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Archives de Catégorie: FILMS D’HORREUR

« THE STRANGERS » (2016)

Quand commence « THE STRANGERS », on se retrouve immédiatement en terrain familier : des meurtres bizarres dans une région rurale de Corée, on pense évidemment au remarquable « MEMORIES OF MURDER », d’autant que le héros-flic (Do-won Kwak) semble tout aussi incompétent et maladroit que ceux du film de 2003.strangers

Le signature de Hong-jin Na (« THE CHASER », « THE MURDERER ») est plutôt gage de solidité et d’originalité. Aussi est-ce en toute confiance qu’on pénètre dans cet univers dépaysant et volontiers déconcertant. Sur 156 copieuses minutes, le scénario développe une enquête policière d’abord sur un ton de semi-comédie, puis bifurque vers l’horreur avec des références à « L’EXORCISTE » avec le personnage du chaman ou aux films de zombies et pour finir s’achève – et c’est bien là le gros problème du film – dans la confusion la plus totale. En effet, la dernière demi-heure est quasiment incompréhensible et gâche considérablement la bonne impression laissée jusque-là par le film. Des personnages périphériques (le jeune prêtre) prennent subitement une énorme importance, les morts ressuscitent, le diable en personne fait son apparition, les petites filles deviennent des ‘mass murderers’… Et en guise de résolution, on n’a qu’un gros point d’interrogation à se mettre sous la dent. Bref, grosse déception et légère sensation d’avoir été pigeonné. Heureusement, la prestation habitée de Do-won Kwak, qui évolue du rôle de gros plouc trouillard et gaffeur à celui de héros de tragédie, maintient malgré tout l’intérêt autour de sa seule personne.

À prendre et à laisser donc dans « THE STRANGERS », œuvre élaborée et pleine de choses intéressantes, mais qui perd délibérément son public en route pour céder à un hermétisme des plus irritants. Dommage, vraiment…

 

« MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS » (2016)

Inspiré d’un roman de Ransom Riggs, « MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS » semble avoir été écrit pour Tim Burton. On y retrouve ses obsessions récurrentes sur les monstres, les exclus, la puissance des rêves. Malgré l’absence presque déroutante d’une BO de Danny Elfman, le film laisse la sensation d’un « ALICE AU PAYS DES MERVEILLES » revisité.miss

L’univers recréé de ces ‘freaks’ regroupés dans une école et protégés du monde extérieur par une boucle temporelle fait parfois penser à « X-MEN », mais en infiniment plus délicat et inventif. Burton manie en maître les fables enfantines, les mythes de l’horreur (joli hommage à Ray Harryhausen avec l’armée de squelettes à la fête foraine) et compose de magnifiques tableaux, comme la remise à flot de cette épave échouée au fond des mers.

Deux heures, cela paraît un peu long, mais l’univers dépeint dans le film possède sa propre logique et ne cède jamais à la surenchère ou au n’importe quoi. À part peut-être lors des apparitions de Samuel L. Jackson dans son maintenant habituel numéro de cabotinage qui devient de plus en plus exaspérant et systématique.

Heureusement, le casting est d’une belle homogénéité : le jeune Asa Butterfield dégage une naïveté attachante dans le rôle principal du voyageur temporel, Terence Stamp est excellent en grand-père « passeur », Judi Dench apparaît trop brièvement et Rupert Everett est méconnaissable. Mais le clou du film, c’est bien sûr Eva Green, qu’on est heureux de voir dans un rôle sympathique. Celui de ‘Miss Peregrine’ femme-oiseau toute de noir vêtue, fumant la pipe et protectrice des enfants « singuliers » dont elle a la charge. Elle prend toujours le même plaisir à camper des personnages excentriques et improbables et dégage cette folie douce, cet humour pince-sans-rire qui en ont fait une icône du cinéma fantastique de ces dernières années.

Peut-être pas un grand Tim Burton, car paradoxalement, il ressemble trop à… du Tim Burton, mais une œuvre bien pensée, extraordinairement bien faite et d’une poésie des plus séduisantes.

 

« DERNIER TRAIN POUR BUSAN » (2016)

busanAu milieu de la déferlante de films ou séries télé de zombies, « DERNIER TRAIN POUR BUSAN » se distingue nettement du lot. Produit en Corée et écrit et réalisé par Sang-ho Yeon, ce film maintient de bout en bout un équilibre quasi-miraculeux entre le grand spectacle horrifique, voire le film-catastrophe, et le drame humain méticuleusement écrit.busan2

Les trois-quarts de l’action se déroulent dans un TGV où un jeune trader égoïste (Yoo Gong, excellent) accompagne sa fillette rendre visite à sa mère dans la ville de Busan. Mais subitement, le train est envahi par une horde de zombies voraces et déchaînés. Le scénario se concentre sur une poignée de personnages très bien dessinés et dépeint ce microcosme en mode survie sans aucun angélisme ou complaisance. L’homme est parfois bien pire que le mort-vivant ! Le sous-texte politique est également bien amené : l’épidémie qui semble détruire le pays est partie d’une erreur de jugement de la société employant notre trader ! On pourrait alors voir les milliers de zombies affamés et hurlant comme un symbole de la misère générée par les banques uniquement préoccupées par le profit immédiat.

Sur deux heures de projection, on n’a guère le loisir de souffler. Ça va très vite, la violence est omniprésente mais jamais excessive. Le réalisateur privilégie le suspense viscéral au « gore » et en l’occurrence, il a eu bien raison. Il était de toute façon difficile de surpasser « THE WALKING DEAD » en la matière. Avec une œuvre aussi aboutie et imaginative que « DERNIER TRAIN POUR BUSAN » (même la façon de bouger des zombies est totalement inédite !), le cinéma coréen confirme sa vision régénératrice du polar et du fantastique. On ne retrouve pratiquement aucun des clichés habituels du cinéma américain, aucun des schémas narratifs qui finissent par tuer toute fraîcheur. C’est un cinéma incroyablement énergique et sauvage. Et qui se paie même le luxe de réfléchir…

 

« WOLF CREEK » (2016)

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LUCY FRY ET JACK CHARLES

En 2005, on découvrait (avec effroi) « WOLF CREEK », mélange australien de ‘survival’ et de film d’horreur. Suivi quelques années plus tard d’une sequel presque aussi violente et traumatisante, qui acheva d’installer ‘Mick Taylor’ parmi les croque-mitaines les plus iconiques du cinéma contemporain. C’est par le biais de la TV que son créateur Greg McLean revient à présent avec une minisérie de 6 x 45 minutes, qui boucle la boucle en explicitant les origines de Mick et – plus symboliquement – les racines du Mal.wolf-copie

Autant le dire tout de suite, télévision ou pas, c’est un pur chef-d’œuvre du genre. Mieux produit, mieux filmé, mieux scénarisé que les longs-métrages, « WOLF CREEK » suit le parcours d’une jeune héroïne américaine, rescapée d’un carnage perpétré par l’équarisseur du bush et se lançant à sa recherche au milieu de nulle part. On pense à des œuvres ambitieuses australiennes des seventies comme « LA RANDONNÉE » ou « RÉVEIL DANS LA TERREUR » (surtout dans la séquence avec le « mentor » aborigène qui soigne Eve), bien davantage qu’à de banales séries B horrifiques. La quête de l’adolescente est tout à la fois une descente au fin-fond des enfers et un voyage initiatique. Malgré la maigre matière à développement laissée par les deux films, les auteurs parviennent à construire une histoire parfaitement tricotée, truffée de surprises et de coups de théâtre, de personnages inattendus. On voit cela comme un film de quatre heures, d’une intensité sidérante.

La jeune Lucy Fry traduit avec finesse l’évolution de ‘Eve’, de l’ado boudeuse et accro aux antidouleurs à la guerrière implacable à la volonté de fer. Même s’il apparaît relativement peu, John Jarratt fait froid dans le dos à chacune de ses interventions finement amenées. Leur face-à-face final dans la maison en ruines ramène à « MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE », en beaucoup plus chargé émotionnellement. Un final absolument époustouflant de tension et de violence.

À condition d’avoir le cœur bien accroché, « WOLF CREEK » est un incontournable du film de suspense et d’angoisse. Une mention au générique visuellement magnifique et synthétisant superbement la substantifique moelle de la minisérie. La chanson « Who killed Cock Robin ? » susurrée par Lisa Salvo évoque les grandes heures de David Lynch et hante longtemps la mémoire.

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JOHN JARRATT ET LUCY FRY

 

« DÉLIVRANCE » (1972)

delivranceCombien de films peuvent se targuer de n’avoir pas perdu une once de leur impact plus de 40 ans après leur sortie ? Devenu un classique du cinéma U.S., « DÉLIVRANCE » est encore aujourd’hui stupéfiant de vitalité, de richesse thématique, tout empreint d’une violence primitive qui le rapprocherait presque du cinéma d’horreur.

Il y a tant de façons de recevoir et d’analyser ce film. Ancré dans une Amérique archaïque peuplée de ploucs à moitié débiles, il montre quatre « bobos » (même si cela ne s’appelait pas ainsi à l’époque !) d’Atlanta décidant de descendre une rivière en canoë, avant qu’elle ne soit transformée en lac inerte par un barrage.

John Boorman met 40 minutes à installer ses personnages, à faire jouer l’extraordinaire alchimie immédiatement présente entre Jon Voight, Burt Reynolds, Ned Beatty et Ronny Cox. Il distille des indices subtils laissant subodorer que quelque chose de terrible couve derrière les fanfaronnades des uns, les chamailleries, les mesquineries. Et brusquement, avec une scène de viol qui a traumatisé des générations de cinéphiles, « DÉLIVRANCE » bascule dans le cauchemar. Comme si la nature tout entière décidait de se venger des affronts infligés par l’homme sur ces présomptueux citadins. La petite randonnée du week-end se métamorphose alors en descente aux enfers. Il faut tuer ou être tué, les os se brisent et déchirent les chairs, les flèches transpercent les corps, les agonies n’en finissent pas.

Avec quelle maestria Boorman dépeint-il l’échange de personnalité des deux protagonistes : le pusillanime et si civilisé Voight devient un meneur d’hommes et un tueur, tandis que Reynolds l’athlète se rêvant « homme des bois », finit en loque mutilée et geignarde.

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BURT REYNOLDS, NED BEATTY, JON VOIGHT ET RONNY COX

Le film passionne, scotche de bout en bout, impossible de décrocher le regard de l’écran une seconde. C’est la rivière elle-même qui devient l’effrayante bête vorace de ce « film de monstre », qui hantera à jamais les nuits des survivants.

C’est indéniablement un des plus grands films des seventies et le chef-d’œuvre de Boorman. Quant au quatuor de comédiens, ils sont tellement parfaits qu’on en oublie à quel point ils sont bons ! Mention aussi à Bill McKinney, monstrueux en pécore sodomite aux dents pourries.

À noter : la photo de Vilmos Zsigmond est superbe, hormis une longue séquence de « nuit américaine » étonnamment ratée, dont l’image solarisée détruit tout effet de réalité et de suspense. Incompréhensible ! À noter également que le scénario (écrit par James Dickey d’après son roman) était initialement prévu pour Marlon Brando (Ed) et Lee Marvin (Lewis). Au début du film, un péquenaud appelle son gros chien affalé par terre. Le nom du chien ? Brando !

 

« THE HOST » (2006)

host2« THE HOST » est un film de monstre venu de Corée et tourné par l’auteur du très marquant « MEMORIES OF MURDER ». On retrouve d’ailleurs cette tonalité très singulière, oscillant entre une volonté de réalisme et un humour parfois carrément bouffon.

Le scénario est simple : un monstre amphibie, généré par des produits chimiques négligemment jetés dans un fleuve (par un chercheur… américain !), s’attaque à la population et emporte des habitants dans son « garde-manger » dans les égouts. Une famille dysfonctionnelle va se mettre à sa recherche pour retrouver une fillette.

La photo est belle, digne d’un ‘blockbuster’ U.S., les F/X sont absolument bluffants et la créature elle-même est extraordinairement conçue, parfaite jusque dans le moindre de ses mouvements. Elle est pour beaucoup dans la réussite du film. Dans un stress et une action ininterrompus, « THE HOST » entraîne dans son sillage sans qu’on n’ait l’occasion de se poser de questions : l’immersion est totale, d’autant que les auteurs ne dédaignent pas d’injecter çà et là des piques acidulées sur les pouvoirs publics, l’ingérence de l’Oncle Sam ou les inégalités sociales.

Dans le rôle difficile du « héros », un simplet atteint de narcolepsie, Kang-ho Song, un habitué de l’œuvre de Joon-ho Bong, est irréprochable. Comme le reste du cast, d’ailleurs. À noter le bref caméo du vétéran Scott Wilson au début, en « yank » irresponsable et plein de morgue.

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KANG-HO SONG

Les deux heures passent en un éclair, le suspense va croissant et l’humour décalé du début laisse progressivement place à un ton de tragédie. Et nul n’est épargné. L’affrontement final sur le quai entre le monstre et tous les survivants de la famille est d’une perfection technique et même scénaristique, qui clôt le film sur une note enthousiasmante.

 

« THE THING » (1982)

thing2À sa sortie, « THE THING » donna l’impression d’un banal remake opportuniste de « LA CHOSE D’UN AUTRE MONDE » (1951) et fut un gros échec. Puis peu à peu, il devint un film-culte pour happy few, avant de s’installer définitivement comme un vrai classique de la SF contemporaine et une des plus incontestables réussites de John Carpenter.

Le revoir aujourd’hui est un plaisir ineffable, car le film n’a pas pris une ride et fonctionne à plein régime, en tout cas jusqu’à son dernier quart qui s’effiloche un peu au niveau du scénario. Malgré cela, « THE THING » a gardé son aura de cauchemar paranoïaque et évolue lentement en délire de neige, de flammes et de chairs torturées en constante mutation. Carpenter ne lésine pas sur les détails « gore », mais sa mise-en-scène demeure toujours invisible et totalement au service de l’histoire. De fait, on est immergé du début à la fin, sans s’identifier vraiment à ces personnages interchangeables et sans grande personnalité, mais qui semblent parfaitement concrets et réels. Seuls sortent du rang Kurt Russell en pilote d’hélico aux faux-airs de cowboy et Keith David jouant son rival mal embouché. Leur ultime face-à-face dans le campement embrasé est une petite merveille d’ironie et de nihilisme.

On trouve plusieurs séquences qui sont de vraies leçons de réalisation (la façon dont est filmé le chien au début, la longue scène des tests sanguins), une maîtrise naturelle de la trouille et une ingénieuse utilisation du format Scope. On regrettera donc – répétons-le – une longue partie située dans le sous-sol de la base, qui semble piétiner et n’aller nulle part. Mais les F/X de Rob Bottin sont toujours aussi épatants, la conception même de l’alien est une merveille de créativité et la BO d’Ennio Morricone s’intègre à l’univers du réalisateur sans souci. On peut lire « THE THING » comme une parabole désespérée sur la peur de l’Autre ou le voir simplement au premier degré et admirer une fois de plus la maestria de ses concepteurs.

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KURT RUSSELL ET A. WILFORD BRIMLEY