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Archives de Catégorie: LES FILMS DE KURT RUSSELL

« THE QUEST » : film-pilote de la série « Sur la piste des Cheyennes »

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KURT RUSSELL

Réalisé par Lee H. Katzin, « THE QUEST » est le film-pilote de 90 minutes de la courte série (15 épisodes) « SUR LA PISTE DES CHEYENNES ».QUEST2

Inspiré de « LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT », à savoir : deux hommes à la recherche de leur sœur enlevée par les Indiens, « THE QUEST » est une bonne entrée en matière pour une série. Kurt Russell est un garçon élevé par les Cheyennes depuis ses 12 ans qui retrouve son frère aîné (Tim Matheson) étudiant en médecine. Ensemble ils vont se lancer dans une quête incertaine et dangereuse dans le vieil Ouest. Le scénario est trop visiblement délayé pour tenir la route sur cette durée : on a droit à une histoire d’amour entre Russell et une prostituée chinoise, plus une course chameau contre cheval, tout droit sortie de « COUPS DE FEU DANS LA SIERRA », qui n’ont rien à voir avec le sujet. Cela dilue l’intérêt, et place les deux frères à l’arrière-plan, littéralement « bouffés » par Brian Keith qui s’accapare la vedette dans un rôle d’ex-hors-la-loi truculent devenu infirme et convoyeur de bétail, qui les prend sous son aile. Il apprend même à Matheson à tirer au revolver, comme il l’avait déjà fait avec McQueen dans « NEVADA SMITH » dix ans plus tôt. On retrouve avec bonheur les « usual suspects » de l’époque : Neville Brand en patron d’une fumerie d’opium, Keenan Wynn en directeur de cirque (c’est son fils Tracy qui a signé le scénario), Cameron Mitchell couvert de postiches en shérif et aussi Luke Askew et Morgan Woodward. Que du bon !

Malgré ce scénario déséquilibré, voire bancal, « THE QUEST » éveillera la nostalgie des amateurs qui l’avaient découvert à la TV, et offre le rare plaisir de voir un Kurt Russell blondinet de 25 ans, un peu trop bien nourri et coiffé pour être tout à fait crédible en « white Indian » à peine séparé de sa tribu, mais déjà intense et sympathique.

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BRIAN KEITH ET NEVILLE BRAND

 

« TEQUILA SUNRISE » (1988)

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MEL GIBSON ET KURT RUSSELL

Écrit et réalisé par Robert Towne, « TEQUILA SUNRISE » est la preuve qu’on a beau avoir écrit « CHINATOWN » et « YAKUZA », on ne s’improvise pas réalisateur aussi facilement et que la présence de trois stars à la mode n’est pas garantie de réussite.TEQUILA.jpg

Dans un L.A. filmé façon clip MTV de l’époque par le grand Conrad L. Hall, le film se veut un polar sophistiqué, une sorte de « JULES & JIM » transposé dans un univers glamour, factice et sensuel, où deux amis d’enfance, un flic et un dealer, s’affrontent pour les beaux yeux d’une restauratrice. La première moitié n’est déjà pas très convaincante : surabondance de dialogues abscons, abus de gros-plans dont l’impact finit par s’annuler, acteurs « iconisés » jusqu’au ridicule. Mais ça se laisse regarder avec curiosité. À partir de l’entrée en scène du méchant, Raul Julia en flic-narcotrafiquant mexicain, c’est la débandade totale. L’acteur en roue-libre vampirise le film, chante de l’opéra à tue-tête, improvise à tout-va, éclipse ses partenaires, et entraîne définitivement le film dans sa chute. Reste quoi ? Pas lourd, hélas. Le plaisir de revoir trois vedettes qu’on aime bien au top de leur séduction physique : Michelle Pfeiffer, tout en cheveux et en lèvres, d’une beauté chavirante, Mel Gibson tout en tics en ex-dealer fréquemment déshabillé et Kurt Russell aminci et gominé en flic poseur et cynique. Tous trois ont été bien mieux employés au cours de leur carrière, mais ils semblent bien s’amuser à jouer les gravures de mode. À leurs côtés de bons seconds rôles comme J.T. Walsh en ripou odieux, Arliss Howard en indic et même la fugitive apparition du réalisateur Budd Boetticher en juge accommodant.

« TEQUILA SUNRISE » aurait peut-être été supportable s’il avait été plus soigné à l’écriture et à l’image (accumulation inexplicable de plans flous dans les scènes nocturnes) et surtout s’il avait duré une demi-heure de moins. Tel quel, c’est un pensum dont on peut aisément se passer.

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MICHELLE PFEIFFER ET MEL GIBSON

 

« UN ÉTÉ POURRI » (1985)

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KURT RUSSELL ET RICHARD JORDAN

Écrit par Christopher Crowe d’après un roman, réalisé par l’australien Philip Borsos mort très jeune, « UN ÉTÉ POURRI » est – et surtout demeure – un des meilleurs thrillers des années 80, principalement grâce à son sous-texte prémonitoire sur les effets pervers de la médiatisation et, par extension, sur les méfaits (à venir) des réseaux sociaux.ÉTÉ.jpg

Le thème est simple, imparable : un serial killer établit une relation téléphonique avec un reporter auquel il donne l’exclusivité de ses meurtres, à condition que celui-ci fasse de lui une star. D’abord excité par cette opportunité unique, le journaliste s’enlise peu à peu dans cette « collaboration » malsaine qui le dépasse et met ses proches en danger. C’est vraiment un scénario exemplaire, jamais gratuit, jamais manichéen, qui donne à réfléchir sur l’écho qu’on donne aux criminels qui nous manipulent, un discours encore plus pertinent aujourd’hui qu’au moment de la sortie du film. Avec son suspense grandissant, ses coups de théâtre parfaitement gérés et un casting cinq étoiles, « UN ÉTÉ POURRI » n’a rien perdu de sa puissance avec les années et n’a pas pris la moindre ride. C’est un des bons rôles de Kurt Russell, reporter ambitieux et inconscient, tenaillé par son sens de l’éthique, mais… pas suffisamment. Mariel Hemingway est très bien en fiancée qui, pour une fois, ne joue pas les potiches et dit des choses sensées. Andy Garcia est excellent en jeune flic autoritaire, mais c’est Richard Jordan qui pique la vedette à tout ce beau monde dans le rôle du tueur, un détraqué courtois et totalement ravagé, qui se transforme à la fin en ange exterminateur au milieu de la tempête. On aperçoit William Smith dans une seule séquence en travailleur social.

Tourné dans les extérieurs somptueux de Miami et des Everglades, « UN ÉTÉ POURRI » est un film intelligent, passionnant de bout en bout, qui prend toute sa dimension 35 ans après sa sortie.

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RICHARD JORDAN, MARIEL HEMINGWAY ET KURT RUSSELL

 

« ONCE UPON A TIME IN… HOLLYWOOD » (2019)

ONCE.jpg« ONCE UPON A TIME IN… HOLLYWOOD », c’est vraiment – et enfin ! – le film pour lequel Quentin Tarantino était né. Une œuvre sincère, chargée de nostalgie pour les années 60, les vieilles séries télé, les affiches de films « vintage », les grosses voitures, les hippies et les cinémas, aujourd’hui disparus, de Hollywood boulevard.

Pendant 163 minutes, le film suit un duo d’exception : Leonardo DiCaprio, acteur de série B has-been et bouffi d’alcool et son cascadeur attitré (et homme à tout faire) Brad Pitt, charismatique et vieillissant. Avec eux, on découvre les arcanes des tournages fauchés, on visite L.A. minutieusement reconstituée et, sans s’en rendre compte, on réécrit l’Histoire de l’Amérique, comme l’auteur l’avait déjà fait dans « INGLOURIOUS BASTERDS » avec la WW2. Les U.S.A. ont perdu leur innocence avec la guerre du Vietnam et l’assassinat de Sharon Tate ? « QT » se propose de rectifier le tir. Et au lieu d’être ridicule, c’est étrangement poignant. Le dernier plan montrant l’actrice (Margot Robbie), enceinte, heureuse et promise à un bel avenir, laisse sur un réel sentiment de bonheur mêlé de tristesse. Magistral ! Comme toujours dans ses films, QT a réuni un casting extraordinaire : Al Pacino en agent au franc-parler, Dakota Fanning (méconnaissable) en bras-droit rousse de Manson, Bruce Dern en vieil aveugle, Timothy Olyphant en vedette de TV, Damian Lewis qui apparaît brièvement dans une imitation plutôt réussie de Steve McQueen, Kurt Russell en vieux cascadeur dominé par sa femme acariâtre Zoë Bell, etc. On aperçoit également Michael Madsen ou Clu Gulager en ‘guest stars’ de la série de Caprio reconstituée à l’identique à partir des « AU NOM DE LA LOI » ou « GUNSMOKE » d’antan.

Le film est truffé de morceaux d’anthologie : Pitt filant une raclée à l’arrogant Bruce Lee (Mike Moh) ou faisant face à la « famille » Manson dans le ranch abandonné dont l’ambiance rappelle les films de zombies, la longue séquence du tournage d’un épisode du « RANCH L » où Caprio n’a jamais été meilleur face à une fillette précoce, le « home invasion » final absolument stupéfiant à tous points-de-vue. Il y en a beaucoup d’autres !

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BRAD PITT ET MIKE MOH

« ONCE UPON A TIME IN… HOLLYWOOD » est un véritable bijou, certainement un chef-d’œuvre dans son créneau, et le meilleur scénario de Tarantino. La preuve ? Il n’a même pas ressenti la nécessité d’éclater la chronologie en flash-backs. Un seul mot : bravo !

 

« BOULEVARD DE LA MORT » (2007)

PROOF.jpg« BOULEVARD DE LA MORT » de Quentin Tarantino fait partie d’un diptyque comportant également un film de Robert Rodriguez et de fausses bandes-annonce, sous le titre de « GRINDHOUSE ».

Dans ce qui est sans doute son œuvre la plus libre, mais aussi la plus faible, parce que la moins écrite, « QT » s’amuse à jouer avec des voitures, dans ce qu’on pourrait appeler un « film de bagnoles redneck féministe ». Dans la première partie, il suit quatre héroïnes aussi stupides qu’agaçantes, qui ont le malheur de croiser Kurt Russell, ex-cascadeur vieillissant recyclé en serial killer de la route. La pellicule est volontairement endommagée pour évoquer les vieux cinémas de quartier des seventies. C’est terriblement bavard et statique, avant qu’un « accident » très spectaculaire arrive à point pour nous réveiller. La seconde partie confronte le même psychopathe à plus forte partie : deux cascadeuses professionnelles qui n’ont pas froid aux yeux et leur copine maquilleuse. Et le scénario s’éclipse pour n’être plus qu’une longue, très longue poursuite à tombeau ouvert. On peut s’en lasser assez vite, mais le retournement de situation (à un moment donné, c’est le tueur qui devient la proie des walkiries déchaînées) vient à point, encore une fois, pour clore le film sur une note ultra-violente à la réjouissante méchanceté.

Outre un Russell superbe et inquiétant en brute balafrée, qui se dégonfle à la fin et révèle le faux-dur lamentable qu’il est réellement, on passe le temps avec Zoë Bell en stunt-woman australienne, Rosario Dawson très en verve, QT lui-même en barman (toujours aussi mauvais), et Michael Parks qui reprend son rôle de « KILL BILL » aux côtés de son shérif-adjoint de fils. Pas grand-chose à dire de ce « BOULEVARD DE LA MORT », au fond. Les « tarantiniens » adoreront, les autres jugeront probablement qu’il ne s’est pas foulé.

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KURT RUSSELL, ZOË BELL ET ROSARIO DAWSON

À noter : le film sera exploité en solo dans une durée de 113 minutes. C’est la version de 100 minutes qui est chroniquée ici.

 

« SOLDIER » (1998)

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KURT RUSSELL

« SOLDIER » est écrit par David Webb Peoples (« BLADE RUNNER » ou « IMPITOYABLE », quand même !) et réalisé par le souvent efficace Paul W.S. Anderson. On subodore donc d’emblée qu’on n’aura pas affaire à un anonyme DTV.SOLDIER2.jpg

Même si on sent que le budget n’a pas dû être extraordinaire, le film emballe dès le début par son dynamisme, par la force de son postulat et par une ambiance entre « NEW YORK 1997 » et « TERMINATOR » qu’on est heureux de retrouver. D’ailleurs, le film tout entier renvoie à l’œuvre de James Cameron, jusqu’à la BO dont certaines notes sont des hommages directs à celle de James Horner pour « ALIENS ». On pardonne donc volontiers des F/X désuets, des maquettes pas toujours convaincantes. D’autant plus que l’essentiel n’est pas là : il se situe dans le portrait de ce super-soldat formé depuis le berceau (littéralement !) à devenir une machine à tuer sans âme et qui – après avoir été (littéralement aussi !) jeté aux ordures – va survivre en redécouvrant son humanité bien enfouie. C’est un des plus beaux rôles de Kurt Russell qui gomme tout humour de son jeu et arbore une expression fascinante, balançant entre l’innocence de la petite enfance et la sauvagerie animale. Tous ses mouvements sont étudiés, calculés et quand vient l’heure de la revanche, Kurt se montre l’égal de Rambo ou Terminator. Autour de lui, des visages familiers comme Jason Isaacs en méchant pernicieux, Gary Busey, Connie Nielsen, Michael Chiklis et Jason Scott Lee en rude adversaire robotisé du « soldier ».

« SOLDIER » est un film extrêmement attachant, très bien pensé, dont la violence n’est jamais gratuite et débouche sur un message humaniste. On retrouve dans les décors, les accessoires, le côté un peu cheap des films de SF des années 50 et 60, ce qui n’est pas pour nous déplaire aujourd’hui, après tant de films gâchés par les CGI sans consistance. Un petit bijou à redécouvrir et à réévaluer.

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CONNIE NIELSEN ET KURT RUSSELL

 

« TOMBSTONE » (1993)

tombstoneLes années qui passent siéent bien à « TOMBSTONE » de George P. Cosmatos (et paraît-il Kurt Russell qui aurait repris les rênes en cours de tournage), malgré de glorieux prédécesseurs qui ont moult fois traité la geste de Wyatt Earp au cinéma ou à la TV.

Dès le début, on est frappé par la recherche minutieuse d’authenticité, que ce soit dans les décors (c’est la première fois qu’on a la sensation que les saloons devaient vraiment ressembler à cela), les costumes et même dans le comportement des personnages. Le gunfight d’OK-Corral n’est pas le centre de gravité ni le climax du scénario, mais un événement-charnière qui fait basculer la vie de la famille Earp dans un bain de sang. Totalement crédible et bien construit jusqu’au départ de Tombstone, le film prend subitement une tout autre tonalité avec la vengeance de Wyatt et cède à la légende du Far-West façonnée par Hollywood. C’est peut-être là d’ailleurs, qu’on pourrait deviner qu’il y avait deux capitaines à bord ! Abandonnant toute psychologie, tout réalisme, « TOMBSTONE » devient alors un « actioner » haletant, plein de bruit et de fureur, les détonations envahissent la bande-son, les corps s’amoncèlent, les « one liners » aussi, les ellipses narratives se font radicales. C’est très jouissif et particulièrement bien filmé, il faut bien le reconnaître, mais cela n’a plus rien à voir avec la rigueur presque documentaire de la première heure. Western bicéphale donc, qui fait la part belle aux comédiens : Russell qui a rarement été plus convaincant qu’en tough guy intraitable mais démuni devant les femmes, Val Kilmer excellent en « Doc » souffreteux et livide à l’accent improbable, Sam Elliott et Bill Paxton idéalement castés en frères Earp. Les méchants sont superbes : Powers Boothe, Stephen Lang (abject !), Michael Biehn remarquable en pistolero psychopathe et lettré. Dana Delany ne manque pas de charme et on aperçoit même ce vieux Charlton Heston dans un rôle minuscule de rancher.

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VAL KILMER, SAM ELLIOTT, BILL PAXTON, KURT RUSSELL, DANA DELANY ET MICHAEL ROOKER

Un peu méprisé à sa sortie par les amateurs de westerns, « TOMBSTONE » mérite amplement de prendre sa place aux côtés de « LA POURSUITE INFERNALE », « RÈGLEMENT DE COMPTES À OK-CORRAL » ou « 7 SECONDES EN ENFER » parmi les meilleures adaptations de la vie semi-rêvée de Wyatt Earp.

 

« FAST & FURIOUS 8 » (2017)

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JASON STATHAM

Faisant suite au sympathique n°7, « FAST & FURIOUS 8 » signé du généralement peu emballant F. Gary Gray, reprend le flambeau et fait repartir la franchise sur les chapeaux de roues sans rien essayer de renouveler.F8 2

C’est donc toujours la même chose, avec les mêmes gens, les mêmes voitures, mais quelques petits changements bien vus dans l’organisation : Vin Diesel se retourne contre sa « famille », le psychopathe Jason Statham devient subitement un tonton gâteau, Dwayne Johnson prend la tête des opérations et se montre plus déconnant que dans les précédents films (il faut l’avoir vu en coach de fillettes au début !). On retrouve avec bonheur Kurt Russell qui a pris un petit coup de vieux, Michelle Rodriguez, une Charlize Theron très amaigrie en méchante de premier ordre. Et on a même droit à un savoureux caméo d’Helen Mirren herself, dont le face-à-face avec Statham vaut à lui seul de voir le film.

Bien sûr, il y a beaucoup trop de poursuites motorisées, d’explosions de missiles, de fusillades, mais c’est la recette. En revanche, on se délectera sans complexe de quelques confrontations extraordinairement drôles comme celle où Johnson et Statham échangent des menaces ou quand le second parle au bébé qu’il est en train de sauver au milieu d’un déluge de balles. Difficile d’ailleurs de ne pas y voir un clin d’œil à la séquence la plus célèbre de « À TOUTE ÉPREUVE » de John Woo.

« FAST & FURIOUS 8 » fait passer deux heures agréables et reposantes pour les neurones. On ne s’y ennuie guère, on sourit souvent et tout le monde a l’air de franchement s’amuser. En fait, cela fait davantage penser à une série TV au budget hypertrophié, qu’à du cinéma. La franchise recycle sans arrêt les mêmes éléments depuis le début avec plus ou moins de réussite. Et celui-ci est plutôt dans la bonne moyenne. À noter pour l’anecdote, que le regretté Paul Walker a été « remplacé » par nul autre que Scott Eastwood, fils de Clint !

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DWAYNE JOHNSON, CHARLIZE THERON, VIN DIESEL, SCOTT EASTWOOD ET KURT RUSSELL

 

« DEEPWATER » (2016)

Réalisé par l’acteur-réalisateur Peter Berg (qui apparaît dans une silhouette au début), « DEEPWATER » s’inspire de l’incendie d’une plate-forme pétrolière américaine qui causa de nombreuses victimes.deepwater

Dès le début, on est en terrain familier : la construction du récit renvoie aux films-catastrophe d’Irwin Allen, les raisons du désastre découlent d’économies mal avisées de décideurs rapaces. On retrouve même des idées du plus récent « BACKDRAFT » : le pétrole est identifié comme un « monstre préhistorique », comme le feu était diabolisé dans le film de Ron Howard. Sans parler de la présence iconique de Kurt Russell qui relie encore les deux films !

C’est très bien fichu, bien sûr, les CGI frisent la perfection, mais les personnages sont tellement cliché, le dialogue si plat, qu’on a un mal fou à se passionner pour tout cela. Il faut vraiment attendre la dernière partie, où l’incendie et les explosions évoquent littéralement l’enfer de Dante, pour se sentir impliqué. C’est à partir de là qu’on voit les images les plus impressionnantes, que les enjeux humains commencent à se dessiner. Mais un peu tard tout de même.

Mark Wahlberg est plutôt bien en électricien héroïque, Russell assure en vieux cowboy buriné responsable de la passerelle, John Malkovich en fait des caisses en visqueux de service. Kate Hudson et Gina Rodriguez font ce qu’elles peuvent de rôles sans aucune épaisseur.

Sans son côté « inspiré de faits réels » et son épilogue composé d’un montage de séquences du procès où on découvre les véritables visages des protagonistes, « DEEPWATER » ne serait rien d’autre qu’un film à grand spectacle, une prouesse technique de plus, qui laisse après le mot « FIN » une étrange sensation de vide. Qu’est-ce que « LA PLATE-FORME INFERNALE » raconte de plus que « LA TOUR INFERNALE », quatre décennies après ? Pas grand-chose, hélas. Et on n’a même pas McQueen, Newman, Holden ou Dunaway pour aider à passer le temps.

 

« THE THING » (1982)

thing2À sa sortie, « THE THING » donna l’impression d’un banal remake opportuniste de « LA CHOSE D’UN AUTRE MONDE » (1951) et fut un gros échec. Puis peu à peu, il devint un film-culte pour happy few, avant de s’installer définitivement comme un vrai classique de la SF contemporaine et une des plus incontestables réussites de John Carpenter.

Le revoir aujourd’hui est un plaisir ineffable, car le film n’a pas pris une ride et fonctionne à plein régime, en tout cas jusqu’à son dernier quart qui s’effiloche un peu au niveau du scénario. Malgré cela, « THE THING » a gardé son aura de cauchemar paranoïaque et évolue lentement en délire de neige, de flammes et de chairs torturées en constante mutation. Carpenter ne lésine pas sur les détails « gore », mais sa mise-en-scène demeure toujours invisible et totalement au service de l’histoire. De fait, on est immergé du début à la fin, sans s’identifier vraiment à ces personnages interchangeables et sans grande personnalité, mais qui semblent parfaitement concrets et réels. Seuls sortent du rang Kurt Russell en pilote d’hélico aux faux-airs de cowboy et Keith David jouant son rival mal embouché. Leur ultime face-à-face dans le campement embrasé est une petite merveille d’ironie et de nihilisme.

On trouve plusieurs séquences qui sont de vraies leçons de réalisation (la façon dont est filmé le chien au début, la longue scène des tests sanguins), une maîtrise naturelle de la trouille et une ingénieuse utilisation du format Scope. On regrettera donc – répétons-le – une longue partie située dans le sous-sol de la base, qui semble piétiner et n’aller nulle part. Mais les F/X de Rob Bottin sont toujours aussi épatants, la conception même de l’alien est une merveille de créativité et la BO d’Ennio Morricone s’intègre à l’univers du réalisateur sans souci. On peut lire « THE THING » comme une parabole désespérée sur la peur de l’Autre ou le voir simplement au premier degré et admirer une fois de plus la maestria de ses concepteurs.

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KURT RUSSELL ET A. WILFORD BRIMLEY