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Archives de Catégorie: LES FILMS DE SIGOURNEY WEAVER

« ALIEN – LE HUITIÈME PASSAGER » (1979)

ALIEN« ALIEN – LE HUITIÈME PASSAGER » de Ridley Scott a 40 ans et fait partie de ces films-phares qu’on hésite à revoir de peur d’être déçu. Heureusement, on ne l’est pas, même si l’âge se fait sentir et que le rythme général semble parfois languissant.

Ce mélange de film d’horreur et de SF a marqué le cinéma par son esthétique tout d’abord, par l’extra-terrestre particulièrement effrayant qui décime l’équipage d’un vaisseau spatial et par le souci de « réalisme » de Scott, qui crée des personnages crédibles, quotidiens, parlant tous en même temps comme dans un film d’Altman. Les « héros » de « ALIEN » n’ont justement rien d’héroïque. On a un capitaine pas trop sûr de lui (Tom Skerritt), un scientifique désagréable (Ian Holm), un officier hystérique (Veronica Cartwright), deux ouvriers râleurs et pénibles (Yaphet Kotto et Harry Dean Stanton), et deux autres officiers (John Hurt et Sigourney Weaver) peut-être plus professionnels que les autres. Ayant fait monter à bord du Nostromo un alien potentiellement dangereux, l’équipe va connaître un sort peu enviable. Anecdote simple, sans surprise, mais traitement visuel somptueux et inventif (merci, Hans Giger !), photo noyée de pénombre et fulgurances de violence bien distillées. Dans son premier rôle principal, Weaver crée le personnage qui la suivra toute sa vie : loin de la tough girl qu’elle est devenue par la suite, Ripley est une « première de la classe » sérieuse et posée, qui semble taper sur les nerfs d’à peu près tout le monde. Elle émerge progressivement comme l’héroïne du film et achèvera son parcours dans un face à face avec le monstre.

« ALIEN » a vieilli, c’est normal. Des écrans d’ordinateurs à certains plans de la créature, on ressent parfois trop l’année de tournage. Mais cela reste un beau morceau de cinéma, une pierre blanche dans le genre dont l’influence se fait encore ressentir aujourd’hui.

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SIGOURNEY WEAVER, JOHN HURT, TOM SKERRITT ET IAN HOLM

À noter que le film sortit dans une version de 117 minutes puis connut un « director’s cut » de 116 minutes sensiblement différent en 2003. C’est cette seconde version qui est chroniquée ici.

 

« ANNIE HALL » (1977)

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DIANE KEATON

Woody Allen a juste 40 ans quand il tourne « ANNIE HALL » et, très symboliquement, c’est le premier film de sa maturité de réalisateur, après cinq longs-métrages « d’échauffement ».annie

Sous ses dehors de comédie sentimentale, « ANNIE HALL » est la très autobiographique autopsie d’une relation amoureuse, depuis la rencontre jusqu’à la rupture et même un peu au-delà. Chronologiquement déconstruit en puzzle (Allen a souvent admis que le film trouva sa structure au montage après de nombreuses coupes), le film – même s’il demeure un des plus drôles de l’auteur – n’en dégage pas moins une poignante mélancolie. Celle des occasions manquées, des regrets, du passé dont on n’arrive pas à s’extirper. Tous les thèmes alleniens sont déjà présents, à commencer par le « pygmalionisme » : Woody, stand-up comedian connu, rencontre Diane Keaton (dont le véritable nom est… Hall, rappelons-le !), jeune femme fantasque et naïve du Wisconsin, qu’il va entreprendre d’instruire et de transformer en pure névrosée new-yorkaise, jusqu’à ce que la charmante farfelue du début, se mue progressivement en intellectuelle gavée de psychanalyse qui finit par s’émanciper. Allen utilise des méthodes de narration rares à l’époque : les apartés face-caméra, les dialogues « imaginaires » avec des passants dans la rue pour exprimer ses sentiments intimes, la présence de personnages du présent dans leur propre passé, etc. C’est brillant de bout en bout, souvent à hoqueter de rire (toute la séquence dans la famille WASP des Hall), souvent bouleversant (le manque d’Annie qui se fait cruellement ressentir quand Alvy sort avec d’autres femmes qui font pâle figure en comparaison) et la fin laisse un arrière-goût déroutant, d’une infinie tristesse. « ANNIE HALL » est une œuvre parfaitement ronde et indémodable, dont le charme agit toujours malgré les re-visions multiples. C’est un des plus jolis rôles d’une Diane Keaton radieuse et, dans un casting très riche, on retiendra Christopher Walken en frère de celle-ci, un fou-à-lier suicidaire, Carol Kane en première épouse, Tony Roberts en éternel « meilleur copain » et, dans des silhouettes : Jeff Goldblum dans une party à L.A. et Sigourney Weaver (impossible à identifier) dans un plan très large à la fin du film.

« ANNIE HALL » est un chef-d’œuvre, à voir et à revoir, à savourer, car – comme l’explique la voix « off » finale – on a besoin des œufs !

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WOODY ALLEN ET DIANE KEATON

 

« THE MEYEROWITZ STORIES (NEW AND SELECTED) » (2017)

« THE MEYEROWITZ STORIES (NEW AND SELECTED) » de Noah Baumbach n’est pas ce qu’on peut appeler un film consensuel et distrayant. On pourrait presque dire que c’est un « feel bad movie » ! Le scénario, très « Sundance » dans l’esprit, est bâti autour des relations entre un père octogénaire et ses trois enfants pas loin de la cinquantaine.MEYEROWITZ.jpg

Lui (Dustin Hoffman) est un artiste new-yorkais méconnu, imbu de lui-même, égoïste et dépourvu du moindre intérêt pour autrui. Eux : Adam Sandler, Ben Stiller et Elizabeth Marvel, ont vu leur existence littéralement pourrie par cet individu médiocre et impossible à vivre. À l’heure de la maladie du vieil homme, de sa probable fin de vie, les trois enfants se réunissent à son chevet et commencent à régler leurs comptes. Le ton est au réalisme, à l’amertume, aux non-dits qui éclatent enfin au grand jour. C’est intelligemment écrit, finement observé, particulièrement quant au caractère du père. Mais la vision de ces deux heures s’avère de plus en plus pénible, voire déplaisante, à mesure que les conflits se cristallisent et que sortent les vérités.

Si on accepte d’endurer la vision de ces personnages tourmentés, mal dans leur peau, complètement stressés du début à la fin, on pourra goûter aux réelles qualités d’écriture de ce film. Sinon, autant passer son chemin, car la déprime rôde ! Hoffman, ventru et arborant une énorme barbe, compose un père odieux et quelque part pathétique, un raté peut-être sans talent se prenant pour un génie. Sandler et Stiller – très crédibles en frères – n’ont jamais été aussi justes et Marvel est excellente en vieille fille à fleur de peau. En belle-mère aux allures de hippie, Emma Thompson est légèrement caricaturale et le fan des icônes des sixties aura bien du mal à reconnaître Candice Bergen dans une courte apparition. À voir si on a le moral au zénith et des comptes à régler avec sa propre famille, peut-être. Mais attention, ce film n’a rien d’une partie de plaisir.

À noter que Sigourney Weaver apparaît dans son propre rôle dans une séquence de vernissage où elle se présente à Hoffman qui en est flatté et tout retourné.

 

« COPYCAT » (1995)

COPYCATSorti la même année que « SE7EN », « COPYCAT » fait partie de ces films des années 90 qui ont consolidé la mythologie du serial killer dans le cinéma U.S. jusqu’à devenir un des moteurs principaux du polar. Réalisé par le peu exaltant Jon Amiel, il est indéniablement un de ces films qu’il vaudrait mieux ne pas revoir et laisser prudemment prendre la poussière au rayon souvenirs.

Parce qu’aujourd’hui le tueur en série continue d’envahir les longs-métrages, les téléfilms, les séries TV, comme un leitmotiv empêtré dans ses clichés et ses redondances, « COPYCAT » a pris un terrible coup de vieux. Tout paraît fade, banal, vu et revu des centaines de fois et – beaucoup plus étonnant – le joli casting ne semble pas à son meilleur niveau. Sigourney Weaver par exemple, n’a jamais été moins convaincante que dans ce contremploi de psy traumatisée, agoraphobe, en proie à des crises de panique. Elle a beau faire, transpirer, rouler des yeux, vider whisky sur whisky, on n’y croit pas une seconde. Et elle non plus probablement, à voir son jeu forcé et sans nuances. Holly Hunter a été meilleure qu’en fliquette déterminée, même le généralement fiable Will Patton est à côté de la plaque. Heureusement, incarnant des tueurs givrés, Harry Connick. Jr. et William McNamara sont parfaitement inquiétants et sauvent un peu les meubles. Dermot Mulroney est également à la hauteur en jeune coéquipier séduisant.

S’il a pu faire son effet il y a 25 ans, « COPYCAT » a perdu l’essentiel de son attrait et son suspense est complètement éventé. Hormis la bonne séquence de l’agression de Weaver dans les WC au début, ne ressortent que les maladresses narratives, un dialogue extrêmement faible et des vedettes en quête désespérée d’une direction d’acteurs.

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HOLLY HUNTER, SIGOURNEY WEAVER ET WILLIAM McNAMARA

 

« REVENGER » (2016)

Walter Hill a signé une vingtaine de longs-métrages, dont seuls ceux de ses débuts sont vraiment mémorables. Aujourd’hui septuagénaire, il écrit et tourne « REVENGER », une aberration filmique vaguement réminiscente de son propre « JOHNNY BELLE GUEULE ». Si dans ce film une sorte de sosie d’Éléphant man se retrouvait subitement avec le visage (alors lisse) de Mickey Rourke, ici une petite gouape barbue et malingre se réveille dans le corps de… Michelle Rodriguez !REVENGER.jpg

Sans vouloir chercher à tout prix la vraisemblance dans ce genre de polar, force est de reconnaître qu’on ne croit pas une seconde au postulat de départ et que la construction du scénario (un parallèle entre la vengeance du transsexuel malgré lui et l’incarcération en HP de sa tourmenteuse) tue dans l’œuf tout espoir de suspense véritable. On suit passivement ces fusillades répétitives, ces interrogatoires mollassons et on se demande très vite où a bien pu passer le réalisateur du « BAGARREUR » et « SANS RETOUR ». On aime bien Rodriguez, mais elle n’a jamais été une grande comédienne et elle montre ici ses limites. Elle ne fait pas grand-chose de ce rôle il est vrai impossible, à part grimacer de rage à la moindre contrariété, démolir le mobilier et vider ses chargeurs à deux mains comme dans les films de Hongkong. Impossible de s’intéresser à elle. Et ses scènes « masculines », CGI à l’appui, laissent perplexe. Quant à Sigourney Weaver, elle ne sort pas de sa camisole (et pour cause : sinon il n’y aurait pas de révélation finale) et joue une chirurgienne dévoyée et prétentieuse, face à Tony Shalhoub. Les deux comédiens ont connu des jours meilleurs ! Même chose pour l’excellent et gaspillé Anthony LaPaglia, une fois de plus réduit à jouer les mafiosi.

Triste fin de carrière pour Walter Hill, dont les derniers films semblent tous hors du temps, hors du monde réel, comme des BD désuètes et bâclées, se contentant de mettre en forme un maigre pitch qui ne tient absolument pas la distance. Espérons un prochain opus plus solide, il nous doit une revanche !

 

« BLANCHE-NEIGE : LE PLUS HORRIBLE DES CONTES » (1997)

« BLANCHE-NEIGE : LE PLUS HORRIBLE DES CONTES », réalisé par l’inconnu Michael Cohn, est une tentative de livrer une version « adulte » de l’œuvre des frères Grimm, marqué à jamais par l’adaptation faite par Disney.SNOW

L’idée est valable et fut d’ailleurs reprise des années plus tard, mais ce film est ni plus ni moins qu’une catastrophe. Tourné à Prague dans des décors tristes à pleurer, handicapé par des maquillages hideux, des perruques ridicules et un casting décourageant, il respire l’amateurisme et le manque de moyens et évoque bien plus un téléfilm des pays de l’Est qu’un long-métrage de cinéma.

Monica Keena est une héroïne dépourvue de personnalité et de grâce, Sam Neill joue son idiot de père avec un inamovible sourire, Gil Bellows est un des sept nains (enfin – il n’est pas vraiment nain, c’est un peu compliqué à expliquer, d’autant plus qu’il finit par pécho Blanche-Neige !). On serait tenté de zapper au bout de vingt minutes et d’accrocher son DVD à une branche d’arbre pour faire peur aux oiseaux, mais il reste heureusement, Sigourney Weaver. Non pas qu’elle y fasse des exploits de comédienne et parvienne à sauver la chose du naufrage, mais au moins semble-t-elle s’être bien amusée à jouer la belle-mère sorcière d’une réjouissante méchanceté. Impériale et parfois presque émouvante, elle s’accapare les seuls brefs instants à peu près intéressants (la fausse-couche, les face-à-face avec le miroir) et vaut à l’extrême rigueur qu’on jette un rapide coup d’œil au film.

Inutile de dézinguer plus avant ce « BLANCHE-NEIGE : LE PLUS HORRIBLE DES CONTES » qui ne mérite pas un tel sort. C’est un ratage absolu, un ‘misfire’ comme disent nos amis anglo-saxons, qui ferait passer la version de 2012 avec Charlize Theron pour un classique du 7ème Art. À fuir à toutes jambes.

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SIGOURNEY WEAVER

 

« LE VILLAGE » (2004)

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JOAQUIN PHOENIX ET BRYCE DALLAS HOWARD

Après le succès du « SIXIÈME SENS », l’intrigant « INCASSABLE », le cinéma de M. Night Shyamalan est devenu de moins en moins convaincant, jusqu’à ce que le nom du réalisateur sur un projet serve quasiment de repoussoir.VILLAGE2

Aussi la re-vision de « LE VILLAGE » est-elle une heureuse et surprenante surprise.

Dans une ambiance très « sorcières de Salem », l’auteur-réalisateur développe un scénario empreint de mystère, de maléfices et de superstitions. Qui se veut aussi une fable sur le totalitarisme qui enferme (pour son bien) le peuple dans la peur. Bien sûr, l’histoire ne supporte pas l’analyse approfondie une seule seconde et s’avère totalement invraisemblable, voire aberrante, mais le charme opère tout de même. La « chute », marque de fabrique de Shyamalan, n’est pas trop compliquée à voir venir, mais cela reste malgré tout envoûtant, insolite et même par moments fascinant. Le casting est de tout premier choix. Autour des excellents jeunes premiers Bryce Dallas Howard parfaite en aveugle héroïque et Joaquin Phoenix en garçon intense et taiseux, que de grosses pointures comme Sigourney Weaver, Cherry Jones, Brendan Gleeson, Adrien Brody crédible en idiot du village imprévisible et surtout William Hurt meilleur qu’il n’avait été depuis bien longtemps.

Le film est truffé de belles idées visuelles (la silhouette du « monstre de la forêt »), d’ambiances brumeuses, mais aussi de séquences maladroitement filmées (la confrontation entre l’héroïne et le dit-monstre). La fin gâche un peu le plaisir par sa naïveté enfantine et ses bons sentiments bêlants, mais l’un dans l’autre « LE VILLAGE » est un des meilleurs films de Shyamalan qui a su créer un univers singulier et cohérent et le peupler de personnages tous intéressants.

Un film un peu décrié à sa sortie (mais à l’époque, tout le monde voulait qu’il surpasse « LE SIXIÈME SENS » et il ne pouvait donc que décevoir) à redécouvrir à tête reposée, donc.

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SIGOURNEY WEAVER ET BRYCE DALLAS HOWARD