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Archives de Catégorie: LES FILMS D’ANTHONY QUINN

« GOTTI » (1996)

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ARMAND ASSANTE

Inspiré de la vie de John Gotti (1940-2002), capo de la mafia new-yorkaise des années 80-90, ce ‘biopic’ de deux heures possède deux gros atouts dans sa manche : la présence du trop sous-estimé Armand Assante dans le rôle-titre et celle de Robert Harmon, le réalisateur du mythique « HITCHER ».GOTTI2

« GOTTI » retrace l’ascension et la chute d’un caïd ambitieux et indépendant, qui défie constamment la hiérarchie mafieuse et refuse les règles basiques de la ‘Cosa Nostra’, n’hésitant pas à assassiner ceux qui entravent sa progression, fussent-ils des parrains a priori intouchables. Les deux premiers tiers du film sont passionnants, disséquant avec minutie et sans complaisance les us et coutumes du Milieu et le caractère ombrageux d’un caïd iconoclaste mais trop paranoïaque pour durer. La dernière partie, suivant sa chute orchestrée par le FBI, est moins intense, plus routinière.

La vraie force de « GOTTI » réside dans une réalisation très « cinéma » et dans un cast où on retrouve une bonne partie des « tronches » des « SOPRANO » (Dominic Chianese, Tony Sirico, Vince Pastore ou Frank Vincent), ainsi que William Forsythe (qui traîne « IL ÉTAIT UNE FOIS EN AMÉRIQUE » dans son sillage) excellent en bras-droit un peu trop sanguinaire, le réalisateur Richard C. Sarafian en « capo » incapable. Mais c’est un Anthony Quinn de presque 80 ans qui crève l’écran dans un rôle complexe de mentor soupe-au-lait « à l’ancienne », qui a les meilleures répliques du film. À noter aussi, la courte mais marquante apparition d’une grande figure du ‘film noir’ : Marc Lawrence, en ‘Don’ quasi-momifié, mais encore dangereux et charismatique.

Dominé par la présence physique assez exceptionnelle d’un Assante en pleine possession de ses moyens, « GOTTI » est un beau téléfilm qui parvient à ne jamais glorifier ses protagonistes, tout en laissant deviner leurs aspects humains. À voir dans la foulée des « AFFRANCHIS » et des « SOPRANO ».

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ANTHONY QUINN, ARMAND ASSANTE ET WILLIAM FORSYTHE

 

« À L’ABORDAGE ! » (1952)

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MAUREEN O’HARA ET ERROL FLYNN

Plus de quinze ans après, le capitaine Blood reprend la mer. Bien sûr, il a bu quelques tonneaux de rhum entretemps et certainement lutiné des jolies filles dans tous les ports, mais il est toujours là, en pleine forme ! « À L’ABORDAGE ! » capitalise sur l’image mythifiée d’Errol Flynn, alors que le « film de pirates » n’était plus tellement à la mode et parvient à retrouver l’innocence et l’énergie des classiques du genre.AGAINST

Le film démarre sur les chapeaux de roues : Errol en train de se faire fouetter ! C’est en fait un leurre pour le crédibiliser, alors qu’il va infiltrer une bande de pillards de Madagascar, dirigés par Anthony Quinn et la fougueuse ‘Spitfire’ campée par l’irremplaçable Maureen O’Hara. Sur 80 courtes minutes pleines à craquer, le film emporte immédiatement l’adhésion. Le technicolor de Russell Metty est rutilant, les décors (vrais ou peints) sont magnifiquement évocateurs et l’humour pince-sans-rire n’est jamais absent. Il faut vraiment avoir vu Flynn harcelé par ces dames : la dangereuse Maureen et Alice Kelly, princesse indienne un peu sotte qui réclame sans cesse des baisers en disant : « Again ! ». On ne s’ennuie jamais, les scènes d’action et de duels à l’épée sont très bien réglées et montées et Flynn, qu’on devine déjà un peu fatigué, ne démérite pas une seconde. Face à lui, Quinn tient la distance dans un rôle de brute rigolarde mais implacable. Mildred Natwick est drôle en gouvernante au caractère bien trempé.

Sans atteindre la grandeur épique des premiers films de Flynn, « À L’ABORDAGE » est tout de même un grand plaisir de cinéphile ayant gardé son âme d’enfant. Et quand c’est au tour de Maureen de lancer le dernier « Again ! », on a envie d’applaudir !

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ERROL FLYNN, ANTHONY QUINN ET MAUREEN O’HARA

 

« LA CHARGE FANTASTIQUE » (1941)

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ERROL FLYNN

Pour bien apprécier « LA CHARGE FANTASTIQUE » à sa juste valeur, il ne faut surtout pas s’attendre à un cours d’Histoire ou à un ‘biopic’ impartial et minutieux. C’est une version « légendaire » de la geste de George A. Custer, depuis West Point jusqu’à Little Big Horn, revue, corrigée et… allégée par Hollywood.BOOTS

Raoul Walsh consacre une moitié du film à la guerre de sécession, l’autre aux guerres indiennes, à travers le destin d’un jeune officier flamboyant et ambitieux, qui poussera le sens de l’honneur jusqu’à sacrifier sa vie. Bien sûr, les atrocités commises par Custer sont pudiquement ellipsées et le personnage lui-même, trouble, politicien et peu sympathique, a été « errolflynnisé » pour en présenter un avatar glorieux à l’image d’une Amérique autonettoyante. C’est un brin frustrant, même si le dialogue rappelle de temps en temps la vraie place des Indiens sur ce continent et les voltefaces des « visages pâles ». Pas suffisamment, hélas. Quant au « dark side » de la personnalité de Custer, il semble avoir été transféré sur son double maléfique, magnifiquement campé par un Arthur Kennedy visqueux à souhait.

Ce héros fougueux renvoie donc bien plus à la mythologie héroïque d’Errol Flynn qu’au véritable Custer. D’ailleurs, il n’y a pas à s’y tromper : sa femme est incarnée par Olivia De Havilland ! Le couple bien rodé, fonctionne à plein régime. Ils ont des scènes formidables ensemble, comme leur première rencontre ou cette dégustation d’oignons hilarante et… sexy. Autour d’eux, de grands seconds rôles comme Sidney Greenstreet en général morfal au rire de Père Noël, Hattie McDaniel qui reprend absolument à l’identique son personnage de « AUTANT EN EMPORTE LE VENT » et Anthony Quinn qui apparaît peu mais a fière allure en ‘Crazy Horse’.

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OLIVIA DE HAVILLAND, ERROL FLYNN ET ANTHONY QUINN

« LA CHARGE FANTASTIQUE » vaut vraiment le coup d’œil pour l’extraordinaire maîtrise des scènes de bataille par un Walsh au sommet de son art et pour le charisme irradiant de Flynn. Quant à savoir si Custer méritait un tel traitement, c’est une autre question et le seul (gros) bémol pour puisse énoncer sur ce beau film.

 

« LA PLUIE DE PRINTEMPS » (1970)

WALK« LA PLUIE DE PRINTEMPS » est un véhicule pour le tandem Ingrid Bergman/Anthony Quinn qui avaient tourné ensemble six ans plus tôt dans le peu convaincant « LA RANCUNE ».

C’est un film délicat et subtil sur une bourgeoise new-yorkaise qui loue avec son mari une maison dans le Tennessee pour qu’il écrive un livre de droit. Là-bas, elle rencontre un homme-à-tout-faire local, un bon-vivant proche de la nature, qui va la séduire et lui donner un « coup de jeune » qu’elle n’attendait pas. Mais en fait de love story pour seniors, le film est lucide et réaliste. Ce n’est qu’un « amour de vacances », un fantasme, le dernier qu’elle aura avant d’admettre définitivement qu’elle a vieilli et qu’elle doit accepter son rôle de grand-mère.

Autant dire que ce n’est pas spécialement joyeux, malgré la beauté de la région de Smoky Moutains. Mais sans être passionnant, « LA PLUIE DE PRINTEMPS » connaît quelques jolis moments sensuels et le couple de stars est remarquable. Ingrid Bergman, encore belle et rayonnante, est tout au bord de changer d’emploi, à l’instar de son personnage. Elle n’en est que plus émouvante. Quant à Quinn, parfaitement dirigé et contenu, il traduit à merveille le mélange d’extrême douceur et de puissance physique de ce ‘Will’. Il a rarement été plus simple et séduisant. Fritz Weaver est également très bien en mari (presque) trompé, un universitaire égocentré, mais finement écrit et joué pour n’être pas qu’un simple repoussoir.

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INGRID BERGMAN ET ANTHONY QUINN

Un film en demi-teintes donc, à savourer si on aime les « brèves rencontres » improbables et sans lendemain. Et les grands acteurs hollywoodiens dans des rôles à leur dimension, cela va sans dire.

 

« VILLE CONQUISE » (1940)

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ANN SHERIDAN ET JAMES CAGNEY

À l’image de la symphonie gershwinienne écrite par le personnage d’Arthur Kennedy, à la gloire de New York et de sa faune éblouie par les néons, aveuglée par l’avidité et finissant souvent dans le caniveau, « VILLE CONQUISE » brosse un tableau à la fois intime et incroyablement ambitieux de ‘Big Apple’ à travers la destinée d’une poignée d’amis d’enfance de Brooklyn.CITY3

Coréalisé par Anatole Litvak et Jean Negulesco, photographié par James Wong Howe, le film est en réalité une love story tourmentée et destructrice qui dure depuis la petite enfance, entre un boxeur chaleureux et nonchalant et une danseuse assoiffée de gloire et peu regardante sur les moyens pour l’atteindre. De rings en boîtes de nuit, de soirées mondaines en « dance floors », on suit plusieurs années de ces deux destins parallèles qui peinent à se rejoindre et qui frisent la tragédie à plusieurs reprises. C’est l’alchimie entre James Cagney, véritable paquet de dynamite sur pieds et Ann Sheridan, sensible mais déterminée, qui cimente le film et le rend crédible et émouvant. Ils ont de magnifiques scènes ensemble, dont la toute dernière, presque chaplinienne dans l’esprit et qui évite miraculeusement le gros mélo dégoulinant qui menaçait. Autour d’eux, un cast très riche : Donald Crisp en organisateur de combats humain, Anthony Quinn étonnant en danseur gominé macho et odieux, le tout jeune Elia Kazan en petit malfrat malchanceux et Ward Bond en policier dans le prologue très théâtral.

« VILLE CONQUISE », par son approche ‘bigger than life’ et par l’ampleur de sa mise-en-scène, n’a pas énormément vieilli en plus de 70 ans. Il se laisse regarder avec émotion et parfois enthousiasme. C’est un grand et beau chant d’amour dédié à la « ville qui ne dort jamais » et à ceux qui la font respirer. Et une fois encore, on ne peut qu’être époustouflé par la présence physique de Cagney qui à 41 ans est parfaitement acceptable en « jeunot » qui en a bien vingt de moins.

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ANTHONY QUINN, JAMES CAGNEY ET ELIA KAZAN

 

« LE SECRET DE SANTA VITTORIA » (1969)

SECRETS’il fallait expliquer à quelqu’un qui n’aurait jamais vu de film de sa vie ce qu’est le cabotinage, il suffirait de lui projeter « LE SECRET DE SANTA VITTORIA » et de lui dire de ne pas lâcher Anthony Quinn des yeux.

Il surjoue en maximum overdrive du début à la fin, mais connaît quelques pics invraisemblables : ainsi la scène où il négocie avec Hardy Krüger dans la cave du village. Quinn hurle à s’égosiller, se jette contre les murs, s’arrache les cheveux, se roule par-terre en battant des jambes et finit dans la position du Christ en croix. Du quasiment jamais vu !

À part cela, le film part d’un scénario qui en vaut bien un autre, confrontant un village de viticulteurs après la chute de Mussolini, tentant de dissimuler un million de bouteilles à l’occupant allemand. Le problème c’est que l’histoire aurait parfaitement tenu en 90 minutes mais qu’elle est étirée à… 140 ! Une durée de saga ! Le film se perd en sous-intrigues, en personnages secondaires mal développés, il étire jusqu’à l’exaspération des situations comme le pseudo-suicide de Quinn sur le château d’eau ou le déplacement des bouteilles, et finit par lasser l’intérêt ou la curiosité.

À l’instar de son partenaire, Anna Magnani-la-magnifique joue les mégères apprivoisées en s’auto-caricaturant sans vergogne. Braillarde, l’œil de braise, le rouleau à pâtisserie en guise de massue, elle a des engueulades dantesques avec Quinn qui dépassent l’entendement. On devine que le réalisateur Stanley Kramer n’a pas dû souvent réussir à brider l’enthousiasme de ses deux monstres. À leurs côtés, Virna Lisi est très belle en noble ruinée et Krüger en officier allemand intelligent et subtil a le rôle le plus intéressant. On remarque un jeune Giancarlo Giannini en étudiant fougueux.

GIANCARLO GIANNINI, ANTHONY QUINN, ANNA MAGNANI ET HARDY KRÜGER

GIANCARLO GIANNINI, ANTHONY QUINN, ANNA MAGNANI ET HARDY KRÜGER

Porté par une photo cristalline de Guiseppe Rotunno, des paysages italiens somptueux, « LE SECRET DE SANTA VITTORIA » n’existe manifestement que pour offrir à Anthony Quinn un nouveau ‘Zorba’ italianisé à mettre à son palmarès. Le fan sera aux anges, le cinéphile plus exigeant trouvera tout de même le temps très très long.

 

« LES DENTS DU DIABLE » (1960)

DENTS2On ne peut pas dire qu’il y ait eu beaucoup de films consacrés aux Eskimos. Aussi cette coproduction anglo-italo-française réalisée par l’éclectique Nicholas Ray et interprétée par l’intrépide Anthony Quinn suscite-t-elle une légitime curiosité.

Mais le temps n’a pas été clément envers « LES DENTS DU DIABLE » (titre français complètement hors-sujet, une fois encore !), qui ne ressemble aujourd’hui plus à grand-chose. On sent que les auteurs se sont documentés sur les us et coutumes des Inuits, mais dès les premières images, c’est la catastrophe : horriblement emperruqué, Quinn joue le grand chasseur ‘Inuk’ avec le même rire idiot que lorsqu’il incarnait Quasimodo. Et il s’exprime dans un anglais bizarroïde au milieu de seconds rôles japonais gloussant à qui mieux-mieux dans des igloos en carton-pâte. Le cocktail de plans d’extérieurs – beaux mais bien trop rares, de studio et de transparences ôte toute réalité au film et la voix « off » sortie d’un documentaire ethnologique ne fait qu’empirer les choses.

C’est avec stupeur et incrédulité qu’on contemple Quinn jouer les « bons sauvages », flanqué de l’amusante Yôko Tani dans le rôle de sa femme. On voit des stock-shots d’animaux harponnés, ours polaires et morses (ce qui est assez déplaisant à l’heure où ils sont tous en voie d’extinction), on s’ennuie de plus en plus ferme jusqu’à l’arrivée des deux hommes de la Police Montée chargés d’arrêter Inuk à la suite du meurtre involontaire d’un missionnaire jugé « impoli ». Le malotru avait refusé de manger de la viande grouillant d’asticots et de coucher avec Mme Inuk qui s’était ointe de graisse de phoque pour l’occasion !

ANTHONY QUINN, PETER O’TOOLE ET YÔKO TANI

ANTHONY QUINN, PETER O’TOOLE ET YÔKO TANI

Le dernier quart décolle un peu, grâce au danger qui s’immisce soudain dans une narration jusque-là linéaire. Et le jeune Peter O’Toole est très bien en ‘mountie’ qui s’humanise progressivement pendant le trajet et apprend la tolérance.

Cela ne rend pas vraiment « LES DENTS DU DIABLE » plus digeste, mais on finit au moins sur une note moins désastreuse. À voir pour ceux qui douteraient encore qu’Anthony Quinn était capable de tout jouer. Mais absolument TOUT !