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Archives de Catégorie: LES FILMS DE PIERCE BROSNAN

« LE CHANTAGE » (2007)

SHATTERED.jpg« LE CHANTAGE » de Mike Barker est un bon petit suspense psychologique haletant, qui oblige pratiquement à s’identifier au protagoniste Gerard Butler, même si on ne sait pas grand-chose de lui au départ, quitte à découvrir des squelettes dans le placard au fur et à mesure de son calvaire.

Sa fille est kidnappée par un psychopathe (Pierce Brosnan) qui oblige Butler et sa femme (Maria Bello) à obéir à ses quatre volontés, dans un crescendo qui – on le comprend rapidement – ne peut mener qu’au meurtre. Passé un premier quart d’heure d’exposition un brin pénible, décrivant la félicité conjugale du couple, le film décolle brutalement avec l’arrivée de Brosnan qui s’accapare littéralement le film. Il est remarquable dans ce rôle de maitre-chanteur impitoyable, féroce et violent, à mille lieux de son emploi habituel. Butler a beaucoup de mal à exister face à lui, mais parvient tout de même à donner plusieurs facettes à ce quidam apparemment irréprochable dont on commence à deviner progressivement la face cachée. Maria Bello est impeccable dans l’ambiguïté. Le scénario n’hésite jamais à prendre à rebrousse-poil, à enchaîner les voltefaces, les « twists », jusqu’à y perdre en vraisemblance sur le dénouement. Mais ça n’a guère d’importance, car « LE CHANTAGE » fonctionne à plein régime, tient en haleine avec une vraie maestria et offre plusieurs situations où on ne peut s’empêcher de se demander :« Qu’aurions-nous fait à sa place ? », ce qui est un moteur imparable du thriller. À voir donc, ce film oublié qui mérite d’être redécouvert, ne serait-ce que pour la performance flamboyante de Brosnan, fascinant salopard manipulateur.

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PIERCE BROSNAN, GERARD BUTLER ET MARIA BELLO

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« THE FOREIGNER » (2017)

FOREIGNERAu moment du tournage de « THE FOREIGNER », le réalisateur Martin Campbell avait 74 ans, Pierce Brosnan 64 et Jackie Chan 63. Mais il ne faut surtout pas se fier à cela, car les vétérans ont entre les mains un scénario correspondant parfaitement à ce qu’ils savent faire de mieux : un film d’action teinté de politique et de « vigilante movie », infiniment plus charpenté et efficace que les récents thrillers pourris de CGI.

Le film, inspiré d’un roman, suit le personnage d’un émigré chinois installé à Londres, dont la fille meurt dans un attentat revendiqué par l’IRA. Sous ses airs inoffensifs, le brave homme s’avère être obstiné et même extrêmement dangereux et il se lance sur la trace des meurtriers, le monde entier contre lui. C’est basique, mais très bien ficelé, en mouvement permanent et les séquences d’action, parcimonieusement distillées, sont superbement réglées, ponctuant le film et évitant le moindre ennui. Chétif d’apparence, le visage ridé et triste, Chan est étonnamment crédible dans un rôle totalement dramatique. Sa métamorphose du papa gâteau au Rambo asiatique senior est crédible et, évidemment, très jouissive. Face à lui, dans un quasi-contremploi, Pierce Brosnan joue un ministre d’origines irlandaises, un faux-jeton de haut-vol, dont la belle gueule dissimule mal l’ignominie. Quelques beaux face-à-face entre ces deux comédiens si différents, valent à eux seuls qu’on voie le film. Une excellente surprise donc, que ce « FOREIGNER » non dépourvu d’émotion, qui permet de constater que Jackie Chan effectue encore lui-même une bonne partie de ses cascades et que Pierce Brosnan vieillit de mieux en mieux. Du très bon polar mâtiné de film d’espionnage, qu’on suit sans fléchir pendant deux heures.

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JACKIE CHAN ET PIERCE BROSNAN

 

« UP & DOWN » (2014)

Adapté d’un roman de Nick Hornby, « UP & DOWN » est une comédie anglaise réalisée par le français Pascal Chaumeil, et partant d’un « high concept » : un 31 décembre, quatre personnes se retrouvent sur le même toit d’immeuble avec le même projet de suicide. Ils se mettent à discuter, s’accrochent les uns aux autres et se promettent de ne plus recommencer avant la Saint-Valentin.DOWN.jpg

Cela démarre plutôt bien, d’autant plus que le quatuor est savoureux : Pierce Brosnan joue avec verve une ex-star de talk-shows ruinée par une affaire de mœurs, Toni Collette est touchante en mère célibataire d’un garçon lourdement handicapé, Imogen Poots est drôle en fille incontrôlable d’un politicien et Aaron Paul est parfait en musicien dépressif s’inventant un cancer. On est prêt à les suivre jusqu’au bout de leur histoire, mais le problème est justement qu’il n’y a pratiquement PAS d’histoire ! Tout le milieu du film est dépourvu d’ossature, de progression dramatique, il s’enlise dans un voyage en Espagne et ne retrouve une vague ligne narrative que peu de temps avant la fin. Alors bien sûr, ce n’est pas désagréable, c’est parfois amusant, souvent même émouvant, mais il est difficile de rester concentré et de ne pas laisser son esprit vagabonder. Heureusement, de bons seconds rôles viennent au secours de cette narration flottante : Rosamund Pike (qui retrouve Brosnan douze ans après « MEURS UN AUTRE JOUR ») excellente en présentatrice de télé langue de vipère ou Sam Neill, sympathique en politicien blasé mais chaleureux.

Rien de détestable donc dans « UP & DOWN », mais nul motif d’enthousiasme non plus. C’est un joli petit film inconsistant et généreux, qui aurait mérité une écriture plus rigoureuse et des interactions plus fouillées entre les protagonistes. À voir tout de même d’un œil distrait pour un casting tout à fait attachant.

 

« THE TAILOR OF PANAMA » (2001)

TAILOR.jpgAdapté d’un roman de John le Carré, « THE TAILOR OF PANAMA » de John Boorman se présente sous les meilleurs auspices : un décor exotique, un casting trois étoiles, un réalisateur de prestige et un retour aux bonnes vieilles histoires d’espionnage chères au romancier.

De fait le film, après une mise en train laborieuse, voire maladroite, accroche peu à peu l’intérêt par la complexité de ses personnages. Pierce Brosnan, sorte de version corrompue de 007, débarque à Panama et utilise un grand tailleur local (Geoffrey Rush) pour se faire un réseau d’informations. Mais il est tombé sur un mythomane qui lui invente une improbable révolution prête à éclater et crée la panique dans le microcosme d’étrangers sur place. Au bout d’un moment, on ne sait plus qui manipule qui, qui est dupe, qui ne l’est pas ou ne l’a jamais été. C’est, à vrai dire, un brin confus. L’action – ou plutôt l’inaction – s’enlise dans d’innombrables séquences de bavardages tout en allusions et en non-dits. Et l’ennui hélas, gagne trop souvent. Le dernier quart est plus dynamique, mais le mal est fait et le film laisse tout de même une sensation d’inertie et de désuétude. Malgré tout, « THE TAILOR OF PANAMA » mérite d’être vu pour Brosnan excellent dans ce rôle ambigu et déplaisant à la séduction trouble, pour Jamie Lee Curtis très bien en épouse du tailleur et surtout pour le toujours étonnant Brendan Gleeson méconnaissable en ex-révolutionnaire panaméen brisé par la prison et transformé en ivrogne vitupérant. C’est le dramaturge Harold Pinter qui joue « l’ami imaginaire » du tailleur (une bonne idée pas très bien développée) et on reconnaît un tout jeune Daniel Radcliffe.

Un film trop lent, trop fouillis, qui se laisse regarder sans passion et ne compte pas parmi les fleurons de la filmo de John Boorman qu’on a connu plus inspiré.

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PIERCE BROSNAN, GEOFFREY RUSH, BRENDAN GLEESON ET JAMIE LEE CURTIS

 

« MAMMA MIA ! » (2008)

MAMMA.jpgAdapté d’un « musical » à succès, lui-même vaguement scénarisé autour des inoxydables chansons du groupe suédois Abba, « MAMMA MIA ! » de Phyllida Lloyd, pour être apprécié, ne doit surtout pas être appréhendé comme un film « normal » et nécessite un mode d’emploi.

C’est en fait un énorme show de variétés rétro, hommage tonitruant et décomplexé aux seventies, entièrement tourné sur une île grecque dont les couleurs, déjà féériques, sont retravaillées en post-production jusqu’à devenir quasiment fluo. On peut être rebuté au début par cette bonne humeur forcée de tous les interprètes, par les cris stridents du cast féminin, par les grimaces laborieuses d’Amanda Seyfried et surtout, par la minceur de l’intrigue : la veille de ses noces dans l’hôtel grec de sa mère (Meryl Streep en totale roue-libre), Amanda convoque trois anciens amants de celle-ci, ignorant lequel est son père. Les larrons étant interprétés par Pierce Brosnan, excellent à contremploi, Stellan Skarsgård royal en baroudeur et Colin Firth savoureux en banquier sortant du placard à 50 ans, le spectacle est assuré. Et comme Streep est entourée de vieilles copines hystériques jouées par Christine Baranski et Julie Walters, ce n’est pas triste non plus.

Pour peu qu’on laisse son sens critique au vestiaire et qu’on accepte le voyage, « MAMMA MIA ! » s’avère un moment délassant, une sorte d’avant-goût des vacances teinté de nostalgie. Les numéros musicaux qui n’arrêtent pas de s’enchaîner, sont très bien intégrés et on s’étonne de connaître – sans en avoir été conscient auparavant – autant de tubes de Abba par cœur ! Les effets secondaires d’un matraquage qui eut lieu des décennies plus tôt ?

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CHRISTINE BARANSKI, MERYL STREEP, JULIE WALTERS, COLIN FIRTH, PIERCE BROSNAN ET STELLAN SKARSGARD

Quoi qu’il en soit, les allergiques au disco régressif doivent absolument passer leur chemin. Mais les amateurs de sucreries industrielles joliment fabriquées peuvent y trouver leur bonheur. Et le générique de fin, avec ces quinqua-sexagénaires en tenue moulantes à paillettes se trémoussant sur les notes de Abba, vaut à lui seul le déplacement !

 

« MAMMA MIA ! HERE WE GO AGAIN » (2018)

Que l’équipe de « MAMMA MIA ! » ait eu envie de se retrouver, dix ans après, au soleil de la Grèce pour remettre le couvert, on peut aisément le comprendre. Mais on aurait aimé participer à la fête, ce qui n’est pas vraiment le cas. « MAMMA MIA ! HERE WE GO AGAIN » d’Ol Parker est tellement mal conçu dès le départ, qu’il s’auto-plombe d’emblée.mamma2 copie

Ça commence par l’annonce de la mort de Donna (Meryl Streep) et par le deuil de sa fille (Amanda Seyfried) et du fiancé de la défunte (Pierce Brosnan). Difficile de partir dans les délires disco du n°1 sur ces bases-là. De fait, la réalisation est plutôt réaliste et terre-à-terre, les péripéties sont tristounettes et même les chansons d’Abba – pas toutes très connues – sont trop peu nombreuses et tombent comme des cheveux sur la soupe. Le scénario s’obstine à nous raconter en flash-back la jeunesse de Donna et de ses trois amants, qu’on nous avait déjà narrée verbalement dans le film de 2008. Sensation de piétinement donc, d’autant que les jeunes comédiens censés incarner Brosnan, Colin Firth et Stellan Skarsgård sont totalement insipides. C’est heureusement plus probant du côté féminin avec un choix judicieux d’actrices, hormis hélas, Lily James qui n’a rien, mais RIEN à voir avec Streep.

L’enjeu principal (la fête d’inauguration de l’hôtel rénové) ne suffit évidemment pas à maintenir l’intérêt. Il faut attendre l’arrivée tardive de Cher (jouant la… mère de Donna !), tellement kitsch qu’elle en devient presque… poétique et son interprétation de « Fernando » en duo avec Andy Garcia, pour retrouver un peu de la magie bariolée et joyeusement crétine du premier film. Avec en bonus, un générique de fin où tous les comédiens, y compris Meryl Streep revenue d’entre les morts, se déchaînent sur une piste de danse. Si seulement tout le film avait ressemblé à cela ! À éviter soigneusement donc, hormis le dernier quart d’heure où la sauce prend enfin. Trop tard certes, mais mieux vaut tard que jamais.

À noter : l’impasse que font les auteurs de l’âge de tous les personnages. Si on commence à tenter de calculer le temps écoulé entre les flash-backs et le temps présent, on se retrouve devant des gouffres d’une vingtaine d’années ! Mieux vaut ne pas chercher, donc…

 

« MATADOR – MÊME LES TUEURS ONT BESOIN D’AMIS » (2005)

MATADORÉcrit et réalisé par Richard Shepard, « THE MATADOR » est un curieux film, qui tente de jouer sur plusieurs tableaux : la comédie noire, le thriller pur et dur et le drame psychologique. Ça ne passe pas toujours très bien (le couple traumatisé par la perte de leur enfant semble échappé d’un autre projet et plombe un peu l’humeur générale), mais dès que Pierce Brosnan apparaît à l’écran, c’est un vrai bonheur.

Dans un rôle de tueur à gages en plein burnout, il crée un personnage stupéfiant de débauché abruti d’alcool, vulgaire et ringard, avec une absence de retenue qu’on ne lui connaissait pas. Malade de solitude, il s’accroche à un petit business man croisé dans un bar d’hôtel à Mexico (Greg Kinnear), auquel il raconte imprudemment sa vie et ses problèmes professionnels. On pense parfois à « MAFIA BLUES », mais « THE MATADOR » opte pour une narration plus théâtrale, plus confinée, composant sa construction scénaristique en longs tableaux très bavards, entrecoupés de saynètes rapides rythmant l’ensemble. Ça fonctionne globalement, d’autant plus que le dialogue est excellent, que le tandem Brosnan-Kinnear est une vraie réussite. Ils sont bien entourés par Hope Davis en épouse délurée, Philip Baker Hall en employeur du tueur ou le toujours impeccable Dylan Baker le temps d’une séquence. Malgré une certaine inconsistance, une réalisation inégale et peu homogène, « THE MATADOR » vaut d’être vu pour Pierce Brosnan, alors en pleine période 007, qui se lâche complètement et crève l’écran comme il ne l’avait jamais fait auparavant. Il faut l’avoir vu en train de draguer des collégiennes, l’œil égrillard, traverser un hall d’hôtel en maillot de bain, un cocktail à la main, ou danser le tango avec la femme de son nouveau copain. Un grand numéro, vraiment !

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PIERCE BROSNAN, GREG KINNEAR ET HOPE DAVIS