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Archives de Catégorie: FILMS D’HORREUR

« US » (2019)

Écrit et réalisé par Jordan Peele, « US » est un film fantastique à « high concept », le genre d’idée qu’on trouvait dans la série de Rod Serling : « THE TWILIGHT ZONE », il y a bien longtemps.US .jpg

L’idée ? Par l’expérience traumatisante d’une fillette, on découvre que des « doubles » de nous-mêmes investissent peu à peu la terre et prennent notre place. Cela se situe entre « L’INVASION DES PROFANATEURS » et le principe du « home invasion ». Pourquoi pas ? D’autant plus que c’est très bien réalisé, « à la coréenne », hyper conceptuel, avec de très belles idées de cadrages, que l’humour n’est pas totalement absent et que les comédiens sont excellents. En fait « US » est réjouissant et maîtrisé jusqu’à son dernier quart, où l’auteur subitement, se croit obligé de donner des « explications », de justifier sa narration et se noie – et nous avec – dans de longues scènes dialoguées complètement absconses qui gâchent vraiment le plaisir. À condition d’oublier ce dérapage bien dommageable à l’ensemble (on aurait préféré, et de loin, ne rien savoir jusqu’au bout, rester dans le pur cauchemar paranoïaque), le film vaut le coup d’œil, d’autant que tous les comédiens sont dans le ton et donnent le meilleur d’eux-mêmes : Lupita Nyong’o est d’une épatante intensité dans le rôle de la fillette devenue mère de famille et confrontée à son doppelgänger zombiesque. Quelques jolis face à face avec elle-même et une belle prouesse d’actrice. Dans un rôle plus secondaire, Elizabeth Moss est proprement terrifiante dans une longue séquence où son « double » se maquille devant un miroir, avec un rire silencieux et l’œil fou. À filer le frisson !

À voir donc, ce « US », parce que, malgré ses défauts, il tente d’innover dans un genre bien usé et… y parvient malgré tout.

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ELIZABETH MOSS

 

« NIGHTMARE CINEMA » (2018)

NC.jpg« NIGHTMARE CINEMA » est un film d’horreur en 5 sketches, qui revient aux fondamentaux des vieux « CREEPSHOW » et « TALES FROM THE CRYPT » d’antan. Par définition, c’est inégal, mais on peut y trouver sporadiquement matière à réjouissance et même, même… y exhumer un véritable petit chef-d’œuvre.

« THE THING IN THE WOODS » d’Alejandro Brugués est une sorte de slasher sanglant, lorgnant sur le pastiche et se jouant des clichés du genre. C’est moyennement intéressant et à éviter pour les arachnophobes. Mais c’est du déjà-vu sans grand intérêt. « MIRARE » de Joe Dante est un cran nettement au-dessus et conte l’horrible histoire d’une jeune femme dont le visage est abîmé par une cicatrice, et qui accepte de passer sous le bistouri du chirurgien esthétique Richard Chamberlain, pour complaire à son futur époux. Mais l’affaire tourne au pur cauchemar paranoïaque et la chute finale renvoie aux bonnes vieilles BD de « CREEPY » ou « EERIE ». « MASHIT » (le titre est assez bien choisi, pour le coup ! ) de Riyûhei Kitamura est une pénible histoire d’exorcisme au sein d’un collège religieux, réalisée avec les pieds et totalement assommante. « THIS WAY TO EGRESS » de David Slade (l’excellent « 30 JOURS DE NUIT ») vaut à lui seul qu’on voie le film : c’est un pur cauchemar en noir & blanc à la David Lynch, où la remarquable Elizabeth Reaser semble évoluer dans une dimension parallèle suintante de sang, où tout se déforme en permanence, tout se décompose sous ses yeux. Une NDE ? Un no man’s land entre vie et mort ? Aucune explication rationnelle  ne sera proposée. Et tant mieux ! C’est admirablement filmé, proprement terrifiant sans effet inutile et les images marquent durablement. Une merveille ! « DEAD » de Mick Garris part d’une bonne idée de jeune garçon entre la vie et la mort qui voit des « dead people », mais le scénario est infiniment trop dilué et finit par lasser, malgré l’inquiétante composition d’Annabeth Gish en maman-fantôme ambiguë.

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ELIZABETH REASER

Sans oublier les apparitions de Mickey Rourke – de plus en plus méconnaissable – dans le rôle d’un projectionniste peroxydé qui semble personnifier la mort elle-même, dont le cinéma sert de fil rouge très artificiel à ces courts-métrages sans aucun point commun. Un film sans colonne vertébrale donc, à voir pourtant pour le magnifique segment de David Slade.

 

« I AM THE PRETTY THING THAT LIVES IN THE HOUSE » (2016)

Oz Perkins est le fils d’Anthony Perkins auquel il adresse un clin d’œil en montrant un extrait de « LA LOI DU SEIGNEUR » sur un poste de TV. Il n’est d’ailleurs pas le seul Perkins au générique.PRETTY

Ceci établi, on est bien embarrassé de dire quoi que ce soit de constructif sur « I AM THE PRETTY THING THAT LIVES IN THE HOUSE » ! Film de fantômes ultra-conceptuel, comme le sera « A GHOST STORY » sorti l’année suivante, c’est un pensum incompréhensible, interminable, soporifique (qui serait capable de rester éveillé jusqu’au bout ?). Une jeune infirmière (Ruth Wilson) vient s’occuper d’une vieille romancière, jouée par une Paula Prentiss, vedette des sixties totalement méconnaissable, dans sa demeure hantée. Elle sent la présence d’une « entité », découvre des lettres jaunies et se laisse progressivement posséder par la maison. Du moins, est-ce la conclusion à laquelle on peut parvenir, car le scénario est abscons et ne donne aucune clé, ou si peu. Le pire est encore la photo, sous-exposée et verdâtre, qui tue tout espoir d’intérêt ou de mystère. On passe de pièce en pièce, accompagnés d’une musique de « rumble » oppressante, sans rien y voir, bercé par une voix « off » omniprésente qu’on finit par ne plus écouter. Les comédiens n’y peuvent pas grand-chose : Ruth Wilson sembler jouer au ralenti, Bob Balaban apparaît de temps en temps.

Le fils de Norman Bates semble lui-même hanté par ses propres fantômes, mais il n’a pas vraiment su traduire à l’écran ses obsessions et ses tourments. « I AM THE PRETTY THING… » est un film hermétique, rébarbatif, d’un ennui colossal, qui ressasse les vieux thèmes de la bâtisse dévoreuse d’âmes de « LA MAISON DU DIABLE » ou « SHINING » mais n’a certes pas les moyens de ses prétentions. À éviter.

 

« DOCTOR SLEEP » (2019)

SLEEPUne sequel à « SHINING » de Kubrick, cela semble à peu près aussi nécessaire qu’une suite à « BLADE RUNNER ». Mais par bonheur, c’est le talentueux Mike Flanagan qui a écrit et réalisé « DOCTOR SLEEP » d’après un nouveau roman de Stephen King, et sans être une grande révélation, c’est plutôt réussi.

Sur une durée de 3 heures (dans son director’s cut chroniqué ici) le film prend pour héros le petit Danny devenu grand (Ewan McGregor) et jamais remis des horreurs vécues dans son enfance. Il croise le chemin d’une ado (Kyliegh Curran) aux pouvoirs encore plus puissants que les siens et ensemble, ils affrontent une secte de succubes dévorant l’énergie de leurs victimes. Un groupe itinérant qui n’est pas sans rappeler l’équipe de vampires de « AUX FRONTIÈRES DE L’AUBE ». Ce n’est que dans son dernier tiers que le film revient à ses racines et que l’hôtel Overlook rouvre ses portes. C’est avec une étrange émotion qu’on revisite les décors de Kubrick, qu’on retrouve des personnages joués par d’autres comédiens (Henry Thomas reprend le rôle de Nicholson) et qu’on revoit des scènes anthologiques re-filmées dans un nouveau contexte. C’est étrangement plaisant, car on sent l’amour de Flanagan pour l’œuvre originelle et que c’est très bien filmé. Bien sûr, la durée excessive donne l’impression de suivre une bonne minisérie TV, mais le scénario tient le coup, les CGI restent discrets et au service de l’histoire, et McGregor est très bien en alcoolique accompagnant les agonisants dans la mort. L’autre plaisir du film provient de Rebecca Ferguson en chef des « dévoreurs d’âmes », aussi imprévisible que létale. À condition de le savoir, on peut même entrevoir Danny Lloyd (l’interprète de « Doc » dans le film original), adulte et barbu en spectateur d’un match de baseball.

Il faut bien connaître « SHINING » – ou éventuellement le revoir juste avant – pour mieux profiter de « DOCTOR SLEEP » et des nombreux clins d’œil qui l’émaillent. C’est un film qu’il faut voir plus comme un hommage respectueux et réussi que comme une œuvre indépendante. Mais à condition de ne pas crier au sacrilège, on y trouve d’excellentes idées et plusieurs grandes scènes. Et la petite Curran est exceptionnelle.

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KYLIEGH CURRAN

 

« ESCAPADE FATALE » (2009)

PERFECTÉcrit et réalisé par David Twohy, responsable de la franchise des « RIDDICK », « ESCAPADE FATALE » est un thriller mêlé de ‘survival’ qui s’amuse avec une certaine maestria des clichés du film de serial killer et du ‘whodunit’, jusqu’à la confusion totale, mais sans jamais – ou presque – faire baisser la tension.

Un jeune couple (Steve Zahn et Milla Jovovich) en voyage de noces à Hawaii croise la route de l’aventurier Timothy Olyphant et de sa fiancée Kiele Sanchez, qu’ils soupçonnent rapidement d’être les tueurs en série activement recherchés par la police. Mais un autre couple (Chris Hemsworh et Marley Shelton) sont également de possibles suspects. Le scénario fonce droit devant, brouille sans arrêt les pistes, multiplie les chausse-trappes, les faux-semblants, triche un peu de temps en temps mais demeure constamment ludique et agréable à suivre. Il faut dire que le casting est parfait, les paysages hawaiiens sont à couper le souffle et que les coups de théâtre incessants ne cessent de relancer l’intérêt. On pourra chipoter en avouant qu’une fois l’identité des tueurs révélée, bien avant la fin, le film tire un peu en longueur (en tout cas dans sa version longue de 108 minutes chroniquée ici), mais c’est compensé par de bonnes scènes d’action assez sanglantes, des poussées d’adrénaline extrêmement efficaces et un dénouement tiré par les cheveux mais au fond, tout à fait satisfaisant. « ESCAPADE FATALE » est donc une excellente manière de passer le temps, sans se prendre au sérieux, ni attendre énormément de vraisemblance. Zahn est très bien dans son rôle à facettes, Olyphant comme toujours charismatique et nonchalant et Jovovich déborde d’énergie. Un film un peu oublié, qui mérite un petit coup d’œil de curiosité.

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MILLA JOVOVICH, TIMOTHY OLYPHANT, KIELE SANCHEZ ET MARLEY SHELTON

 

« ELI » (2019)

ELI2.jpgDans le style série B horrifique bâtie autour d’un enfant étrange, « ELI » de Ciarán Foy est une réussite inattendue et parfois saisissante. Du moins pour 90% du temps.

Enfant « allergique au monde » et vivant dans un environnement stérile, Charlie Shotwell est conduit par ses parents (Kelly Reilly et Max Martini) dans une clinique tenue par Lili Taylor, capable de le guérir. Mais très vite, des fantômes viennent terroriser le gamin et l’équipe médicale s’avère de plus en plus menaçante. C’est franchement très bien réalisé, les effets de peur sont savamment distillés, le scénario tient la route et le mystère entourant la vieille demeure s’épaissit de façon étouffante. Le jeune comédien n’a rien d’exceptionnel, mais il parvient à focaliser l’intérêt sur sa personne. Seulement voilà, le dénouement gâche pratiquement tout le plaisir procuré par le film. Après un parcours rigoureux, maîtrisé, voire original, « ELI » se met soudainement à piocher allègrement dans les classiques du genre. Et la fin ressort de la naphtaline les vieilles ficelles de « ROSEMARY’S BABY », « SHINING » et « L’EXORCISTE » ! C’est tellement incongru et maladroit, qu’on se demande s’il n’y a pas eu re-tournage de dernière minute et apport de nouveaux scénaristes. C’est confus, incompréhensible, absurde et l’épilogue laisse sans voix. Quel dommage, vraiment ! Car pour ce qui est du reste du film, on pouvait penser tenir là un petit bijou évoquant certains films d’horreur espagnols.

À voir tout de même donc, en connaissance de cause, pour une mise-en-scène assez épatante, des fantômes très stressants et pour le plaisir de revoir des comédiennes formidables comme Lili Taylor ambiguë à souhait et Kelly Reilly dans un personnage de gentille maman à la larmichette facile, pas si aimable qu’elle n’en a l’air.

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LILI TAYLOR ET KELLY REILLY

 

« VAMPIRES » (1998)

VAMPIRESS’inspirant d’un roman, John Carpenter marche sur les travées de « NEAR DARK » (1987) et « UNE NUIT EN ENFER » (1996), pour « VAMPIRES », un film de pur fun situé dans un Mexique peckinpien grouillant de buveurs de sang bien organisés.

Les héros ? Une bande de tueurs digne des « 7 MERCENAIRES », aux ordres du Vatican, qui salarie ces baroudeurs pour exterminer les vampires et tout particulièrement un « master » (Thomas Ian Griffith), le tout premier de son espèce. Car l’originalité du scénario est que les « créatures de la nuit » ont été créées par… l’Église elle-même, lors d’un exorcisme raté ! Voilà donc James Woods, exterminateur-en-chef armé d’une arbalète, qui arpente l’Amérique à la recherche de « nids » à détruire. Le personnage est tout à fait adapté à l’acteur dans un de ses seuls rôles « héroïques » : un type obsessionnel, mal embouché, sans foi ni loi, pour qui la fin justifie toujours les moyens. Woods s’amuse visiblement beaucoup et a l’intelligence de ne pas se distancier du personnage par un jeu ironique ou décalé. Il joue au premier degré, quitte à se montrer antipathique. Il a l’habitude ! Autour de lui, Daniel Baldwin est excellent en co-équipier loyal, Sheryl Lee superbe en prostituée vampirisée luttant contre le mal qui s’empare d’elle. Et Maximilian Schell se régale de son rôle de cardinal traître et fourbe, mais tout sourires. « VAMPIRES » ressemble souvent à un western, par son ambiance, ses extérieurs (un peu gâchés par un abus de filtres rouges hideux), c’est de la « pulp fiction » assumée, violente et énergique, qui s’enlise un peu sur la fin dans une bouillie de bastons lassante, mais qui parvient à maintenir l’intérêt par son rythme décontracté, par l’évident plaisir de filmer de Carpenter, qui sort toute son artillerie de ralentis, de fondus-enchaînés et de « gros son ». À voir comme on lit une BD outrancière et colorée.

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JAMES WOODS, SHERYL LEE ET MAXIMILIAN SCHELL