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« MORITURI » (1965)

04 Nov
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MARLON BRANDO

Ce qui séduit d’emblée dans « MORITURI », c’est que sous ses dehors de film de guerre pur et dur, il utilise tous les codes et les ambiguïtés du film d’espionnage et met en avant des protagonistes d’une complexité rarement vue dans ce genre de production.morituri3

Le « héros », Marlon Brando, est un dandy esthète et pleutre, obligé par les services secrets anglais d’aller saboter un navire allemand en se faisant passer pour un officier SS. Face à lui, le capitaine du bateau, Yul Brynner, est un alcoolique haïssant le fanatisme du Reich. Autour d’eux, tous les personnages évoluent dans cette « zone grise » chère à John LeCarré et consorts, où rien n’est ce qu’il a l’air d’être.

Porté par le noir & blanc à couper le souffle de Conrad Hall et une mise-en-scène rentre-dedans, « MORITURI » installe peu à peu un suspense insidieux et malsain, fait évoluer ses personnages par touches infinitésimales et révèle leur humanité pas toujours très reluisante. À ce petit jeu, Brando nage comme un poisson dans l’eau. Il n’est jamais meilleur que lorsqu’il joue un individu qui avance masqué et dissimule ses véritables intentions. Maniéré, nasillard, retrouvant son accent du « BAL DES MAUDITS », il compose un espion-malgré-lui nuancé et impénétrable, bien loin de tout héroïsme. Brynner a rarement été meilleur. La scène où il apprend que son fils est devenu un nazi sans pitié est très surprenante et fissure son image monolithique. Difficile d’imaginer deux styles de jeu plus différents que ceux de Brando et Brynner, mais ils s’accordent étonnamment bien et se mettent en valeur l’un l’autre. Janet Margolin est très bien dans un rôle un peu plaqué, mais qu’elle défend avec fougue. Parmi les seconds rôles, on aperçoit Roy Jenson, George Takei ou Eric Braeden à leurs débuts.

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YUL BRYNNER ET JANET MARGOLIN

Film un peu sous-estimé, « MORITURI » offre une facette de la WW2 rarement exploitée, d’un point-de-vue adulte et récusant tout manichéisme. Si les nazis sont des monstres, les « marines » américains prisonniers à bord ne le sont pas moins et n’hésitent pas à violer une jeune femme à plusieurs, tout en lui crachant dessus parce qu’elle est juive. Un film intelligent et ambitieux, à redécouvrir.

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10 réponses à “« MORITURI » (1965)

  1. JICOP

    4 novembre 2016 at 16 h 57 min

    Je l’ai vu il y a longtemps et le film était très interessant , avec un ton insolite et désabusé .
    Le fait que le réalisateur Bernhard Wicki a combattu pendant la seconde guerre mondiale dans l’armée Allemande est sans doute pour beaucoup dans l’évacuation de tout manicheisme ou héroisme superflu comme il l’avait déjà montré dans  » le pont  » .
    Brando  » invente  » déjà plus ou moins son personnage de  » Queimada  » qu’il interpretera 4 ans plus tard : un agent double et trouble face à un Yul Brynner qui fend l’armure .
    Trevor Howard toujours bon as usual .
    Encore un film a revoir .

     
  2. Miguel

    4 novembre 2016 at 19 h 59 min

    Coté photo, c’est pas ce que Conrad Hall a fait de mieux, je trouve.

     
    • walkfredjay

      4 novembre 2016 at 20 h 14 min

      Sans doute pas, mais elle a une présence et une netteté qui portent sa griffe.

       
      • Miguel

        4 novembre 2016 at 20 h 50 min

        c’est l’impression que j’avais en voyant le film, trop clean, trop net, je trouvais ça pas crédible mais c’est juste une impression.

         
      • walkfredjay

        4 novembre 2016 at 21 h 22 min

        En ce qui me concerne, l’image a été pour beaucoup dans ma redécouverte de ce film souvent décrié.

         
    • JICOP

      4 novembre 2016 at 20 h 24 min

      t’es dur Miguel , on voit bien les oreilles de Brynner en clair-obscur .

       
      • Marc Provencher

        4 novembre 2016 at 20 h 30 min

        Oui, oreilles de Brynner qui constituent le repère traditionnel pour le focus ; et son crâne pour l’intensité de l’éclairage.

         
  3. Seb1878

    4 novembre 2016 at 21 h 59 min

    Un mauvais film. Ambitieux mais raté.

    L’arrivée du personnage de Janet Margolin est une ficelle scénaristique henaurme et ridicule. Mais Brando est vraiment bien. Et la photo aussi.

    Ds la bio de Brando il raconte : « Yul n’était pas un grand acteur mais j’ai beaucoup appris de lui ! ». Véridique…

     
    • walkfredjay

      4 novembre 2016 at 22 h 37 min

      C’est à peu près ce que j’en pensais avant de le revoir récemment. La présence de Margolin ressemble effectivement à une volonté de producteur d’avoir une femme au générique, mais elle est bien et s’intègre tant bien que mal.

       
      • Seb1878

        5 novembre 2016 at 0 h 11 min

        Vu son arrivée tardive style ‘comme un cheveu sur la soupe’. Je vois le producteur dire : Il nous faut une femme ! Nul…
        Sinon j’aime bien Janet. Surtout chez Allen ou elle était adorable.

         

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