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Archives de Catégorie: LES FILMS D’ANTHONY QUINN

« LAST ACTION HERO » (1993)

HERO.jpgCo-écrit par Shane Black, réalisé par John McTiernan, « LAST ACTION HERO » est un projet intrigant et original, une mise en abyme des blockbusters des années 80 par ceux qui les ont faits, un autoportrait en autodérision d’Arnold Schwarzenegger et une fable abrasive sur le pouvoir du cinéma.

Bien sûr, on apprécie les deux niveaux de lecture : le jeune Austin O’Brien pénètre-t-il vraiment l’écran, grâce à un ticket magique pour devenir le co-équipier de son idole ? Ou le scénario n’est-il que le fantasme élaboré d’un enfant privé de père qui cherche refuge dans la fiction ? Les deux réponses sont valables et se renvoient plaisamment la balle. Mais tout n’est pas si rose, hélas… Déjà, plus de deux heures c’est extrêmement long pour un film bâti sur une seule et unique idée. On a vite la sensation de piétiner, de rabâcher vainement. De plus, le mixage est très bizarre, mal équilibré, rendant les voix parfois inaudibles. Cela rend le film confus, bordélique, parfois brillant et souvent lourd et pénible. C’est regrettable, car si O’Brien joue sur une même tonalité et lasse rapidement l’intérêt, Arnold a rarement été meilleur, pile dans le ton. En héros invincible d’abord, mais aussi dans un avatar de lui-même où il n’hésite pas à se ridiculiser sans pitié. Bel exercice pour une star de cette dimension ! Parmi les nombreuses guests, on appréciera Anthony Quinn en mafioso inculte, Charles Dance en tueur borgne, Ian McKellen excellent dans le rôle de… la Mort, échappée du « SEPTIÈME SCEAU » et aussi dans de rapides caméos : Sharon Stone, JCVD, Jim Belushi, etc.

Quelques clins d’œil sont très bien vus (F. Murray Abraham qui se défend d’avoir flingué Moe Zart ! Arnold donnant sa version de « Hamlet »), d’autres sont plus lourdingues, mais « LAST ACTION HERO » ne convainc pas à 100%. Il s’en dégage quelque chose d’inachevé, de bâclé, comme une idée trop vite filmée avant d’avoir été totalement aboutie.

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ARNOLD SCHWARZENEGGER, ANTHONY QUINN, ART CARNEY, F. MURRAY ABRAHAM ET AUSTIN O’BRIEN

 

« ARÈNES SANGLANTES » (1941)

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TYRONE POWER ET ANTHONY QUINN

Inspiré d’un roman espagnol de Vicente Blasco Ibáñez, « ARÈNES SANGLANTES » de Rouben Mamoulian pose un regard étonnamment critique – pour l’époque – sur le monde de la corrida, sur ses parasites et même sur le sort funeste des « toros ».SAND.jpg

Le scénario, c’est « grandeur et décadence » d’un ancien gamin illettré de Séville qui grandit pour devenir Tyrone Power et parvient au sommet de sa profession. Jusqu’à sa rencontre avec une « femme de mauvaise vie » (Rita Hayworth) qui le détourne du droit chemin et le détruit complètement. C’est édifiant, on peut le voir comme un plaidoyer pour la fidélité conjugale (surtout quand on est marié à Linda Darnell !) et l’imagerie religieuse est assez envahissante : John Carradine, l’ami fidèle, meurt dans la position du Christ juste sous un crucifix, l’épouse trompée « entend » la voix de la Vierge Marie pendant ses prières. Mais les deux heures de projection se suivent sans ennui, en partie grâce au magnifique Technicolor et à la beauté des deux comédiennes qui font oublier le très irritant et poupin Power peu crédible en torero charismatique. Les rôles secondaires sont également bien travaillés : Laird Cregar en chroniqueur efféminé et versatile, Anthony Quinn en rival poseur ou J. Carroll Naish excellent en ex-champion déchu devenu le larbin de son successeur. Quelques images restent en mémoire, comme cette visite des coulisses de la corrida où un taureau à peine abattu est transformé en carcasse dont la viande est distribuée aux pauvres, comme cette bague qui passe d’un amant de Hayworth au suivant. Pas un grand film certes, mais à voir pour la beauté de ses cadrages et parce que, loin de magnifier la corrida, il s’efforce de la démythifier du début à la fin.

Plusieurs décennies après, des films comme « ROCKY III – L’ŒIL DU TIGRE » de Sylvester Stallone ou « LE MEILLEUR » de Barry Levinson emprunteront pas mal d’éléments narratifs à « ARÈNES SANGLANTES ».

À noter : on entend à plusieurs reprises, joué par un orchestre espagnol, l’air rendu célèbre par « JEUX INTERDITS » de René Clément, censée avoir été écrite par Narcisso Yepes pour le film. Curiosité : le dit-film fut tourné dix ans après « ARÈNES SANGLANTES » ! 

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RITA HAYWORTH, LINDA DARNELL, JOHN CARRADINE ET TYRONE POWER

 

« L’HOMME AUX COLTS D’OR » (1959)

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RICHARD WIDMARK ET HENRY FONDA

Dans la veine des westerns « adultes » qui pullulaient à Hollywood dans les années 50, « L’HOMME AUX COLTS D’OR » est un des fleurons de ce presque sous-genre et certainement le chef-d’œuvre d’Edward Dmytryk, grâce à un scénario extraordinairement riche et un casting de grande classe.WARLOCK2.jpg

Engagé par la ville de Warlock pour protéger les citoyens d’une bande de cowboys dangereux, Henry Fonda arrive, flanqué de son bras-droit Anthony Quinn qui assure ses arrières depuis dix ans. Parallèlement, un des cowboys (Richard Widmark) change de camp et devient même shérif de la ville. Entre le mercenaire en quête de rédemption et l’ex-voyou devenu un ‘lawman’ inflexible, le clash est inévitable.

Outre une mécanique scénaristique implacable, le film impressionne surtout par la complexité des relations humaines : ainsi entre Fonda et Quinn, il s’agit bien davantage que d’une amitié virile. Le second infirme et cynique, idolâtre littéralement le premier tout en le prenant pour sa marionnette. Le second ne comprendra que trop tard qu’il n’est rien sans son « ombre ». Une relation malsaine, toxique, qui cimente tout le film et culmine dans un terrible face-à-face dans la grand-rue, en pleine nuit. Les deux acteurs, au sommet de leur charisme, ont rarement été meilleurs. Fonda élégant, distant, imprévisible annonce ses rôles chez Leone. Il est aussi fascinant qu’inquiétant. Égal à lui-même, Quinn cultive ses rires enroués, ses brusques changements d’humeur pour créer un personnage répugnant et pathétique. Widmark effacé, dépeint parfaitement l’évolution de ce pâle homme-de-main méprisé de tous en shérif droit dans ses bottes. Dorothy Malone crée une étonnante veuve noire porte-malheur et on reconnaît des vétérans du second rôle comme DeForest Kelley dans un joli rôle, Whit Bissel ou L.Q. Jones dans une fugitive apparition.

Le format Scope est magnifiquement utilisé, la photo manque peut-être parfois de finesse et le rôle joué par Dolores Michaels ne paraît pas indispensable (sert-elle uniquement à rassurer la censure en éloignant le spectre de l’homosexualité dans les rapports entre Quinn et Fonda ?), mais « L’HOMME AUX COLTS D’OR » est un authentique chef-d’œuvre du western, un drame pétri d’ambiguïté qui gagne en profondeur à chaque re-vision.

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DOLORES MICHAELS, HENRY FONDA, RICHARD WIDMARK, DOROTHY MALONE ET ANTHONY QUINN

 

« LE SOUFFLE SAUVAGE » (1953)

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ANTHONY QUINN

« LE SOUFFLE SAUVAGE » est le dernier des trois films que Barbara Stanwyck tourna avec Gary Cooper. Et pas le plus mémorable, hélas. « L’HOMME DE LA RUE » et « BOULE DE FEU » avaient laissé le souvenir d’un couple pétillant, idéalement assorti. Ce film, tourné douze ans après, paraît bien terne et sans réel attrait.SOUFFLE.jpg

Hugo Fregonese s’inspire du « TRÉSOR DE LA SIERRA MADRE » et du récent « SALAIRE DE LA PEUR » pour ce mélodrame mâtiné de film d’aventures exotiques. Les deux stars se retrouvent en Amérique du Sud après des années de séparation. Elle est devenue l’épouse d’Anthony Quinn, un riche pétrolier et vieil ami de Cooper. Celui-ci est engagé par Quinn et la venimeuse Barbara commence à semer la zizanie. Le scénario semble constamment hésiter à privilégier la love story tourmentée ou le western moderne. Comme il ne parvient jamais à se décider, on s’ennuie assez rapidement et comme les deux stars, un peu fatiguées, ne donnent visiblement pas leur maximum, ils se laissent piquer la vedette par Quinn, excellent dans un de ces emplois où il excelle : le fier-à-bras envahissant et trop collant, dissimulant l’âme d’un lâche. Il faut le voir embrasser maladroitement sa femme, alors que celle-ci, manifestement dégoûtée par son seul contact, tente de le tenir à distance. Leurs scènes valent à elles seules de voir le film.

Malgré les attaques de bandidos, quelques fusillades bien réglées et le charme ironique de Ruth Roman dans un rôle d’aventurière amoureuse de ‘Coop’, « LE SOUFFLE SAUVAGE », alourdi par la pénible chanson de Frankie Lane, ne décolle pas et ne trouve jamais sa juste tonalité. Cooper est trop absent pour rendre son personnage crédible, Stanwyck ne fait que répéter l’archétype créé dans « ASSURANCE SUR LA MORT » et leur tandem magique d’antan n’est plus qu’un lointain souvenir. À voir pour Anthony Quinn donc, qui électrise l’écran à chaque apparition.

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GARY COOPER, ANTHONY QUINN ET BARBARA STANWYCK

 

« GOTTI » (1996)

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ARMAND ASSANTE

Inspiré de la vie de John Gotti (1940-2002), capo de la mafia new-yorkaise des années 80-90, ce ‘biopic’ de deux heures possède deux gros atouts dans sa manche : la présence du trop sous-estimé Armand Assante dans le rôle-titre et celle de Robert Harmon, le réalisateur du mythique « HITCHER ».GOTTI2

« GOTTI » retrace l’ascension et la chute d’un caïd ambitieux et indépendant, qui défie constamment la hiérarchie mafieuse et refuse les règles basiques de la ‘Cosa Nostra’, n’hésitant pas à assassiner ceux qui entravent sa progression, fussent-ils des parrains a priori intouchables. Les deux premiers tiers du film sont passionnants, disséquant avec minutie et sans complaisance les us et coutumes du Milieu et le caractère ombrageux d’un caïd iconoclaste mais trop paranoïaque pour durer. La dernière partie, suivant sa chute orchestrée par le FBI, est moins intense, plus routinière.

La vraie force de « GOTTI » réside dans une réalisation très « cinéma » et dans un cast où on retrouve une bonne partie des « tronches » des « SOPRANO » (Dominic Chianese, Tony Sirico, Vince Pastore ou Frank Vincent), ainsi que William Forsythe (qui traîne « IL ÉTAIT UNE FOIS EN AMÉRIQUE » dans son sillage) excellent en bras-droit un peu trop sanguinaire, le réalisateur Richard C. Sarafian en « capo » incapable. Mais c’est un Anthony Quinn de presque 80 ans qui crève l’écran dans un rôle complexe de mentor soupe-au-lait « à l’ancienne », qui a les meilleures répliques du film. À noter aussi, la courte mais marquante apparition d’une grande figure du ‘film noir’ : Marc Lawrence, en ‘Don’ quasi-momifié, mais encore dangereux et charismatique.

Dominé par la présence physique assez exceptionnelle d’un Assante en pleine possession de ses moyens, « GOTTI » est un beau téléfilm qui parvient à ne jamais glorifier ses protagonistes, tout en laissant deviner leurs aspects humains. À voir dans la foulée des « AFFRANCHIS » et des « SOPRANO ».

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ANTHONY QUINN, ARMAND ASSANTE ET WILLIAM FORSYTHE

 

« À L’ABORDAGE ! » (1952)

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MAUREEN O’HARA ET ERROL FLYNN

Plus de quinze ans après, le capitaine Blood reprend la mer. Bien sûr, il a bu quelques tonneaux de rhum entretemps et certainement lutiné des jolies filles dans tous les ports, mais il est toujours là, en pleine forme ! « À L’ABORDAGE ! » capitalise sur l’image mythifiée d’Errol Flynn, alors que le « film de pirates » n’était plus tellement à la mode et parvient à retrouver l’innocence et l’énergie des classiques du genre.AGAINST

Le film démarre sur les chapeaux de roues : Errol en train de se faire fouetter ! C’est en fait un leurre pour le crédibiliser, alors qu’il va infiltrer une bande de pillards de Madagascar, dirigés par Anthony Quinn et la fougueuse ‘Spitfire’ campée par l’irremplaçable Maureen O’Hara. Sur 80 courtes minutes pleines à craquer, le film emporte immédiatement l’adhésion. Le technicolor de Russell Metty est rutilant, les décors (vrais ou peints) sont magnifiquement évocateurs et l’humour pince-sans-rire n’est jamais absent. Il faut vraiment avoir vu Flynn harcelé par ces dames : la dangereuse Maureen et Alice Kelly, princesse indienne un peu sotte qui réclame sans cesse des baisers en disant : « Again ! ». On ne s’ennuie jamais, les scènes d’action et de duels à l’épée sont très bien réglées et montées et Flynn, qu’on devine déjà un peu fatigué, ne démérite pas une seconde. Face à lui, Quinn tient la distance dans un rôle de brute rigolarde mais implacable. Mildred Natwick est drôle en gouvernante au caractère bien trempé.

Sans atteindre la grandeur épique des premiers films de Flynn, « À L’ABORDAGE » est tout de même un grand plaisir de cinéphile ayant gardé son âme d’enfant. Et quand c’est au tour de Maureen de lancer le dernier « Again ! », on a envie d’applaudir !

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ERROL FLYNN, ANTHONY QUINN ET MAUREEN O’HARA

 

« LA CHARGE FANTASTIQUE » (1941)

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ERROL FLYNN

Pour bien apprécier « LA CHARGE FANTASTIQUE » à sa juste valeur, il ne faut surtout pas s’attendre à un cours d’Histoire ou à un ‘biopic’ impartial et minutieux. C’est une version « légendaire » de la geste de George A. Custer, depuis West Point jusqu’à Little Big Horn, revue, corrigée et… allégée par Hollywood.BOOTS

Raoul Walsh consacre une moitié du film à la guerre de sécession, l’autre aux guerres indiennes, à travers le destin d’un jeune officier flamboyant et ambitieux, qui poussera le sens de l’honneur jusqu’à sacrifier sa vie. Bien sûr, les atrocités commises par Custer sont pudiquement ellipsées et le personnage lui-même, trouble, politicien et peu sympathique, a été « errolflynnisé » pour en présenter un avatar glorieux à l’image d’une Amérique autonettoyante. C’est un brin frustrant, même si le dialogue rappelle de temps en temps la vraie place des Indiens sur ce continent et les voltefaces des « visages pâles ». Pas suffisamment, hélas. Quant au « dark side » de la personnalité de Custer, il semble avoir été transféré sur son double maléfique, magnifiquement campé par un Arthur Kennedy visqueux à souhait.

Ce héros fougueux renvoie donc bien plus à la mythologie héroïque d’Errol Flynn qu’au véritable Custer. D’ailleurs, il n’y a pas à s’y tromper : sa femme est incarnée par Olivia De Havilland ! Le couple bien rodé, fonctionne à plein régime. Ils ont des scènes formidables ensemble, comme leur première rencontre ou cette dégustation d’oignons hilarante et… sexy. Autour d’eux, de grands seconds rôles comme Sidney Greenstreet en général morfal au rire de Père Noël, Hattie McDaniel qui reprend absolument à l’identique son personnage de « AUTANT EN EMPORTE LE VENT » et Anthony Quinn qui apparaît peu mais a fière allure en ‘Crazy Horse’.

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OLIVIA DE HAVILLAND, ERROL FLYNN ET ANTHONY QUINN

« LA CHARGE FANTASTIQUE » vaut vraiment le coup d’œil pour l’extraordinaire maîtrise des scènes de bataille par un Walsh au sommet de son art et pour le charisme irradiant de Flynn. Quant à savoir si Custer méritait un tel traitement, c’est une autre question et le seul (gros) bémol pour puisse énoncer sur ce beau film.