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Archives de Catégorie: FILMS D’HORREUR

« VERÓNICA » (2017)

Coréalisateur des deux premiers « {REC.} » et en solo sur le 3ème  opus, Paco Plaza signe avec « VERÓNICA » un film d’horreur traditionnel, dans la mouvance de « L’EXORCISTE » mais mêlé aux codes des films de fantômes et privilégiant un niveau de lecture plus intimiste et réaliste dans le même temps.VERO

La jeune héroïne (Sandra Escacena) vit à Madrid en 1991 et élève ses trois frères et sœurs, pendant que sa mère (Ana Torrent) veuve, se tue au travail dans un bar pour les nourrir. Après une séance de « ouija » pour parler à l’esprit de son père, l’adolescente commence à voir des choses, à faire d’affreux cauchemars et à se faire agresser par une forme humanoïde qui ne la quitte jamais.

Le scénario ne recherche pas l’originalité à tout prix, on connaît bien cette construction en crescendo qui mène à un final effrayant. Mais c’est très bien mené avec une vraie volonté de toujours ancrer l’action dans le réel. Est-ce un film fantastique ? Une parabole sur le deuil, la terreur de voir venir l’âge adulte ? La remontée en surface d’un inceste enfoui dans l’inconscient (on pense à « TWIN PEAKS – FEU MARCHE AVEC MOI »)  ? Un cas de possession démoniaque ? Le personnage d’une bonne sœur aveugle sème le doute et laisse ouvertes les différentes interpétations. La caméra ne quitte pas la jeune Sandra Escacena – dont c’est, à 16 ans, le premier film – qui fait preuve d’un talent indiscutable. Intense, émouvante, inquiétante parfois, elle est présente dans 98% des scènes et maintient l’intérêt et l’émotion par sa présence et sa concentration. Ana Torrent (l’ex-fillette de « CRIA CUERVOS ») est très bien en mère débordée, harassée.

Pour le dépaysement causé par les décors, pour quelques frissons bien gratinés et une ou deux idées visuelles à faire frémir, « VERÓNICA » mérite d’être découvert, à condition de ne pas en attendre un renouveau du film d’horreur.

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« PAS UN BRUIT » (2016)

La recette de « PAS UN BRUIT », elle n’est pas très compliquée : on reprend le concept de films comme « SEULE DANS LA NUIT » ou « TERREUR AVEUGLE » (c’est-à-dire une jeune femme non-voyante harcelée par un serial killer), on modifie le handicap de l’héroïne (la surdité remplace la cécité) et on mixe tout cela avec les codes du sous-genre qu’est le film de « home invasion ».HUSH.jpg

Ça pourrait passer pour une bonne idée sur le papier, mais encore aurait-il fallu avoir un scénario en béton, des péripéties inédites à proposer et surtout des personnages intéressants puisqu’on ne voit qu’eux dans un lieu unique pendant 80 minutes. Autant Mike Flanagan se sortira très bien de l’adaptation de « JESSIE » de Stephen King, un an plus tard, autant « PAS UN BRUIT » laisse de marbre, voire légèrement agacé.

Toutes les actions des protagonistes sont stupides, illogiques, voire absurdes (pourquoi le serial killer porte-t-il un masque d’Halloween an début pour s’en débarrasser à la première occasion ? Pourquoi n’entre-t-il pas plus tôt dans la maison en brisant les vitres ?), une fois l’électricité coupée par l’assaillant, on ne voit plus grand-chose sur l’écran, ce qui ne donne qu’une envie : zapper. Et puis le cast est d’une faiblesse terrible. Kate Siegel – sorte de lointaine cousine d’Angelina Jolie – est transparente et John Gallagher, Jr. est un des croque-mitaines les plus ineptes et peu fascinants qu’on ait eu à subir dans le genre.

Rien de vraiment bon à dire sur « PAS UN BRUIT » donc, une série B poussive déjà vue et revue, dont même les inserts ‘gore’ ne parviennent pas à sortir le spectateur du sommeil du juste.

 

« EDEN LAKE » (2008)

EDEN.jpgPour donner une vague idée de l’électrochoc provoqué par la vision de « EDEN LAKE », imaginons que la séquence du viol de « DÉLIVRANCE » ne durerait pas quelques minutes, mais toute la durée du film ! D’ailleurs, le point de départ du scénario semble être un clin d’œil au chef-d’œuvre de John Boorman : le couple de ‘yuppies’ s’en va visiter un lac pour la dernière fois avant qu’il ne soit asséché, comme les quatre citadins avec la rivière sauvage.

Écrit et réalisé par James Watkins, « EDEN LAKE » est un œuvre d’une violence, d’une barbarie inouïes. Kelly Reilly et Michael Fassbender gentil couple en week-end vont devoir affronter les pires monstres qui se puissent imaginer : une bande d’adolescents menés par Jack O’Connell, psychopathe en herbe, qui vont les entraîner dans un engrenage sanglant de mort et de tortures. La montée du suspense et de l’horreur est admirablement menée, atteignant dans sa conclusion, des sommets rarement atteints. Il ne faut pas compter ici sur les clichés et conventions du cinéma de genre, « EDEN LAKE » est solidement enraciné dans un réalisme atroce et totalement crédible. L’idée de génie étant que le Mal absolu est incarné par un ado. « They’re just kids ! » sanglote une mère à la fin. Le dernier gros-plan, face au miroir, démontre sans emphase que le diable peut prendre toutes les formes, tous les âges.

Kelly Reilly trouve le rôle de sa vie, une prestation extrêmement physique qui voit la gentille institutrice proprette se métamorphoser en gibier traqué, couvert de boue, de vase et de sang. Fassbender donne une épaisseur à un rôle de M. Tout le monde confronté à la violence bestiale, faisant passer toutes les nuances de sa descente aux enfers. Quant à O’Connell, il est proprement terrifiant, bien davantage que tous les serial killers de ‘slashers’ où les clowns maléfiques de Stephen King.

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KELLY REILLY, JACK O’CONNELL ET MICHAEL FASSBENDER

« EDEN LAKE » fait penser à « THE DESCENT » dans sa perfection formelle, dans le portrait en décomposition de son héroïne et dans l’état de choc dans lequel il laisse le spectateur non-averti. Un petit bijou de terreur.

 

« WILLARD » (1971)

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« BEN » ET BRUCE DAVISON

Bien qu’il soit réalisé d’anonyme façon par Daniel Mann, qu’il souffre d’une vilaine photo de téléfilm seventies et d’un budget visiblement insuffisant, « WILLARD » a bien traversé l’épreuve des années et s’affirme aujourd’hui comme un classique mineur de l’horreur « quotidienne ».WILLARD

Impossible au début de ne pas penser à « PSYCHOSE », par la personnalité de Bruce Davison, grand dadais introverti et complexé, surtout dans sa relation malsaine à sa mère (Elsa Lanchester), qui le harcèle et l’étouffe. Mais peu à peu cet émule de Norman Bates évolue et devient une sorte de « maître des rats » avec lesquels il communique et dont il va se servir pour se venger de ses ennemis et reprendre sa vie en main. Le scénario traîne un peu en longueur, mais ne cède jamais à la facilité ou aux effets gratuits. Davison crée un personnage crédible, attachant malgré sa folie sous-jacente et sa pleutrerie. Mais on découvre progressivement qu’il n’est pas le véritable protagoniste du film. Le « héros » c’est ‘Ben’ un rat noir surdoué, rebelle et rancunier qu’il a le tort de contrer. En quelques plans très simples, l’animal est entouré d’une aura maléfique voire d’un… certain charisme ! Dans une galerie de seconds rôles caricaturaux écrits de façon très « camp », on a plaisir à revoir Sondra Locke en gentille collègue sensible et surtout l’inoxydable Ernest Borgnine extraordinaire de vulgarité en patron de Willard truculent et odieux. À condition de fermer les yeux sur une facture vraiment ingrate et désuète, on peut prendre grand plaisir à la vision de « WILLARD ».

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SONDRA LOCKE ET ERNEST BORGNINE

À noter qu’une sequel fut tournée sous le titre de « BEN » par Phil Karlson et qu’un remake sera tourné bien des années plus tard avec Crispin Glover dans le rôle-titre.

 

« POSSÉDÉE » (2012)

POSSESSION2Produit par Sam Raimi, réalisé par le danois Øle Bornedal (« LE VEILLEUR DE NUIT ») et inspiré de faits réels, « POSSÉDÉE » relate l’histoire d’une famille en crise dont la cadette est la proie d’un démon (un ‘Dibbuk’) jusque-là enfermé dans une boîte de bois qu’elle a le malheur d’ouvrir.

Rien d’original et on sait qu’aucun film sur ce thème ne surpassera jamais « L’EXORCISTE » de Friedkin. Mais dès le début quelque chose accroche l’intérêt : le réalisme avec lequel sont dépeintes les relations humaines au sein de cette famille banale et universelle, le jeu parfaitement naturel des comédiens, la mise-en-scène fluide et invisible et la maîtrise de la montée du suspense et de l’horreur.

Car contre toute attente, « POSSÉDÉE » fait peur. Et parfois même très peur, comme dans ces plans de doigts au fond de la gorge de la fillette, cette séance glaçante d’IRM et plusieurs autres joyeusetés. La séquence d’exorcisme en elle-même, dans un gymnase désert, dirigée par un jeune rabbin, procure quelques frissons pas piqués des vers et les F/X discrets, parcimonieux, indécelables, sont d’une redoutable efficacité.

Jeffrey Dean Morgan, d’une absolue sobriété, est crédible en père pas très fiable mais courageux, Kyra Sedgwick, actrice fine et intelligente, se débat avec un personnage qui l’est beaucoup moins qu’elle. Natasha Calis est remarquable dans le rôle de la fillette « habitée ». Par moments même assez terrifiante, comme dans cette scène où elle s’en prend à la dentition de son presque beau-père.

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JEFFREY DEAN MORGAN, NATASHA CALIS ET KYRA SEDGWICK

Très bonne surprise donc que ce « POSSÉDÉE » à condition bien sûr de ne pas le placer sur le même plan que le mètre-étalon de 1973. On peut même y trouver un second degré de lecture en le voyant de manière cartésienne, comme une parabole sur les ravages provoqués par un divorce chez les enfants.

 

« THE DESCENT : PART 2 » (2009)

D2.jpgTournée trois ans après le succès inattendu de « THE DESCENT » par la même équipe, à l’exception du réalisateur relégué à la production, « THE DESCENT : PART 2 » de Jon Harris prend le risque de gâcher l’excellent souvenir qu’on garde de l’original.

Et de fait, le premier tiers est un désastre : Shauna McDonald étonnamment rescapée des grottes, y est ramenée manu militari par un shérif imbécile (Gavan O’Herlihy), accompagné par une équipe de spéléologues professionnels, en quête de survivantes. L’action se passe donc 24 heures après le premier film. La recherche esthétique a disparu au profit d’un look DTV, le scénario n’a plus cette « pureté » cinématographique qui faisait du film de Neil Marshall une sorte d’étude de l’horreur jusqu’au-boutiste. On marche dans les travées du prédécesseur, on bavarde, on explique… Mais soudain – et fort heureusement – les monstres refont leur apparition. Et s’ils ont un peu perdu de leur mystère et de l’effet de surprise, ils n’en sont pas moins toujours aussi répugnants et visqueux. Sans jamais retrouver l’élégance et la puissance du n°1, « THE DESCENT : PART 2 » parvient tout de même à décoller dans sa dernière partie, avec le retour de ‘Juno’ (Natalie Mendoza). Bien sûr, les deux revenantes en font des tonnes, ressemblent à des caricatures d’elles-mêmes. Harris n’est manifestement pas un grand directeur d’acteurs. Mais les revoir côte à côte, hacher menu les humanoïdes hurleurs à coups de piolets, reste pour le fan un must délectable. Aussi, après une première moitié laborieuse, voire pénible, se laisse-t-on aller à l’indulgence et au plaisir simple de suivre cette continuation absolument inutile, mais qui pourrait s’apparenter à un digestif après un bon repas.

À noter que l’épilogue se passant en surface, laisse un énorme questionnement en suspens. Et, manque de chance, cette fois-ci, il n’y a pas eu de sequel pour nous éclairer ! La vie est mal faite.

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SHAUNA McDONALD ET NATALIE MENDOZA

 

« THE DESCENT » (2005)

DESCENTIl est des films, qui ne sont objectivement pas des chefs-d’œuvre du 7ème Art, ni même des « grands films », mais qui d’une façon ou d’une autre, marquent bien plus profondément les esprits qu’un classique reconnu de tous et ancré au panthéon du cinéma.

Pour « BDW2 », « THE DESCENT » de Neil Marshall fait indéniablement partie de ceux-là. Par l’implacable mais trompeuse linéarité de son scénario qui bifurque brutalement de la peur à l’horreur pure sans jamais céder aux poncifs, par l’excellence d’un casting d’inconnues, la maîtrise du décor (la grotte est intégralement tournée en studio !) et par la symbolique du parcours de l’héroïne dont la descente aux enfers – expression à prendre littéralement, dans le cas présent – suit toutes les phases de la dépression et du deuil. Car « THE DESCENT » vaut bien mieux qu’un simple et banal film d’horreur.

Six copines sportives, dont l’une (Shauna McDonald) a perdu sa famille dans un accident, se réunissent pour descendre dans une grotte inconnue des guides touristiques. Après une première moitié de film claustrophobique et stressante au possible dans les entrailles de la montagne, les jeunes femmes égarées vont devoir affronter des monstres humanoïdes aveugles et cannibales et s’embourber dans d’immondes charniers de viandes décomposées et d’ossements. Une violente déshumanisation qui aboutira au véritable sujet du film : la trahison.

« THE DESCENT » n’est pas très long, mais d’une densité remarquable qui fait qu’on perd rapidement toute notion du temps. Les créatures sont terrifiantes, mi-humaines mi-chauve-souris, visqueuses, hideuses, parmi les plus belles réussites parmi les monstres de film d’horreur. Et le face-à-face entre la jeune veuve traumatisée et la chef de groupe, l’excellente Natalie Mendoza, donne lieu à des scènes d’une belle intensité dramatique.

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NATALIE MENDOZA ET SHAUNA McDONALD

Rien à jeter dans « THE DESCENT » dont la relativement longue exposition sert en fait à mieux nous « cueillir » quand surgissent les démons de l’enfer. Très beau travail sur la photo en pénombre, sur la bande-son et sur la direction d’acteurs. À ne pas mettre sous tous les yeux toutefois, car c’est TRÈS violent !