son talent avec le téléfilm « JESSIE »(d’après Stephen King, c’était inévitable !) et surtout la splendide minisérie « THE HAUNTING OF HILL HOUSE » qui l’installera comme un des nouveaux piliers du genre.

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KATE BOSWORTH, JACOB TREMBLAY ET THOMAS JANE

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« DEVIL’S GATE » (2017)

Un film comme « DEVIL’S GATE » oblige à se poser des questions sur la différence entre un navet et un nanar. Le nanar, quel que soit son stade de nullité avancée, garde toujours quelque chose de sympathique voire de distrayant qui incite à l’indulgence. Le navet est un gâchis de pellicule et de temps.DEVIL.jpg

Inutile de dire que la production canadienne « DEVIL’S GATE » fait partie de la seconde catégorie. Cela démarre en enquête sur un serial killer, avec un agent du FBI (Amanda Schull, clone de Naomi Watts, le talent en moins) débarquant dans la cambrousse, puis le scénario dévie progressivement vers une abracadabrante histoire d’aliens désireux d’envahir la terre, tout en restant planqués aux alentours d’une ferme depuis des générations (sic !) afin de procréer tranquillement. Plus cela avance, plus c’est aberrant et grotesque. Et comme le casting est vraiment bas-de-gamme, le dialogue honteux, il n’y a rien pour éviter la chute du film dans les abysses de la série Z.

Que sauver là-dedans ? Car, normalement, il y a toujours quelque chose à sauver. Disons que les extra-terrestres ne sont pas trop mal conçus, que la photo a quelques bons moments, mais c’est vraiment aller chercher la petite bête. « DEVIL’S GATE » est une espèce de bouillie à base de « X-FILES » et « RENCONTRE DU TROISIÈME TYPE », atrocement mal réalisée et écrite. À noter que l’acteur Milo Ventimiglia – que ce soit délibéré ou non – prend des accents et des mimiques de Sylvester Stallone dès qu’il se met en colère. À tout prendre, on aurait préféré le vrai.

 

« HÉRÉDITÉ » (2018)

Auréolé d’un formidable bouche-à-oreille, d’une réputation de « film d’horreur définitif du 21ème siècle », comparé à « L’EXORCISTE », « HÉRÉDITÉ » du jeune Avi Aster avait tout intérêt à se montrer à la hauteur. Ce qu’il fait plus ou moins d’ailleurs… jusqu’à un certain point.HÉRÉDITÉ

L’histoire de cette famille dysfonctionnelle de l’Utah, confite dans le mystère, les névroses, les non-dits, accroche d’emblée par son atmosphère étrange, quasi-lynchienne. On comprend vite qu’il ne s’agit nullement d’horreur à proprement parler, mais d’une plongée dans les secrets d’une miniaturiste (Toni Collette) dotée d’un mari patient (Gabriel Byrne) et de deux enfants, qui vient de perdre sa mère et va connaître un autre deuil qui va tout faire basculer dans la folie. Jusque-là, tout va bien. Et même très bien. L’actrice est d’une exceptionnelle intensité, atteignant des cimes d’hystérie dans les scènes de dispute où son visage se déforme littéralement, sans aucun effet spécial. Impressionnant ! Les seconds rôles sont impeccables, particulièrement Milly Shapiro au faciès plus qu’étrange. Et des séquences comme l’accident de voiture sont carrément choquantes.

Le problème, c’est que le dernier quart du scénario dérape complètement et s’achève, sans prévenir, en bouillie satanique aussi ridicule qu’indigeste. La subtilité vénéneuse du début (est-ce réel ? Est-elle folle ?) se mue en Grand-Guignol sanglant. L’auteur gâche toutes les promesses faites au départ et laisse une impression négative, voire contrariante. La diffuse sensation de s’être fait arnaquer, en somme. Alors peut-on le conseiller ? Pour la performance extrême de Toni Collette oui, sans hésitation. En sachant que la dernière partie risque, pour bon nombre de spectateurs, d’être une amère déconvenue.

 
 

« L’ÉCHELLE DE JACOB » (1990)

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TIM ROBBINS

Qui aurait imaginé qu’Adrian Lyne, l’homme derrière « FLASHDANCE », « 9 SEMAINES ½ » ou « LIAISON FATALE » serait capable de signer « L’ÉCHELLE DE JACOB », un des films les plus effrayants et déstabilisants de l’Histoire du cinéma horrifique ?JACOB

Cela va être compliqué de ne rien spoiler, mais le scénario, extrêmement brillant et maîtrisé, conte le retour du Vietnam d’un jeune G.I. (Tim Robbins dans le rôle de sa vie), qui commence à voir des monstres, à tout mélanger, passé, présent, cauchemars, réalité et à comprendre peu à peu qu’il est en train de mener le combat le plus important de sa vie. Les effets visuels provoquent stress, insécurité, agressent tous les sens, un peu à la manière du Friedkin de « L’EXORCISTE » auquel le film fait parfois penser. On avance sur des sables mouvants, on croit suivre une sorte d’enquête policière sur ce qui s’est passé « là-bas », mais elle se dissout dans une autre dimension. On ne sait jamais réellement à quel niveau de conscience on se trouve de séquence en séquence. Certaines images, comme ce bombardement au Vietnam, cette descente aux enfers à l’hôpital, totalement traumatisante, s’impriment directement dans l’inconscient. Car « L’ÉCHELLE DE JACOB » touche à nos peurs les plus primales, nos angoisses les plus fondamentales et universelles. Au-delà d’une « chute » à la fois terrible et d’une certaine façon heureuse, le scénario entraîne dans des zones d’inconfort extrêmes et ne lâche jamais son emprise pendant près de deux heures. Autour d’un Robbins omniprésent, très émouvant avec son visage d’enfant, de bons comédiens comme Elizabeth Peña très sexy, Danny Aiello en chiropracteur bienveillant, Ving Rhames et Eriq LaSalle en « vets ».

« L’ÉCHELLE DE JACOB » est à voir plus comme une expérience sensorielle que comme un film traditionnel. Mais malgré son grand âge (un remake se prépare, semble-t-il), il faut savoir qu’on n’en sort pas indemne. Grand film.

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TIM ROBBINS ET ELIZABETH PENA

 

« THE HAUNTING OF HILL HOUSE » (2018)

Attention, chef-d’œuvre ! Ce n’est pas un terme fréquemment utilisé en matière de télévision, mais « THE HAUNTING OF HILL HOUSE », œuvre de Mike Flanagan, mérite amplement le qualificatif.HHH.jpg

Librement adapté du roman de Shirley Jackson, qui inspira déjà l’inoxydable « MAISON DU DIABLE » (1963) de Robert Wise, cette minisérie de 10×55 minutes traite de la lente et inexorable possession d’une famille entière par une demeure maléfique grouillant de fantômes.

A priori, rien d’original, mais Flanagan capte l’intérêt par une construction culottée, se permet des flash-backs intempestifs, des changements de point-de-vue extrêmement déstabilisants et surtout, ne perd pas de temps à rabâcher les sempiternels lieux-communs de ce genre de cinéma. Ce qui intéresse l’auteur, ce ne sont pas les effets de trouille faciles, c’est la famille. Ces parents aimants (Carla Gugino et Henry Thomas), ces cinq enfants de plus en plus fragilisés par leur contact quotidien avec l’horreur. La minisérie change constamment d’époque, passant du présent avec les protagonistes adultes et le passé où leur séjour dans la maison explique progressivement leurs traumatismes actuels. C’est brillamment écrit, très bien réalisé, et le casting est uniformément remarquable. Seul petit bémol, l’idée de faire jouer le père par Henry Thomas (45 ans) dans les flash-backs et par Timothy Hutton (58 ans) au temps présent. La différence d’âge entre les deux acteurs ne saute pas immédiatement aux yeux et cela perturbe un peu le parcours de ce personnage étrangement bicéphale.

Outre Carla Gugino absolument saisissante dans un rôle complexe, émouvant et effrayant à la fois, on retiendra Elizabeth Reaser excellente en sœur aînée psychorigide, Kate Siegel remarquable d’intensité ou Annabeth Gish étonnante en gouvernante introvertie. Truffé d’hommages discrets au film de Wise, mais aussi à « SHINING », à « E.T. » et autres, « THE HAUNTING OF HILL HOUSE » ne cesse de surprendre, d’émouvoir, pendant ces presque dix heures de projection incroyablement addictives. On peine à affirmer qu’il s’agit là de « grande télévision », tant on aimerait que des films de cinéma atteignent ce niveau-là d’exigence !

 

« SHUTTER ISLAND » (2010)

SHUTTER.jpgInspiré d’un roman de Dennis Lehane, « SHUTTER ISLAND » évoque très fortement la logique narrative du superbe « ANGEL HEART » d’Alan Parker, sans en avoir tout à fait la puissance sur la durée.

Car Martin Scorsese, selon sa bonne habitude, fait long. Trop long en l’occurrence. Si la première moitié fonctionne parfaitement et s’avère angoissante, déstabilisante, la seconde – dès qu’on commence à subodorer vraiment de quoi il retourne – devient laborieuse, voire redondante. Ainsi, le flash-back final donne-t-il envie de s’écrier : « Ça va, Marty ! On avait compris ». Malgré un abus flagrant d’écrans verts et de CGI dans les décors et les effets de lumière, « SHUTTER ISLAND » a ses bons moments, heureusement. Ainsi le face-à-face entre Leonardo Di Caprio et Patricia Clarkson dans la grotte ou la poursuite nocturne dans le pavillon des fous dangereux. De beaux morceaux de bravoure qui font d’autant plus regretter la complaisance du reste et la lourdeur d’un scénario qui enfonce plusieurs fois le clou, ne laissant aucune place à l’ambiguïté ou l’incertitude. Di Caprio, qui ressemble étonnamment à Orson Welles jeune, est bien en marshal s’enfonçant dans une enquête abyssale, mais il ne possède pas la fêlure du Mickey Rourke de « ANGEL HEART », par exemple. Les seconds rôles sont tous remarquables, à commencer par Mark Ruffalo, Ben Kingsley ou Max Von Sydow dans des rôles à facettes. Michelle Williams capte l’attention dans ses courtes mais spectaculaires apparitions. À noter la présence fugitive d’Elias Koteas qui arbore exactement le même sourire que Robert De Niro, ce qui est plus que troublant dans un film signé Scorsese.

Beaucoup trop long, trop explicatif et trop ostensiblement virtuose, « SHUTTER ISLAND » se visionne avec curiosité, mais laisse malgré tout une sensation de radotage pas très agréable. On avait pigé, Marty !

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MARK RUFFALO, LEONARDO DI CAPRIO, MICHELLE WILLIAMS ET ELIAS KOTEAS

 

« HELLRAISER – LE PACTE » (1987)

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ASHLEY LAURENCE

Écrit et réalisé par le romancier anglais Clive Barker, « HELLRAISER – LE PACTE » est un film d’horreur qui marqua les esprits en son temps, par sa vision sadomasochiste de l’enfer, ses plans gore très explicites et surtout par le look très inventif des démons passant d’une dimension à l’autre.PACTE2.jpg

Le revoir aujourd’hui génère forcément une petite déconvenue. Les F/X ont beaucoup vieilli (le gros monstre rose avançant la tête en bas est à mourir de rire), la direction d’acteurs n’est manifestement pas le fort de Barker : tous ses comédiens ont le même jeu raide, affecté, grimaçant et rivalisent de nullité. À commencer par Andrew Robinson qu’on a pourtant vu excellent dans « L’INSPECTEUR HARRY ». Ici, il débite son texte comme un pantin mécanique et roule des yeux. La jeune Ashley Laurence est catastrophique de gaucherie. Seule s’en sort – à peu près, n’exagérons rien – la marmoréenne Clare Higgins dans un rôle ambigu et sensuel sous les allures de « Ice queen ». Elle est quelque peu handicapée par une série de brushings estampillés eighties absolument sidérants. Barker tire le maximum d’un décor exigu de maison et parvient à susciter sinon de la peur, du moins le dégoût dans les séquences où « l’oncle Frank » se reconstitue progressivement en dévorant des victimes attirées dans son grenier par Clare Higgins. Cela maintient un semblant d’intérêt, mais on regrette constamment de ne pas en apprendre davantage sur l’univers parallèle des « Cénobites » et leurs méthodes de torture. C’était vraiment le point original du scénario, pas suffisamment développé.

À voir pour des idées originales comme ce Rubik’s cube infernal, pour la photo culottée de Robin Vidgeon, mais « HELLRAISER » n’est plus ce qu’il fut à sa sortie et les bâillements d’ennui ont souvent remplacé les hurlements de terreur. Une date tout de même dans l’Histoire du genre.

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ANDREW ROBINSON ET CLARE HIGGINS